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Bert Huyghe : "À l'image des autres patelins de la périphérie gantoise, Sint-Laureins, dont je suis originaire, abrite plusieurs clubs de football. Je me suis affilié en bas âge chez l'un d'entre eux : le FC Goalgetters. Quoi de plus normal, dans la mesure où j'ai toujours évolué en pointe (il rit). J'y suis resté jusqu'en espoirs avant de m'orienter vers les matches entre copains et le mini-foot. Dans cette discipline, je marquais d'ailleurs plus souvent qu'à mon tour. J'étais le Pippo Inzaghi de l'équipe. Comme la plupart de mes condisciples, j'ai toujours vibré, à l'échelon local, pour La Gantoise. La saison du titre, en 2015, je l'ai d'ailleurs vécue en tant qu'abonné, à la Ghelamco Arena, au côté de mon père. Un très beau souvenir. Indépendamment du foot, où il s'agit d'être habile des pieds, j'ai toujours aimé me servir à bon escient de mes mains également. Aussi loin que je me souvienne, je me suis plu régulièrement à dessiner. C'est ce qui m'a orienté vers des études artistiques, à Gand. Après avoir été élève au LUCA, de 2008 à 2012, j'y suis à présent enseignant. Entre le foot et l'académie, je me suis passionné pour la musique au point de former un groupe avec mon frère, Thomas et un copain, Dries Dauwe. J'en étais à la fois le bassiste et le chanteur. Le nom du groupe : Ping Pong Tactics. Un petit clin d'oeil à une autre passion commune : le tennis de table. Eh oui, le sport reste un fil conducteur chez moi. Foot et musique font d'ailleurs souvent bon ménage. L'un des groupes musicaux qui nous ont toujours séduits, mes potes et moi, c'est Parquet Courts dont l'un des morceaux s'intitule Total Football. Ça ne s'invente pas... Les toiles me fascinent depuis mon plus jeune âge. Et si un artiste m'a tout particulièrement marqué, c'est le Français Daniel Buren. La plupart de ses oeuvres se caractérisent par une série de bandes verticales où le blanc alterne avec une autre couleur. Le noir par exemple. A la vue d'une telle succession, tout enfant ou adolescent songera sans doute à un zèbre. Moi, en revanche, en tant qu'amateur de foot, j'ai immédiatement fait le rapprochement avec la Juventus. Même si un zèbre, ça peut référer à Charleroi aussi, évidemment (il rit)." "Personnellement, j'aime bien l'association entre les rayures rouges et noires. Le FC Goalgetters joue sous ces couleurs-là, il est dès lors normal qu'elles m'aient marqué. J'avoue qu'elles vont plutôt bien également à l'AC Milan, même si mon club de coeur, à l'étranger, est fidèle au bleu et noir : Hambourg. Et sa relégation n'y change rien, au contraire. Car pour moi, le football, ce n'est pas seulement du sport-spectacle et du fun. Il revête aussi, parfois, une dimension tragique. Les affaires qui le touchent actuellement, un basculement à l'échelon inférieur, etc...en sont autant d'exemples. Les maillots, symboles par excellence des clubs, ne m'ont jamais laissé indifférent. J'ai ma petite collection, qui s'agrandit au fil des découvertes. Je possède bon nombre de vareuses floquées de noms célèbres : Raul, Winter, Shevchenko, Delvecchio et même un exemplaire d' EmileMpenza remontant à son époque à Schalke. Le dernier en date que je me suis procuré est celui de Wolverhampton. Ce jaune et noir avec cette tête de loup, c'est tout simplement admirable. Dans le même registre de couleurs, j'ai un faible pour Watford et sa mascotte Harry the Hornet. Tout un symbole ! Dans le mariage des couleurs et de leur rendu, les Anglais sont très forts. Les vareuses, c'est un sujet récurrent dans ce que je peins. Du moins, c'est ce que l'amateur de foot ressentira devant mes toiles. D'autres verront simplement dans cette succession de bandes hachurées de l'art abstrait. Comme chez Daniel Buren. De fait, pour tout un chacun, la sensation sera toujours différente. Cette poly-interprétation est d'application chez moi aussi, à coup sûr. Hasard ou non mais plusieurs artistes peintres du Grand Gand ont esquissé le monde du ballon rond dans leur production. C'est le cas de Roger Raveel, de Laethem-Saint-Martin, avec une litho référant au Mundial '82. Ou encore Raoul De Keyser, de Deinze, qui s'est inspiré, lui, de l'aire de jeu stricto sensu. Celui-là, c'est vraiment LA référence pour moi. Car voilà quelqu'un qui a accédé à la grande notoriété tout en étant resté fidèle, toute sa vie, à son terroir. "