"Anderlecht, c'est... l'ancien Standard ! ". L'ancien meneur de jeu des Rouches sourit en répétant cette affirmation osée : " Je suis encore le championnat de Belgique : les Bruxellois avancent et puis reculent comme ce fut très longtemps le cas du Standard... "
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"Anderlecht, c'est... l'ancien Standard ! ". L'ancien meneur de jeu des Rouches sourit en répétant cette affirmation osée : " Je suis encore le championnat de Belgique : les Bruxellois avancent et puis reculent comme ce fut très longtemps le cas du Standard... "Almani Moreira nous emmène dans les rues de Belgrade qui a retrouvé son élégance et sa magie de belle métropole des Balkans. La situation économique n'a pas encore donné la fièvre aux plus optimistes mais une jeunesse pétillante respire la confiance. Jean-Michel Jarre est passé à l'Arena tandis que des affiches évoquent l'arrivée de Gary Moore. Le guitariste de Belfast a multiplié ses sources d'inspiration du hard rock à ce qu'il a de plus précieux : le blues. Avec un ballon, Moreira (1,68m) signe lui aussi des solos qui font divaguer les foules en Serbie. Still got the blues. Après avoir rodé son jeu au Portugal, en Belgique, en Allemagne et en Russie, l'artiste a atteint son apogée à la tête du Partizan. Mais en UEFA, après deux défaites contre la Sampdoria Gênes (1-2) et à Stuttgart (2-0), seule une victoire face au Standard peut entretenir un souffle de vie européenne. Avec les quasi 30.000 spectateurs qui envahiront les travées du stade des Noir et Blanc, le sympathique Almani (surnommé Docteur Mo !), recevra chaudement les Liégeois. Almani Moreira : Je ne m'y suis pas du tout égaré et j'ai même obtenu quelques belles satisfactions comme le titre et la Coupe de Serbie la saison passée. J'espère réaliser le même doublé dans la foulée et je pourrai alors parler de réussite sur toute la ligne. Il y a beaucoup de talents dans ce petit pays et les plus grands clubs européens suivent un jeune médian de 17 ans, Adem Ljajic. Entre nous, on l'appelle Jaja. Il n'est pas tout le temps titulaire mais c'est un futur top du top et Manchester United aurait déjà offert 7,5 millions d'euros. Je ne suis pas le seul étranger du Partizan Belgrade. Il y a aussi un excellent médian défensif brésilien, Juca, et un attaquant sénégalais qui pèse sur les défenses : Lamine Diarra. Avant de venir ici, j'avais d'autres pistes comme La Corogne, entre autres, mais les dirigeants du Partizan sont revenus plusieurs fois à la charge. Je n'étais pas intéressé mais, à la fin, j'ai accepté leur invitation. Une fois sur place, j'ai été étonné par les installations et surtout le complexe d'entraînement. J'étais impressionné car c'est un grand club avec une tradition, beaucoup de présences dans les coupes d'Europe. J'en ai parlé avec mon agent Jorge Mendes et... Oui, c'est cela. Pas mal, hein ? Mon grand ami, Ivica Dragutinovic, m'a téléphoné quand la presse a évoqué mon éventuelle venue au Partizan. Drago connaît bien le directeur général de mon club. Il m'a incité à accepter cette offre. Je l'ai fait et c'est un bon choix. Un autre ancien du Standard, que je connais bien, a été un grand capitaine du Partizan : Ljubomir Radanovic. Il y avait aussi la présence du coach Miroslav Djukic qui parle espagnol car il a longtemps joué en Liga. Il apprécie les techniciens. J'ai fait la connaissance du groupe à l'occasion d'un stage de préparation en Hollande. C'est une équipe organisée qui cherche à bien jouer au football. Le jeu est beaucoup plus technique ici qu'en Belgique mais je ne suis pas du tout dépaysé, même si on rencontre de plus en plus de problèmes sur les terrains. Le Partizan est l'équipe à battre en Serbie. Vojvodina Novi Sad se défend bien, l'Etoile Rouge Belgrade revient petit à petit dans le coup grâce à son nouveau coach, Cedomir Janevski, mais le Partizan est un ton au-dessus. Alors, nous ne rencontrons généralement que des adversaires qui ferment la porte. Devant, à gauche, à droite : j'ai toujours 11 adversaires devant moi. Il faut lutter pour trouver des espaces. Le coach Slavica Jokanovic a succédé à Jukic mais le problème reste le même : chercher de l'espace. Notre championnat se résume à cela, surtout sur les mauvais terrains. Par contre, contre l'Etoile Rouge ou Vojvodina Novi Sad, et surtout en coupe d'Europe, on a de la place. C'est tellement plus intéressant de se mesurer à un adversaire qui a envie d'attaquer... Je l'ai aussi vérifié lors de matches amicaux comme contre le Real Madrid. Notre effectif aurait pu se défendre honorablement en Ligue des Champions. Oui, je nourris les mêmes regrets que ceux du Standard après ses matches contre Liverpool. Il faut peut-être passer par là pour grandir. Avant les poules de la Coupe de l'UEFA, nous avons dominé Timisoara : 1-0 et 1-2 en Roumanie. La qualité est présente et nos trois grands problèmes sont faciles à cerner : jeunesse, manque de vécu et un championnat de Serbie à 12 équipes dont le niveau est globalement assez faible. Cette saison, avec un zeste de métier en plus, on aurait dû sortir Fenerbahçe au 3e tour préliminaire de la Ligue des Champions après avoir éliminé Baku. A Belgrade, le Partizan a mené 2-0. Je n'ai pas joué car j'étais blessé. Il suffisait de rester calme mais mes équipiers ont cherché le 3-0 et les Turcs en ont profité pour réduire la marque et même égaliser. A Istanbul, dans un vacarme assourdissant, on a bien joué aussi mais sans être assez rusés et cela s'est terminé par 2-1 et une élimination. Le manque d'expérience se paye cash. Si le Partizan garde son effectif, il sera en Ligue des Champions dans un an. Les jeunes auront acquis du métier. Il en va de même pour le Standard. Les deux clubs ont les mêmes soucis. Je l'ignorais même si je sais que c'est un grand club. Et c'était en quelle année ? C'est loin... Oui, évidemment. Cette suspension a privé le groupe d'indispensables matches internationaux. Nous avons gagné 1-6 là-bas et 5-0 chez nous où j'ai marqué un but : 11-1 en tout mais le Partizan a dû s'arrêter... Il est difficile de nous battre dans nos installations. Le stade est bourré à craquer en coupe d'Europe et le public y assume son rôle. L'ambiance sera magnifique. C'est tout à fait comparable à l'atmosphère qui règne au Standard et que je n'ai évidemment pas oubliée. Le stade sera chaud, chaud, chaud. Je vais vous étonner : notre équipe est la plus technique de ce groupe. Elle a des idées, du jeu mais devrait être un peu plus agressive. L'arrière gauche, Ivan Obradovic, a de la classe à revendre mais il doit aller plus au moulin. Quand il aura la grinta, ce sera un super. Retenez son nom. Le Partizan n'a pas dit son dernier mot. Je ne crois pas. Nous sommes derniers du groupe mais, attention, ne vous fiez pas à ce classement. La Sampdoria a gagné chez nous (1-2) mais elle aurait pu perdre. Elle a mené, puis on est revenu ; mais on a attaqué alors qu'une équipe expérimentée se contente d'un point. Classique : les Italiens ont exploité une erreur de jeunesse. A 1-2, la Sampdoria n'a plus été surprise. Le Standard devra se méfier de ce réalisme italien... A Stuttgart, ce fut un peu le même refrain. Je voulais éviter le Standard au tirage. C'est magnifique, d'un côté, mais sentimentalement, c'est dur. Je suis attaché à ce club où j'ai vécu de belles choses. Cela me touche, c'est normal, et je préfère retrouver le Standard à Belgrade. A Sclessin, j'aurais eu la chair de poule, je n'aurais pas pu retenir mes larmes. Le Partizan est offensif car le public ne supporterait pas une équipe mièvre. On joue en 4-4-2, en 4-2-1-3, 4-3-1-2 ou en 4-3-3. Exact, je fais mon boulot. Oui, ça... c'est la vérité. Je suis assez libre. J'adore jouer comme ça et j'ai la certitude d'être bien couvert par Juca, un remarquable médian défensif. J'aime bien fournir de bons ballons à Diarra qui est très fort, extrêmement rapide et présent dans le rectangle, même s'il rate pas mal d'occasions et que le jeu de tête n'est pas son point fort. Au Partizan, il y a beaucoup de mouvements aussi sur les ailes. Oui, et pas un peu. A mon avis, il peut réussir à Anderlecht ou dans un club de ce niveau. Chez nous, Rnic a joué sans problème au back droit ou à l'arrière central. Il a probablement besoin de temps pour s'adapter. On verra, il n'y a rien de concret : ce sont des suppositions. C'est quand même la preuve que j'ai apporté quelque chose en Serbie. Ici, on m'appelle Chef ou Docteur Mo. Peut-être mais je retiens d'abord le plaisir. Dernièrement, j'ai marqué un chouette but en championnat : deux petits lobs pour éviter un adversaire, reprise du gauche, lucarne, but. Je ne sais pas, je ne marque pas beaucoup. Ce jour-là, tout Liège a hurlé de joie. Après, au resto, je n'ai rien payé. C'était gratuit pour moi. Le soir, quand je suis revenu à la maison, ma boîte aux lettres était bourrée de messages de remerciements et de félicitations. Je m'en souviendrai. N'essayez pas de m'attendrir. J'aimerais bien que les deux équipes émergent du groupe mais à Belgrade, le Partizan n'aura pas le choix : il doit gagner alors que le Standard peut se contenter d'un point. Je connais les atouts du Standard mais le Partizan est tellement fort à domicile. Nous sommes favoris. Je devais changer d'air. Mes parents ont six enfants. J'ai un frère bodyguard et une s£ur prof d'allemand qui habitent Hambourg. Ils ne m'ont pas cru quand je leur ai dit que le club de leur ville m'avait transféré. J'ai bien bossé et j'ai progressé. Mais qu'est-ce que j'ai travaillé. C'était bosser, jouer, dormir. J'étais numéro 10 derrière Emile Mpenza et Sergej Barbarez. Je n'ai jamais joué avec un meilleur attaquant qu'Emile... Techniquement, il y a meilleur mais quand il décolle, c'est terrible. Plus rapide que lui, cela n'existe pas. J'ai appris à mieux défendre en Allemagne et je suis devenu un joueur plus complet. Ce séjour a été positif mais après cette saison, je n'aurais pas dû revenir au Standard. Je n'ai pas beaucoup joué, cela n'allait pas. Puis, j'ai signé en Russie : une erreur de casting mais je ne pouvais pas refuser ce contrat. Oui, j'ai tout quitté. C'était signé pour trois ans mais je suis revenu après six mois. Je n'étais pas content car cela ne se passait pas comme prévu. Le coach... Je ne sais plus son nom... Je n'étais pas le seul à en avoir plein les pieds : je ne jouais pas et les autres Portugais non plus. Maniche et Costinha, c'étaient quand même pas n'importe qui. J'ai fait mes bagages. A Aves en D1 portugaise, j'ai retrouvé la joie de jouer. L'argent était secondaire. Non, mais c'est un moment important quand même. C'est Luciano D'Onofrio qui m'a fait venir au Standard. Milou Delsart, le magasinier, était venu me chercher à Zaventem et quand il m'a vu, il a dû se dire : -Mais qu'est-ce que ce petit gars vient faire en D1 belge ?Non, quand même pas ( il rit). Il est plus petit que moi. Michel Preud'homme m'a beaucoup aidé car je ne parlais pas français. A la trêve, le Standard était en tête. Le groupe n'a pas gardé ce rythme. Michel était le top comme homme et joueur. Son titre, ce n'était pas le hasard. J'aurais tellement aimé vivre cela. Pourquoi n'ai-je pas été champion ? Il a manqué un peu de réussite... Mais du premier passage de Preud'homme au titre, en passant par Robert Waseige et Dominique D'Onofrio, tout le monde a travaillé au retour du club. Moi aussi ! Certains ont empoché le titre, d'autres pas. J'ai dû me contenter de quelques " presque " comme d'autres joueurs très importants. J'espère que le Standard sera encore champion. Dragutinovic... Je ne le dis pas pour cela. C'est un grand ami qui m'a toujours encouragé. Il le fait encore. Drago était un vrai capitaine, un roc à gauche ou au centre de la défense. Il tenait la boutique et quand Drago parlait, on l'écoutait. C'était notre joueur le plus important. Il a réussi à Séville - double vainqueur de la Coupe de l'UEFA ! - et c'est la preuve qu'il avait déjà atteint un sacré niveau au Standard. Je citerais encore deux joueurs de cette époque : Eric Van Meir et Didier Ernst... Ils ont beaucoup donné au groupe. Je pourrais en citer d'autres et pas mal de caractères forts : cela a parfois chauffé dans le vestiaire. Oui, je parle portugais, français, anglais, espagnol et le créole de Guinée Bissau. A Belgrade, je vais suivre des cours d'italien. Je reviens régulièrement à Liège pour embrasser Diego (4 ans), le magnifique fils que j'ai eu avec la fille d'Helmut Graf. C'est un supporter du Standard et de son papa. Quand je tombe, il pleure. Dernièrement, il m'a dit : - Papa, tu dois me téléphoner car je t'aime fort. Et écoute ce que je te dis, tu prends la balle et tu tires du gauche. Après mon dernier beau but avec le Partizan, je lui ai dit au téléphone que j'avais marqué et il a rétorqué : - Combien de buts ? Un ? Je t'avais demandé d'en marquer deux. Elle n'est pas belle la vie ? Liège me manque. J'adore cette ville. Un ami m'a dit : - Un jour tu quitteras Liège mais tu aimeras toujours Liège. Non, et pourtant j'ai cherché... Je ne connais plus que trois joueurs au Standard : Mohammed Sarr, Oguchi Onyewu et Igor de Camargo. Hvala. Je connais quelques mots en serbo-croate aussi. Pas de quoi. par pierre bilic photos : reporters