Il y a un peu plus d'un an, la Belgique se pavanait déjà devant cette génération dorée mais regrettait le manque d'avant-centre de talent. " Le chaînon manquant ", entendait-on encore parfois. Romelu Lukaku portait en lui tous les espoirs d'une nation mais avait pu mesurer, en une saison, le fossé entre Anderlecht et la Premier League.
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Il y a un peu plus d'un an, la Belgique se pavanait déjà devant cette génération dorée mais regrettait le manque d'avant-centre de talent. " Le chaînon manquant ", entendait-on encore parfois. Romelu Lukaku portait en lui tous les espoirs d'une nation mais avait pu mesurer, en une saison, le fossé entre Anderlecht et la Premier League. On parlait de Jelle Vossen, de Marvin Ogunjimi et certains évoquaient du bout des lèvres le nom de Christian Benteke. Dans la foulée d'un Euro 2012 remporté par une Espagne, parfois sans attaquant, Marc Wilmots osa même le pari d'un Eden Hazard dans un rôle d'avant, dans le pur style de Cesc Fabregas avec la Roja. Quinze mois plus tard, les choses ont bien évolué. La saison 2012-2013 a débouché sur l'éclosion de Benteke, qui, sur la lancée d'un début de campagne qualificative tonitruante, tutoya avec Aston Villa les plus grands attaquants de Premier League durant toute la saison, mais également sur celle de Lukaku, qui apprit d'abord à connaître ses coéquipiers de West Bromwich Albion avant de briller durant toute la deuxième partie de saison. En un an, la Belgique venait d'acquérir deux attaquants de calibre mondial. Exagéré ? Pas du tout si on analyse les chiffres de l'année civile en cours. En juin, après les six premiers mois de l'année, Benteke pointait à la troisième place des artificiers des cinq grands championnats. Seuls Cristiano Ronaldo et Lionel Messi avaient marqué plus de buts que lui ! Aujourd'hui encore, nos deux représentants côtoient la crème de la crème. Depuis le début de l'année, Benteke a marqué 18 goals et pointe au 6e rang, aux côtés de buteurs comme Messi, Ronaldo, Edinson Cavani ou Robert Lewandowski. Il fait mieux que Robin Van Persie ou Mario Balotelli, qui ont pourtant porté à bout de bras leur équipe respective (Manchester United et le Milan AC). Quant à Lukaku, il occupe la 17e place de ce même classement. A eux deux, ils ont inscrit 32 buts. Seuls l'Espagne, l'Italie et l'Argentine comptent deux buteurs dans le top-20 des meilleurs canonniers de 2013. Et de ces pays, l'Argentine (avec Lionel Messiet Dario Cvitanich) et l'Espagne (avec Alvaro Negredo et Roberto Soldado) font mieux que notre petite Belgique. Oui, nos deux compatriotes font donc désormais partie des meilleurs buteurs internationaux. " Vous avez une chance énorme ", explique Mark Ogden, journaliste anglais à The Telegraph. " Déjà que vous aviez une génération incroyable dans l'entrejeu et voilà qu'en un an, vous sortez deux attaquants d'un niveau incroyable. Je ne vois pas d'autre pays au monde capable d'en dire autant. " Et en minutes de jeu, les Belges enfoncent un peu plus le clou. En inscrivant un but toutes les 101,4 minutes, Lukaku occupe le 5e rang d'un classement toujours emmené par Messi (un but toutes les 57,2 minutes), juste devant... Benteke (un but toutes les 104,2 minutes). C'est donc simple : quand un de ces deux joueurs-là est aligné, vous le verrez plus vite trouver le chemin des filets que Cavani, Daniel Sturridge, Radamel Falcao, Van Persie ou Zlatan Ibrahimovic ! " Si on remonte à 2012, cela peut sembler incroyable mais pas si on a suivi la Premier League ces derniers mois. Ces deux joueurs jouent dans la cour des grands, pas par surprise, mais parce qu'ils en ont les qualités. Aujourd'hui, si vous faites un sondage, Benteke fera partie des trois ou quatre meilleurs attaquants de Premier League. Quant à Lukaku, il est sans doute l'attaquant international au plus gros potentiel ", assure Ogden. A Aston Villa, Benteke écrase tout : il a remporté deux fois plus de duels que n'importe quel autre joueur (419 contre 204 au défenseur Matthew Lowton), il a marqué deux fois plus de buts (23 contre 9 à Gabriel Agbonlahor) et est impliqué dans près de 50 % des buts de son équipe. Pas étonnant donc qu'il se soit fait autant courtiser par les grandes écuries anglaises cet été. Quoi donc de plus normal de tenter, si pas de les opposer, du moins de les comparer. Car, au sein du système de Marc Wilmots, il n'y a place que pour un seul attaquant. Et il vaut mieux qu'il ressemble à un pivot, tant il doit occuper toute la défense adverse. Et comme tant Benteke que Lukaku ressemblent à ce profil, cela fait maintenant quelques mois que les médias s'en donnent à coeur de joie au jeu du baromètre. Car quand l'un brille, l'autre n'est généralement pas loin... En 2013, avant chaque rendez-vous international, la même question revenait sans cesse. Lukaku ou Benteke dans le onze de base ? Pourtant, il s'agit d'un faux suspense. Benteke fut un des hommes de la campagne et il maintient son niveau de forme en club : aux yeux de Wilmots, il est donc inutile de le retirer. Surtout que Lukaku grille les occasions qui lui sont données en équipe nationale. Episodiquement, Wilmots fait le point avec l'ancien attaquant d'Anderlecht mais à chaque fois, cela foire. Dernier exemple en date : face à la France en amical. Lukaku, pourtant titulaire, a moins montré, à cette occasion, que Benteke en une demi-heure. Et puis troisième raison pour laquelle Benteke a toujours gardé une longueur d'avance : son profil. Actuellement, il combine mieux avec l'entrejeu et garde davantage le ballon, deux choses primordiales pour le sélectionneur. " C'est vrai que, sur le plan technique, Benteke est encore un cran au-dessus de Lukaku ", explique John Cross, journaliste au Daily Mirror. " Mais par contre, Lukaku monopolise davantage de défenseurs et fait des ravages par sa puissance. Parfois, on a l'impression que rien ne peut l'arrêter. D'où aussi parfois cette image d'éléphant dans un magasin de porcelaine. Enfin, au niveau combinaison, je trouve qu'il progresse d'année en année. Il pouvait encore rechercher la profondeur avec West Bromwich Albion et bénéficiait des espaces car son équipe ne devait pas faire le jeu. A Everton, on a affaire à une équipe qui subit moins le jeu et, lors des deux dernières rencontres, on l'a vu combiner beaucoup plus avec son entrejeu. Je pense donc que le schéma de l'équipe belge va lui convenir de plus en plus. " On sait que la question paraît anodine mais la réponse ne coule cependant pas de source. Certains pensent que Wilmots pourrait être tenté d'utiliser une autre solution (genre Kevin Mirallas). D'autres doutent de la capacité de Lukaku à combiner. Pourtant, les statistiques anglaises des deux dernières saisons (2012-2013 et 2013-2014) démontent certaines idées reçues. Moins tranchant dans les combinaisons ? Faux. Il a un meilleur pourcentage de passes dans les 30 derniers mètres que Benteke (65,1 % pour 54,2 %). Moins technique ? Faux. Il tente davantage de dribbles (76 contre 66) et en réussit plus que l'attaquant d'Aston Villa (48,7 % contre 40,9 %). Par contre, contrairement à l'idée reçue, il est moins physique que Benteke, ne gagnant que 37 % de ses duels (contre 49,1 %). " José Mourinho, en début de saison, et Steve Clarke, la saison passée, ont souvent dit que Lukaku avait une puissance physique impressionnante mais qu'il devait encore veiller à mieux utiliser son corps ", dit Cross. " Je pense que cette statistique explique ce qu'ils voulaient dire. Lukaku est un monstre physique et il doit donc remporter la plupart de ses duels. Ce qui n'est pas encore le cas. D'ailleurs, on le voit encore trop souvent refuser le duel et redescendre dans le jeu pour proposer une solution. C'est ce qui fait à la fois sa force (il est imprévisible et bouge beaucoup, ce qui complique le rôle des défenseurs) et le rend vulnérable (puisqu'il ne fait pas encore la loi dans le rectangle). Mais on le voit de plus en plus passer devant son adversaire comme il le montre depuis qu'il évolue avec Everton ", ajoute Cross. Pour le reste, les statistiques prouvent qu'il est très proche de Benteke, tant dans les buts que dans le nombre de tirs ou le pourcentage de tirs cadrés. Il lui manque simplement encore un peu de présence dans le jeu (il touche presque deux fois moins de ballons que Benteke). C'est normal. Il est encore jeune et que ce soit à WBA ou à Everton, il n'a pas eu le temps de devenir le leader de son équipe, ce que Benteke représente à Aston Villa. Lukaku est donc bien le remplaçant idéal pour Benteke, en Croatie et contre le Pays de Galles. De plus, sa forme actuelle (il est impliqué sur les quatre derniers buts d'Everton) ajoute du crédit à sa candidature naturelle. PAR STÉPHANE VANDE VELDE - PHOTOS : IMAGEGLOBEContrairement à ce qu'on pourrait penser, Lukaku réussit plus de passes dans les 30 derniers mètres que Benteke.