Kompany-Mpenza : le rebelle et le " m'as-tu vu ! "

Sport/Foot Magazine titre en couverture " Maudits ! " concernant Vincent Kompany et Emile Mpenza. La carrière de ces deux golden-boys du football belge est retracée. Entre blessures, exploits et déceptions...
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Sport/Foot Magazine titre en couverture " Maudits ! " concernant Vincent Kompany et Emile Mpenza. La carrière de ces deux golden-boys du football belge est retracée. Entre blessures, exploits et déceptions... Marc Delire : On ne peut pas comparer ces deux joueurs. Vincent est plus réfléchi qu'Emile, du moins dans la gestion de carrière. Emile s'est bien rempli les poches, c'est une évidence. Mais, sportivement parlant, peut-il être satisfait, au vu de ses qualités ? Je ne le pense pas. Les bons joueurs sont souvent aussi bons avec leurs pieds qu'avec leur tête. Et Emile a trop négligé ce dernier aspect au profit d'un football " m'as-tu vu " fait de grosses bagnoles et de belles gonzesses. Quant à ses " amis ", ils sont à ses côtés tant que le compte en banque reste en positif. Pour connaître le joueur et son agent, Rachid Tajmout, je peux affirmer que son entourage ne l'a pas aidé dans ses choix de carrière. Vincent, c'est l'inverse. Il a rapidement fait le tri chez ceux qui s'accrochaient à lui. Il s'est très tôt affirmé grâce à une forte identité. On sent que quand Kompany s'exprime, le message n'est pas formaté, personne ne lui dit ce qu'il doit dire. On l'a vu aux JO : il ne s'est pas rangé du côté de l'accord convenu entre la Fédération et Hambourg. Il y a de ça dix ans, lors des championnats du monde des -20 ans en Malaisie, Emile et Walter Baseggio avaient tous les deux prétextés une blessure, assurément dictée par leur club. Ok, l'épreuve n'était pas du même tonneau que les JO, mais la prise de position de Kompany rend le personnage encore plus charismatique. Il ne s'est jamais pris pour Don Quichotte, il avait juste envie de continuer la belle aventure. Et de mon côté, j'avais envie qu'il aille au clash, que son acte serve aux autres, qu'on ait un exemple, non pas de patriotisme, mais de fierté à porter le maillot des Diables. Je tire mon chapeau à Vincent, son transfert à Manchester City ne fait que confirmer ce que je pense de lui. L'Union Belge, par contre, a une fois encore été lamentable ! Son slogan " L'Union fait la force " est définitivement devenu obsolète. Le plus irritant, c'est que personne ne se remet en question du côté de la maison de verre. On continue son petit bonhomme de chemin. Tout va bien... Les Diables s'imposent face à la Serbie (3-2) avec deux buts de Moussa Dembélé et un de Kevin Mirallas. On note pour la première fois depuis longtemps un léger regain d'enthousiasme grâce à des jeunes talentueux.Marc Delire : Malheureusement, un an après, rien n'a changé. Seule l'équipe de Jean-François de Sart nous a enthousiasmés. Il faut donc en tirer les conclusions : mettre de côté la vieille garde et incorporer en A les joueurs présents aux JO. A ceux-là, on doit évidemment y rajouter des gars comme Timmy Simons, Gaby Mudingayi, Guillaume Gillet, Steven Defour, Axel Witsel et quelques autres. Mais faisons un maximum table rase du passé. Et qu'on arrête de dire qu'ils sont trop jeunes. A 22, 23 ans, on n'est plus un gamin en football. Regardez l'équipe de France qui a affronté la Suède, on y retrouvait Karim Benzema, Bacary Sagna, Lassana Diarra, Steve Mandanda, tous des jeunes éléments. Sans compter les absences pour blessures d'Hatem Ben Arfa ou de Samir Nasri. Ces joueurs sont peut-être d'un autre calibre mais il faut suivre ce modèle. Je ne vois que ce moyen pour briser la chape de plomb qui pèse au-dessus de notre tête. Avec l'équipe olympique, on a senti un vent de fraîcheur qui les poussait vers l'avant. " La meilleure défense, c'est l'attaque ", ce dicton, de Sart l'a parfaitement compris. Qu'on arrête avec les arguments selon lesquels ces résultats n'ont aucune valeur. En arriver là, c'est typiquement dans la lignée vandereyckienne. ça m'agace, pour ne pas dire plus... Et que certains éditorialistes flamands ou wallons - qui m'ont l'air plus nombreux dans le nord du pays... - en arrivent à dénigrer les résultats des Olympiens, c'est pathétique. Qu'eux aussi laissent leur place aux jeunes. On a besoin de bâtisseurs et non pas de fossoyeurs ! Carlos Coto débarque à Mouscron précédé d'une belle réputation. Formé au Barça et champion d'Europe avec les -19 ans, on pense alors que l'Excel a réalisé un coup... Marc Delire : Le départ de Coto reste pour moi une énigme. Non pas qu'il m'ait impressionné l'an dernier : je l'ai même vu faire des rencontres indignes d'un joueur de Saint-Trond. Je me demande toutefois si en Belgique, on arrive véritablement à déceler le talent en place. Si dans deux-trois ans, il est titulaire à l'Atlético Madrid ou à Santander, on pourra en conclure que Mouscron s'est loupé. On n'en est pas encore là, certes, mais a-t-on cerné convenablement ce qui coinçait chez lui ? Chez un joueur comme Stoica, on a compris où se situait le problème, mais chez Coto ? Ce cas m'amène à parler de Dieumerci Mbokani et de son passage l'été dernier d'Anderlecht au Standard. A cette époque, Benoît Thans, qui est régulièrement en contact avec des joueurs du Standard, m'avait dit que ces derniers n'avaient jamais vu un joueur aussi fort. Si après quelques semaines, Mbokani avait déjà ébloui son entourage, comment se fait-il qu'on n'ait pas eu la même perception des choses côté anderlechtois ? On prétend que c'est son comportement qui l'aurait poussé vers la sortie, que son appartement était dans un sale état, etc. Faut pas non plus être des spartiates. Cristiano Ronaldo passe de fille en fille, je vois mal Manchester s'en séparer pour autant. Dans le même sac que Mbokani, on peut mettre Geoffrey Mujangi Bia. Viré des jeunes d'Anderlecht, il a aujourd'hui fait son trou à Charleroi. La raison de son départ d'Anderlecht ? Des bagarres, des vols, des trucs pas très jolis. Et je ne vais surtout pas nier la gravité de ces faits, mais ne fallait-il pas lui accorder une seconde chance, l'encadrer ? Quand je vois ce que ce gars sait faire avec un ballon, tout comme Dieumerci, je me dis que les Mauves ont commis deux sérieuses erreurs de jugement. Surtout à une période où le talent n'est pas pléthorique. Aujourd'hui, on veut une équipe de 11 braves petits soldats, et surtout pas de rebelles. Le hic, c'est que ce n'est pas suffisant pour apporter des solutions sur le terrain. Il faut parfois se faire violence et prendre les artistes avec leurs défauts. par thomas bricmont