A de nombreuses reprises, cette saison, la speakerine du Stadium Nord de Villeneuve-d'Ascq s'est extasiée en hurlant dans son micro : - ButpourleLOSC, inscritparle numéro 14, Peter... Et les supporters de reprendre en ch£ur : - Odemwingie ! 14, c'est aussi le nombre de fois où l'ancien attaquant nigérian des Loups a trompé le gardien adverse dans le championnat de France. Cela peut paraître peu, mais dans cette Ligue 1 où les matches sont souvent très fermés, ce total le place au rang de meilleur buteur de Lille et de deuxième buteur du championnat de France, à égalité avec Fred (Lyon, 14 également) et derrière l'inamovible Pauleta du Paris Saint-Germain (21). " Mais le Portugais a joué beaucoup plus que moi ", précise Odemwingie. " Si l'on établit le rapport entre le nombre de buts inscrits et le nombre de minutes passées sur la pelouse, je crois que j'arrive largement en tête ".
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A de nombreuses reprises, cette saison, la speakerine du Stadium Nord de Villeneuve-d'Ascq s'est extasiée en hurlant dans son micro : - ButpourleLOSC, inscritparle numéro 14, Peter... Et les supporters de reprendre en ch£ur : - Odemwingie ! 14, c'est aussi le nombre de fois où l'ancien attaquant nigérian des Loups a trompé le gardien adverse dans le championnat de France. Cela peut paraître peu, mais dans cette Ligue 1 où les matches sont souvent très fermés, ce total le place au rang de meilleur buteur de Lille et de deuxième buteur du championnat de France, à égalité avec Fred (Lyon, 14 également) et derrière l'inamovible Pauleta du Paris Saint-Germain (21). " Mais le Portugais a joué beaucoup plus que moi ", précise Odemwingie. " Si l'on établit le rapport entre le nombre de buts inscrits et le nombre de minutes passées sur la pelouse, je crois que j'arrive largement en tête ". Peter, qui a entamé sa carrière européenne au Tivoli, est devenu la coqueluche des supporters du LOSC. Mais le succès ne lui monte pas à la tête. Il a gardé toute sa simplicité et n'a pas oublié ses premiers pas à La Louvière. " Je débarquais du club nigérian de Bendel Insurance ", se souvient-il. " Et je n'avais aucune expérience professionnelle en Europe. J'avais 20 ans et La Louvière représentait sans doute la transition idéale : c'était un club modeste mais ambitieux, où l'ambiance était familiale et où j'ai pu progresser sous la direction d'un très bon coach, ArielJacobs. Il a eu du pain sur la planche avec moi, car j'avais encore de grosses lacunes qu'il fallait corriger, mais j'ai progressé grâce à un travail quotidien. Je me suis retrouvé avec d'autres jeunes joueurs qui sont devenus des amis, comme Michael Klukowski et Manasseh Ishiaku. Je n'ai pas beaucoup brillé durant ma première saison, mais la victoire en Coupe de Belgique restera gravée comme l'un des meilleurs souvenirs de ma carrière. J'ai toujours conservé la réplique miniature du trophée sur une armoire, dans mon appartement. A l'époque, je n'étais pas considéré comme un buteur. J'ai d'ailleurs souvent évolué sur le flanc droit. Je manquais de sang-froid lorsque je me présentais face à un gardien et je loupais souvent l'occasion. Pour comprendre, il faut se replacer dans le contexte d'une carrière qui débutait. Je devais encore tout découvrir et j'étais tout excité à l'idée de fouler les pelouses européennes. La première fois que j'ai évolué dans des stades comme ceux d'Anderlecht, du Standard, de Bruges ou de Genk, j'étais impressionné. Ma deuxième saison fut meilleure et cela m'a valu un transfert vers le LOSC. Là aussi, ma première saison fut celle de l'apprentissage, puis j'ai explosé. Claude Puel a poursuivi le travail d'Ariel Jacobs. Il a perfectionné d'autres facettes de mon jeu. J'avais déjà une bonne passe dans les pieds, mais elle était encore perfectible. Je suis devenu plus calme devant le but, j'ai appris à temporiser et à attendre que le gardien se couche pour frapper, bref j'ai assimilé les gestes du buteur. J'ai aussi appris à bien demander le ballon, à m'engouffrer dans l'espace au moment le plus judicieux. C'est l'un des points essentiels si l'on veut s'imposer à Lille, car l'équipe évolue souvent en 4-5-1 et je me retrouve alors seul en pointe. Je dois tabler sur ma vitesse, mais la vitesse seule ne suffit pas à ce niveau : il faut aussi une bonne technique en mouvement, une bonne compréhension du jeu. En fait, depuis quatre ans, j'ai suivi une progression linéaire. Je suis devenu meilleur chaque année. J'ai beaucoup travaillé et j'en récolte aujourd'hui les fruits. J'avais été un peu déçu par ma première saison en France, car je n'avais inscrit que six buts, et je m'étais juré de faire mieux cette saison-ci. L'objectif a été atteint. En fait, je ne suis pas vraiment surpris. Je trouve tout cela... logique. Au départ, j'ai dû m'acclimater à un championnat plus relevé, j'ai dû apprendre à connaître mes nouveaux partenaires. Je ne vous apprendrai rien en affirmant que le championnat de France est d'un niveau supérieur au belge, à tous les niveaux : physique, technique, infrastructures. Mais, malgré tout, le fossé n'est pas aussi énorme que certains veulent bien le dire ". Si Odemwingie s'est retrouvé à Lille, c'est parce qu'il avait été recalé en Angleterre pour une question administrative. " En août 2004, j'avais effectué des tests avec Fulham et Blackburn ", se souvient-il. " Ils s'étaient révélés positifs mais les clubs n'avaient pas pu m'engager parce que, en tant que joueur extracommunautaire, je ne comptabilisais pas assez de sélections en équipe nationale ". Ce fut peut-être un bienfait pour la carrière du Nigérian, qui n'a pas dû brûler les étapes et qui a pu poursuivre son apprentissage sous la houlette du professeur Claude Puel. On raconte que l'entraîneur du LOSC s'est parfois montré très dur avec lui. " Vous savez, Puel est dur avec tout le monde. Je ne forme pas une exception à la règle. Mais c'est aussi un homme droit et intègre, qui connaît son métier et qui est capable d'apprendre beaucoup à ses joueurs. De ce point de vue là, il y a certaines similitudes avec Ariel Jacobs ". Dans le système utilisé par Lille, le rôle d'un attaquant n'est pas facile et Odemwingie a dû s'y habituer. " La saison dernière, je n'ai pas marqué beaucoup, mais je pense malgré tout avoir aidé l'équipe à atteindre la deuxième place du classement. Lorsque je suis arrivé à Lille, à deux jours de la clôture de la période des transferts, le championnat avait déjà débuté et l'équipe n'avait remporté aucun de ses quatre ou cinq premiers matches. J'ai joué pour la première fois contre Nice, un match qui s'est soldé par une première victoire, et à partir de là, on a été lancé. Notre style de jeu s'appuie sur une bonne défense, mais on ne peut pas le critiquer puisqu'il a donné des résultats. Grâce au partage ramené de Rennes il y a dix jours, on s'est qualifié pour la deuxième fois d'affilée pour la Ligue des Champions. Pour un club comme Lille, c'est inespéré ". De sa première expérience en C1, cette saison, Peter gardera un souvenir indélébile. Avec, notamment, trois matches au Stade de France où le LOSC a battu le record historique d'assistance des clubs français en Coupe d'Europe. Plus de 70.000 spectateurs, c'est encore autre chose que les grands stades belges. " Certes, mais aujourd'hui, j'ai franchi le cap. Je ne suis plus impressionné par la foule. J'ai acquis de l'expérience, j'ai davantage confiance en moi. Ce sont surtout les performances sportives que je retiens. Jouer la Ligue des Champions, c'était comme un rêve qui devenait réalité. J'avais toujours suivi les matches comme téléspectateur sur mon petit écran, et là, je devenais acteur. Le simple fait de pénétrer sur la pelouse au son de l'hymne caractéristique de la C1 m'a donné la chair de poule. Là, je me suis rendu compte de tout le chemin parcouru. Le premier match au Stade de France, contre Villarreal, fut très spécial. J'étais très fier d'y avoir participé, même s'il s'était terminé sur un 0-0. Un autre grand moment, ce fut le match à Old Trafford, que j'ai commencé comme titulaire. Lille est encore une équipe inexpérimentée à ce niveau, mais on a obtenu de très bons résultats puisqu'on n'a loupé la qualification pour les huitièmes de finale que lors de la dernière journée, en perdant à Villarreal. D'aucuns ont prétendu que c'était un groupe peu relevé, mais je constate que Manchester United a terminé dernier, que Villarreal a atteint les demi-finales et que Benfica a sorti Liverpool, qui était le tenant de l'épreuve ". Du championnat de France de Ligue 1, Peter retient surtout les deux confrontations face au quintuple champion lyonnais. " Lille est la seule équipe à avoir battu Lyon à deux reprises : 1-3 à Gerland et 4-0 à Villeneuve-d'Ascq ". Les performances de Peter Odemwingie ne sont pas passées inaperçues à l'étranger et son nom a parfois été cité en rapport avec d'autres clubs, mais il restera à Lille. " J'ai prolongé mon contrat pour quatre années supplémentaires ", annonce-t-il. " J'ai lu, moi aussi, des articles de journaux où mon nom avait été cité dans l'optique d'un transfert, mais je me sens bien au LOSC. Je suis à quelques kilomètres de la Belgique, je joue dans l'un des meilleurs clubs de Ligue 1 et je participe à la Ligue des Champions. Que demander de plus ? Lille n'a pas le prestige du Paris Saint-Germain ou de Marseille, mais pour rien au monde, je n'échangerais le LOSC pour le PSG ou l'OM. Ni pour aucune autre formation française, d'ailleurs. On a une bonne et jeune équipe. La plupart des autres jeunes joueurs ont également prolongé leur contrat. On devrait donc garder la même ossature au cours des deux ou trois saisons à venir, ce qui nous permettra de nourrir de grandes ambitions. Il y a aussi un projet de nouveau stade. J'ai envie de continuer à grandir avec ce club. Même si cela ne m'empêche pas de continuer à rêver de l'Angleterre. Quel est le joueur qui n'aimerait pas évoluer en PremierLeague ? Mais j'ai le temps. J'ai encore beaucoup à apprendre et il est peut-être préférable que je continue à progresser en France, pendant deux ou trois saisons, avant de franchir la Manche ". Il y a tout de même un point noir pour Peter cette saison : l'élimination du Nigeria, qui ne participera pas à la Coupe du Monde. " C'est incroyable, alors qu'on a peut-être la... meilleure ligne d'attaque du monde ", soupire- t-il. " ObefanmiMartins, qui joue à l'Inter Milan, il faut se le farcir. Malheureusement, on était tombé dans un groupe qui comprenait des déplacements dans des pays lointains et parfois difficiles d'accès, comme le Gabon, le Rwanda et l'Angola, et plusieurs joueurs qui évoluent dans des grands clubs européens ont décliné l'invitation. On a donc rarement évolué avec notre équipe-type et on s'est fait chiper la première place du groupe par l'Angola. On n'a perdu qu'un match, en Angola précisément, mais cela nous coûte la qualification. Avec tout le respect que j'ai pour les PalancasNegras, on avait une meilleure équipe. Mais on ne peut s'en prendre qu'à nous-mêmes. On a sans doute sous-estimé certaines nations et on a pensé qu'on allait se qualifier même avec une équipe décimée. Hélas, ce ne fut pas le cas. C'est râlant, d'autant que pour moi, s'il y avait un moment idéal pour participer à la Coupe du Monde, c'était maintenant. Je suis dans la pleine force de l'âge. J'avais déjà accompagné l'équipe au Japon, mais seulement en qualité de réserviste, alors que cette fois-ci, j'aurais pu briguer une place de titulaire. En outre, on avait une très bonne équipe et je crois qu'on aurait pu aller assez loin. Ce sera très dur de regarder les matches à la télévision. Le seul point positif, dans l'affaire, c'est que je vais pouvoir... partir en vacances pour la première fois depuis quatre ans. Les autres années, il y avait toujours des matches à jouer avec le Nigeria. En 2002, c'était la Coupe du Monde au Japon. En 2003, deux matches de qualification. Idem en 2004 et en 2005. Le calendrier international est très mal fait. Les joueurs n'ont pas l'occasion de se reposer. Les fédérations devraient pourtant savoir qu'après une longue saison, les footballeurs ont besoin de repos et que le mois de juin est pratiquement le seul où ils ont la possibilité de décompresser. Malgré cela, on continue à programmer des matches de l'équipe nationale durant cette période-là ". Cet été, Peter profitera de quelques semaines libres pour aller voir sa famille, au Nigeria mais aussi en Russie, puisqu'il est né d'un père nigérian et d'une mère russe. Il continue à suivre le championnat de Belgique. " Je peux capter les chaînes belges et j'aime toujours beaucoup votre pays. J'y reviens d'ailleurs régulièrement le week-end. J'ai appris avec regret la descente des Loups. C'est un club qui restera dans mon c£ur. A l'époque où je jouais au Tivoli, la RAAL ne roulait pas sur l'or mais on était toujours payés à heure et à temps, alors que j'entendais qu'ailleurs, il y avait parfois des retards de paiement de trois ou quatre mois. Des craintes avaient déjà surgi à l'époque pour l'obtention de la licence, mais on l'avait toujours obtenue. Ce fut une surprise pour moi d'entendre que la commission des licences la refusait cette fois-ci ". DANIEL DEVOS, ENVOYÉ SPÉCIAL À LILLE