La prise du pouvoir par le fric

Avril 2008, les vieux de Charleroi sortent du bois et se rebiffent. Laquait déclare : " On ne peut pas aller à la guerre avec des pistolets à eau ", tandis que Smolders stigmatise la mentalité : " Quand tu vois un joueur avec ses écouteurs alors que l'entraîneur parle, c'est à la limite de l'impolitesse ".
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Avril 2008, les vieux de Charleroi sortent du bois et se rebiffent. Laquait déclare : " On ne peut pas aller à la guerre avec des pistolets à eau ", tandis que Smolders stigmatise la mentalité : " Quand tu vois un joueur avec ses écouteurs alors que l'entraîneur parle, c'est à la limite de l'impolitesse ". Marc Delire : Dante Brogno m'expliquait récemment les difficultés qu'il rencontrait en tant que coach des Espoirs de Charleroi. Il avait un véritable blocage avec certains jeunes qui semblaient peu à l'écoute, très distants. Il a même dû faire un pas en avant pour qu'eux s'ouvrent. C'est un peu le monde à l'envers et, je peux imaginer, très déstabilisant pour un jeune coach qui a connu une autre époque et d'autres pratiques. Johan Walem, aujourd'hui entraîneur des Espoirs à Anderlecht, tient le même discours. A savoir que les jeunes ont pris le pouvoir, ou plutôt en donnent l'impression. Quand Logan Bailly et Sébastien Pocognoli sont venus à Studio 1, on a pu observer leur caractère affirmé, leur discours bien tranché. Ils ont davantage de " carrure " que Johan ou Dante au même âge. Le facteur qui l'explique en grande partie, c'est l'argent. Que ce soit à l'AZ ou à Mönchengladbach, les deux pèsent beaucoup. C'est peut-être désarçonnant pour le grand public de les voir sortir du bus, casque aux oreilles, et attirail bling-bling. On n'est pas bien loin du clip de MTV, mis à part les 25 gonzesses qui tournent autour. Au bout du compte, c'est quand même le terrain qui compte. Les tatouages et autres Mp3, ne doivent pas intervenir dans le jugement sportif. Ces joueurs profitent simplement d'un système qui les fait gagner beaucoup d'argent. Qui pourrait leur donner tort ? Quand mon père est passé de l'Olympic Charleroi au Standard, Roger Petit a offert à la famille un... frigo. C'étaient les années 60, le foot semi-pro, d'autres m£urs, etc. Avec l'avènement du couple Beckham et par après de la France championne du Monde, le foot est devenu à la mode et les footballeurs, des people ; des personnalités à inviter. Avant, on avait beaucoup plus de mépris pour le footeux. Les dirigeants et entraîneurs doivent prendre en compte ces données nouvelles et les accepter. C'est vrai que certains jeunes donnent l'impression d'être de gros glandeurs, mais quand je vois Pocognoli ou Bailly, ils ne trichent pas sur un terrain. L'essentiel est là. Ahmed Hassan faisait il y a un an une de ses dernières sorties publiques en Belgique et s'exprime sur son statut de réserviste. " J'aurais été bon aussi à la place de Biglia " ou " Je mérite une autre considération de la part de Jacobs ". Marc Delire : Si Anderlecht veut revenir à un haut niveau, il faut des gars du calibre d'Hassan sur le banc. Des gars qui râlent d'être réservistes et qui peuvent apporter un plus dès qu'ils montent au jeu. Comme l'Egyptien l'a fait en finale de la Coupe de Belgique par exemple. Dans les gros cubes du type Chelsea ou Manchester, les réservistes sont des titulaires en puissance. A Anderlecht, malgré leur noyau XXL, ce n'est pas le cas. Aujourd'hui, enfin, les Mauves carburent, et ce, avec la même équipe, le même onze depuis plusieurs semaines. Les réservistes n'ont pas la même stature. Ou ceux qui devraient l'avoir, du type Hernan Losada, passent au travers de leur saison. L'Argentin est une énigme pour moi. C'était Le transfert de l'été, un créatif qui était censé apporter du spectacle. Son échec est assez incompréhensible. Imaginez que Ruiz débarque au Parc l'an prochain et se plante, personne ne le comprendrait. Le couac Losada, je ne le comprends pas. Boussoufa brille cette saison, bien qu'il ait connu une première année difficile. Il était souvent titulaire, mais très loin de son niveau de Gand. Comment expliquer ces problèmes à l'allumage ? Je n'en sais rien, mais je note qu'au Standard, les nouveaux transferts s'imbriquent plus facilement. Wilfried Dalmat est la pioche de l'été passé alors que sa cote était moins importante que celle de Losada. Même Benjamin Nicaise, s'il ne joue pas beaucoup, a prouvé directement son utilité. Tomislav Mikulic également. Et puis au Standard, on place des jeunes quand les titulaires sont indisponibles. Pour en avoir parlé avec Walem, qui est constamment en contact avec Ariel Jacobs, j'ai le sentiment qu'un vent nouveau arrive sur Anderlecht. Que de jeunes Bruxellois vont recevoir leur chance. Jacobs sait travailler avec eux, il l'a prouvé. Il doit encore asseoir sa notoriété pour avoir toutes les cartes en mains. Quand Gerets fait descendre une star pour faire monter un Cadet, personne ne le critique. C'est ça la notoriété. Le Standard est champion 2007-2008 : Steven Defour raconte la marche triomphante et parle de ses nouvelles ambitions " Vite un 2e titre ! (...) Encore un titre avec le Standard, puis il sera temps de penser à autre chose ". Marc Delire : Qu'on l'adore ou qu'on le déteste, on ne peut que louer la mentalité de Defour. Ce jeune gars est l'essence du Standard. S'il est tellement adoré par le public liégeois, c'est autant pour son jeu que ses qualités humaines. Rien que pour lui, le Standard mériterait d'être à nouveau titré ; rien que pour couronner sa grande gueule, son talent, sa force de caractère. En seulement trois ans, il est devenu l'icône de ce club. Et ce n'était pas gagné après le transfert mouvementé qui l'a conduit de Genk au Standard. La pression, ça le connaît. L'étiquette du nouveau Van Moer, il a vécu avec. A 21 ans tout frais, Steven fait d'ores et déjà partie de l'histoire des Rouches. Imaginez la sensation pour ce petit bonhomme de ramener le titre brassard au bras à un public en attente depuis 25 ans. Cette année, son aura a encore grandi, sur et en dehors du terrain. Je ne me rappelle pas un joueur qui incarne aussi bien les valeurs du Standard. Axel Witsel est bourré de classe, mais n'a pas son charisme, est moins roquet, moins guerrier. Marc Wilmots personnifiait le Standard mais n'a jamais gagné le titre. Il faut remonter au début des années 80, ou même avant avec Van Moer, pour retrouver pareil symbole. Et puis, Defour représente le Standard qui gagne, il efface l'étiquette de looser qui lui collait au sigle. S'il devait partir en fin de saison, il laisserait un gouffre derrière lui. Bien plus que si Jovanovic, Mbokani ou Witsel venaient à quitter le bateau. Defour, c'est devenu un symbole. Sa tête devrait terminer sur l'emblème du club... Marouane Fellaini est au centre de toutes les convoitises et d'une enquête de Sport/Foot Magazine. Son prix dépasserait les 10 millions d'euros et les observateurs l'enverraient en Angleterre. " S'il venait à partir, ce serait pour le top européen ", affirmait Pierre François. Marc Delire : Fellaini en finale de la Cup, on n'en a pas fait une montagne. Fellaini qui plante sept buts en Premier League, très bien. Dire qu'il y a une certaine indifférence autour de Big Mo serait exagéré mais on a tendance à ne pas percevoir l'exploit qu'il est en train de réaliser outre-Manche. Il y a cinq ans, Fellaini jouait aux Francs-Borains, aujourd'hui son terrain de jeu, c'est Wembley et lors de la finale, près d'un milliard de téléspectateurs seront braqués sur son improbable coupe afro. Ce n'est évidemment pas le plus beau joueur à regarder, il n'a pas l'aisance d'Andres Iniesta par exemple. Et puis, son point fort, dit-on, c'est son jeu de tête. Mais va-t-en gagner des duels face à Nemanja Vidic, Jamie Carragher et tous les autres ! Il prend beaucoup de cartes jaunes. Difficile de dire le contraire. Sa tronche pourrait même faire la couverture du catalogue des arbitres britons tant ils l'ont aujourd'hui à l'£il. Certains stigmatisent cet excès d'agressivité. Mais quelle équipe du top n'a pas un élément qui distribue des semelles ? Cet argument ne plaît pas aux puristes, mais le constat est là. A quand remonte sa dernière carte rouge, d'ailleurs ? Du temps du Standard, pas d'Everton : il n'est donc pas si méchant que cela. Ce n'est pas non plus un bourrin, il sait jouer au foot. Et sa marge de progression est encore grande. L'accumulation des matches, le rythme élevé de l'Angleterre devraient améliorer sa psychomotricité dans les espaces courts. Avec Fellaini, Kompany, Dembélé, Hazard, Defour et tous les autres, l'avenir du foot belge n'a quand même rien de déprimant... lpar thomas bricmont-dessins de pad'r