Au temps de sa splendeur, Eddy Merckx n'avait pas un gramme de trop, malgré un appétit pantagruélique. Gaston Roelants dévorait un steak le matin de la course puis quelques sandwiches au filet américain avant le cross, histoire de bien caler son estomac. Depuis, les sportifs ont adopté des régimes et des méthodes d'entraînement plus scientifiques. Trop peut-être.
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Au temps de sa splendeur, Eddy Merckx n'avait pas un gramme de trop, malgré un appétit pantagruélique. Gaston Roelants dévorait un steak le matin de la course puis quelques sandwiches au filet américain avant le cross, histoire de bien caler son estomac. Depuis, les sportifs ont adopté des régimes et des méthodes d'entraînement plus scientifiques. Trop peut-être. Jolien D'hoore (25 ans), championne de Belgique de cyclisme, vient de tirer la sonnette d'alarme dans l'éditorial qu'elle rédige pour le site du quotidien HetNieuwsblad. Elle vient de rejoindre une équipe professionnelle, Wiggle Honda, qui vise les grands tours. Eberluée, elle voit ses coéquipières user de toutes les ruses des anorexiques : l'une emmène le fruit du petit-déjeuner " pour le manger plus tard ", l'autre dissimule son pain sous sa serviette, une autre jette la gaufre au sucre reçue à l'arrivée derrière le dos du directeur d'équipe. " Elles s'affament pour mieux franchir les cols. " L'anorexie ne touche pas que les femmes. Chris Froome et, avant lui, MichaelRasmussen, sont squelettiques, pour les mêmes raisons. " Pour gravir un col de 8 % à 20 km/h, un coureur de 60 kilos doit développer 455 watts. Un collègue de 70 kilos devra pousser l'équivalent de 507 watts. Or, certains ont beaucoup de mal à augmenter leur puissance. Donc, ils maigrissent. Chaque kilo perdu compte ", explique Peter Hespel, professeur à la KUL et employé par Etixx-Quick Step. Longtemps en retard sur le plan de la préparation, le cyclisme s'est métamorphosé suite à la croisade entreprise contre le dopage. L'arrivée dans le peloton de Team Sky a initié de nombreux changements, dont l'obsession du poids. Quand il a gagné le Tour de France 2012, Bradley Wiggins était très maigre. Il a malheureusement fait des émules... contraints et forcés : avec un pourcentage de graisse normal de 8 %, ils ne pouvaient suivre dans les cols un coureur à 5 %. On parle ici des spécialistes des tours, qui doivent exceller en côte. Les spécialistes des classiques, comme Fabian Cancellara ou Tom Boonen, ont besoin d'une certaine masse musculaire. Par contre, Jurgen Van den Broeck, décevant dans le Tour 2014, a émis un aveu surprenant : " Je ne peux plus exploser. " Incapable de placer une accélération. Marc Lamberts, son entraîneur, a reconnu qu'il avait été affûté trop tôt. Le coureur avait dû prester au Dauphiné pour être repris au Tour. Il avait aussi perdu du poids : 67 kilos au lieu de 70. Certains coureurs font désormais ceinture dès le mois de décembre. Ils évitent même les hydrates de carbone, les sucres lents, alors qu'ils sont indispensables dans une discipline aussi calorivore. Des coureurs partent pour des sorties de cinq à six heures l'estomac vide et ensuite, ils évitent toujours les hydrates de carbone, soit leur carburant... Véronique Collard (52 ans), une ancienne championne de course de fond, kinésithérapeute de formation et entraîneur, a vécu ce changement de régime. " Il y a beaucoup de maigres en course de fond mais ils mangent beaucoup ! Un marathonien consomme énormément de calories. Avant un semi-marathon, j'ai vu trois Noirs, qui allaient courir en dessous de l'heure, se servir de tout et copieusement au buffet... Toutefois, la maigreur extrême est devenue une mode et beaucoup d'athlètes sont sur le fil, surtout ceux qui participent aux meetings internationaux. Ça commence de manière insidieuse : on est un peu trop lourd, on fait régime et on sombre dans l'anorexie. Pendant six mois, un an, on obtient de meilleurs résultats mais ensuite, le corps se vide et perd sa puissance. Il faut du muscle pour courir. Un régime trop strict entraîne également des perturbations hormonales, fragilise les os, la peau. Un moment donné, pendant ma carrière active, je suis allée à l'extrême. J'ai suivi un régime à 85 % d'hydrates de carbone, avec peu de protéines et pas de graisse. J'ai compris à temps que c'était malsain : les protéines sont indispensables aux muscles et il faut un peu de bonne graisse aussi. " Et de poursuivre : " Les sauteurs en hauteur ont, comme les cyclistes des tours, intérêt à être légers. Je pense qu'il y a pas mal d'anorexiques dans ce milieu. " Pas Tia Hellebaut, en tout cas. Saine et d'un naturel bon vivant, elle n'en a jamais fait mystère : faire régime pour être performante en saut en hauteur lui pesait énormément, d'autant que sa petite famille pouvait s'alimenter normalement. Leontien van Moorsel, championne de cyclisme dans les années 90, a vécu ce qu'explique Véronique Collard. Plusieurs fois championne du monde, elle a voulu participer au Tour féminin. Son entraîneur lui a établi un plan pour lui faire perdre dix kilos en trois ans. Elle y est parvenue en trois semaines, passant de 64 à 54 kilos. " Je soupais d'une boîte de haricots verts, dans ma chambre, loin des regards : 100 grammes de haricots, ça ne fait que quinze calories. Le matin, je mangeais un yaourt maigre avec dix corn flakes. Pendant l'entraînement, une pomme, à raison d'un quartier par heure. Je consommais 800 calories par jour alors que j'en brûlais 8.000 ", a-t-elle confié au même journal HetNieuwsblad. Squelettique, elle a continué à gagner, même si elle perdait cheveux et ongles, que ses os devenaient douloureux. Descendue à 43 kilos, elle s'est ressaisie et a remonté la pente. Devenue mère de famille, elle mène une vie normale. Tous n'ont pas cette chance... PAR PASCALE PIÉRARD" La maigreur extrême est devenue une mode chez les sportifs. " Véronique Collard, ex-athlète " Après sa victoire au Tour en 2012, Wiggins et ses 5 % de masse graisseuse ont fait des émules. "