Willy Naessens pose sans broncher dans la Fiat 500 qui se trouve sur le parking de sa société de toitures. " Je préfère être un petit de la D1 ", commente le président de Zulte Waregem. Son homologue de Roulers, Luc Espeel, rétorque : " Quel bel exemple de modestie ! " Les deux présidents effectuent d'ailleurs les trajets à Bruxelles ensemble (pas dans la Cinquecento !) lors des réunions de l'UB. C'est plus économique !
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Willy Naessens pose sans broncher dans la Fiat 500 qui se trouve sur le parking de sa société de toitures. " Je préfère être un petit de la D1 ", commente le président de Zulte Waregem. Son homologue de Roulers, Luc Espeel, rétorque : " Quel bel exemple de modestie ! " Les deux présidents effectuent d'ailleurs les trajets à Bruxelles ensemble (pas dans la Cinquecento !) lors des réunions de l'UB. C'est plus économique ! Et ce baptême européen ? Naessens : " Je serai content quand ce sera passé. Le budget de Moscou est huit fois plus élevé que le nôtre. Cette campagne ne nous rapporte rien et mes joueurs y pensent un peu trop, au détriment du championnat. Or, on nous prend au sérieux. Nous devons briser des murailles chaque semaine. Francky Dury joue pour gagner, pas pour faire match nul. Si nous avions misé le point au Brussels, nous l'aurions obtenu. Mais j'apprécie la mentalité de notre coach ". Luc Espeel : Nous espérions beaucoup de cette expérience inattendue mais la déception a été terrible. Un vol charter pour Chypre coûte 65.000 euros. Je n'ai pas encore tous les chiffres mais l'Europe ne nous a rien rapporté. Donc, le maintien en D1 reste notre priorité : ce n'est que notre deuxième saison au plus haut niveau. Willy Naessens : Nous réussirons tous les deux mais nous découvrons ce que représente le fait de jouer sur trois fronts. Certains de mes joueurs, qui viennent de divisions inférieures, ont grandi avec le club. Ils ont atteint leur sommet. Ils ont gagné la Coupe et se prennent maintenant pour des vedettes sans parvenir à passer un cap supplémentaire. Peut-être accusent-ils le contrecoup de la saison passée. Nous devons d'urgence déterminer les piliers avec lesquels nous pouvons poursuivre sur notre lancée. Naessens : Non, c'est comme un transfert. Nous avons suivi Tom De Sutter, du Cercle, à deux reprises. Les rapports n'étaient pas brillants mais on m'a conseillé de l'enrôler quand même. Et j'ai négligé une belle opportunité... Espeel : Le joueur qui débarque dans un nouvel environnement ne s'y épanouit pas nécessairement. S'il est bon, tout le monde dit : - Il est là grâce à moi. Sinon, c'est la faute du président. Naessens : Dury en veut toujours plus et se fâche si le groupe ne le suit pas. Il est trop vite content de ce qu'il a. Moi, je partage la vision de Francky mais sans me mêler de l'aspect sportif. Je lui fais sentir mon soutien. Naessens : Nous préférons les combinaisons, Roulers a employé d'autres atouts pendant des années mais nous rejoint avec Dirk Geeraerd. Espeel : Il met davantage l'accent sur les qualités footballistiques. Espeel : Impossible, Willy est marié avec Francky Dury. Naessens : En effet. Sinon, Dirk m'intéresserait. Roulers a fait un bon choix. Espeel : Dirk est aussi ambitieux et passionné que Francky. Il ne se satisfait pas davantage d'un nul. Naessens : Dirk met un peu plus l'accent sur l'agressivité dans les duels alors que Francky est surtout un amoureux du beau jeu. Si tous ses confrères avaient la même philosophie, nous verrions des matches fantastiques toutes les semaines. Espeel : Notre potentiel footballistique est moins élevé, même si nous avons essayé de refaire notre retard, en embauchant notamment Davy Oyen. Cela ne marche pas toujours : pensez à Eric Joly. Combien de fois a-t-il été sur le terrain ? Il ne cessait de tourner, sans accélération, sans récupération du ballon. Il n'était plus en état. Naessens : Nous avions un préaccord avec lui mais Gand nous a cédé Tjörven De Brul et Matthieu Verschuere pour le prix de Joly. Nous n'avons pas réfléchi longtemps. Espeel : Peu. C'est l'affaire de la cellule sportive. Espeel : A 16 ans, j'ai participé à un entraînement de Guy Thys et Julien Labeau, au Heysel. J'étais stopper. Dur mais correct. Espeel : Raymond Goethals... Pas le célè-bre coach mais un coach de Roulers. C'est Henk Houwaart qui m'a appris le plus. Il est très psychologue et sent bien son groupe. Il savait avec qui être dur ou non. Je me serais jeté au feu pour lui. Je ne l'ai pas embauché, quand il a postulé. Ce fut une décision pénible mais j'ai l'impression que la génération actuelle ne saisit pas sa conception du football. Naessens : Je suis président depuis 21 ans. Avant, les joueurs soutenaient leur coach. Quand Zulte VV était en P2, un coach m'avait dit : - Je suis entraîneur, pas psychologue. C'était encore possible, maintenant, il faut combiner les deux. Espeel : J'essaie de diriger le club comme ma société. Je distribue les tâches aux cellules sportive, commerciale et administrative. Je veille à ce qu'elles collaborent. Le football est devenu un ensemble tactique et économique. Naessens : J'ai joué en Promotion mais comment pourrais-je juger des footballeurs que je vois quelques heures à l'£uvre alors que l'entraîneur les observe quotidiennement ? Espeel : Nous ne pouvions pas lui offrir la même chose que les Néerlandais. Le Club a versé 5 millions pour Koen Daerden et Salou Ibrahim. C'est notre budget total. Que faisons-nous en D1 ? Naessens : Nous devons nous incliner. Bruges ne peut pas rivaliser avec le PSV, qui a un budget trois fois plus élevé. La Belgique est vouée à former des joueurs au profit des pays voisins. Espeel : Nous pouvons y vivre et y survivre, ce qui est impossible en D2. Sans droits TV, c'est très difficile. Naessens : Nous étions privilégiés car même en D2, nous pouvions compter sur les supporters de Waregem. Quand Zulte jouait la tête en D3, il attirait 500 spectateurs alors que Waregem, au bord de la faillite et en bas de tableau de la Promotion, en accueillait 1.500. Beaucoup d'anciens supporters reviennent, en plus. Nous en sommes à 4.200 abonnés et 1.000 VIP. Espeel : Je suis président depuis cinq ans. Notre assistance est sept ou huit fois supérieure à celle d'il y a deux ans. Les trois matches du tour final nous avaient rapporté autant que toute la saison. La D2 n'est plus viable. Nous y avons échappé à temps. Espeel : Au bout de deux ans, nous aurions fait faillite. Les droits TV nous permettent aujourd'hui d'avoir un budget sain. Si nous avions été relégués il y a quelques mois, nous aurions sombré. Il y a quelques semaines, j'ai croisé des supporters qui viennent voir nos matches à WS Lauwe - Dixmude. Si nous étions rétrogradés, ils retourneraient dans leur équipe de village. Le FC Malines n'a pas ce problème car il a une tradition. Naessens : Nous avons déplacé les entraînements du soir à l'après-midi. C'était trop dur pour les joueurs. Ils se traînaient, souffraient du froid et de l'obscurité en hiver. On a évoqué cette excuse pour leur second tour, moins bon, mais ils n'atteignent quand même pas leur meilleur niveau maintenant. Leur vie est-elle trop facile ? C'est peut-être une question d'éducation. Espeel : Chacun souhaite que ses enfants aient une plus belle vie que la sienne. Naessens : En fait, nous les affaiblissons. Naessens : Non mais ce sont les enfants de gens de mon âge. J'ai 56 ans, mon fils aîné a 35 ans. J'ai grandi dans un café. Nous dormions au grenier, même quand il gelait à pierre fendre dehors. Naessens : Nous allons trouver le moyen de les sortir de leur ouate. Ils ne sont plus affûtés et ça m'énerve. Naessens : Pas dans l'immédiat. Ceux qui veulent poursuivre leurs études ou travailler peuvent le faire. Chris Janssens cherche déjà une carrière en prévision du moment où il ne jouera plus. Espeel : Je ne sais même pas combien de semi-professionnels nous avons encore. James Lahousse a demandé à ne plus devoir peindre pour se concentrer sur son boulot de footballeur mais je ne peux pas dire qu'il soit plus performant depuis. Naessens : Un président doit conserver ses distances. Avant, j'étais trop proche du groupe, je connaissais la situation personnelle des footballeurs mais j'étais trop impliqué émotionnellement. Naessens : Non. Un quart d'heure après le coup de sifflet final, j'ai tourné la page. Espeel : Pas moi, je vis très fort les matches. Je dois me forcer à me calmer. Parfois, je n'arrive pas à m'endormir à cause du football. Je ne devrais pas mais c'est plus fort que moi. Espeel : Il faut surtout balayer devant sa porte. Nous avons découvert l'importance du sponsoring après notre promotion. Il y a une fameuse différence entre la D1 et la D2. Tout le monde aime s'associer à une équipe qui gagne. Cela va bien depuis trois ans. La montée éventuelle de Courtrai ne serait pas une bonne chose pour nous. Le Club est également un concurrent mais nous avons des partenaires communs. Naessens : Heureusement, nous ne pêchons pas dans le même étang que Roulers, sur le plan commercial. Espeel : Franchement si. Tout aurait été différent si Roulers était monté il y a 20 ans mais il a échoué. Il a alors perdu beaucoup de supporters, qui ont jeté leur dévolu sur le Club. Sinon, ils nous seraient restés fidèles. Naessens : Nous pouvons améliorer notre structure, c'est clair. Luc Dhaenens est manager sportif à temps plein depuis juillet. Nous élaborons une organisation plus performante. Nous devons aussi embaucher du personnel, entre trois et six personnes en plus du staff sportif. Naessens : Je suis sponsor. Espeel : Pas moi mais j'interviens s'il le faut. Pas de manière systématique ni structurée, uniquement de temps en temps. Ce n'est pas nécessaire en D1. GEERT FOUTRÉ ET FRÉDÉRIC VANHEULE