"C'est plus fort que moi : il faut que je joue tous les matches. Mon début de saison fut cauchemardesque : une défaite chez le néo-promu louvaniste et, après 30 minutes, l'exclusion de DenisOdoi qui m'a obligé à reprendre ce poste d'arrière droit que je pensais avoir abandonné. Le pire était à venir : je me suis retrouvé deux ou trois fois sur le banc, ce qui ne m'était plus arrivé depuis mes débuts à Gand, où j'avais été réserviste lors des six ou sept premiers matches. Mais j'arrivais d'Eupen, en D2, et je pouvais comprendre qu'une période d'acclimatation était nécessaire. La décision d' Ariel Jacobs m'a obligé à me remettre en question et cela m'a sans doute été bénéfique. En D2 aussi, j'avais parfois besoin d'un coup de pied au cul car j'étais un peu trop sûr de ma place. Je me suis donné encore plus qu'avant à l'entraînement. Lorsque le coach te redonne une chance en match, il faut pouvoir répondre présent et je l'ai fait, à une place qui me convient à merveille. Mon point fort reste de sentir où le ballon va tomber, c'est de cette manière que j'inscris la plupart de mes buts. "
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"C'est plus fort que moi : il faut que je joue tous les matches. Mon début de saison fut cauchemardesque : une défaite chez le néo-promu louvaniste et, après 30 minutes, l'exclusion de DenisOdoi qui m'a obligé à reprendre ce poste d'arrière droit que je pensais avoir abandonné. Le pire était à venir : je me suis retrouvé deux ou trois fois sur le banc, ce qui ne m'était plus arrivé depuis mes débuts à Gand, où j'avais été réserviste lors des six ou sept premiers matches. Mais j'arrivais d'Eupen, en D2, et je pouvais comprendre qu'une période d'acclimatation était nécessaire. La décision d' Ariel Jacobs m'a obligé à me remettre en question et cela m'a sans doute été bénéfique. En D2 aussi, j'avais parfois besoin d'un coup de pied au cul car j'étais un peu trop sûr de ma place. Je me suis donné encore plus qu'avant à l'entraînement. Lorsque le coach te redonne une chance en match, il faut pouvoir répondre présent et je l'ai fait, à une place qui me convient à merveille. Mon point fort reste de sentir où le ballon va tomber, c'est de cette manière que j'inscris la plupart de mes buts. " " En période de préparation, j'ai souvent ressenti une petite gêne et j'ai dû me ménager. Je l'ai ressenti lorsque le championnat a commencé : j'accusais un retard physique. Mais je mords toujours sur ma chique : quand j'ai mal, je préfère aller m'entraîner que me plaindre. Je me claque rarement, au contraire de mon ami JonathanLegear. Moi, je ne suis pas explosif du tout. Je suis plutôt un gros diesel allemand. J'ai sans doute une bonne constitution car je ne me prépare pas spécifiquement durant l'entre-saison. Durant les vacances, je me contente du strict minimum. A mon retour, j'ai souvent perdu du poids alors que j'ai bouffé comme un ogre. Je ne respecte pas non plus un échauffement spécifique d'avant-match ou d'avant-entraînement. Certains arrivent 30 minutes plus tôt mais je n'en éprouve pas le besoin. Si j'applique les principes qui m'ont été enseignés durant mes études en éducation physique ? J'ai beaucoup oublié. J'ai développé mon corps, car j'ai pratiqué de nombreux sports à l'école. J'y suis resté jusqu'à 22 ans. A 19 ans, j'ai eu la possibilité de signer un contrat pro à l'Antwerp en D2, mais je n'y ai pas donné suite. Ce sont surtout mes parents qui m'ont poussé à poursuivre mes études et je les en remercie. Pour les jeunes joueurs hyper-doués, c'est difficile d'aller à l'école très longtemps. La saison dernière, on a eu RomeluLukaku qui a terminé ses humanités. Cette année, on a DennisPraet. Les footballeurs sont de plus en plus précoces. En préparation, j'ai parfois eu l'impression que des enfants s'entraînaient avec nous. " " Chaque été, je me paie un beau voyage. Le pays où j'aimerais retourner et éventuellement vivre ? Les Etats-Unis ! J'ai adoré New York et Miami, et l'an prochain, ce sera Los Angeles. Pour les vacances mais aussi pour le mariage de SachaKljestan. Pourquoi ne pas faire une petite pige aux LA Galaxy en fin de carrière ? J'essaie toujours de faire un petit tour à Roland-Garros. Je suis devenu très ami avec SteveDarcis. On a des amis communs, il est Liégeois, comme moi, et est un supporter acharné d'Anderlecht. C'est un garçon attachant et intelligent. Mais c'est difficile de trouver une date pour se voir, car il est constamment en voyage. Je pense que j'aurais pu devenir un bon tennisman. Les rares fois où j'ai eu l'occasion d'affronter Steve, j'ai très bien joué. Avec ma mentalité, j'aurais pu atteindre un niveau convenable dans plusieurs disciplines. Récemment, j'ai rencontré JérômeD'Ambrosio, un autre supporter d'Anderlecht. Et comme j'adore le sport automobile, j'ai pris mon pied. Nous sommes restés en contact ". " Un sportif de haut niveau a un rôle social à jouer. On a commencé l'an passé, avec Jona et nos compagnes, Marie et Lorraine. On a amené des jouets à des enfants malades ou blessés pendant les fêtes de Noël. Et puis on a voulu construire une plaine de jeux pour des enfants placés en centres d'accueil. On a mis des maillots aux enchères. On les avait récoltés auprès de nos coéquipiers. Lorsqu'on sait que chaque maillot échangé avec un joueur adverse ou jeté aux supporters après le match, est facturé à 100 euros, je peux dire que tout le monde a contribué. On compte renouveler ces actions au moins une fois par an. Les enfants avaient préparé notre venue depuis une semaine et étaient tout excités. On participe aussi à des actions organisées par Anderlecht. Je me souviens d'un enfant de 10 ou 11 ans, blessé au genou en jouant avec son frère. La plaie s'est infectée et tout le corps en a souffert. J'en ai eu la chair de poule. SilvioProto, qui nous avait accompagnés, était bouleversé également. Personne n'est à l'abri d'un malheur. Le décès brutal du fils de DieumerciMbokani est là pour nous le rappeler. " " Jona a mûri pendant nos quatre années communes au Sporting. Je ne sais pas j'y suis pour quelque chose. Lorraine, lorsqu'elle a décidé de s'installer avec lui, lui a apporté plus de stabilité. Jona est un bon gars, avec un gros c£ur, et beaucoup plus malin qu'on l'imagine. Lorsqu'on imitait sa façon de parler à la radio, avec son cheveu sur la langue, cela l'amusait. Il en arriverait presque à faire volontairement des bêtises pour qu'on parle de lui. Je suis l'une des rares personnes qu'il est prêt à écouter, en dehors de ses parents. Je n'ai que quatre ans de plus que lui, mais j'ai l'impression que tout ce qu'il a vécu, je l'ai vécu avant lui. Avec moins d'excès sans doute. Le jour où l'on a perdu le titre au Standard, il tenait absolument à ce qu'on aille boire un verre. J'ai refusé de l'accompagner. C'est ce soir-là qu'il a eu son accident de voiture. Peut-être que, si je l'avais accompagné, il aurait été plus prudent. Lorsque j'ai bu un verre, il est rare que je prenne le volant. J'ai appris à me montrer prudent. D'autant que Marie est enceinte, la naissance est prévue pour fin février ou début mars. Elle travaille : elle gère un cabinet d'endermologie à Bruxelles : un traitement destiné à perdre de la cellulite. "" Lorsque Jona est parti, le moment où j'ai failli, moi aussi, partir en Russie m'est revenu en mémoire. C'était à l'époque où j'ai quitté Gand pour Anderlecht. Quasiment en même temps, une offre du Dynamo Moscou est parvenue sur le bureau de mon manager, YvesBaré. Tous ces millions qu'on me proposait m'ont un moment fait tourner la tête, mais j'ai laissé parler mon c£ur et ne l'ai jamais regretté. Jona a lui aussi refusé une proposition du Dynamo, mais le train est passé une deuxième fois avec le Terek Grozny. J'espère que je recevrai, moi aussi, une deuxième opportunité, même si je ne me vois pas partir dans une région aussi instable. A Moscou, OK. MbarkBoussoufa, qui est parti à Anzhi Makhachkala, y vit. Mais Jona habite à Kislovotsk, à une heure de vol de la capitale. D'après ce qu'il me raconte, ce n'est tout de même pas hyper-moderne. Lorraine, qui a appris le russe, peut certes l'aider à s'intégrer, mais ce n'est pas l'idéal : à Moscou, elle aurait sans doute pu trouver du travail, comme professeur de langues ou interprète, mais à Kislovotsk ? Elle vient d'obtenir son visa et est partie rejoindre Jona pour la première fois il y a 15 jours. J'espère qu'elle restera. Un moment, on avait cité le Standard comme possible destination pour lui, mais je n'y ai jamais cru. Il a encore beaucoup de connaissances là-bas, et aimait y retourner pour descendre dans les loges et y boire un verre de champagne, mais de là à y jouer ? Il a pris conscience qu'en Belgique, il ne pouvait pas trouver mieux qu'Anderlecht. C'est aussi ma conclusion. Si je dois passer dix ans à Anderlecht, ce sera très bien. Je défends les couleurs du club dont j'ai toujours été supporter et j'y ai vécu titre, coupe et moments très intenses en Europa League. Ce qui me manque le plus, c'est une participation à la CL mais on a chaque fois échoué. Je pense être apprécié au Parc Astrid. Mon maillot n°30 s'est, un moment, très bien vendu. Mais la saison dernière, avec l'éclosion de Lukaku, il n'y en avait plus que pour lui au Fan Shop. Et cette saison, Milan Jovanovic a pris le relais au hit-parade des ventes. " " La saison que j'ai passée chez les jeunes du Standard a été une très belle période sur le plan sportif. Je jouais comme attaquant, j'inscrivais énormément de buts et nous avons remporté de beaux tournois à l'étranger, avec une équipe dont aucun élément n'a atteint le haut niveau sauf GillesColin qui a joué à Mons et à Eupen. Je n'ai certainement pas perdu mon temps là-bas, mais j'avais déjà le c£ur mauve. Je dois être le seul joueur de l'histoire de l'école de jeunes à y être venu, un jour, s'entraîner avec un maillot d'Anderlecht. L'entraîneur m'a mis en demeure : - Soit tu t'entraînes torse nu, soit tu changes de maillot ! L'autre club de mon c£ur est le FC Liège. La saison dernière, des supporters se sont cotisés pour essayer de rembourser les dettes. J'ai déjà proposé de mettre, là aussi, l'un ou l'autre maillot aux enchères. Cela ne s'est pas encore concrétisé, mais ce n'est que partie remise. Je continue à suivre les évolutions de mon ancien club. D'autant que j'y retrouve des garçons avec lesquels j'ai évolué précédemment, comme GrégoryScattone, StéphaneCaligari, BenjaminMaréchal et d'autres encore. Et puis, il y a toujours cette idée de terminer ma carrière en Sang et Marine. En espérant que le club évoluera, à ce moment, un ou deux échelons plus haut que la Promotion. " " Mon frère joue à Fourons, en P2 liégeoise et chaque fois que je vais le voir, je m'attends au pire. On est en territoire rouche, là-bas, et l'accueil qu'on réserve à un Mauve n'est pas toujours amical. Il m'est arrivé qu'on me lance des verres de bière et d'être pris à partie et bousculé par une dizaine de jeunes dans la rue, alors que je me baladais avec Marie. Ce sont les aberrations du monde du football et c'est triste. Par contre, lorsque j'entends chanter dans les gradins " Les Wallons c'est du c... " ou " Bruxelles on t'enc... ", ça ne me touche pas. Il y a sans doute des manières plus intelligentes pour déstabiliser l'adversaire, mais cela fait partie du football. Cela existait il y a 50 ans et existera encore dans 50 ans. Je trouve que lancer des " Fukushima " à la tête du gardien japonais du Lierse, c'est bien plus grave. Comment peut-on évoquer une tragédie qui a coûté la vie à des milliers de personnes ? "" Yves Baré fut mon manager pendant dix ans. C'est pour lui rendre hommage que j'ai regardé le ciel après avoir inscrit un doublé contre le Beerschot. Voilà un an et demi qu'il nous a quittés, mais il est toujours présent dans mon esprit. Il me répétait sans cesse que, lorsque je marquais, c'était jamais un doublé. Le seul que j'avais réussi, de son vivant, était celui au Brussels, alors que je venais de débarquer à Anderlecht. Lorsque j'ai inscrit deux buts face aux Anversois, mes premières pensées ont été pour lui : - Yves, ce doublé est pour toi ! Baré, c'était pour moi plus qu'un manager. Sans lui, je ne serais sans doute jamais arrivé là où je suis. Et pourtant, il ne m'a jamais poussé nulle part. Il m'a toujours laissé décider. Mais il me connaissait parfaitement. Avant que je lui en parle, il savait pour quel club j'allais opter. Il inscrivait le nom sur un bout de papier, mais ne l'ouvrait que lorsque je m'étais décidé. Il ne s'est jamais trompé. Pourtant, après ma belle saison à Eupen où j'avais inscrit 16 buts, j'avais que l'embarras du choix. Une dizaine de clubs s'était intéressée à moi, mais il avait inscrit le nom de La Gantoise sur son bout de papier. Je suis resté en contact avec son épouse et ses filles. Trois jours avant son décès, j'étais encore allé manger chez eux. Il avait fourni un gros effort pour ne rien laisser apparaître et avait rigolé tout au long de la soirée. Au cours des semaines précédentes, j'avais vu son état se détériorer mais le médecin avait dit qu'il allait mieux. Je m'étais remis à y croire. Puis, ce fut le choc. Aujourd'hui, c'est le collègue d'Yves, Guy Bonny, qui s'occupe de mes intérêts.. " " Les tatouages sont devenus à la mode, mais je résiste : je dois être l'un des derniers footballeurs vierge de tout tatouage. Et j'ai promis de résister encore longtemps. A Marie, mais surtout à ma maman. Je crois que, si je me laissais tenter, elle ne m'autoriserait plus à rentrer à la maison. Les tatouages, c'est comme une drogue. On dit qu'on se limitera à un petit, et que cela s'arrêtera là, mais on en ajoute un deuxième, puis un troisième. Alors, je m'efforce de ne jamais commencer. "" Au retour de Zagreb, où un déclic s'était produit pour Anderlecht, j'ai eu la désagréable surprise de constater que ma maison avait été cambriolée. Cela fait un choc sur le coup, mais l'assurance a joué son rôle et j'ai pu remplacer la plupart des objets qu'on m'avait dérobé. Ce qui m'a fait le plus mal, c'est sans doute de constater que mes maillots du Bayern, auxquels je tenais tant, avaient disparu. "PAR DANIEL DEVOS - PHOTOS: IMAGEGLOBE" Je dois être le seul jeune du Standard à avoir voulu s'entraîner, un jour, avec un maillot d'Anderlecht... "" Cela ne me déplairait pas de m'installer un jour aux USA, et pourquoi pas, de faire une petite pige aux LA Galaxy en fin de carrière. "" J'étais l'une des rares personnes que Jona écoutait, en dehors de ses parents. "