Attachant, excessif, explosif : 100 % Jova

Sport/Foot Magazine était parti en Serbie sur les traces de Milan Jovanovic, le tout nouveau footballeur pro 2008 : " C'est un émotif et un sentimental qui a horreur de l'injustice ", expliquait sa mère, Gordana. " Sans le Standard, c'était fini pour lui et pour nous, j'en suis sûr à 100 % ", disait Cane, son papa.
...

Sport/Foot Magazine était parti en Serbie sur les traces de Milan Jovanovic, le tout nouveau footballeur pro 2008 : " C'est un émotif et un sentimental qui a horreur de l'injustice ", expliquait sa mère, Gordana. " Sans le Standard, c'était fini pour lui et pour nous, j'en suis sûr à 100 % ", disait Cane, son papa.Marc Delire : Le Serbe est à la fois un bonheur à voir jouer et une personnalité attachante en dehors du terrain. A la mi-temps face à Bruges, peu après la scène du penalty entre Witsel et Jova, Belgacom a diffusé un reportage très court sur la visite de l'attaquant des Rouches auprès d'un jeune handicapé. Ce reportage avait été évoqué pour expliquer l'obsession de Jova à transformer le coup de réparation. Et je ne peux que le confirmer puisque j'étais partie prenante de l'histoire. Il y a plusieurs mois, une personne de Godinne m'avait contacté pour savoir si je pouvais l'aider à ce que son fils de 17 ans, atteint de myopathie, une maladie dégénérescente qui paralyse tout le corps, rencontre son idole, Milan Jovanovic. J'avais alors appelé Cvijan Milosevic (l'ex-joueur du FC Liège), aujourd'hui agent de Jova, pour qu'il fasse pression sur son poulain. Les semaines passaient et ne voyant rien venir, je n'y croyais plus trop. Et pourtant, le mardi 5 mai à 11 heures, Jovanovic était bel et bien chez Aurélien. Ce geste n'a pas à être excessivement applaudi, puisque ce genre d'action fait partie intégrante, en tous les cas je le pense, de la vie d'un footballeur, modèle de beaucoup de jeunes. Je crois aussi que d'autres se seraient débinés à ce moment de la saison. Et puis, leur rencontre était émouvante et sincère. J'ai pu lire sur le visage de Jova à la fois de la tristesse et une grande compassion envers ceux qui le recevaient. Il est père de deux enfants et j'ai le sentiment qu'il a pris conscience ce jour-là que la maladie d'un proche pouvait faire basculer son existence. Le dialogue entre Aurélien et Jova était évidemment difficile, mais on sentait que l'un voulait aller vers l'autre, enfin pas tout à fait puisque que quand Jova s'est approché pour l'embrasser, Aurélien a balancé : " Pas trop près car tu risques de me mordre l'oreille. " Rire général assorti. Sur le terrain, Jova est finalement comme en dehors : explosif, fonceur, fantasque, oubliant parfois la simplicité, la passe facile. Mais c'est un puriste, un artiste et c'est ce que les gens aiment chez lui. Si l'on critique parfois son comportement, Jova n'a jamais dépassé les limites, même si c'est passé tout près avec l'oreille de Bart Buysse... Un gars comme Conceiçao était aussi un artiste balle au pied mais son comportement gâchait l'emballage. Je suis certain que le Portugais n'aurait pas été aussi chaleureusement accueilli que Jova l'a été par les supporters d'Anderlecht lors du match aller des test-matches. Jova a été pris en photo, applaudi par la foule " rivale " quand il l'a traversée pour assister au match. Conceiçao n'aurait, lui, pas vu le match... Mai 2008, on fait le bilan à Anderlecht. Festivités du centenaire, entraînements et victoire en Coupe mais surtout : préparation de la prochaine saison et transferts avant tout. Marc Delire : Quand les rédactions de Sport/Foot Magazine et Belgacom 11 s'étaient réunies le 18 mars dernier pour parier sur le futur champion, j'avais pronostiqué le Standard. J'estimais que la différence se ferait défensivement et je crois qu'aujourd'hui on ne peut me donner tort. Une équipe du calibre d'Anderlecht se doit d'avoir un axe central arrière correct avec au minimum un joueur qui sache donner l'impulsion à une offensive. En regardant Barcelone-Manchester, j'ai été sidéré par la prestation de Piqué : que ce soit dans le jeu court ou dans le jeu long, chaque ballon était parfaitement dosé. On parle ici du top absolu auquel notre foot n'émarge évidemment pas, mais il faut s'en inspirer. Vincent Kompany est le dernier défenseur mauve qui savait surmonter le milieu par une passe tendue et précise. Aujourd'hui, c'est à chaque fois Biglia ou Polak qui redescend très bas pour amorcer l'offensive. Et avec les conséquences que l'on connaît : un jeu très lent, sans grande surprise. Au Barça, pour poursuivre le parallèle, vous avez Puyol qui est le guerrier de la défense. A Anderlecht, vous n'avez que des guerriers : Wasyl, Deschacht, Bernardez, Juhasz. C'est trois de trop, le public du Parc est en droit d'attendre davantage de ses défenseurs. Celui qui symbolise le mieux l'échec de la campagne estivale des transferts d'Anderlecht, c'est Kruiswijk. La direction pensait viser juste avec un Hollandais sobre à la relance propre. Rien de tout ça à l'arrivée. Au Standard, on vend Dante qu'on remplace par Mulemo, qui m'a rarement déçu et a même progressé avec le temps. A Sclessin, on regarde d'abord ce qu'on a en magasin, et puis si c'est trop peu, on va s'approvisionner pas loin : les transferts de Benteke ou Bolat l'illustrent à merveille. A Anderlecht, les vivres ont un nom plus exotique mais n'ont pas un rendement meilleur pour autant. Pourquoi tabler automatiquement sur des valeurs étrangères ? Pourquoi ne pas acheter davantage le label Jupiler League ? Je rappelle que les derniers transferts réussis sont tous étiquetés championnat de Belgique : Gillet, Chatelle ou De Sutter. Pourquoi un gars comme Asare s'en va enrichir le foot hollandais ? Pourquoi Anderlecht n'est-il pas intéressé par un joueur comme Vleminckx ? Ok ce n'est pas le plus grand esthète, mais c'est un rendement et une disponibilité assurés. Willy Geurts, en ses temps mauve et blanc, n'était pas le plus beau à voir jouer non plus, mais il claquait son lot de buts. Pourquoi ne pas s'intéresser à des gars comme Karim Belhocine de Courtrai, Torben Joneleit de Charleroi, Frank Berrier ou Thomas Matton de Zulte Waregem ? Le Standard parvient à " transformer " un bon joueur du championnat belge en très bon joueur (remember Onyewu ou Dalmat cette année), pourquoi Anderlecht s'interdit-il de le faire ? Finalement, la perte douloureuse du titre est peut-être un mal pour un bien. L'an dernier, à pareille époque, le gain de la Coupe a servi de miroir aux alouettes et n'a pas remis le club en question. Cette fois, la direction doit faire son introspection, même si je sais qu'avec un penalty mieux tiré, mon discours serait assurément différent. Le titre s'est joué sur un coup de dés mais le jeu doit évoluer, être plus rapide, plus moderne. Quand Bölöni a débarqué, il a dit : " Le Standard a une bonne équipe, mais elle doit aller plus vite. " Et elle a été plus vite. Anderlecht doit s'en inspirer... Le contrat de Michel Preud'homme est au centre de toutes les discussions. Le T1 liégeois s'est torturé les méninges pour définir son avenir. A-t-il estimé que le Standard manquait de respect à son égard en lui proposant un accord d'un an ?Marc Delire : Le titre du Standard, c'est aussi celui de Preud'homme, même s'il était à deux doigts de l'en priver. Le boulot de Michel l'an dernier reste plus important que ce que Bölöni a réalisé cette saison, sans pour autant ôter une once de mérite à l'entraîneur roumain. Cette saison, MPH est parvenu à confirmer les énormes attentes des Buffalos. On le sent parfaitement impliqué dans le projet triennal gantois. L'an prochain son équipe devrait être encore plus performante malgré le départ très probable de Ruiz. Face au Standard, le Costaricain n'avait pas été étincelant mais on avait pu s'apercevoir que le reste tenait parfaitement la route : Jorgacevic, Leye, Ljubijankic, Maric, c'est du très bon. Et les venues de Lepoint, de Coulibaly, en attendant les autres, démontrent un désir d'aller de l'avant, de bousculer la hiérarchie. Je ne vois aucun véritable défaut à cette équipe, c'est du costaud. Elle pourrait d'après moi se mêler dès l'an prochain à la lutte pour le titre : le Standard ou Anderlecht pourrait très bien être privé de podium car Bruges devrait aussi se relever. Preud'homme, on l'aime ou on ne l'aime pas, mais on ne peut que s'incliner devant ce qu'il réalise au niveau sportif. Il est parvenu en un an à inculquer la gagne à Gand après avoir fait de même avec le Standard. C'est un passionné et le mot est faible. A son évolution physique, on voit que son métier le bouffe. Cette saison, il a encore irrité pas mal de monde, par ses déclarations, son attitude, son comportement : médiatiquement parlant, c'est l'anti-Guardiola. Mais un coach en or pour tout joueur.lpar thomas bricmont-dessins de pad'r