1. Vettel encore au-dessus du lot ?

Deux titres mondiaux successifs, des stats de ouf (21 victoires en 81 GP, 30 pole positions) et une rage de vaincre exacerbée : l'Allemand de 24 ans demeure plus que jamais l'homme à battre, d'autant qu'il dispose toujours avec la Red Bull Renault RB8 d'une monture qui donne des insomnies aux techniciens des teams rivaux.
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Deux titres mondiaux successifs, des stats de ouf (21 victoires en 81 GP, 30 pole positions) et une rage de vaincre exacerbée : l'Allemand de 24 ans demeure plus que jamais l'homme à battre, d'autant qu'il dispose toujours avec la Red Bull Renault RB8 d'une monture qui donne des insomnies aux techniciens des teams rivaux. Pourtant, la fédération internationale a élaboré fin 2011 un règlement technique censé ralentir la voiture conçue par Adrian Newey : les échappements sont dorénavant plus simples et doivent sortir en hauteur à l'arrière des pontons au lieu de " souffler " vers le diffuseur aérodynamique. L'ingénieur anglais a beau prétendre que sa dernière création n'est qu'une évolution de son aînée, on peut lui faire confiance pour avoir trouvé quelques ruses susceptibles de garantir un petit avantage ; ainsi la prise d'air installée sur le capot avant de la RB8 doit servir à autre chose qu'à rafraîchir l'habitacle afin de favoriser le confort des pilotes... Vettel possède la carrure de grandissime favori. Ce travailleur infatigable affiche la détermination et l'éternelle insatisfaction qui font les champions hors-normes. On l'appelait Baby Schumi en référence à son glorieux aîné, peut-être faudra-t-il un jour le surnommer Super Schumi. Aux onze succès décrochés en 2011 par son équipier, le grand Australien n'oppose que la victoire conquise lors de l'ultime rendez-vous au Brésil ; et il a laissé filer la médaille d'argent au championnat, accusant plus de 130 points de retard sur son chef de file. Pourtant, Mark Webber a conservé la confiance des dirigeants de Red Bull (qui estiment aussi ne pas disposer d'un remplaçant idéal...). Si l'on se base sur les essais hivernaux, cet athlète de haut niveau semble avoir enfin assimilé le comportement des pneus Pirelli, ce qui doit lui permettre de se rapprocher voire de menacer le champion du monde. De là à le dominer, la marge reste énorme. Depuis sa campagne victorieuse en 2008, Lewis Hamilton a soufflé le chaud et le froid mais n'a jamais retrouvé son niveau. Combattant sans peur, il ne s'est pas montré sans reproches tant il a multiplié les erreurs, notamment dans ses duels avec Felipe Massa qui se sont trop fréquemment terminés hors de la piste. Après une année 2011 chaotique, le pilote anglais a enfin compris que la compagnie de rappeurs foireux et de starlettes sulfureuses lui valait de se retrouver trop fréquemment dans la rubrique people des magazines et le menait droit à sa perte sportive. Il a donc changé de management, appelant à ses côtés Didier Cotton qui a dirigé la carrière de Mika Häkkinen. Cela suffira-t-il à le remettre sur la bonne voie ? Tout le team McLaren l'espère car deux pilotes au top sont indispensables pour espérer battre Red Bull. Et question top, Jenson Button n'a de leçon à recevoir de personne : intelligent, expérimenté, fin tacticien et diablement rapide, le chouchou des groupies a pris aisément l'ascendant sur son compatriote l'an dernier. Que ce dernier retrouve le bon tempo, et on assistera à de solides passes d'armes entre les deux équipiers ! Et on souhaite bien du plaisir à Martin Withmarsch le boss des Gris quand il devra gérer cette rivalité. Une seule victoire, le bronze au championnat des constructeurs et la 4e place dans la joute des pilotes pour Fernando Alonso : le bilan 2011 de la Scuderia ne peut satisfaire les tifosi ni les millions de fans répartis aux quatre coins du monde, et encore moins le patron Luca di Montezemolo ! Autant dire que les hommes de Stefano Domenicali, et particulièrement le directeur technique Pat Fry, ont intérêt à fournir à leur fer de lance un matériel lui permettant de briguer le titre. Mais voilà, les essais hivernaux n'ont rassuré personne du côté de Maranello : annoncée comme plus radicale que sa devancière, la nouvelle monoplace rouge s'est révélée délicate à mettre au point et n'a que rarement occupé les avant-postes. Même si Alonso a sorti avec à-propos le refrain sur l'importance relative de ces tests très éloignés des conditions de course, le premier rendez-vous reste attendu avec une sérieuse pointe d'anxiété chez les Rouges. Le début de saison sera par ailleurs capital pour Massa, qui doit montrer un réel retour en forme, sans quoi il pourra préparer sa retraite. Sa dernière apparition au départ d'un GP remonte à Abu Dhabi 2009. Changeant radicalement d'orientation, le Finlandais s'est ensuite consacré au rallye via deux campagnes mondiales sur Citroën. Malgré un matériel de pointe et d'évidentes qualités, il n'est jamais parvenu à faire mieux qu'un top 5 lors de la manche turque en 2010. Il a en revanche donné beaucoup de travail au carrossier, pulvérisant plusieurs caisses dans des sorties qui ont fait le délice des internautes... Puis, Iceman a multiplié les expériences sans lendemain, testant un large panel d'autos (Peugeot 908 prototype, Racetruck et Nascar aux Etats-Unis) sans jamais se décider. Son retour en F1 était fréquemment évoqué... jusqu'à devenir réalité quand le champion du monde 2007 a apposé sa signature au bas d'un contrat le liant à l'écurie Lotus (ex-Renault). Si les tests hivernaux ont rassuré sur sa pointe de vitesse, mieux vaut sans doute attendre le début de la campagne européenne en Espagne pour le retrouver à son meilleur niveau car un break de deux ans doit se digérer. Mais avec ce diable d'homme, tout est possible, d'autant que la Lotus E20 semble très bien née. Encore un revenant qui a repris le chemin des circuits il y a deux ans en affirmant se sentir prêt à jouer la victoire ! Le septuple champion du monde a certes mis un peu plus de temps que prévu pour se hisser aux avant-postes, mais sa seconde moitié de saison 2011 a convaincu les plus sceptiques. Il lui reste à franchir le dernier échelon, le plus difficile évidemment : celui qui mène au faîte de la hiérarchie. Pour cela, Michael Schumacher devra d'abord prendre la mesure de son ailier Nico Rosberg - ce qui est loin d'être acquis - et disposer d'un matériel performant dans toutes les conditions. La balle est donc dans le camp des ingénieurs Mercedes. N°1 du team, Ross Brawn affiche une belle confiance : " Nos pilotes monteront à plusieurs reprises sur le podium, c'est une certitude ! Il est encore trop tôt pour rivaliser avec Red Bull mais terminer aux places d'honneur constitue un objectif parfaitement réalisable pour Nico et Michael. " Avec un brin de chance et en misant sur son énorme expérience, qui sait si le second nommé ne peut pas réussir son pari et ajouter une... 92e victoire à son immense palmarès ? Avec Red Bull, McLaren, Ferrari, Mercedes et Renault, on tient les cinq top-teams. La surprise peut venir de Force India où Paul Di Resta et Nico Hülkenberg ont fait forte impression lors des tests de février-mars. Même s'il garde un goût trop prononcé pour les strass et paillettes, le patron de la structure indienne Vijay Mallya sait où il va. Son réseau professionnel lui ouvre de nombreuses portes et il trouve des partenaires qui contribuent à consolider le budget d'une équipe bénéficiant par ailleurs de solides liens avec Mercedes et McLaren. Force India déborde d'ambitions mais le bagage d'un Adrian Sutil, rejeté sur la touche, risque de manquer. En plus, le management du team devra gérer la rivalité féroce qui ne manquera pas de se développer entre ses deux jeunes loups de pilotes. On suivra comme chaque année l'équipe Sauber et notamment son n°2, Sergio Perez en qui certains observateurs voient le successeur de Massa chez Ferrari. Outre un talent certain, le Mexicain est le protégé de Carlos Slims, le tout-puissant patron de la Telmex et l'un des hommes les plus riches du monde. L'intersaison a été marquée par un gros renouvellement des cadres. Le vétéran Rubens Barrichello a été poussé vers un exil américain en IndyCar tandis que Jarno Trulli s'est vu remplacé de manière assez cavalière par Vitaly Petrov. Egalement présents en 2011, Sébastien Buemi, Jaime Alguersuari, Jérôme D'Ambrosio et Sutil ont perdu leur place, même si deux sont recasés comme réservistes. En toute logique, d'autres sont arrivés : aux débutants Jean-Eric Vergne et Charles Pic, on ajoutera les revenants Raikkönen, Romain Grosjean, Hülkenberg, Pedro de la Rosa et Nahrain Karthikeyan ainsi que deux pilotes sauvés des eaux : Bruno Senna et Petrov, qui ont une année pour prouver qu'ils ont bien leur place au plus haut niveau.. On attend avec intérêt les prestations des Français Grosjean et Vergne. Le premier retrouve une place chez Lotus après une année de purgatoire en GP2 et il doit saisir sa chance sous peine de se voir grillé ; il espère profiter du début de saison pour marquer des goals quand son équipier finlandais cherchera toujours un peu ses marques. Le second, membre de la filière Red Bull, se verrait bien à la place de Webber en 2013 mais avant d'en arriver là, il lui faut convaincre... en prenant la mesure de son alter ego chez Toro Rosso, le véloce Australien Daniel Ricciardo. Et derrière les déclarations de façade, une concurrence terrible oppose ces deux jeunes loups. Que dire de Pic sinon qu'il est parti pour vivre une saison de galère chez Marussia ? La nouvelle monoplace est arrivée en retard, le budget n'a pas augmenté dans les proportions requises et Timo Glock restera privilégié par l'état-major du team comme il l'était en 2011 quand D'Ambrosio évoluait à ses côtés. Eviter la galère, tel est aussi le souhait des deux sociétaires du team HRT et ce n'est pas gagné... Evincé chez Marussia-Virgin au profit de Pic (fort de l'argent du groupe Lagardère), notre unique représentant a négocié un moment les derniers baquets libres pour finalement se rabattre vers le team Lotus qui lui offrait la place de n°3 derrière Raikkönen et Grosjean. En prenant cette option, JDA espère reculer pour mieux sauter, à l'instar d'un Hülkenberg resté une saison dans l'ombre chez Force India avant d'y retrouver une place de titulaire. Le pilote belge a l'assurance de participer à au moins huit séances libres du vendredi matin où il pourra montrer sa pointe de vitesse face à ses deux équipiers. Il se tient prêt à profiter de la moindre opportunité qui se présenterait dans un team motorisé par Renault (Williams ou Caterham, par exemple). Enfin, il apportera son écot au développement de la Lotus E20 en passant des heures dans le simulateur d'Enstone. Pour plusieurs pilotes, cette saison prend l'allure d'un quitte ou double. C'est notamment le cas de Webber, Massa et Senna mais d'autres ont intérêt à se montrer sous un jour favorable s'ils veulent conserver leur volant. On songe à Heikki Kovalainen qui doit ramener Caterham dans le second peloton, Pastor Maldonado dont le team Williams attend plus que ce qu'il a montré en 2011 (malgré tous les dollars qu'il amène), voire Kamui Kobayashi qui risque de voir son étoile pâlir s'il ne retrouve pas son niveau de 2010. Qu'on ne s'y trompe pas, en effet : les prétendants sont nombreux à faire banquette, prêts à monter au jeu à la place des titulaires ! Aux noms de D'Ambrosio et Buemi, on ajoutera ceux de Jules Bianchi, Valterri Bottas et de bien d'autres actuellement cantonnés aux GP2 Series ou Formula Renault 3,5. PAR ÉRIC FAURE - photos: imageglobe