06 h 15 - de Staden au Schorre

Oostnieuwkerke, village de la commune de Staden. Il n'est pas encore six heures quart du matin que Fred Vanderbiest est déjà dans sa voiture. " Normalement, je pars encore une demi-heure plus tôt ", rigole ce lève-tôt. " Et je vais souvent dormir vers 21 h 30, jamais plus tard que 22 heures. Je ne regarde pratiquement pas la télévision. " Nous sommes partis pour une quarantaine de kilomètres à travers les villages endormis et les champs, sur des routes dont Vanderbiest connaît le moindre virage par coeur.
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Oostnieuwkerke, village de la commune de Staden. Il n'est pas encore six heures quart du matin que Fred Vanderbiest est déjà dans sa voiture. " Normalement, je pars encore une demi-heure plus tôt ", rigole ce lève-tôt. " Et je vais souvent dormir vers 21 h 30, jamais plus tard que 22 heures. Je ne regarde pratiquement pas la télévision. " Nous sommes partis pour une quarantaine de kilomètres à travers les villages endormis et les champs, sur des routes dont Vanderbiest connaît le moindre virage par coeur. Le Bruxellois est détendu. Son équipe a pris quatorze points au premier tour, elle occupe la douzième place au classement général et cela le satisfait. " Avant le championnat, tout le monde nous attendait à la place que Mons occupe actuellement, bon dernier. Nous étions le vilain petit canard, presque aucun joueur n'avait d'expérience au plus haut niveau. Les joueurs ont lu tout ça, bien sûr. Moi, quand je jouais, cela ne me tracassait pas. Vingt-sept fois, on a dit que j'étais fini. Trop lent, trop ceci, trop cela, et patati, et patata... Mais j'ai quand même disputé plus de cent 100 matches en D1 et presque 300 en D2 (il rit). La critique me rendait plus fort mais manifestement, ce n'est plus le cas de la plupart des jeunes d'aujourd'hui. " Il n'empêche qu'en début de saison, Vanderbiest s'est parfois montré très dur envers ses joueurs. Après la défaite face au Cercle, notamment, lorsqu'il déclara à la télévision en avoir marre que certains ne respectent pas les consignes sur les phases arrêtées. " Mes joueurs ne comprennent pas et sont têtus ", avait-il dit. Aujourd'hui, il ne regrette rien. Pour trois raisons. " Primo, nous avons passé beaucoup de temps sur ce genre de phases. Nous y avons travaillé presque chaque jour. Secundo, les joueurs et les consultants peuvent donner leur avis, jamais les entraîneurs. C'est fou, ça, non ? Tertio, quand je jouais, c'est avec deux entraîneurs hollandais que je me suis senti le mieux : Johan Boskamp et Dennis van Wijk. Des gars directs, qui te mettaient le nez dedans. " Complexe sportif DeSchorre. Le parking est désert, Vanderbiest range sa voiture à sa place habituelle, juste à côté de l'entrée. " Les joueurs ont monté la tête de Nicaise Kudimbana pour qu'il se gare à ma place mais il va falloir qu'il se lève très tôt, alors ", rigole-t-il. Sans regarder, il trouve la clef du grillage et celle des vestiaires. Pour lui, c'est la routine. Il branche sa connexion internet, démarre son ordinateur, met de l'eau dans sa Senseo, range les vêtements non numérotés du staff technique à la bonne place, allume la radio... Son bureau est petit et peu confortable. " Mes deux adjoints, qui travaillent à mi-temps, n'arrivent que l'après-midi. Donc, pour le moment, il y a un peu plus de place (il rit). On fait avec les moyens du bord mais ça marche. " Vanderbiest prépare son entraînement. Au mur, un cadre avec quatre feuilles A4 : le programme des matches des Espoirs, les plans d'entraînement de l'équipe première, les zones d'entraînement individuelles de chaque joueur et le calendrier des A avec un titre qui en dit long : Objectif = 14e place. " Avant le début de saison, nous avions calculé qu'il faudrait 26 points pour éviter les play-offs III ", explique Vanderbiest. Tout en bas de la feuille, on peut encore lire : -Troispointstouslestroismatches. Parsériedequatre àsixpoints = unjourdecongé. Entreseptetneufpoints : unjourdeplus. Il n'y a donc pas eu de vacances après le trois sur neuf contre Anderlecht, Courtrai et Mons ? " Si ! Après le 2-0 à Mons, j'ai accordé deux jours aux joueurs. Les semaines précédentes avaient été intenses et certains présentaient de petits bobos. Il ne faut pas se montrer trop strict non plus, hein. " A huit heures arrivent Cédric Berthelin, à la fois gardien et entraîneur des gardiens, ainsi que Bart Brackez. " Je connais Fred depuis très longtemps déjà. Je l'ai massé par le passé, tout comme Ivan Perisic. " Le citoyen de Kortemark a travaillé pour le compte des équipes cyclistes T-Mobile, Cofidis, Team Columbia et US Postal, où il a préparé les cuisses et les mollets de Frank Vandenbroucke, Lance Armstrong, Thor Hushovd et Jan Ullrich. Depuis cette saison il est le soigneur et bien plus encore de l'équipe côtière. Ainsi, c'est lui qui amène le petit-déjeuner dans le vestiaire. " A six heures, déjà, je beurrais des sandwiches. Cinquante ! ", rigole Brackez, qui avait découvert et fut le mentor de Mark Cavendish. En 2006, c'est lui qui lui avait permis de signer un contrat de stagiaire chez T-Mobile. Tout le monde est pile à l'heure. Même Tom Van Imschoot, venu... en train. " Il habite à Zoutleeuw, à près de 180 km. En voiture, ce n'est pas possible. Quand j'ai commencé à jouer à Roulers, je venais chaque jour de Dilbeek mais après six mois, j'ai déménagé : c'était beaucoup trop fatigant. " Les joueurs d'Ostende sont des garçons polis. Chacun passe par le bureau du coach, où le directeur sportif Luc Devroe et le team manager Rik Coucke sont aussi arrivés. Jordan Lukaku s'entend dire que, vendredi, c'est lui qui devra offrir le repas. " Il est arrivé en retard avant le match contre Anderlecht et j'en ai discuté avec quelques joueurs : fallait-il l'écarter ou lui infliger une punition administrative ? Tout le monde savait qu'il voulait jouer contre son ancien club. Il a d'ailleurs livré un très gros match. Après la partie, j'ai d'ailleurs dit à Geert Emmerechts (l'adjoint de John van den Brom, ndlr) que le meilleur joueur d'Anderlecht portait le maillot d'Ostende (il rit). " Avant l'entraînement, les joueurs avalent leur sandwich. " Okay, boys ", lance Vanderbiest, indiquant ainsi à ses joueurs que c'est l'heure de sortir. Il revient encore brièvement sur le match de Mons, passe en revue le programme du jour et du reste de la semaine, discute un peu de tout et de rien avant d'aborder les choses sérieuses. Tandis que ses hommes travaillent l'endurance, il explique : " J'ai dû momentanément mettre sur le banc un certain nombre de joueurs avec lesquels je travaille depuis plusieurs années. C'est difficile pour moi aussi car, si j'entraîne aujourd'hui en D1, c'est en partie grâce à eux. Mais l'inverse est vrai aussi. Yohan Broeckaert, par exemple, a inscrit onze buts et délivré plus de quinze assists la saison dernière mais il n'a presque pas joué au cours des trois derniers matches. Je comprends sa déception mais il ne doit pas la montrer de façon trop ostensible car la semaine prochaine, ce sera peut-être au tour de quelqu'un d'autre de s'effacer. Le bonheur des uns fait le malheur des autres. " Les gardiens s'entraînent à part. Vanderbiest observe attentivement le Gabonais Didier Ovono, qui est en test. Les deux terrains d'entraînement sont également passés au peigne fin. Ils sont bosselés et l'herbe est trop haute. " L'an prochain, nous devrions disposer d'un grand terrain clôturé qui sera entretenu par quelqu'un du club. " Le T1 doit se rendre au secrétariat, à l'Albertparkstadion, où il serre vigoureusement la main de chaque collaborateur. " Il faut que j'imprime quelque chose ", dit-il en montrant fièrement les statistiques : " Vingt-deux cartes jaunes et une rouge ! C'est peu, hein ? " Dehors, il pleut. La côte fait grise mine mais il ne se plaint pas. Il est satisfait de son noyau, surtout depuis que Marc Coucke y a ajouté Franck Berrier, Fernando Canesin, Jonathan Wilmet, Jordan Lukaku, Ádám Vass et Peter Sladek. " Nous jouons de mieux en mieux et nous sommes plus stables sur le plan défensif. Au cours des trois derniers matches, nous n'avons pratiquement pas concédé d'occasions. " Après un mauvais départ (2 sur 21), Ostende a pris un point à Gand et a battu Charleroi à domicile avant de sombrer à Waasland Beveren et contre Courtrai. Mais les joueurs ont continué à se battre. " Nous nous sommes imposés 0-2 au Lierse, où nous avions pratiquement le couteau sur la gorge. Nous avons répondu présents lorsqu'il le fallait vraiment. Berrier, Lukaku et Canesin ont dû s'adapter à notre jeu car ils venaient de clubs qui avaient pratiquement 60 à 65 % de possession de balle. Une grosse différence avec Ostende. " " La leçon la plus importante que je retiens de ces quinze premiers matches, c'est que nous devons toujours jouer sur nos qualités, comme la saison dernière. Au Cercle et à Waasland, nous avons adapté notre jeu et ce furent nos deux plus mauvais matches. Ce n'est pas un hasard. Nous ne devons donc plus le faire, même si, contre les tout grands, nous risquons de tomber sur un bec de gaz. Comme face à Anderlecht. " Eddy Van Stechelman, le responsable du catering, sert le repas de midi : filet de poisson sauce tomate, poulet, spirelli, petits pois et légumes frais. Les joueurs rangent, "jouent" sur leur GSM ou au poker. Notre photographe veut prendre quelques clichés. Vanderbiest regarde la table de poker et approuve : " Quinze des vingt-quatre joueurs à la même table, ça en dit long sur l'esprit de groupe. Quand je vois ce que Berrier nous apporte, je me dis que c'est aussi dû à l'ambiance familiale. Ces joueurs savent d'où ils viennent. Ce sont des bosseurs qui sont heureux de pouvoir jouer en D1. Comme je l'étais à mon époque. Pour Lukaku (19) et Canesin (21), l'adaptation n'était pas évidente. Eux, ils considéraient le fait d'être prêtés par Anderlecht comme un échec. L'encadrement est différent : ils passent d'une Jaguar à une 2 CV. Ce fut surtout difficile pour Jordan. Il est le plus jeune, un peu plus fou-fou mais il a beaucoup évolué sur ce plan. Les joueurs amenés par Marc Coucke nous apportent de la qualité mais ne nuisent pas à nos valeurs : mentalité et discipline. Sans quoi nous aurions un problème. " Retour à De Schorre, où les adjoints (David Colpaert et Jordi Lemiengre) s'apprêtent. Le trio décide des exercices à effectuer tandis que le médecin, Chris Goossens, parcourt les rapports médicaux. " Déchirure de plus de 2 cm pour Wilmet : incroyable ! Et il a joué trois matches avec ça ", dit Vanderbiest. Le vestiaire est beaucoup trop petit pour le staff technique et le staff médical. " Le club a beaucoup changé : un docteur, un directeur sportif, un directeur commercial, un manager du marketing, un public relations... Et pendant la trêve, nous partirons pour la première fois en stage à Marbella. Tous ces investissements entraînent davantage de pression pour le staff et les joueurs. " Deuxième séance d'entraînement de la journée. L'ambiance est détendue et Vanderbiest semble proche de ses joueurs. " Mais ne vous y trompez pas : ils n'ont peut-être pas l'impression d'avoir beaucoup travaillé mais, à en croire les cardiofréquencemètres, nous sommes même allés un peu dans le rouge. " Sur le bord du terrain, Eric et Mia suivent l'entraînement. Tous les jours, ils sont là. Ils tracent les lignes, lavent les équipements... Le club a mis à leur disposition trois sèche-linge et deux machines à lessiver, dont une vient de rendre l'âme. " Mais ce n'est pas suffisant : nous en avons acheté nous-mêmes. " Ils ne tarissent pas d'éloge sur "leur" entraîneur. " Avant lui, c'était le bordel ici. Dans le vestiaire, il y avait une grande manne dans laquelle chacun jetait son linge sale. Impossible de la porter ! ", dit Mia. " Maintenant, chaque joueur doit nous apporter lui-même son panier. " C'est l'heure du retour. Vanderbiest jette encore un oeil sur le programme de la fin de l'année : des matches à domicile contre Genk, le CS Bruges et Lokeren ; des déplacements au Club Bruges, à Oud Heverlee Louvain et à Zulte Waregem. Peu après la trêve, Ostende se déplace à Sclessin. " C'est un programme difficile mais après, ces matches seront derrière nous. Avant la saison, je misais sur un point par match. Nous y sommes presque. Encore cinq victoires et nous serons sauvés. " Sa longue journée est pratiquement terminée. " Je trouve que c'est plus gai d'entraîner que de jouer. " Douze heures après son départ, il rentre chez lui et constate que son épouse, qui tient une fiduciaire, n'est pas encore rentrée. On travaille dur, chez les Vanderbiest... PAR CHRIS TETAERT - PHOTOS: IMAGEGLOBE" J'ai dû écarter des gars qui m'ont permis d'être entraîneur en D1. C'est pas toujours facile pour moi non plus, tous les jours. " Fred Vanderbiest " Après le match contre Anderlecht, j'ai dit à Geert Emmerechts que leur meilleur joueur était chez nous : Jordan Lukaku. " Fred Vanderbiest