Passer par la petite porte : une expression que le Sporting de Charleroi a conjuguée à tous les modes depuis quelques semaines. Il a fallu attendre les derniers matches pour que les Zèbres quittent une place de descendants sportifs qu'ils occupaient depuis la première journée. La faillite semblait, sinon probable, en tout cas envisageable : le tribunal de commerce a finalement rendu un jugement favorable. Quant à la licence, elle a aussi été décrochée dans la douleur. Sous réserves très, très strictes, comme on le signale avec insistance du côté de la fédération.
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Passer par la petite porte : une expression que le Sporting de Charleroi a conjuguée à tous les modes depuis quelques semaines. Il a fallu attendre les derniers matches pour que les Zèbres quittent une place de descendants sportifs qu'ils occupaient depuis la première journée. La faillite semblait, sinon probable, en tout cas envisageable : le tribunal de commerce a finalement rendu un jugement favorable. Quant à la licence, elle a aussi été décrochée dans la douleur. Sous réserves très, très strictes, comme on le signale avec insistance du côté de la fédération. Charleroi est donc sauvé, sportivement et financièrement. De façon définitiveou temporaire ? Au Mambourg, on met tous les moyens en £uvre pour que ce club, condamné au respirateur et aux perfusions pendant les prochaines années, puisse û à terme û échapper au pire : un coma irrémédiable suivi de la mort clinique et de funérailles qui feraient pleurer une région entière ! L'avenir du Sporting, centenaire dans quelques mois, est en tout cas entouré de nombreuses interrogations. Trouver des réponses cohérentes à ces questions conditionnera sa survie. Charleroi repassera devant la commission des licences dès le 7 juin. Le club devra alors prouver que tous les paiements venus à échéance à la fin du mois de mai auront été effectués. A l'Union Belge, on sait précisément à qui le club doit de l'argent, et à quelles dates ces sommes sont exigibles. Un nouveau passage à la fédération est prévu dans la deuxième quinzaine de juillet. Le Sporting se sera retrouvé devant le tribunal de commerce le mardi 15. Ce jour-là, le juge cherchera à savoir s'il peut donner tous ses apaisements à l'ONSS, qui n'a pas abandonné l'idée de mettre le club en faillite. Tout au long de la saison, le Sporting pourra être convoqué chaque mois par la fédération, qui vérifiera si tous les paiements ont été réglés : plans d'apurement et salaires essentiellement. Le moindre manquement serait susceptible de priver Charleroi de sa licence, même en plein championnat. Mais le Sporting n'est pas le seul club que la fédé surveillera de très près pendant la saison. Deux gros contrôles financiers sont prévus pour toutes les équipes de D1 (fin décembre 2003 et fin juin 2004), mais quelques clubs à risques pourraient aussi être convoqués à intervalles réguliers durant le championnat. Les chiffres des seuls plans d'apurement effrayent. Chaque mois, le Sporting devra verser : 40.000 euros à l'ONSS (jusqu'en février 2004) ; 20.000 euros pour le précompte de la SA (novembre 2003) ; 13.000 euros pour le précompte de l'ex-ASBL (janvier 2004) ; 25.000 euros à la TVA pour la SA (août 2003) ; 10.000 euros à la TVA pour l'ex-ASBL (mars 2004). Ces remboursements (108.000 euros mensuellement au cours des trois prochains mois) s'ajoutent aux frais de fonctionnement traditionnels (salaires, etc). Or, les caisses sont pour ainsi dire vides. Il est dès lors indispensable de trouver très vite des fonds pour éviter le pire. Jean-Jacques Cloquet a calculé qu'il faudrait dénicher 1,25 million pour la fin juin, et à nouveau la même somme pour la fin de l'année. Non. C'était pourtant la solution préconisée par un ancien dirigeant, qui raisonnait de la façon suivante : le Sporting repart en D3 sur des bases financièrement saines et fusionne avec l'Olympic. Le nouveau club chercherait alors à remonter au plus vite en D1. Avantage pour le club : toutes les dettes tombent à l'eau. Mais cette solution extrême se serait accompagnée de gros soucis pour Chaudfontaine et la Ville, qui garantissent les emprunts bancaires (7,5 millions) et auraient donc dû débourser. Autre raison pour laquelle les politiciens carolos n'ont aucun intérêt à forcer une faillite : ce serait très mauvais pour leur image, il y aurait de gros grincements de dents dans la population (obligée de casquer pour un club disparu) et toutes les festivités prévues dans le cadre du centenaire du Sporting tomberaient à l'eau. Si le Sporting est à la dérive, les Spirou ont le vent en poupe. Ils sont à nouveau champions et affichent une santé financière florissante. La magie Eric Somme fonctionne à fond. L'homme a des méthodes de travail qui font leurs preuves. La SA La Coupole est l'un de ses secrets. Somme a créé cette société pour rapporter des millions au club. Désormais, on s'y prendra un peu de la même manière au Sporting. Jean-Jacques Cloquet vient de créer Charleroi Business Sport, une société commerciale dont il est l'un des trois actionnaires. Charleroi Business Sport démarche auprès des entreprises pour qu'elles injectent de l'argent dans le Sporting. En échange, elles reçoivent une présence sur des panneaux publicitaires ou des places dans le stade. Avant d'arriver dans les caisses du club, les sommes récoltées par Charleroi Business Sport sont amputées d'un pourcentage qui va sur le compte de la société. La naissance officielle de Charleroi Business Sport s'est fait attendre, parce que Jean-Jacques Cloquet et Abbas Bayat n'étaient pas d'accord sur certains points de la convention. Finalement, cette société n'a pas obtenu l'exclusivité pour amener des sponsors au Sporting, mais le club ne bénéficie pas non plus de l'exclusivité de ses services : elle peut donc démarcher aussi bien pour l'Olympic, Action 21 ou d'autres clubs sportifs de la région, que pour le Sporting. Charleroi Business Sport existe depuis un peu plus d'une semaine. Dès que la licence est devenue réalité, Cloquet et ses associés ont pu se mettre au travail. Après trois jours, ils avaient déjà récolté 370.000 euros. Et c'est sur eux que le Sporting compte pour trouver le gros million d'euros dont il aura absolument besoin d'ici la fin du mois de juin. Le Sporting a dépensé 5,5 millions cette saison. D'où un nouveau trou de 1,25 million. Le budget doit donc être fortement diminué. Il ne devrait plus dépasser 4 millions en 2003-2004. Pour y arriver, il a fallu faire des coupes sombres dans le personnel. Le département commercial, chapeauté par Cloquet, a été décapité. Cette cellule comptait sept employés en début de saison. Ont été entre-temps mutés ou licenciés, ou sont partis de leur plein gré : Dante Brogno, Christian Vavadio, une secrétaire, le responsable des relations avec les supporters, le webmaster et le bras droit de Cloquet ( Olivier Bauden). Faitesle compte : Jean-Jacques Cloquet est aujourd'hui le seul membre du département commercial ! Il ne s'en émeut pas : " De nombreuses entreprises à la recherche de sponsors travaillent aujourd'hui avec des partenaires financiers et nous allons faire la même chose ". Réduire le personnel était de toute façon imposé par le tribunal de commerce et la commission des licences. La réduction du noyau était une autre condition sine qua non pour éviter la mise en faillite et le refus de licence. En additionnant les hommes du noyau A, ceux du noyau B et ceux que le Sporting a prêtés cette saison à l'Olympic, on arrive à un total de 50 joueurs sous contrat. Près de 25 arrivent en fin de bail. Tous ne seront pas renouvelés. Loin de là. Cinq joueurs du noyau A voient leur contrat se terminer le 30 juin prochain : Yazdani, Aliaj, Kolotilko, Emamifar et Milembo. Il n'y a encore que deux certitudes à l'heure actuelle : Aliaj et Milembo ne seront pas conservés. Le cas des autres est en suspens mais une décision négative n'aurait de toute façon pas beaucoup d'influence sur le niveau de l'équipe de base, car Yazdani, Emamifar et Kolotilko n'étaient pas des titulaires du deuxième tour. Des départs sont aussi envisagés parmi les joueurs toujours sous contrat. Remacle devrait s'en aller : il désire changer d'air et la direction lui a promis un transfert libre. Charleroi devra de toute façon se limiter à un noyau A de 23 éléments pour respecter son plan financier en 2003-2004. Il n'y aura des arrivées ou des renouvellements de contrats que s'il y a préalablement des départs. Aucune offre n'est encore parvenue au club pour des joueurs ayant encore un contrat : normal, dans la mesure où l'ouverture officielle du marché ne se fait qu'au début du mois de juin. L'Olympic a réussi sa saison en D3. Les sept joueurs prêtés par le Sporting n'y sont pas pour rien. Mais ils sont tous en fin de contrat au Mambourg et doivent chercher de l'embauche ailleurs. Mogi Bayat, le neveu du président, a déclaré dans la presse que, les joueurs parqués gratuitement chez le voisin, c'était terminé. Des paroles qui n'ont pas fait que des heureux du côté de la Ville, qui privilégie à fond la synergie entre les deux clubs. Ces prêts sont-ils effectivement de l'histoire ancienne ? C'est probable. " Il est de toute façon exclu de revoir six ou sept joueurs de chez nous dans l'équipe de l'Olympic, la saison prochaine ", confirme Pierre-Yves Hendrickx. " Nous n'allons quand même pas mettre des joueurs sous contrat dans le seul but de les prêter là-bas. Nous pourrions encore y placer l'un ou l'autre Espoir, voire un Junior, mais notre situation financière ne nous permet plus de considérer la synergie comme une priorité ". Les choses sont claires pour la mouvance socialiste de Charleroi : cette ville doit conserver un club en D1. Coûte que coûte ? On se doute que les politiciens de partis adverses ne partagent pas nécessairement cet avis. Coup de sonde chez un libéral qui a grandi dans la région : Hervé Hasquin, le ministre-président de la Communauté française. Un passionné de foot qui fit parler de lui, il y a quelques mois, quand il mit en avant une idée qui aurait dû être suivie : la construction d'un stade commun pour La Louvière et Mons, à mi-distance entre les deux villes. Hasquin ne parlait pas de fusion mais répondait efficacement aux problèmes d'infrastructures des deux clubs. Si son projet avait été suivi, l'avenir des Loups ne serait pas menacé. " Il est urgent d'assainir le système ", lance le parlementaire MR. " Bayat, Leone et Gaone partagent un point commun : ce sont des mécènes qui risquent d'en avoir marre et de tout plaquer du jour au lendemain. Avec toutes les conséquences catastrophiques que cela sous-entend. D'après mes informations, Gaone a déjà mis 5 millions d'euros à La Louvière. Avouez que ses danseuses lui coûtent cher ! Et quel retour reçoivent ces hommes d'affaires ? Lors de La Louvière-Charleroi, Gaone a été insulté par les supporters de la RAAL. La semaine suivante, c'est à Bayat qu'on s'en est pris dans les tribunes de Charleroi. Ces réactions sont tout à fait déplacées. Il n'empêche que je me pose des questions quand j'entends ce qui se passe aujourd'hui à Charleroi. Les emprunts ont déjà été avalés, je sais que mes amis du conseil communal carolo ont longuement hésité avant de garantir le dernier en date, et dans la rue, ces cadeaux de la Ville ne font pas que des heureux. Mais, surtout, je me demande comment le Sporting va pouvoir établir un plan financier cohérent pour la saison prochaine ". Cette question, on se la pose à intervalles réguliers. Jean-Jacques Cloquet est toutefois très clair : " Non, le président n'a pas du tout l'intention de laisser tomber le club dans l'état actuel. Il ne partira que le jour où il sera sûr que l'avenir du Sporting soit garanti. Il a encore donné une preuve de son courage avant le match contre Beveren, en allant discuter avec les supporters en colère, devant tout le monde. Il a mal encaissé les calicots réclamant sa démission. Au sein de la direction, nous avons tous la même impression d'être incompris : c'est comme si on nous bousculait au moment où nous arrivons dans les derniers lacets d'un col. Il faut toutefois nuancer les réactions entendues ce soir-là : elles ne représentaient que l'avis d'une minorité de supporters, et en cette fin de saison complètement folle, tout le monde a un peu perdu les pédales. Les supporters comme les gens du club. Je préfère retenir l'aspect positif : notre public a été formidable pendant la plus grande partie du deuxième tour ". Dès la fin de cette saison, Charleroi abandonnera Umbro pour un partenariat de trois ans avec Nike, signé la semaine dernière. Cloquet y voit un signal très positif : " Cela veut dire que nous intéressons encore de grandes maisons. Le mécanisme de confiance envers le club s'est à nouveau enclenché. Les gens de chez Nike ont compris beaucoup de choses : grâce à tous les problèmes que nous avons rencontrés cette saison, nous avons été fort médiatisés. Plus que Bruges, dans la partie francophone du pays. On a même parlé plus d'une fois du Sporting dans les JT. Pour un sponsor, n'est-ce pas du pain bénit ? Cette médiatisation est un argument que je vais exploiter à fond dans ma recherche de nouveaux partenaires ". Une des prochaines étapes sera de trouver un sponsor maillot. NetNet, présent cette saison, a une option pour 2003-2004, et d'autres candidats commencent à se manifester." . "Charleroi est plus médiatisé que Bruges : un argument pour séduire les sponsors !" (JJ Cloquet)