"Cette année-là, la glorieuse Coupe des Champions, créée près d'un demi-siècle plus tôt, allait s'effacer pour faire place à une nouvelle épreuve, baptisée Ligue des Champions ", dit-il. " Par rapport à sa devancière, elle présentait un énorme avantage : dès l'instant où une équipe accédait aux poules, elle était assurée de rencontrer trois adversaires de poids, avec autant de recettes substantielles à la clé. Ce devait être le cas, pour nous, avec le Panathinaikos, l'Etoile Rouge Belgrade ainsi que la Sampdoria. Indépendamment de la billetterie, l'UEFA avait décidé aussi de rétribuer largement les divers participants en fonction des points obtenus durant cette phase à quatre d'abord, puis lors des matches à élimination directe. A l'époque, une participation à cette compétition new-look représentait une affaire de 2,5 millions d'euros. Cela peut sans doute prêter à sourire aujourd'hui, dans la mesure où une qualification similaire pèse désormais 15 millions, mais en ce temps-là, c'était pas mal d'argent malgré tout.

Seul bémol : pour se mêler au parterre des grands, il fallait déjà franchir l'un ou l'autre tours préliminaires. Et l'opposition n'était pas piquée des vers. En premier lieu, nous étions alors tombés sur les Grasshoppers Zurich, battus 0-3 chez eux avant de réaliser un partage au Parc Astrid (1-1). Mais au stade suivant, nous devions affronter un morceau autrement plus coriace, le PSV Eindhoven. A l'occasion de ce double affrontement, nous avions eu la chance de notre côté : 0-0 aux Pays-Bas et 2-0 chez nous grâce à des buts de Marc Degryse et Danny Boffin. Nous étions assurés d'empocher un joli pactole alors que notre adversaire se retrouvait, hélas, les mains vides : à ce moment-là, il n'était pas encore question d'un repêchage en Europa League. Lors de la réception d'après-match, dans nos installations, les dirigeants du club néerlandais étaient atterrés. Ils avaient réellement besoin de cette manne pour garder leur standing. Champions d'Europe en 1988, ils éprouvaient de plus en plus de difficultés à concurrencer les grosses écuries des championnats majeurs : l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne. Voire la France, qui allait s'ajouter elle aussi en tant que puissance avec l'Olympique Marseille au début des années 90.

Pour le Sporting, la situation était tout à fait pareille. Sur le plan européen, notre dernier grand fait d'armes datait du mois de mai 1990, quand nous avions disputé la finale de la Coupe des Coupes face à la Sampdoria, à Göteborg. Mais autant nous avions encore pu rivaliser, quelques années plus tôt, en Coupe de l'UEFA, face à des formations comme Benfica ou Tottenham, autant nous étions cette fois-là démunis contre une phalange qui pouvait tabler sur des individualités comme Gianluca Vialli ou Roberto Mancini. A l'échelon d'Anderlecht, il était impossible de se payer des joueurs de cette trempe. Idem pour le PSV. Chacune des parties en présence, le président Harry van Raaij et le manager sportif Kees Ploegsma pour le PSV, de même que le n°1 du RSCA, Constant Vanden Stock et moi-même étions d'accord pour dire que si rien ne changeait, nos clubs respectifs n'auraient plus jamais voix au chapitre en Europe. Et c'est à table qu'a germé le plan d'une union des forces entre les deux pays. Le mot Beneligue venait d'être prononcé là pour la première fois. Et, de manière plus personnelle, j'avais même avancé le mot Beneluxligue ou Benelligue - avec deux lettres l - car je me demandais si le Luxembourg, sans représentant de renom au plus haut niveau, ne pouvait pas être impliqué dans l'aventure. Avec sa puissance financière, le Grand-Duché pouvait être un allié de choix. Au départ, j'avais songé à 8 clubs des Pays-Bas (pour 15 millions d'habitants), 7 de la Belgique (10 millions d'habitants) et 1 du Luxembourg (400.000 habitants). Mais les interlocuteurs néerlandais étaient plutôt favorables à un concept avec un nombre similaire d'équipes de part et d'autre des Plats Pays.

L'idée a fait son chemin et, durant l'année 1996, j'ai avancé un projet au nom du Sporting. Dans mon optique, les 8 meilleurs clubs belges et hollandais pouvaient être associés au sein d'une Super League. Au bout d'une formule classique, avec matches aller et retour - 30 au total - les 4 meilleurs classés belges et hollandais étaient censés disputer, chacun de leur côté, des play-offs A, afin de désigner le champion de chaque pays, et les postes à pourvoir dans ce qui s'appelait encore, à l'époque, la Coupe de l'UEFA. Quant aux 8 autres équipes - 4 belges et 4 hollandaises- en lice en play-offs B, elles allaient tout bonnement jouer leur maintien en SuperLeague, les 3 premières belges et hollandaises conservant leur place à ce niveau, et la dernière rétrogradant en D1 belge et hollandaise. Hormis une Super League, une élite nationale continuerait à exister, dans ma conception. Pour schématiser, par rapport à la situation qui existait à l'époque, avec 18 clubs en D1 : les 8 premiers classés belges passaient en Super League et les 10 suivants étaient associées à 8 montants de D2 pour former une nouvelle D1 à 18. Aux autres étages, la procédure était la même pour garder 18 formations dans chaque série nationale. Il va de soi que cet artifice n'aurait dû avoir lieu qu'une seule fois, pour dégager une Super League et des D1, D2 et D3 à 18.

Du côté hollandais, les têtes pensantes étaient d'accord dans les grandes lignes. A la nuance près que certains plaidaient pour 10 clubs d'un côté et 6 seulement chez nous, vu la différence de population. Finalement, le dossier est resté lettre morte. Les ténors n'y voyaient rien à redire, mais les petits se sont d'emblée insurgés : une élite du football était impensable pour eux sans la présence de caïds comme Anderlecht, le Standard, le Club Bruges, Genk et Gand. Aujourd'hui, les mêmes sans-grade montent toujours aux barricades pour contrer l'idée. Reste à voir jusqu'à quand. D'année en année, la lutte est toujours plus inégale pour les clubs belges et néerlandais avec le top européen. Si la Belgique et les Pays-Bas n'unissent pas leurs forces, ils seront un jour rayés de la carte, c'est sûr ".

" C'est lors de la réception d'après-match d'un Anderlecht-PSV, en 1991, qu'a germé l'idée d'une Beneligue " - (Michel Verschueren)

"Cette année-là, la glorieuse Coupe des Champions, créée près d'un demi-siècle plus tôt, allait s'effacer pour faire place à une nouvelle épreuve, baptisée Ligue des Champions ", dit-il. " Par rapport à sa devancière, elle présentait un énorme avantage : dès l'instant où une équipe accédait aux poules, elle était assurée de rencontrer trois adversaires de poids, avec autant de recettes substantielles à la clé. Ce devait être le cas, pour nous, avec le Panathinaikos, l'Etoile Rouge Belgrade ainsi que la Sampdoria. Indépendamment de la billetterie, l'UEFA avait décidé aussi de rétribuer largement les divers participants en fonction des points obtenus durant cette phase à quatre d'abord, puis lors des matches à élimination directe. A l'époque, une participation à cette compétition new-look représentait une affaire de 2,5 millions d'euros. Cela peut sans doute prêter à sourire aujourd'hui, dans la mesure où une qualification similaire pèse désormais 15 millions, mais en ce temps-là, c'était pas mal d'argent malgré tout. Seul bémol : pour se mêler au parterre des grands, il fallait déjà franchir l'un ou l'autre tours préliminaires. Et l'opposition n'était pas piquée des vers. En premier lieu, nous étions alors tombés sur les Grasshoppers Zurich, battus 0-3 chez eux avant de réaliser un partage au Parc Astrid (1-1). Mais au stade suivant, nous devions affronter un morceau autrement plus coriace, le PSV Eindhoven. A l'occasion de ce double affrontement, nous avions eu la chance de notre côté : 0-0 aux Pays-Bas et 2-0 chez nous grâce à des buts de Marc Degryse et Danny Boffin. Nous étions assurés d'empocher un joli pactole alors que notre adversaire se retrouvait, hélas, les mains vides : à ce moment-là, il n'était pas encore question d'un repêchage en Europa League. Lors de la réception d'après-match, dans nos installations, les dirigeants du club néerlandais étaient atterrés. Ils avaient réellement besoin de cette manne pour garder leur standing. Champions d'Europe en 1988, ils éprouvaient de plus en plus de difficultés à concurrencer les grosses écuries des championnats majeurs : l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne et l'Allemagne. Voire la France, qui allait s'ajouter elle aussi en tant que puissance avec l'Olympique Marseille au début des années 90. Pour le Sporting, la situation était tout à fait pareille. Sur le plan européen, notre dernier grand fait d'armes datait du mois de mai 1990, quand nous avions disputé la finale de la Coupe des Coupes face à la Sampdoria, à Göteborg. Mais autant nous avions encore pu rivaliser, quelques années plus tôt, en Coupe de l'UEFA, face à des formations comme Benfica ou Tottenham, autant nous étions cette fois-là démunis contre une phalange qui pouvait tabler sur des individualités comme Gianluca Vialli ou Roberto Mancini. A l'échelon d'Anderlecht, il était impossible de se payer des joueurs de cette trempe. Idem pour le PSV. Chacune des parties en présence, le président Harry van Raaij et le manager sportif Kees Ploegsma pour le PSV, de même que le n°1 du RSCA, Constant Vanden Stock et moi-même étions d'accord pour dire que si rien ne changeait, nos clubs respectifs n'auraient plus jamais voix au chapitre en Europe. Et c'est à table qu'a germé le plan d'une union des forces entre les deux pays. Le mot Beneligue venait d'être prononcé là pour la première fois. Et, de manière plus personnelle, j'avais même avancé le mot Beneluxligue ou Benelligue - avec deux lettres l - car je me demandais si le Luxembourg, sans représentant de renom au plus haut niveau, ne pouvait pas être impliqué dans l'aventure. Avec sa puissance financière, le Grand-Duché pouvait être un allié de choix. Au départ, j'avais songé à 8 clubs des Pays-Bas (pour 15 millions d'habitants), 7 de la Belgique (10 millions d'habitants) et 1 du Luxembourg (400.000 habitants). Mais les interlocuteurs néerlandais étaient plutôt favorables à un concept avec un nombre similaire d'équipes de part et d'autre des Plats Pays. L'idée a fait son chemin et, durant l'année 1996, j'ai avancé un projet au nom du Sporting. Dans mon optique, les 8 meilleurs clubs belges et hollandais pouvaient être associés au sein d'une Super League. Au bout d'une formule classique, avec matches aller et retour - 30 au total - les 4 meilleurs classés belges et hollandais étaient censés disputer, chacun de leur côté, des play-offs A, afin de désigner le champion de chaque pays, et les postes à pourvoir dans ce qui s'appelait encore, à l'époque, la Coupe de l'UEFA. Quant aux 8 autres équipes - 4 belges et 4 hollandaises- en lice en play-offs B, elles allaient tout bonnement jouer leur maintien en SuperLeague, les 3 premières belges et hollandaises conservant leur place à ce niveau, et la dernière rétrogradant en D1 belge et hollandaise. Hormis une Super League, une élite nationale continuerait à exister, dans ma conception. Pour schématiser, par rapport à la situation qui existait à l'époque, avec 18 clubs en D1 : les 8 premiers classés belges passaient en Super League et les 10 suivants étaient associées à 8 montants de D2 pour former une nouvelle D1 à 18. Aux autres étages, la procédure était la même pour garder 18 formations dans chaque série nationale. Il va de soi que cet artifice n'aurait dû avoir lieu qu'une seule fois, pour dégager une Super League et des D1, D2 et D3 à 18. Du côté hollandais, les têtes pensantes étaient d'accord dans les grandes lignes. A la nuance près que certains plaidaient pour 10 clubs d'un côté et 6 seulement chez nous, vu la différence de population. Finalement, le dossier est resté lettre morte. Les ténors n'y voyaient rien à redire, mais les petits se sont d'emblée insurgés : une élite du football était impensable pour eux sans la présence de caïds comme Anderlecht, le Standard, le Club Bruges, Genk et Gand. Aujourd'hui, les mêmes sans-grade montent toujours aux barricades pour contrer l'idée. Reste à voir jusqu'à quand. D'année en année, la lutte est toujours plus inégale pour les clubs belges et néerlandais avec le top européen. Si la Belgique et les Pays-Bas n'unissent pas leurs forces, ils seront un jour rayés de la carte, c'est sûr "." C'est lors de la réception d'après-match d'un Anderlecht-PSV, en 1991, qu'a germé l'idée d'une Beneligue " - (Michel Verschueren)