Chaque fois que le Steaua Bucarest jouait à domicile, Alin Stoica prenait place dans la tribune aux côtés d' Eduard Iordanescu, le fils de l'entraîneur. Ensemble, ils regardaient les exploits de son père, Tudorel, médian défensif et capitaine de cette grande équipe emmenée par des attaquants comme MariusLacatus et VictorPiturca. Puis, à la mi-temps, ils montaient sur le terrain afin de montrer au public ce qu'ils savaient faire avec le ballon, eux aussi. Et DimitruStingaciu, le gardien réserviste, tentait d'arrêter leurs envois. Avec GheorgheHagi ou Lacatus, ils avaient été à bonne école...
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Chaque fois que le Steaua Bucarest jouait à domicile, Alin Stoica prenait place dans la tribune aux côtés d' Eduard Iordanescu, le fils de l'entraîneur. Ensemble, ils regardaient les exploits de son père, Tudorel, médian défensif et capitaine de cette grande équipe emmenée par des attaquants comme MariusLacatus et VictorPiturca. Puis, à la mi-temps, ils montaient sur le terrain afin de montrer au public ce qu'ils savaient faire avec le ballon, eux aussi. Et DimitruStingaciu, le gardien réserviste, tentait d'arrêter leurs envois. Avec GheorgheHagi ou Lacatus, ils avaient été à bonne école... " Depuis mon plus jeune âge, je n'ai jamais eu qu'un but : marcher sur les traces de mon père ", a souvent répété Stoica par la suite. " Si j'y parviens, je serai heureux ". Tudorel, lui-même fils d'un ancien libéro de Galati, avait entamé sa carrière comme médian offensif avant que Laszlo Bölöni ne le fasse reculer d'un cran. En 1986, en demi-finale de la Coupe des Champions, il battait Anderlecht (3-0) sous les yeux du jeune Alin. En guise de cadeau, le roi du Steaua Bucarest se vit ouvrir par le président NicolaCeaucescu les portes d'un transfert à l'étranger, ce qui était interdit à l'époque. C'est ainsi qu'en 1989, Tudorel débarquait à Lens. " Pour moi, ce fut une réelle déchirure ", rappelle Alin plus tard. " Pendant toutes ces années, je n'avais fait confiance qu'à mon père et, soudain, je devais me passer de lui. Quelques mois plus tard, heureusement, j'ai pu rejoindre la France. Mais le meilleur moment, ce fut le retour de toute la famille à Bucarest ". Tudorel avait déjà 35 ans lorsqu'il débarqua dans le Nord- Pas de Calais. Quelques mois plus tard, rongé par le chagrin, il devait mettre un terme à sa carrière. Vainqueur de la Ligue des Champions avec le Steaua (victoire sur Barcelone), international à huit reprises, auteur de 43 buts en 368 rencontres de D1 roumaine, il devenait DT adjoint dans son club de toujours. C'est le manager de Tibor Selymes qui, le premier, renseigne à Anderlecht le jeune Alin. A 16 ans, celui-ci joue déjà en équipe Première du Steaua et Paul Courant, alors responsable du scouting au Sporting, l'a remarqué au cours du Championnat d'Europe des -17 ans. A l'époque, Alin se passe en boucle la cassette du match Steaua-Anderlecht. Le club qui a vu passer Morten Olsen, Juan Lozano, René Vandereycken et Enzo Scifo veut s'offrir ses services ! Pour son père, il ne fait aucun doute qu'il doit quitter la Roumanie coûte que coûte car ce championnat ne représente plus rien. Il n'y a plus d'argent, plus d'infrastructures. Les joueurs ambitieux sont forcés de prendre le chemin de l'étranger. Mais Tudorel n'accepte le transfert qu'à condition que le Sporting l'intègre dans son équipe de scouting et fasse en sorte que toute la famille puisse s'installer à Bruxelles. Stoica, son père, sa mère et sa s£ur viennent habiter Dilbeek. " Je dois me sentir entouré ", affirme le joueur à l'époque à Sport/Foot Magazine. " C'est pour cela que je suis aussi très content de pouvoir parler roumain avec Selymes dans le vestiaire ". Alin n'a que 17 ans lorsqu'il entre pour les deux premières fois au jeu (48 minutes en championnat et 2 minutes en Coupe de Belgique). " Techniquement, je n'ai pas grand-chose à envier aux autres mais je manque de puissance et de détermination ", analysait-il au terme de cette première saison. " Le club lui confectionne donc un programme individuel afin de lui permettre de se hisser, physiquement, au niveau de ses partenaires. Johan Boskamp, l'entraîneur de l'époque, affirme que Stoica est le joueur le plus talentueux d'Anderlecht. Mais il regrette qu'il joue à la même place que Pär Zetterberg, celle de meneur de jeu. De plus, il le trouve trop tendre dans les duels et son père approuve dans Humo : " Mon entraîneur m'adressait régulièrement les mêmes reproches. Les Stoica ne sont pas assez durs. C'est notre caractère et aucun entraîneur ne pourra jamais changer cela ". En 1997, sous la direction de René Vandereycken, Alin ne progresse guère en termes de minutes jouées. Mais alors qu'un reporter remarque qu'il n'a même pas encore de barbe, c'est lui qui, en inscrivant un but après être entré au jeu face à Poltava, permet à Anderlecht de respirer avant de se déplacer en Ukraine. Plus tard, il marquera encore face à Salzbourg. Il en est fier et sort de son cocon : " En Roumanie, on laisse les joueurs dribbler à leur guise, ici pas. Pour moi, ce n'est pas l'idéal. Les jeunes doivent se montrer balle au pied, pas en appliquant des consignes. La tactique, ce sera pour plus tard ". Il n'en faut guère plus pour qu'on le compare à un joueur de salon. Il est souvent blessé et n'aime pas défendre. Enzo Scifo affirme même qu'il est prêt à lui tirer les oreilles si cela peut l'aider à redescendre de son nuage. Cette année-là, Tudorel ne peut plus suivre son fils. Il est devenu entraîneur de l'équipe Espoirs de Roumanie et est retourné vivre à Bucarest. Il sait néanmoins où se situe le problème : Alin est plus talentueux que lui mais ne sait pas encaisser les coups. Et il reçoit une fameuse gifle lorsque Arie Haan transfère Gaston Taument à Anderlecht, ce qui prive Stoica d'une sélection en équipe roumaine pour le Mondial 98. Afin de diminuer la concurrence, Aimé Anthuenis, le nouvel entraîneur, tente de l'aligner sur le flanc mais le petit Roumain est têtu et ne loupe pas une occasion de plonger vers le centre du terrain. En octobre 2000, Anthuenis en a assez. Contre Gand, Stoica remplace TomaszRadzinski après 68 minutes mais il est tellement mauvais qu'à deux minutes de la fin, il doit céder sa place à Aruna Dindane. Après le match, et bien que Vercauteren tente de l'en empêcher, il se dirige ostensiblement vers le public. L'ange se transforme en démon. Pour apaiser le feu, Anthuenis demande au père Stoica de venir à Bruxelles et Alin promet de ne plus critiquer personne publiquement. " Mon père m'a montré des exemples de joueurs plus doués que moi qui n'ont pas percé de leur faute ou de celle de leur entourage ", déclare-t-il à Sport/Foot Magazine. " La vie et le football exigent beaucoup de sacrifices. Mais un entraînement, aussi bon soit-il, n'est qu'un entraînement. Un joueur a besoin de matches pour hausser le rythme et progresser ". On est toutefois plus proche d'un transfert que d'une place de titulaire. " Stoica prouve de plus en plus qu'il n'est pas un véritable Anderlechtois ", annonce le président Roger Vanden Stock à la presse en 2001. " Il n'a pas encore pu démontrer qu'il était capable de s'entraîner comme un professionnel ". Elu Jeune Pro de l'Année en mai 2001, il est menacé, deux mois plus tard, de relégation dans le noyau B. Anderlecht veut le faire re-signer afin de pouvoir gagner un peu d'argent en le revendant mais Stoica se montre très exigeant et énerve tout le monde en demandant son remplacement après 30 minutes lors d'un match à Lommel. Il affirme avoir mal à l'aine mais on le soupçonne de vouloir s'économiser en vue du match de Ligue des Champions face au Real Madrid. Il semble de plus en plus n'en faire qu'à sa tête. En six ans à Anderlecht, il aura finalement disputé 128 rencontres et inscrit 22 buts. Pour Hugo Broos, le nouvel entraîneur, son rendement est d'1 %. En août 2002, à l'âge de 22 ans, il se retrouve à Bucarest, sans contrat et sans club. " Ce qui m'arrive maintenant n'est peut-être pas mauvais car ma motivation est plus grande que jamais ", déclare-t-il à De Morgen. Le Club Bruges est le seul à penser qu'il peut faire une bonne affaire et lui offre un contrat de trois ans. Il est le transfert de l'été 2002. " Je crains que le Club ne s'attire des ennuis ", affirme Lorenzo Staelens, ex-joueur du Club et d'Anderlecht. " On dit que Stoica est un fardeau et un fainéant mais nous lui laissons le bénéfice du doute ", répond Jacques De Nolf, directeur du Club. Et il fait remarquer subrepticement que les contrats à Bruges sont davantage axés sur les primes... Stoica a signé pour beaucoup moins que ce qu'il réclamait à Anderlecht. Il voit cela comme un investissement dans sa carrière : " Dans trois ans, je n'aurai que 25 ans et, si je joue bien, j'aurai encore tout le temps de gagner beaucoup d'argent ". Il ne sait cependant pas encore s'il va habiter seul. Ses parents sont à Bucarest mais vont sans doute le rejoindre afin de les aider, lui et sa s£ur qui étudie à Bruxelles. " La famille, c'est très important ", précise-t-il. Il veut une maison meublée à la périphérie de la ville. Avec trois chambres, afin de pouvoir recevoir ses parents et sa s£ur comme des rois. En attendant, il loge chez le président, Michel Van Maele. Dans le groupe, on ne l'entend pas mais il passe beaucoup de temps au téléphone. Avec sa famille, dit-il. A la fin de la saison, alors qu'il a 23 ans, il estime avoir été le meilleur remplaçant du Club. Souvent blessé, barré par Nastjah Ceh, il n'a été titulaire qu'à trois reprises. " Je crois que je ne serai vraiment moi-même qu'en Roumanie ", juge-t-il. Au terme de la saison 2003-2004, il estime qu'il est temps d'aller voir ailleurs. En trois ans à Bruges, il a joué 24 matches et inscrit 5 buts. Pour Chris Van Puyvelde, l'entraîneur adjoint de l'époque, il aurait tout intérêt à repousser ses limites et à jouer un football plus direct, en un temps, plus en profondeur et plus près du rectangle adverse. A créer lui-même l'espace plutôt qu'aller chercher le ballon dans les pieds de ses partenaires. En 2005, il débarque à Sienne, en Italie. Il n'y joue pas un seul match. De retour en Roumanie, cela ne va guère mieux : la même année, au Nacional Bucarest, il dispute six rencontres. Pour la saison 2005-2006, il passe à Politechnica Timisoara, entraîné par Hagi. Il joue quatre matches et inscrit un but. Fera- t-il mieux à Gand ? Peut-être que Tudorel, qui rêvait d'une carrière plus glorieuse pour Alin, regardera bientôt son fils s'entraîner en compagnie de Damir Mirvic et Steve De Ridder. Il comprendra alors qu'Alin ne lui fera jamais oublier Lens. Car au plus profond d'eux-mêmes, le roi déchu du Steaua et son fils qui ne sera jamais prince savent pourquoi... RAOUL DE GROOTE