Quand il a fallu commenter les négociations entre Anderlecht et Lucien D'Onofrio, tout le monde a ressorti l'argument du carnet d'adresses de LDO, particulièrement bien fourni et inégalable dans le microcosme du foot belge. Au Standard, quand il fallait parler de l'ancien vice-président du Standard, on insistait sur l'importance et la prépondérance de ses réseaux dans la bonne marche du club.
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Quand il a fallu commenter les négociations entre Anderlecht et Lucien D'Onofrio, tout le monde a ressorti l'argument du carnet d'adresses de LDO, particulièrement bien fourni et inégalable dans le microcosme du foot belge. Au Standard, quand il fallait parler de l'ancien vice-président du Standard, on insistait sur l'importance et la prépondérance de ses réseaux dans la bonne marche du club. Sans le carnet d'adresses de Lucien, jamais le Standard n'aurait connu cette résurrection ni n'aurait raflé les titres de 2008 et 2009, entendait-on sans cesse en bord de Meuse. Sans nier l'existence de ce carnet d'adresses, on ne peut pas dire qu'il a particulièrement servi le club ou qu'il fut utilisé à bon escient. Pour s'en convaincre, il suffit d'analyser les 156 transferts de l'ère D'Onofrio. Seuls trois grands joueurs - ces footballeurs capables d'évoluer dans les grands championnats européens et de ne pas y tenir un rôle de faire-valoir mais bien de titulaire indiscutable - ont transité par Sclessin : Sergio Conceiçao, Steven Defour et Daniel Van Buyten. Soit même pas 2 % des transferts effectués. On peut même pousser l'analyse plus loin en disant que les arrivées de Van Buyten et de Defour à Liège ne doivent rien au carnet d'adresses. Il suffisait pour cela de visionner le championnat de Belgique. Il ne faut pas être introduit à Charleroi ou à Genk pour y négocier (bien qu'on ne peut pas à proprement parler de négociation avec Genk puisque Defour a fait valoir la loi de 1978 pour rallier le Standard). Si on cumule les réussites, à savoir les transferts de niveau international et les bonnes pioches comme Ivica Dragutinovic, Vedran Runje, Manuel Dimas, les retours d' Eric Deflandre ou Michaël Goossens ou l'éclosion de Karel Geraerts, devenu Diable Rouge sous la vareuse du Standard, on obtient le chiffre de 36 réussites. Soit un pourcentage famélique de 23 %. Même pas un transfert sur quatre ! Le reste, ce sont soit d'honnêtes joueurs, capables de réussir l'une ou l'autre bonne rencontre, mais incapables de tirer un groupe vers la victoire sur la longueur (33), soit des échecs cuisants. 55 % des transferts de D'Onofrio se sont avérés être des flops intersidéraux. Pas mal pour le plus grand connaisseur du football belge ! Pour un Conceiçao ou un Dimas, il y eut les cas Robert Prosinecki, qui traînait sa misère sur les terrains belges, Milan Rapaic, venu tirer l'un ou l'autre coup franc entre deux parties de pêche, Sa Pinto, trop vieux, beaucoup trop vieux, Jorge Costa, qui déstabilisa toute la défense liégeoise mise en place en 2006, Robert Spehar, ancien meilleur buteur qui ne trouva le chemin des filets qu'à trois reprises en une saison, Olivier Dacourt, à court de forme, ou Ricardo Rocha, qui se demanda durant 13 matches ce qu'il était venu faire en Belgique. Pour une bonne pioche comme Mohamed Sarr, issu des noyaux excédentaires des grands clubs de Serie A, il y eut pléthore d' Aliyu Datti (arrivé du Milan AC) ou de Sergyi Kovalenko (Juventus). Fabian Carini ne venait-il pas tout comme Benjamin Onwuachi de la Juventus ? A la lecture de ce tableau, on peut se demander si ce fameux carnet d'adresses ne servait pas à passer l'un ou l'autre coup de fil dans les grands clubs, pour voir s'il n'y avait pas quelques restes consommables pour le Standard. Le tout sans trop se bouger. Bref autant de coups de poker qui relèvent plus du jeu de hasard que de la science infuse d'un grand connaisseur de football. En treize ans, Lucien D'Onofrio a donc fait venir 156 joueurs à Liège, soit 12 joueurs par an. Plus d'une équipe ! Et sans compter les jeunes incorporés dans le noyau A. Récemment, un article du Soir a fait le bilan des transferts des cinq dernières années. Il en ressortait que 38,8 % des joueurs transférés n'avaient pas disputé cinq rencontres sous la vareuse rouge et blanche. Certains comme Rodrigo Costa, arrivé en 2006, ne disputèrent qu'un match sous Johan Boskamp. Juste le temps de se trouer en défense et de plier bagage. Un match également pour des joueurs comme Lovre Vulin ou Digao (le petit frère de Kaká). Aucune rencontre pour Alen Pamic ou Tiago. En 2006, année faste en transferts foireux, trois Portugais ( Nuno Coelho, Rogerio Matias ou Miguel Areias) arrivés grâce au fameux réseau portugais et qui devaient survoler le championnat belge, ne resteront même pas un an. Sur les trois Brésiliens arrivés en janvier 2007, seul Marcos s'imposa. Et que dire de Victor Ramos, acheté deux millions d'euros et évacué par la sortie de secours cet été. Même certaines grandes réussites du Standard ne doivent rien au carnet d'adresses de Lucien D'Onofrio. Milan Jovanovic est arrivé au Standard par hasard puisqu'il venait faire soigner son genou par le docteur Popovic ce dont on en a profité pour lui proposer un contrat. Les éclosions de Marouane Fellaini et d' Axel Witsel n'avaient pas été vraiment programmées. Issus de l'école des jeunes, ils ont profité d'un départ catastrophique du Standard (saison 2006-2007) et surtout d'une campagne de transferts abominable (les trois Portugais précités, Frédéric Dupré, Hakim Bouchouari, Mladen Pelaic, Rodrigo Costa, Sa Pinto ou Junior). Cette saison-là, si D'Onofrio avait mieux transféré, jamais Witsel et/ou Fellaini n'aurait/aient percé... PAR STÉPHANE VANDE VELDE