L'exploit date de la 25e journée de championnat mais restera gravé dans les annales de la D1. Ce jour-là, dans un état de grâce, Zvonko Milojevic a tout arrêté, détourné les ballons les plus chauds, empêché la transformation d'un penalty, stoppé tous les efforts offensifs de Bruges. Du jamais vu : cela lui a valu une première, dix étoiles au Michelin de l'élite belge : notre Top Foot. Puis, il a remis la nappe et les couverts en argent avant de recevoir le Standard à la même table du Daknam huit jours plus tard. Tout le monde se lécha les doigts car le chef coq de la défense de Lokeren mit son talent à toutes les sauces. Les Liégeois eurent beau y faire : pas plus que les Brugeois, ils ne purent entrouvrir les portes de la cuisine de Milo.
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L'exploit date de la 25e journée de championnat mais restera gravé dans les annales de la D1. Ce jour-là, dans un état de grâce, Zvonko Milojevic a tout arrêté, détourné les ballons les plus chauds, empêché la transformation d'un penalty, stoppé tous les efforts offensifs de Bruges. Du jamais vu : cela lui a valu une première, dix étoiles au Michelin de l'élite belge : notre Top Foot. Puis, il a remis la nappe et les couverts en argent avant de recevoir le Standard à la même table du Daknam huit jours plus tard. Tout le monde se lécha les doigts car le chef coq de la défense de Lokeren mit son talent à toutes les sauces. Les Liégeois eurent beau y faire : pas plus que les Brugeois, ils ne purent entrouvrir les portes de la cuisine de Milo. C'est cela être dans la forme de sa vie mais cet homme toujours souriant, optimiste, modeste, fou de football et agréable à rencontrer, n'en fait pas tout un plat. Il distribue généreusement son éternelle bonne humeur. Milo, c'est l'anti-déprime... Zvonko Milojevic : Oh... oui, elle gardera à jamais une place de choix dans ma mémoire. Ce jour-là, l'Etoile Rouge Belgrade s'est mesurée à Colo Colo en finale de Coupe Intercontinentale au Tokyo National Stadium. Club Social y Deportivo Colo Colo n'est pas seulement le plus grand club chilien. Cette institution de Santiago est un géant du football sud-américain. Colo Colo s'empara de la Copa Libertadores en 1991 et était la meilleure équipe d'Amérique latine tout comme l'Etoile Rouge Belgrade, qui avait battu Marseille en finale de la Coupe d'Europe des Clubs champions, l'était sur notre continent. L'Etoile Rouge s'est imposée 3-0 alors que nous avons dû déplorer l'exclusion de Dejan Savicevic peu avant le repos. Même à 10 contre 11, nous n'avons pas plié avec deux buts de Vladimir Jugovic et un de Darko Pancev. De mon côté, j'étais dans un très bon jour. Pour moi, la Coupe Intercontinentale, c'est la cerise sur le gâteau. Ce succès est même plus prestigieux qu'un triomphe européen. Le vainqueur est le meilleur club du monde. Il n'y a rien au-dessus de cela. Le retour à Belgrade a été fantastique : toute la ville était en fête. Je l'ignore. Personne ne m'a jamais posé la moindre question. Et, de toute façon, je ne suis pas du genre à parler de moi. Je ne distribue pas de carte de visite ou de palmarès à tous les coins de rue. Tokyo, c'était un bon moment mais cela en reste là et j'ai toujours su que tout est éphémère, surtout le succès. Il faut en profiter sur le moment en sachant que ce bonheur s'évapore vite. Cela en fait son charme. Il suffit d'un rien pour passer des compliments aux critiques. Un sportif doit tout de suite se remettre au travail, que ce soit après l'euphorie ou le doute. Je n'ai pas réagi autrement après les récentes louanges auxquelles j'ai eu droit. Tous les gardiens de but rêvent du match parfait. Je l'ai vécu les yeux ouverts. Quand on obtient la cote maximale dans la presse, on ne peut qu'être heureux : 10 sur 10, c'est unique, non ? J'en suis fier. Le film de Lokeren-Bruges était écrit pour moi : de belles interventions pour me mettre rapidement en confiance, un penalty arrêté et puis tout s'est enchaîné. On grandit alors que la confiance des attaquants adverses ne cesse de décliner. J'avais l'impression d'avoir 20 ans sur la pelouse. C'était emballant mais je n'étais pas seul. Toute l'équipe a lutté pour garder un point et réaliser l'exploit du week-end. J'étais heureux pour le groupe, pour moi mais surtout pour le club qui m'avait tant soutenu quand je n'étais pas à la fête. C'était ma façon à moi de renvoyer l'ascenseur à Lokeren. Je songe au staff technique, à l'équipe médicale, au directeur sportif, Willy Verhoost, au Docteur Declercq, et surtout au président, Roger Lambrecht, qui ne m'ont jamais laissé tomber. Avant d'arriver à Lokeren, je ne savais quasiment pas ce qu'était une blessure. Depuis 2003, j'ai été opéré trois fois au genou (deux interventions au niveau du ménisque puis les ligaments) mais on m'a toujours dit : - Milo, ne t'en fais pas, ce n'est pas de ta faute. Garde ton calme, cela ira mieux demain Dans un monde où les cadeaux sont rares, ce sont des mots touchants que je n'oublierai jamais. Ils valent d'autant plus un 10 sur 10 que personne n'était au courant de cette gentillesse. Slavo Muslin et Aimé Anthuenis ne sont pas partis par la petite porte. Le premier a réalisé un travail exceptionnel. Physiquement, tout le monde était parfaitement au point. La préparation d'avant saison a été soignée et les joueurs ont rapidement mesuré ce que cela leur rapportait. J'ai régulièrement entendu les mêmes propos dans le vestiaire : - Je ne me suis jamais senti aussi bien en fin de match. Nous avons souvent émergé durant le dernier quart d'heure de jeu. Muslin s'intéressait autant au groupe qu'aux individualités. Personne n'était oublié, chaque élément était important, avait droit, quand c'était nécessaire, à un entraînement différencié bien étudié. C'était un père pour tous les joueurs : sévère ou compréhensif quand il le fallait. Il travaillait ainsi à l'Etoile Rouge Belgrade où je possède encore mes entrées. Là aussi, les joueurs se sentaient bien physiquement et mentalement avec lui. Lokeren variait ses coups tactiques et adaptait son placement aux circonstances, à ses atouts, aux problèmes proposés par les adversaires. Quand une équipe est capable de moduler son style, c'est une richesse qui ne peut que surprendre les opposants. La lecture du jeu, la philosophie et la chaleur de Slavo Muslin plaisaient à tout le monde. Son départ inattendu nous a choqués. Ce sont des événements qui font partie du football actuel. La Russie lui offrait des défis auxquels il est impossible de résister. Anthuenis était vraiment l'homme idéal pour prendre la succession de Muslin. J'ai eu la chance de bien le connaître à Anderlecht avec, à la clef, de beaux moments en Ligue des Champions. Anthuenis me manifesta régulièrement sa confiance. Des problèmes de santé l'ont empêché d'accomplir son travail. C'est dommage, évidemment, car son vécu constituait un énorme atout. Rudy Cossey a repris le flambeau et il s'inspire des méthodes de Muslin. Lokeren a retrouvé le rythme de croisière qui était le sien en automne. Chez nous, les Brugeois et les Liégeois nous ont posé des problèmes très différents. Les Champions de Belgique en titre exercèrent une énorme pression sur le centre de notre défense. On y a vu Bosko Balaban, Javier Portillo ou Gert Verheyen qui ont sans cesse tenté de passer par cette voie. Ce chemin était bien bloqué. Le Standard est moins athlétique et puissant dans l'axe et y mise plus sur la vitesse. Par contre, les Liégeois s'expriment nettement mieux sur les ailes. Sergio Conceiçao et Milan Rapaic aèrent normalement plus le jeu, trouvent des espaces dans la largeur, expédient de très bons centres. Bruges a eu plus d'occasions de but que le Standard à Bruges. Il nous est arrivé de ne plus savoir où donner de la tête. Pourtant, et c'est paradoxal, j'ai eu l'impression qu'on pouvait gagner contre Bruges, pas face au Standard. Les Liégeois forment un véritable bloc. Ils jouent très haut, poussent le danger dans le camp adverse, ne désunissent jamais leurs lignes. C'est une équipe très unie et il n'est pas facile de se glisser entre les mailles du filet. A un moment, je me suis dit que nous n'obtiendrions jamais une occasion. Bruges ne dégage pas du tout la même force, la même sérénité et la même sécurité à la récupération au niveau de la ligne médiane ou surtout en défense. Cette équipe nous a enfoncés mais elle a permis à nos attaquants d'aller jusqu'au bout de leurs efforts et de marquer deux fois. Cela ne s'est jamais réalisé contre le Standard. Lokeren ne s'est jamais pointé dans les 16 mètres. Le Standard a tout de suite étouffé nos tentatives de contres : il était impossible de passer. Jorge Costa apporte beaucoup à son club. Son métier saute aux yeux. Il n'est peut-être plus le plus rapide mais son expérience fait la différence. Costa joue sur son placement et sa ruse. Il ne commet pas de faute devant son rectangle. Quand il met le pied, c'est à 40 ou 50 mètres de Vedran Runje. Comme c'est loin de la zone dangereuse, les arbitres ont moins tendance à sortir la carte jaune. Mais la finalité est la même : un contre dangereux est annulé et on concède un coup franc très loin. Ce sont des détails mais ils font la différence. Jorge Costa fait un bien fou au meilleur arrière actuel de D1 : Oguchi Onyewu. Chez nous, Joao Carlos Chavez est très fort également. Onyewu, c'est une montagne. J'ai rarement vu un défenseur aussi présent et important dans les structures d'une équipe. Il en va de même pour Vincent Kompany à Anderlecht. Sans lui, ce n'est pas la même chose. Le Standard est bien plus loin que Bruges dans le développement de son équipe. Anderlecht a l'habitude du succès. Cela va parfois mal mais tout le club sait alors faire le dos rond et se concentre sur ce qui l'intéresse avant tout : le succès. Anderlecht conjugue, mieux que les autres, les responsabilités et le stress. Ce club est toujours présent au sommet. Anderlecht peut miser sur plus de talent, plus de vitesse et surtout plus de technique et de créativité que Bruges et le Standard. C'est mon favori dans la lutte pour le titre. Il m'est impossible de citer tous les noms mais quand Christian Wilhelmsson, Pär Zetterberg, Mbo Mpenza, Bart Goor ou Akin Serhat ont envie de bien jouer, le niveau d'inspiration d'Anderlecht est le plus élevé de D1. A cela, il faut désormais ajouter l'important apport de Nicolas Frutos. L'Argentin marque et varie le jeu offensif d'Anderlecht. Il n'est pas que l'homme du dernier geste ou du trafic aérien. Il est un remarquable point d'appui offensif mais aussi défensif car il revient dans son camp en cas de coups francs et de corners. Cette équipe a encore des hauts et des bas mais quand tous ses joueurs sont sur la même longueur d'onde, il n'y a rien à faire : Anderlecht joue à 15 contre 11 tant son registre est supérieur à celui des autres. Les Mauves ont la chance de détenir plus de grandes individualités que le Standard ou Bruges. Je ne suis pas d'accord avec vos dires. Sur un terrain, il faut miser sur ses moyens. Les nôtres ne sont pas comparables à ceux de Bruges, du Standard ou d'Anderlecht. Il était logique que Bruges et le Standard assument le jeu chez nous. Lokeren s'est évertué à leur poser des problèmes et, au bout du compte, cela nous a rapporté quatre points sur six. C'était donc bien vu et nous tenterons d'en faire de même face à Anderlecht avec une difficulté supplémentaire : cela se passera à l'extérieur. Un nouveau 10 sur 10 me comblerait mais je sais que c'est exceptionnel. Ce sera un retour qui a un parfum particulier pour moi mais aussi pour Olivier Doll ou Besnik Hasi. Je ne garde que de bons souvenirs de mon passage dans ce club. En 1997, j'avais le choix entre Porto et Anderlecht. Je n'ai jamais regretté d'avoir opté pour Bruxelles où je vis encore tout en jouant à Lokeren. C'est ma deuxième ville, après Belgrade, et je m'y sens bien. J'aurais aimé jouer plus mais je ne me suis jamais plaint. Je suis tombé sur un gardien de but d'exception : Filip De Wilde. J'ai accepté cette réalité et ce n'était pas du tout un manque d'ambition. Je n'ai jamais critiqué personne ou aucun choix. J'ai toujours travaillé pour être à la hauteur quand on faisait appel à moi. J'étais tout simplement professionnel. Anderlecht appréciait mon comportement. J'aurais pu rester. Mais la possibilité de jouer et un contrat de quatre ans m'ont dirigé vers Lokeren. J'ai vécu des époques intéressantes à Anderlecht. Difficile, difficile. S'il faut faire un choix, j'opte pour le duo Jean Dockx-Frankie Vercauteren et l'ère Anthuenis. Avec Dockx et Vercauteren, Anderlecht a pratiqué son plus beau football. C'était un jeu placé sous le signe d'une technicité inhabituelle en Belgique. J'en garde un souvenir carrément ému. Puis, il y a eu les belles années avec Anthuenis. Si l'équipe précédente avait été la plus intéressante à regarder, celle d'Anthuenis fut la plus accomplie, la plus complète, la plus redoutable et donc, finalement, la plus belle, avec son mariage de la technique et du physique. C'était l'époque de Jan Koller et de Tomasz Radzinski, entre autres. Cela nous a permis de réaliser des exploits en Ligue des Champions. C'est exact. Il m'est arrivé de tremper mes lèvres dans un peu de mousseux pour faire plaisir aux copains après une victoire. Mais je n'ai jamais bu un verre d'alcool. Je n'aime pas ce goût, ce n'est pas pour moi. J'apprécie la fête, j'adore rire et m'amuser et c'est possible sans alcool. Je suis un sportif, j'ai fait un choix et l'alcool n'a pas sa place dans ma façon de vivre. PIERRE BILIC