Hambourg, qui a peut-être le plus beau stade du Mondial, avait un peu l'accent belge le week-end dernier. On y a même parlé de nous dès jeudi : Oguchi Onyewu, qui devait rencontrer la presse internationale dans l'hôtel qu'occupent les Américains en plein centre de la ville, a finalement déclaré forfait. Le coach US, Bruce Arena, resta fort mystérieux à propos de cette absence. On sut très vite que le géant du Standard était en pleines tractations pour son transfert en Angleterre. Son entraîneur voulait clairement le protéger et se contenta de signaler, sourire en coin, qu'Onyewu avait pris une nouvelle dimension au cours des derniers mois dans notre championnat et qu'il était devenu un des plus forts piliers de l'équipe américaine.
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Hambourg, qui a peut-être le plus beau stade du Mondial, avait un peu l'accent belge le week-end dernier. On y a même parlé de nous dès jeudi : Oguchi Onyewu, qui devait rencontrer la presse internationale dans l'hôtel qu'occupent les Américains en plein centre de la ville, a finalement déclaré forfait. Le coach US, Bruce Arena, resta fort mystérieux à propos de cette absence. On sut très vite que le géant du Standard était en pleines tractations pour son transfert en Angleterre. Son entraîneur voulait clairement le protéger et se contenta de signaler, sourire en coin, qu'Onyewu avait pris une nouvelle dimension au cours des derniers mois dans notre championnat et qu'il était devenu un des plus forts piliers de l'équipe américaine. Vendredi, c'est la saga Vincent Kompany/ Daniel Van Buyten qui alimenta certaines conversations. L'Anderlechtois fut présenté à la presse allemande au moment où le départ de Van Buyten au Bayern était officialisé. Un gros calibre belge en chasse un autre dans la défense hambourgeoise. Et samedi, place au premier choc de cette Coupe du Monde : Argentine-Côte d'Ivoire. Avec Frank De Bleeckere aux commandes, Marc Wilmots comme consultant de la RTBF qui a pu constater une nouvelle fois qu'il attirait toujours autant de regards dès qu'il posait le pied sur le sol allemand, et tous les Ivoiriens actifs en Belgique hier ou aujourd'hui : Barry Boubacar, Arthur Boka, Emmanuel Eboué, N'Dri Romaric, YayaTouré, Gilles Yapi Yapo, Didier Zokora, Aruna Dindane, Arouna Koné. Dans le terrible groupe C (Argentine, Pays-Bas, Serbie & Monténégro, Côte d'Ivoire), groupe de la mort, les Argentins ont marqué de bons points dès le départ. Ils n'ont pas écrasé les débutants ivoiriens (qui ont même eu un peu plus la possession du ballon : 51 %) mais ont géré les événements avec la maîtrise d'un champion du monde en puissance. L'Argentine est un bloc solide, bien en place, avec quelques individualités de haut vol qui ont déjà fait la différence dans le premier match. Elle vient de se réconcilier avec la Coupe du Monde, quatre ans après son élimination sans gloire dès le premier tour (victoire contre le Nigeria, défaite face à l'Angleterre, nul avec la Suède). Analyse en 11 points des forces des doubles lauréats (1978, 1986). On a vu un match en trois phases à Hambourg. D'abord 20 minutes de folie ivoirienne, avec plusieurs occasions et l'idée qu'on allait peut-être assister à la première toute grosse surprise du tournoi. Les Africains multipliaient les astuces techniques, les Argentins semblaient par moments ne plus trop savoir où ils étaient. Mais ceux-ci ont simplement laissé passer l'orage, pour ensuite frapper et prendre le commandement des opérations. Ils ont alors géré calmement jusqu'à 10 minutes de la fin, quand le but de Didier Drogba a relancé les ardeurs africaines. Trop tard, toutefois : Javier Saviola et Hernan Crespo avaient dit la messe en marquant chacun leur but en première mi-temps. Pour le légendaire côté artistique du foot sud-américain, il faudra repasser. Samedi soir, les poètes étaient dans l'équipe ivoirienne, pas dans le 11 sud-américain. Les Argentins ont géré ce choc à l'allemande, voire à l'italienne : c'était organisé, sans grands chichis, très réfléchi. Ils sont venus à cette Coupe du Monde d'abord pour décrocher le titre, pas pour régaler le public. Ils n'ont d'ailleurs pas hésité à finir le match avec... un demi attaquant. Leur réalisme a payé, c'est peut-être la première leçon à retenir de ce match. Un an après avoir éclaboussé de son talent la Coupe des Confédérations, Juan RománRiquelme est cité comme une des stars possibles du Mondial. Après son échec à Barcelone, ce médian magique est devenu un des meilleurs étrangers du championnat d'Espagne avec Villarreal. Mais il n'y a pas qu'en Liga qu'il a dû se battre avec un coach ( Louis van Gaal) pour le convaincre de son utilité. En sélection aussi, il en a bavé. Avec Daniel Passarella et Marcelo Bielsa, il n'était que quatrième, voire cinquième choix. On disait de lui qu'il était un simple meneur de jeu à l'ancienne. Mais dès son arrivée à la tête de l'équipe A, José Pekerman a décrété que Riquelme serait son maître à jouer. Pekerman lui laisse une liberté quasi totale. Face à la Côte d'Ivoire, il se positionna alternativement dans l'axe et sur le flanc gauche (échangeant son poste avec Esteban Cambiasso), et tout son art a joué : intelligence, anticipation, disponibilité, conservation du ballon, passes tranchantes. Riquelme fut impliqué dans les deux buts argentins : ce n'est pas un hasard. Vers l'heure de jeu, son équipe a commencé à jouer au Jeu des 10 passes, sous les olés de la foule, sous les yeux d'Ivoiriens cuits et anéantis. Sur les 10 passes, 6 ou 7 en moyenne transitaient par les pieds de Riquelme. Saviola a été élu Homme du Match mais Riquelme n'aurait pas volé cet honneur... Le premier titre mondial argentin portait la griffe de Mario Kempes, le second fut l'£uvre de DiegoMaradona. S'il y en a un troisième en juillet prochain, ce sera peut-être le trophée de Riquelme. L'impitoyable presse argentine y croit, en tout cas. Entre l'Argentine et le premier match du Mondial, ce ne fut pas toujours le grand amour. On se souvient notamment de deux flops retentissants quand ce pays défendait son titre : en 1982, avec le but victorieux d' ErwinVandenbergh qui avait plombé l'ambiance dans le camp sud-américain, et en 1990 quand le Camerounais François Omam-Biyik provoqua le premier séisme du tournoi. Les Argentins traînent toujours ces deux souvenirs comme des boulets et redoutaient le match du week-end passé. Le premier obstacle est franchi. " Ces 3 points vont nous apporter la confiance nécessaire pour encore progresser ", lâcha Pekerman après la rencontre. Il eut aussi un mot pour son gardien, Roberto Abbondanzieri : " Bon match ". Il sait que ce poste est considéré comme le maillon faible du 11 argentin et c'est sans doute sa façon de rassurer son dernier rempart en prévision de matches face à des attaquants plus adroits que les Ivoiriens ! Pekerman est occupé à se faire une place au soleil. Sa cote à la Fédération est au plus haut. Son président a d'ailleurs déclaré : " Si cela ne tenait qu'à moi, je lui offrirais un contrat à vie ". Mais pour se faire aimer du public et de la presse, il a ramé. On lui a longtemps reproché de n'avoir fait qu'une carrière de joueur modeste. On en oubliait presque qu'il avait conduit l'Argentine à trois titres mondiaux des -20 ans. Il reçut une première offre pour entraîner l'équipe A en 1998 mais préféra continuer avec les jeunes. Après le retrait surprenant de Bielsa, en septembre 2004, et le refus de CarlosBianchi de prendre le relais, Pekerman accepta cette fois la mission. Depuis lors, ses qualités ont éclaté au grand jour : travail, humilité, compétence, discrétion, capacité de multiplier les systèmes tactiques efficaces en fonction de l'adversaire. L'exigeant public argentin est à présent conquis. Seul Maradona ne l'est pas... Elpibe de oro vise le poste, c'est clair. Dès la désignation de Pekerman, il déclara : " Comment voulez-vous qu'un type pareil nous mène au titre mondial ? Quel est son passé ?" Aujourd'hui, Maradona... exige une discussion avec le président de la Fédération dès la fin de la Coupe du Monde si ça se passe mal pour l'Argentine. Il ajoute seulement : " Enfin bon, Pekerman pourra rester si nous sommes champions du monde ". Maradona était à Hambourg samedi dernier : il devine peut-être aujourd'hui que ce ne sera pas si facile pour lui ! Plusieurs joueurs clés de l'équipe argentine jouent ensemble en sélection depuis très longtemps. Et ils se sont découverts sous les ordres de Pekerman. Avec lui, ce pays a décroché les titres mondiaux des -20 en 1995 (Qatar), 1997 (Malaisie) et 2001 (Argentine). Riquelme, Juan Sorin, Cambiasso, Saviola et Fabricio Coloccini, tous repris dans le groupe pour l'Allemagne, ont été champions du monde chez les Juniors avec leur coach actuel. Valence ( Roberto Ayala, Pablo Aimar), Villarreal (Sorin, Riquelme), Barcelone ( Lionel Messi), Séville (Saviola), Inter (Cambiasso, NicolasBurdisso, Julio Cruz), AS Rome ( Leandro Cufré), Manchester Utd ( Gabriel Heinze), Chelsea (Crespo), FC Porto ( Luis Gonzalez), Boca Juniors (Abbondanzieri, Rodrigo Palacio), Independiente ( Oscar Ustari), Corinthians ( JavierMascherano, Carlos Tevez) : presque tous les internationaux argentins jouent dans les plus grands clubs européens et sud-américains. Cette carte de visite collective est plus prestigieuse que celle de la Côte d'Ivoire, de la Serbie & Monténégro et aussi des Pays-Bas. Le noyau des 23 qui a le plus d'allure dans le groupe de la mort est, de loin, celui de l'Argentine. Saviola a dû quitter Barcelone sur la pointe des pieds, après avoir pourtant marqué 61 buts pour ce club. Il a ensuite transité par Monaco, mais c'est finalement à Séville qu'il a complètement explosé. Il a signé dans ce club avec un objectif précis : se remettre en évidence pour venir au Mondial. Dans un premier temps, le coach de Séville, Juande Ramos, l'a négligé au profit de l'international malien Freddie Kanoute. Saviola en était malade, voyait la Coupe du Monde s'éloigner car, en plus, Messi et Tevez crachaient le feu avec Barcelone et les Corinthians, ce qui en faisait des titulaires en puissance pour Pekerman. Mais Saviola est revenu dans le coup, a marqué des buts importants en championnat d'Espagne et en Coupe de l'UEFA. Il fut aussi intenable, associé à Crespo, dans une victoire historique de l'Argentine contre le Brésil (3-1) en qualifications. Toute l'Argentine en parle encore. Saviola et Crespo étaient de nouveau associés contre la Côte d'Ivoire. Bilan : un but chacun. La légende a la peau dure : depuis 1958 en Suède et la victoire du Brésil, plus aucune équipe sud-américaine n'a remporté le titre mondial sur le sol européen. On a fini par en faire une fatalité. Le vent va-t-il enfin tourner cette année ? Les Argentins et les Brésiliens veulent y croire. La finale de la Coupe des Confédérations qu'ils ont disputée ici en Allemagne (victoire brésilienne), il y a un an, aurait même convaincu les superstitieux ! Pour les Argentins, il suffira de s'extirper du groupe de la mort pour avoir un bon espoir d'accéder aux quarts de finale. En effet, l'adversaire qui leur serait proposé en huitièmes ne serait pas nécessairement ce qui se fait de plus costaud. Pas de Brésil, pas de France, pas d'Allemagne, pas d'Italie, pas d'Espagne, pas de Pays-Bas à ce stade pour les hommes de Pekerman. Leur adversaire se trouverait parmi le quatuor Portugal/Mexique/Angola/Iran. Jouable. Juan Sebastian Veron et Walter Samuel n'ont même pas été repris dans les 23 Argentins. Quel luxe ! Cela veut nécessairement dire que, dans l'esprit du coach, il y avait plus fort encore que ces deux joueurs. Pekerman s'est aussi passé de JavierZanetti, l'international le plus capé (102) toujours en activité à l'Inter Milan, qui a pourtant disputé 12 des 18 matches éliminatoires. Et le banc du match contre la Côte d'Ivoire hébergeait Aimar ainsi que Tevez, meilleur joueur et meilleur buteur du tournoi olympique à Athènes en 2004 où l'Argentine a raflé la médaille d'or. L'Argentine a-t-elle trouvé son nouveau Maradona ? On s'y pose la question, en espérant y trouver une réponse positive, depuis plusieurs années. Mais plusieurs grands talents se sont cassé les dents sur ce défi hors mesure : Ariel Ortega, Marcelo Gallardo, Riquelme, Aimar. Autant d'attentes énormes et de coups dans l'eau. Aujourd'hui, c'est un jeune loup de 18 ans qui hérite de cette écrasante responsabilité. Un prodige à l'état pur, un phénomène du foot, un médian d'exception : Lionel Messi. Il a quitté l'Argentine à l'âge de 13 ans pour un test à Barcelone, où on a décrété que c'était sans doute le plus doué des gamins étant passés par ce club. Mais il souffrait d'un sérieux problème physique : à cause d'un dysfonctionnement hormonal, il culminait à 1m43 pour 35 kg. Les médecins espagnols lui ont fait les injections nécessaires : il a rapidement pris 26 cm et une trentaine de kg. Il est déjà titulaire régulier au Barça, où Frank Rijkaard est sous son charme. Son contrat a été prolongé en début de saison dernière : jusqu'en 2014. Les clubs qui le voudraient devront mettre le paquet : la clause de départ est de... 150 millions d'euros. Début avril, c'est toute l'Argentine qui a tremblé quand il a été victime d'une rechute à une blessure musculaire. Sa Coupe du Monde était compromise. Mais il est revenu juste à temps et ironise aujourd'hui sur son indisponibilité : " J'ai été blessé deux mois, cela veut donc dire que je suis plus frais que la plupart des joueurs du Mondial ". José Pekerman l'a maintenu sur le banc contre la Côte d'Ivoire mais ne cache pas qu'il mise énormément sur lui pour les prochains matches. Messi grillera-t-il Riquelme pour devenir la star argentine du Mondial allemand ? PIERRE DANVOYE, ENVOYÉ SPÉCIAL EN ALLEMAGNE