1 A quel danger doit-on s'attendre avec un groupe composé de néerlandophones et francophones qui vont être amenés à vivre quatre semaines ensemble ?

Ben Weyts : " Le passé nous a appris que les conflits communautaires naissent dans la défaite. Afin d'éviter les problèmes, la solution est donc très simple : gagner. "
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Ben Weyts : " Le passé nous a appris que les conflits communautaires naissent dans la défaite. Afin d'éviter les problèmes, la solution est donc très simple : gagner. " Ben Weyts est député NVA. Jean-Marie Dedecker : Il est the right man in the right place. Quand il était sénateur, j'ai découvert un homme très droit. Il ne m'avait pas fait forte impression, puisqu'il ne venait jamais mais était si persévérant dans son absence qu'il a refusé ses jetons et qu'il les a finalement offerts. Je pense qu'en équipe nationale, il est l'homme tout indiqué. Il a certes déjà connu quelques échecs dans sa carrière d'entraîneur, à Schalke 04 et à Saint-Trond, mais un sélectionneur doit avant tout avoir de la personnalité. Il est venu après la période Pampers de René Vandereycken et de Georges Leekens, il a eu le temps de mûrir comme adjoint et tout ce qu'il doit faire, c'est veiller à ce que ces egos regardent dans la même direction. Il le fait avec maestria. Wilmots a le caractère bien trempé, il est d'une autre génération tout en comprenant cette génération " Louis Vuitton ". Ses joueurs le respectent parce qu'ils l'ont vu à l'oeuvre quand il jouait. Il a raison de laisser les femmes à la maison. Une fois, je les ai acceptées et ça a été la catastrophe. Un club de commères, qui ont commencé à se crêper le chignon, ce qui a créé des tensions. Un bon coach a toujours une patte de lapin. Wilmots en a une : le tirage au sort de la phase finale est le meilleur de tous les temps et la poule de qualification n'était pas des plus fortes non plus. Il est émotif mais cela ne posera problème que si les joueurs ont le sentiment qu'il est plus important qu'eux, qu'il tire la couverture à lui en cas de succès. Le principal danger d'un tel tournoi, c'est qu'il devienne dépendant des joueurs. Je veux dire : que se passera-t-il après une défaite, si l'un d'eux commence à parler ? A la télé, on dirait un cercle de copains mais ce n'est pas le cas. Ce sont des egos. Vaniteux au possible. Des millionnaires. Ils veulent se montrer et il faut les tenir. Ce n'est possible qu'en ayant des résultats. Jean-Marie Dedecker a été sélectionneur des judokas belges de 1981 à 2000. Ex-parlementaire de son propre parti (Lijst Dedecker) Michel Verschueren : Ça, mon ami, c'est la presse qui le dit. Ce groupe recèle une classe exceptionnelle. La génération 1986 formait un beau groupe, avec des footballeurs de classe mais j'ose prétendre que l'actuel est plus fort dans son ensemble et qu'il comporte plus d'individualités qui ont émergé au sommet. La majorité d'entre eux évoluent dans de grands clubs étrangers, où on s'entraîne à un très haut niveau. Ce sont de vrais pros, qui savent ce que transpirer veut dire. Ils ne doivent évidemment pas sombrer dans la folie des grandeurs. Marc Wilmots joue un rôle important de ce point de vue. Avec son staff, il possède assez d'atouts pour maintenir l'unité du groupe. Je pense que tous les ingrédients nécessaires à un bon Mondial sont présents. Mais ça, c'est la théorie. En pratique, les impondérables sont souvent décisifs : un brin de chance, un contrecoup - pensez au but annulé de Wilmots contre le Brésil au Mondial 2002. J'espère que ces impondérables seront favorables aux Belges. Michel Verschueren a été manager d'Anderlecht de 1981 à 2003.Sabine Appelmans : Le talent constitue évidemment le point de départ. Il faut un bon groupe de footballeurs qui prestent. Il n'a aucun mérite là-dedans. Mais il est un brillant manager. Il a l'avantage d'avoir lui-même été sur le terrain, de connaître la mentalité des sportifs et d'être un bon manager. Dans les fédérations, beaucoup de gens ne connaissent qu'une facette du sport - de la touche - mais lui, il sait ce qui est important aux yeux d'un footballeur. Il combine bien ses fonctions, le marketing et le soin apporté aux joueurs. La principale qualité de Steven Martens, c'est qu'il est terriblement sympathique. Il a une volonté de fer et il l'impose. Il est un peu têtu mais c'est une qualité à son poste. Quand il écoute, on sent à son regard qu'il éprouve de l'empathie, de la compréhension. Il est ouvert et s'intéresse aux gens. C'est aussi une bonne combinaison. Steven vit pour le sport, il y met de l'émotion. Il ne fait pas ça pour être sous les feux de la rampe. Steven, c'est une volonté de fer mais peu d'ego. Il sait travailler en groupe. C'est un joueur collectif. Sabine Appelmans a été joueuse de tennis professionnelle de 1989 à 2001 et Steven Martens a été son coach.Herman Brusselmans : Il faut qu'il se passe le plus de choses possibles. Sinon, je m'arrangerai, dans mes éditoriaux pour que ça soit le cas. Je parlerai de mes amours, de Bart De Wever ou d'autre chose. On ne sait pas ce qu'ils vont faire au Brésil mais par facilité, je vais dire que les Diables seront champions du monde. Sérieusement, je pense qu'ils peuvent aller loin, peut-être jusqu'en finale. Les Pays-Bas y sont bien parvenus il y a quatre ans, sans être meilleurs que notre équipe actuelle. J'aime l'ambiance qui règne pendant un Mondial. J'aime me promener en rue après une victoire, voir les drapeaux, entendre les klaxons des autos. Pourtant, je préfère encore regarder le match chez moi, car je n'aime pas être au milieu d'une foule en train de boire et de crier. Par contre, j'aime bien observer cette euphorie de loin. Herman Brusselmans est un ancien footballeur à Lokeren devenu auteur et éditorialiste.Stephan Streker : Axel Witsel. C'est évidemment un joueur très élégant à voir jouer et à qui il est quasiment impossible de prendre le ballon. Outre sa couverture de balle exceptionnelle, sa technique irréprochable et son excellent placement, il soulage par sa disponibilité tous ses équipiers à propos desquels je suis persuadé qu'ils adorent l'avoir dans l'équipe. Et pourtant, ô paradoxe, je pense qu'Axel Witsel est le plus grand danger pour les Diables. Sa facilité, son aisance et son amour du ballon placent le coeur du jeu des Diables trop bas, dans un ron-ron, un train-train qui pourrait bien nous coûter plus qu'il ne nous rapportera. Depuis qu'il est positionné en numéro 6, Axel Witsel ne joue plus jamais en un temps, ne cherche jamais la passe verticale et, pire que tout, jamais au grand jamais le changement de rythme. Je l'ai toujours préféré plus haut dans le jeu (comme au Standard) mais là, en équipe nationale, il est désormais barré par des joueurs plus forts que lui et jouant dans des championnats plus huppés (Hazard, De Bruyne, Januzaj, etc.). Ses maigres statistiques font de lui (j'ose) " le Lucas Biglia du riche ", trop peu à mon avis pour un joueur titulaire d'un noyau aussi qualitatif. Cinéaste (Michael Blanco, Le monde nous appartient) Stephan Streker fut longtemps journaliste sportif, il officie désormais sur RTL dans la bande à Stéphane Pauwels (Café Brazil). Beatrice Delvaux : Nos journalistes sportifs traiteront cette Coupe du Monde comme un fait global et non pas qu'un " sport ". D'autant que le foot est, aujourd'hui, tout sauf un exemple. Il véhicule des contre-valeurs que sont la corruption, le racisme, l'argent-roi ou le mépris symbolisé par ses dirigeants, Sepp Blatter et Michel Platini. La récente déclaration consternante de Platini (ndlr, les Brésiliens peuvent attendre avant de faire des éclats un peu sociaux) démontre l'autisme social dans lequel vivent les hauts responsables du foot mondial. Les footballeurs ne sont pas exempts de tout reproche non plus, eux qui exacerbent l'individualisme. Je note que l'expression " du pain et des jeux " utilisée pour endormir les peuples ne marche plus. Surtout qu'on propose au peuple brésilien des jeux mais pas de pain et que le fossé entre dirigeants de la FIFA, footballeurs et monde réel ne fait que croître. A contrario, les Diables Rouges sont porteurs de valeurs positives, multiculturelles, d'unité, symbolisées par l'expression de Wilmots, ou le charisme de Kompany. Ex-rédactrice en chef, Beatrice Delvaux est désormais éditorialiste en chef au Soir.Jacques Borlée : La réussite sportive des Diables est un écran de fumée. N'oublions pas qu'une importante partie de ces joueurs a été formée à l'étranger et que la structuration d'un sportif de haut niveau se fait entre 16 et 22 ans. Je leur tire d'ailleurs mon chapeau car le haut niveau, beaucoup l'ont appris par eux-mêmes en partant à l'étranger très jeunes, ce qui démontre une grande force de caractère. Je suis impliqué au sein d'Anderlecht et je me demande encore comment font Roger Vanden Stock et Herman Van Holsbeeck pour tenir le coup quand on voit toutes les difficultés rencontrées pour disposer d'un nouveau stade. C'est toute la mécanique mise en place en Belgique au niveau sportif qui est défectueuse. Comment expliquer alors qu'aux JO pour jeunes, la Belgique ne revient avec aucune médaille ? Les sportifs de haut niveau ne reçoivent aucun soutien alors que personne n'est sanctionné dans les hautes instances après les échecs répétés aux JO de 2000 et 2004. Par contre, on critique Marc Wilmots quand il met la pression sur l'Union Belge afin de prolonger les membres de son staff. C'est aberrant. Comment peut-on partir à la " guerre " sans faire bloc au sein de sa sélection ? C'est pourtant d'une logique implacable. Ex-athlète de haut niveau, Jacques Borlée est père et coach d'Olivia, Kevin, Jonathan et Dylan. Pierre Ménès : Depuis 1998, l'équipe de France est sur courant alternatif : victoire, éliminée au premier tour, finaliste, puis sortie au premier tour il y a quatre ans. Les échecs de 2002 et 2010 sont toutefois différents. En 2002, les Bleus ont perdu leurs deux meilleurs joueurs, Zidane et Pires, et le groupe a connu une préparation lamentable, une préparation en claquette avec le même programme pour tous alors que certains sortaient d'une saison à plus de 60 matches et d'autres à peine la dizaine. La malchance s'y est aussi mêlée. En 2010, par contre, ce fut du jamais vu. La France avait une mauvaise sélection composée de mauvais mecs qui pensaient se faire une virginité sur l'impopulaire Domenech. Au final, c'est presque l'inverse qui s'est produit. En 2010, il manquait de tout : du talent, du patriotisme, et de la personnalité. Sur le coup, ça m'a fait rire et puis plus du tout. J'ai trouvé l'image donnée par cette bande de sales gosses détestable. Ex-journaliste à L'Equipe, Pierre Ménès est considéré comme la grande gueule des médias français. Il travaille aujourd'hui pour Canal +.Hugo Camps : Dix mille personnes dans un stade pour un entraînement, des gens qui se baladent à Knokke, avec des chapeaux tricolores ridicules : c'est vraiment la folie. L'hystérie hollandaise a émigré en Belgique. Pendant des années, nous n'avons plus eu l'occasion de jubiler, nous n'avons plus rivalisé avec les grandes nations. Maintenant, c'est le cas, avec une génération de footballeurs incroyablement talentueux. Nous nous rattrapons. Malheureusement, ça conduit parfois à des déguisements extrêmes et à des chansons stupides. La Fédération n'est pas la seule à avoir déclenché cette folie. Les footballeurs en sont responsables. Je trouve hypocrite de la part de l'UB de faire croire que le mérite lui en revient. Non, elle peut tout diriger mais pas la joie ni l'affection. Ces sentiments viennent du peuple, grâce aux joueurs. Mais je vous le prédis : si la Belgique est éliminée au premier tour, l'euphorie s'éteindra et il y aura des incidents au sein du groupe des joueurs, qu'on présente sous un jour idyllique. Ce sera la gueule de bois. Cette folie aura-t-elle un impact sur l'avenir du pays ? Je l'espère mais je crains que ce ne soit pas le cas. Quand je vois la manière dont De Wever et sa N-VA réagissent aux Diables Rouges, leur détestation du sport, je ne pense pas que les Diables Rouges auront une influence sur l'avenir du pays. Savez-vous ce que c'est ? Le football, c'est une étincelle. Une étincelle de nationalisme, de bonheur même. Mais quand ça va mal, c'est aussi une étincelle de traîtrise et de haine. Hugo Camps est un journaliste, éditorialiste et écrivain belge. PAR THOMAS BRICMONT ET CHRISTIAN VANDENABEELE