La grande crise hennuyère

En janvier dernier, proche de la zone rouge, Majid Oulmers était conscient des carences de son équipe et appelait à ce qu'elle retrouve sa solidarité...
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En janvier dernier, proche de la zone rouge, Majid Oulmers était conscient des carences de son équipe et appelait à ce qu'elle retrouve sa solidarité... Marc Delire : Malheureusement, les années se suivent et se ressemblent à Charleroi. Aujourd'hui, on pourrait presque faire un copier coller de l'interview d'Oulmers de l'an dernier, le lecteur n'y verrait que du feu. Lors de l'indigne dernière sortie au Mambourg face à Westerlo, j'avais placé dans mon commentaire que le seul point positif pour Charleroi résidait dans la pelouse, qui avait tenu bon... Une touche d'ironie tant la prestation carolo était pauvre. Quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit qu'il n'y a pas de liant, de fonds de jeu, que cette équipe fait tout ce qu'il ne faut pas faire pour être compétitive. Fabien Camus et Cyril Théréau symbolisent " à merveille " le malaise du club. Ils ne sont plus que l'ombre des joueurs que l'on présentait il y a deux ans comme des figures de proue de notre compétition. A Mons, la situation est identique et même plus grave au niveau des chiffres. Chez ces deux clubs, j'ai le sentiment - et je dis bien le sentiment - que les meilleurs ne jouent plus pour le collectif, ni pour leur employeur. Ils s'estiment peut-être hors de danger en cas de descente, vu le talent qu'on leur prête ou qu'on leur prêtait. C'est un risque très peu calculé. Qui, à l'étranger, connaît leur nom ? En restant sur un gros couac, je les vois plus proches de notre D2 que de la L1. Au-delà des individualités, ce sont les identités qui se perdent. Peut-on encore parler d'ambiance à Charleroi, alors que c'était la marque de fabrique des Zèbres ? Non. Quant au beau jeu montois, il a disparu depuis près de deux ans. Quitte à souffrir, je préfère singer le cas de Mouscron et ses jeunes. Je suis convaincu que les gens de la région sont davantage enclins à supporter des kets dont tu connais le voisin, le cousin ou le coiffeur, que des inconnus de passage. Chez les dirigeants, le mal est profond également. A voir la tête d'Abbas Bayat, on peut imaginer qu'il ne va pas s'éterniser, tandis que Dominique Leone a déjà un pied dehors. On sent chez eux une gradation de l'insatisfaction. Ils sont au bord de l'implosion. En contrepartie, vous avez une équipe à petit budget comme Zulte Waregem, qui évolue avec le plus de Belges en D1 et dont les joueurs étrangers comme Mbaye Leye ou Franck Berrier apportent une vraie plus-value. Westerlo est dans la même lignée. Face à Charleroi, on comptait sept Belges pour quatre étrangers, alors qu'en face le rapport était inversé. Paradoxalement, ce n'est pas en misant sur des joueurs étrangers à 1.200 euros bruts par mois, que les clubs sortiront de la crise... Début 2008, Daniel Van Buyten faisait le point dans nos pages sur une drôle de saison : " Etre sur le banc du Bayern, c'est comme être sur celui du Real ou de Barcelone... J'aime tout ici : j'y suis, j'y reste. "Marc Delire : Il existe trois façons de faire banquette : celle où le joueur n'a même pas le bonheur de s'asseoir sur le banc, celle où il est considéré comme faisant intégralement partie du banc, et puis le banc jacuzzi, quand le joueur évolue dans un club de pointe et qu'il se retrouve parfois dans le onze. Eh bien, Big Dan fait partie de cette dernière catégorie. Je comprends parfaitement qu'il préfère sa vie footballistique en Bavière à celle dans un club du sub-sub-top comme Manchester City ou d'autres. Le mec évolue dans une des dix meilleures formations européennes, et donc du monde, et est loin d'être un faire-valoir. Comment peut-on autant le critiquer ? Ça me sidère. En équipe nationale, on nous rappelle, ou pire, on lui rappelle à chaque fois sa boulette d'il y a trois ans, d'il y a un an. Mais avec une telle consternation que t'as l'impression qu'il en commet toutes les semaines... Le cas de Van Buyten me fait penser à celui de Thomas Chatelle à Anderlecht. Ces deux joueurs, quoi qu'ils fassent, sont dans le collimateur des médias, des spectateurs. A quoi est-ce dû ? A leur gueule, à leur gentillesse, je n'en sais rien... Peut-être à la jalousie ? Je me répète mais Van Buyten, s'il est au Bayern, doit être considéré comme un cador du foot européen. Daniel - comme Thomas - devraient prendre exemple sur Philippe Albert. Lui aussi commettait son lot d'erreurs après les matches, mais quand les journalistes les lui rappelaient ensuite avec trop d'insistance, il les remettait à leur place. En substance, ça donnait : - Va te faire foutre, tout le monde fait des erreurs ! Peu la ramenaient après... On se demandait si le Soulier d'Or était dévalué... Nos meilleurs représentants ne jouaient plus aucun rôle sur la scène européenne et l'équipe nationale ne prestait pas : difficile de clamer que le lauréat détenait la classe européenne... Marc Delire : L'année 2008 est pourtant une année faste, celle du changement. Le classement du Soulier d'Or est éloquent : parmi les dix premiers, plus de la moitié des joueurs devraient se retrouver un jour dans une grosse pointure européenne. Alors qu'au niveau politique, économique et social, la Belgique a été régulièrement envoyée au tapis en 2008, notre foot, lui, a redressé la tête et même plus... Grâce à un Standard, flamboyant tant en championnat qu'en coupe d'Europe. A nos Olympiques qui, sous la férule de Jean-François de Sart, nous ont annoncé un avenir heureux. Et même notre équipe nationale, cause que l'on pensait perdue, nous a sorti un match référence face à l'Espagne. Dans cette même rubrique, j'avais déclaré début juillet 2008 : - Il ne manque pour relancer les Diables qu'une seule victoire face à un gros calibre, du type Espagne. Et qu'on ne vienne pas me parler de 2014. OK, on a perdu mais on a retrouvé une sérieuse dose d'optimisme. On évoque à nouveau l'Afrique du Sud, on ne se projette plus dans un avenir incertain. On s'autorise la deuxième place du groupe alors que c'aurait été perçu comme galéjade il y a seulement quelques mois. S'il est risqué de tomber dans un enthousiasme béat, j'ai l'impression que 2008 tire un trait sur dix années footeuses bien tristounettes. L'autre Goethals. Eric Gerets démontrait dans Sport/Foot Magazine qu'il était à pleine maturité et tentait de satisfaire les fans de l'OM. Sa méthode : " Pas de vedettariat puéril. Les joueurs ne sont ni des acteurs, ni des top-modèles, ni des rock-stars " ou quant aux Diables : " Prendre les rênes de son pays est le rêve de tout entraîneur. On me l'a proposé mais je n'étais pas libre..."Marc Delire : Ce qui m'énerve avec Gerets, c'est qu'il n'est jamais libre pour les Diables ou pour le Standard. Soit il a besoin d'argent et signe ailleurs, soit il a donné sa parole, soit ce n'est pas le bon moment. Quand je dis qu'il m'énerve, c'est pour la forme, car j'ai un profond respect pour l'ex-joueur, l'entraîneur et surtout l'homme. Dans une récente interview donnée à France Football, il n'a pas hésité, par exemple, à remettre à sa place, l'actionnaire principal de l'OM, Robert Louis-Dreyfus, suite aux déclarations incendiaires de ce dernier concernant le travail de Pape Diouf (président de Marseille). Ça vous montre le caractère du bonhomme : fidèle, orgueilleux et direct. Pour l'anecdote, ma tante s'est ramenée récemment chez moi avec des horribles tentures. La convenance aurait voulu que je les accepte et ne les accroche jamais. J'ai préféré être honnête et lui dire : - Elles ne pendront jamais chez moi. Une réponse brutale mais dénuée d'hypocrisie. Le style Gerets quoi. Ce qui m'épate, chez lui, c'est cette impression que sa vie roule sur des rails, que rien ne le perturbe. Il n'a pas que le physique de Bruce Willis, il a aussi son caractère filmique de super héros. Il est l'homme auquel je voudrais ressembler. Dans le même ordre d'idées, Paul Van Himst est le bon papa parfait. Un Monsieur ou plutôt un garçon, pour reprendre son phrasé, des plus corrects. Et ça dépasse le cadre stricto sportif. Gerets, Van Himst, ce sont des types qui font du bien, tout simplement. par thomas bricmont-dessins de pad'r