Quand l'idée a-t-elle germé dans votre esprit?

Très tôt. En fait, j'avais entamé la saison actuelle en me disant que ce serait ma dernière à la tête de Charleroi. Encore fallait-il convaincre Eric Somme d'accepter de cesser la collaboration.
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Très tôt. En fait, j'avais entamé la saison actuelle en me disant que ce serait ma dernière à la tête de Charleroi. Encore fallait-il convaincre Eric Somme d'accepter de cesser la collaboration.Sans doute. Les bons résultats du début de saison avaient repoussé mes préoccupations à l'arrière-plan. Les défaites subies lors du deuxième tour m'ont poussé à me remettre en question et à analyser les manquements de cette équipe, qui ne datent pas d'aujourd'hui mais étaient déjà perceptibles depuis deux ou trois ans. Un nouvel entraîneur, qui confirmera certainement une grande partie de mes conclusions, incitera peut-être Eric Somme à reconsidérer certaines de ses positions.Des erreurs ont été commises. Le basket a évolué, et l'équipe de Charleroi, telle qu'elle est composée actuellement, rencontre des problèmes. Les contrats à longue durée ont fait leur temps. Avec l'arrêt Bosman, se prémunir contre des départs trop fréquents est certes une nécessité, mais de là à lier les joueurs avec des contrats de cinq ans et plus, il y a une marge. En agissant de la sorte, à long terme, on porte préjudice à l'équipe.Pas de critiques!Il m'est très difficile, étant donné les relations qui nous unissent et tout ce que nous avons vécu ensemble, de critiquer Eric Somme. Mais, effectivement, je trouverais dommage que le nouveau coach ne soit pas consulté dans le choix d'un nouveau distributeur ou du pivot dominateur dont Charleroi a un urgent besoin.Ces 14 années de coaching m'ont valu énormément de satisfactions. Hormis lors de la première saison à Pepinster, ce furent des playoffs chaque année, souvent des finales. Des matches au couteau, où l'erreur n'est pas permise.Je suis précoce dans tout: j'ai commencé à 24 ans et je prends ma pré-pension à 38 ans (il rit)! Sérieusement, j'ai simplement sauté sur une occasion qui s'est présentée. J'avais repris le coaching de Pepinster lors des barrages pour le maintien et j'ai réussi à sauver le club. La direction m'a proposé de continuer. J'ai décidé d'arrêter de jouer et je ne l'ai jamais regretté. J'ai succédé au duo André Smets-Bernard Dubois. Les Spirous évoluaient encore à la Garenne. La progression fut constante. Lors de ma première saison, Charleroi a disputé la demi-finale des playoffs contre Malines. La saison suivante, Charleroi a éliminé Malines en demi-finale, mais a échoué en finale contre Ostende. En 1995, lorsque Malines a mis la clef sous le paillasson, nous avons eu l'occasion de transférer Eric Struelens et Matt Beeuwsaert, puis Jacques Stas un an plus tard. Cela nous a permis de franchir un palier et de devenir le club phare en Belgique. Le premier doublé Coupe-championnat fut réalisé en 1996. Eric Struelens n'est hélas resté qu'un an. Son départ nous a obligés à modifier nos plans mais n'a pas empêché la conquête de quatre titres consécutifs. Au terme du quatrième, s'est hélas produit un événement dont on n'a pas suffisamment mesuré l'importance: l'accident de voiture de David Desy. La fatalité a voulu que, durant l'année de rééducation de David, Jacques Stas a lui-même connu une saison noire au niveau des blessures. Il aurait fallu engager un meneur de jeu américain. Nous ne l'avons pas fait, ce fut une erreur.Exactement. Cela peut, à la limite, se concevoir dans le cas d'un coach, mais pas dans le cas des joueurs. Pour maintenir l'équipe au niveau le plus élevé, la raison doit parfois prévaloir sur les sentiments.Ostende était trop fortOui. Néanmoins, et contrairement à l'avis général, j'estime que les résultats obtenus la saison dernière furent fantastiques. Nous avons simplement échoué deux fois en finale (Coupe et championnat) contre une équipe d'Ostende qui nous était supérieure dans tous les compartiments.Un concours de circonstances a joué en faveur des Côtiers et leur a permis de rebâtir une équipe, au moins aussi forte que celle de la saison dernière, si pas supérieure. Au départ, Ostende devait perdre à la fois J.R. Holden, Virginijus Praskevicius et Tomas Van den Spiegel. Le Lituanien n'est pas parti à Malaga parce que la Ligue Espagnole a refusé d'assimiler les joueurs de l'Est à des "Bosman" et le Joueur de l'Année 2001 s'est blessé à Bologne. Les deux joueurs sont donc revenus à Ostende et se sont joints à Teo Cizmic et Andrius Giedraitis, qui avaient été transférés dans l'optique de leur départ. Ostende est une belle machine.Probablement, mais pas la belle-mère du nouveau coach. Pas question de me mêler de la sélection, ni de pénétrer dans les vestiaires à la première défaite pour lui faire la leçon. S'il me le demande, c'est différent.Charleroi travaille également avec les jeunes et la Gilly School est aussi performante que l'Ajax School. Pourquoi les jeunes d'Ostende ont-ils reçu leur chance en équipe Première? Parce qu'il y a trois ans, il y avait eu un exode de six ou sept éléments de base, et que Lucien Van Kersschaever avait décidé de lancer des jeunes dans la bagarre. Il a eu la chance de pouvoir les encadrer par des Américains de la trempe de J.R. Holden et Ralph Biggs. La sauce a pris. Chapeau à Lucien. Mais l'éclosion de ces jeunes n'a pas empêché Ostende d'engager des joueurs étrangers au prix fort ces deux dernières années. Je ne vois pas où se situe la différence avec Charleroi.Daniel Devos