Certaines voix s'élèvent pour déclarer les provinces obsolètes, et réclamer la suppression du pouvoir provincial. Sans doute ces voix politiques ne manquent-elles pas d'arguments, toujours est-il qu'elles ne sont pas footeuses.
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Certaines voix s'élèvent pour déclarer les provinces obsolètes, et réclamer la suppression du pouvoir provincial. Sans doute ces voix politiques ne manquent-elles pas d'arguments, toujours est-il qu'elles ne sont pas footeuses.Car la pyramide du foot belge est toute entière articulée sur la réalité provinciale, car le football est un des ciments les plus effectifs de cette réalité : on gravit les échelons en provinciales avant de rêver de ceux du national, on redescend en provinciale, on monte en nationale. Le footeux belge est supporter de son pays, puis des clubs de son régime linguistique, puis de sa province, puis de son bled : ça tient à la fois du coeur, d'une logique de proximité, et du système pyramidal de compétition. Province de Luxembourg : 250.000 habitants dont bibi, 1/40e de la population belge! Peu peuplée, étendue, rurale, excentrée, elle n'a jamais pu rêver d'une grosse représentativité footballistique à l'échelon national : c'est dire que la compétition provinciale est un microcosme très prégnant, c'est dire si l'exploit de Virton a été accueilli à la satisfaction réellement générale ! Dans la Belle Province où la rivalité nord-sud n'est pourtant pas un vain mot, ce sont 150 clubs ressentant tous aujourd'hui que, quelque part, la montée des Gaumais est aussi la leur : c'est un pied-de-nez aux plus puissants comme seul le foot sait si bien en faire, et c'est leur pied-de-nez! Une commune d'à peine 15.000 âmes (dont le patois est lorrain) abrite désormais le 7e club en importance de toute la Région Wallonne! Pour la première fois (on l'a beaucoup dit), un club luxembourgeois accède à la D2 nationale! Et pour la première fois (on l'a moins dit), la province de Luxembourg refile sans discussion à celle de Namur le titre (toujours douloureux à porter) de province la plus nulle du football belge! On a le chauvinisme qu'on peut.Mais après le beau temps, la pluie : c'est toujours comme ça en foot, une fois qu'on est monté! La pluie s'appelle aujourd'hui licence Pro, mais pourrait s'appeler dans quelques mois angoisse de redégringoler, remember Visé l'an dernier. Je lis d'une part que la licence Pro a été instituée pour empêcher les clubs d'investir de manière irréfléchie et d'accumuler les dettes : et je lis d'autre part que José Allard, président virtonnais, dit non aux exigences de la licence Pro parce que ça endetterait son club à coup sûr! Comique, hein? Derrière le paradoxe, c'est une triviale histoire de fric : plus tu grimpes dans la hiérarchie du ballon rond, plus il te faut de fric pour y rester, c'est con comme la lune mais c'est ainsi, et Virton n'y échappera pas. Licence Pro ou pas, Virton doit, pour espérer demeurer en D2 un joli laps de temps, trouver plus de blé qu'il n'en a en ce moment. Que faire, que diable? Ou bien on ouvre seulement sa grande gueule de Yaka pour dire que l'URBSFA doit déroger, la commune allonger, la province subventionner, et le comité mieux traquer le sponsor. Ou bien on souhaite VRAIMENT la vie pour le Poucet et on paie aussi de sa personne : modestement, en adhérant mordicus à la légende des ruisseaux qui font les rivières. Alors voilà : du grand gouverneur au plus petit gouverné, Luxembourgeois de sol ou de coeur, d'hier ou d'aujourd'hui, j'évalue à 50.000 footeux au moins (dont quelques footeuses) le nombre de sympathisants qui seraient bien déçus si Virton n'entamait pas la saison prochaine en D2. Qu'ils découpent, photocopient ou recopient l'encadré ci-joint, ajoutent 100 balles dans l'enveloppe, et postent leur obole à J.Allard/Stade Y.Georges/Faubourg d'Arival - 6760 Virton. Je le fais illico, si vous êtes 50.000 à m'imiter, c'est la licence pro les doigts dans le nez. Faut savoir ce qu'on aime, qu'on se le dise.