Opposés sur le terrain, Anderlecht et le Standard l'ont également été ces derniers mois dans un certain nombre de dossiers et affaires. A tel point que l'extra-sportif a souvent pris le pas sur le sportif. A l'approche du choc entre les deux clubs, Herman Van Holsbeeck et Pierre François n'ont qu'un seul souhait : que le football reprenne enfin ses droits.

Herman Van Holsbeeck : Ce n'est pas parce que nos points de vue diffèrent quelquefois sur certains points que nous sommes opposés. Jusqu'ici, nous sommes toujours parvenus à passer ensemble par la même porte. Et je pense que notre volonté commune, c'est que le football l'emporte sur tout le reste.
Pierre François : Nous ne sommes pas toujours sur la même longueur d'ondes, mais cela n'empêche pas le respect mutuel. Herman et moi sommes entrés en fonction à quelques mois d'intervalle, en 2002. Au gré des dossiers, tantôt nos avis se rapprochaient, tantôt ils divergeaient comme dans le cas des play-offs, par exemple. Mais il n'y a jamais eu d'animosité entre nous. Si nous sommes adversaires sur le terrain, notre souci est d'oeuvrer pour le bien du football belge.

Anderlecht-Standard doit redevenir synonyme de football et rien d'autre, alors !
Van Holsbeeck : Lors des dernières confrontations, on était loin du compte. Il y a d'abord eu les fameux test-matches avec accession directe, pour le vainqueur, en phase des poules de la Ligue des Champions en 2009, ce qui représentait un sacré pactole... Là-dessus se sont greffées tour à tour la triste blessure de Marcin Wasilewski, puis la fameuse affaire Van Damme-Bölöni. La presse, et Sport/Foot Magazine, entre autres, en a fait ses choux gras en parlant notamment de Guerre ouverte ou, lors du retour de Jelle au Parc Astrid d'Ennemi public. J'espère qu'on n'en arrivera plus jamais là et que le sport sortira désormais grand vainqueur de nos matches.
François : Place au sport, c'est notre voeu le plus cher aussi. On en serait d'ailleurs resté là, je pense, s'il n'y avait pas eu le contexte un peu spécial des trois cas qui viennent d'être mentionnés. Le Standard champion en 2008, tout le monde a trouvé ça sympathique. Après 25 ans de disette, c'était bien notre tour d'être à la fête. Remettre le couvert l'année suivante, c'était déjà perçu différemment. Parce que les retombées financières étaient conséquentes. Puis, indépendamment de notre volonté, il y a eu engrenage. Dans l'affaire Van Damme, ce n'est ni le Standard ni Anderlecht qui doit être incriminé. La responsabilité est ailleurs. Pour ce qui est du cas Wasyl, il en va là d'un malheureux incident de jeu, survenu à un moment où l'émotion était à son paroxysme de part et d'autre. Après coup, le Polonais avait rang de martyr. Quant à Axel Witsel, présenté souvent comme le beau-fils idéal, il était soudain perçu comme un clone de Kim De Gelder. Le mal était fait et les petites phrases assassines se sont succédé dès ce moment. Je sais que tant à Anderlecht que chez nous, on s'est posé la question de savoir si tout avait été suffisamment mis en oeuvre pour éviter cette escalade. Et la réponse, manifestement, était non. Ce n'est pas un hasard si, dans la foulée de tous ces épisodes, un responsable de la communication a été nommé tant à Sclessin qu'au Parc Astrid.

Pourquoi les clubs n'ont-ils pas contribué à une réconciliation entre les deux joueurs ?
Van Holsbeeck : La décision, chez nous, était du ressort du joueur. Wasyl a accepté les excuses du Standardman mais il n'a pas voulu en faire un cirque médiatique. Et le club a tout simplement respecté ses vues.
François : Contrairement à d'autres, le Polonais a toujours fait preuve de beaucoup de retenue dans ses propos envers Witsel, ce qui est tout à son honneur. Notre joueur, lui, a fait ce qu'il devait faire en présentant d'abord ses excuses, puis en proposant d'aller saluer son infortuné adversaire. Je peux toutefois comprendre que ce dernier n'y tenait pas. Affaire classée, dès lors. J'ose espérer qu'à l'occasion de leurs retrouvailles ce week-end, sans doute, les deux hommes ne seront ni plus ni moins ennemis qu'ils ne l'étaient avant la triste scène que l'on sait.

Les images des deux clubs ont pâti de toutes ces affaires

L'image du Standard n'a-t-elle pas pâti de cette accumulation d'affaires ? On a parfois l'impression que le club a dilapidé son capital-sympathie depuis le départ de Michel Preud'homme ?
François : Je me souviens pourtant de quelques sorties de presse qui étaient tout sauf tendres à l'égard de Michel Preud'homme quand il gesticulait le long de la ligne de touche ou qu'il vitupérait l'arbitre ou ses assistants. S'il a beaucoup donné au Standard, il n'en est pas l'âme pour autant. Au même titre que d'autres, il a participé à la reconstruction du club. Mais il n'a pas été le seul. Le Standard a existé sans Preud'homme, il existe aujourd'hui sans lui et continuera encore à exister sans sa présence. Si le club n'a plus eu la même cote, au point même d'être qualifié de hautain par moments, c'est plutôt en raison de ses succès. Un titre, passe encore mais un deuxième, avec le pactole qui y est lié, cela commence à déranger, pour ne pas dire agacer. L'élan de sympathie suscité par notre 9e titre n'a pas été vérifié lors du dernier.

Anderlecht a aussi été taxé de mauvais perdant après que le titre lui eut échappé en 2009. Ariel Jacobs s'était lamenté sur le penalty raté de Bryan Ruiz lors du match La Gantoise-Standard ou avait râlé que partout ailleurs en Europe un champion est désigné sur base de la différence des buts en cas d'ex aequo, sauf en Belgique.

Van Holsbeeck : S'il y a eu des commentaires en ce sens, ils émanaient du coach ou des joueurs. Sur le coup de la déception, certaines paroles ont parfois dépassé l'entendement. Mais on n'en est jamais arrivé là chez les dirigeants. Compte tenu des circonstances, j'estime que le club a été grand dans la défaite.

(...)

Pourquoi Anderlecht est pro play-offs et le Standard contre

Anderlecht-Standard marque l'entrée de vos deux clubs dans les play-offs. Une formule qui recueille la pleine adhésion du Sporting, contrairement au Standard. Pourquoi ?
Van Holsbeeck : Quand je suis entré en fonction au Sporting, le président Roger Vanden Stock m'a dit : - Herman, si le football belge ne bouge pas, on va être rayé de la carte européenne. Pour lui, la qualité de la D1 diminuait d'année en année et il voulait à tout prix éviter une plus grande dégringolade. Il s'en est ouvert à la Ligue professionnelle, proposant qu'une étude soit réalisée quant à une formule idéale pour la D1. Lui-même était disposé à se ranger à ses conclusions, qu'il s'agisse d'un championnat à 16, 20 ou même 24 équipes. L'ennui, c'est que certains, qui ne savaient trop à quoi s'attendre, n'ont pas voulu le suivre, de peur que leur club ne fasse pas partie de cette élite. Finalement, on en est arrivé à la formule des play-offs en vigueur en ce moment mais qui n'est pas celle préconisée par notre club. Anderlecht, par la voix de son président, était favorable à une D1 à 16, à l'ancienne, avec deux descendants et autant de montants, comme autrefois. Avec une différence quand même : les six premiers de ce classement disputent des play-offs, point final. Tollé, bien sûr, de la part des clubs classés de 7 à 14 pour qui la compétition s'arrêtait six semaines avant le top 6. Pour ne pas les froisser, il a été question d'une forte compensation financière afin que ces clubs puissent déjà préparer la campagne suivante. Nouveau refus. Ceux-là sont-ils mieux lotis avec les play-offs 2 à présent ? Et que dire alors des play-offs 3 ?

François : Le Standard était pour une compétition à 16 mais sans play-offs. En lieu et place, nous plaidions en faveur d'un repêchage de la Coupe de la Ligue avec, au bout du chemin, l'octroi d'un passe-droit européen pour son vainqueur. Ce point de vue n'a pas été retenu et le débat s'est circonscrit autour d'un championnat à 16 avec play-offs ou une élite à 18. Cette dernière option nous a finalement paru la plus favorable. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes d'avis que la répétition de tous ces chocs finira par les dévaluer, voire engendrer carrément l'ennui. D'autre part, un effet de surprise est davantage possible dans une formule classique que dans un système avec play-offs, où tout est remis à plat à peu de choses près. Dans ce cas de figure-là, une agréable surprise, comme le titre du Lierse ou de Genk autrefois, ne sont plus possibles. D'autre part, les pays qui ont adopté à un moment donné les play-offs sont tous revenus à un modèle classique. C'est bien la preuve qu'ils laissaient à désirer. Même s'il nous manque peut-être du recul pour porter un jugement définitif.

(...)

Droits télé : Anderlecht est favorable au pot commun et le Standard indécis

Sur les droits télé, il semble qu'il y ait divergence aussi. On dit qu'Anderlecht a voulu jouer cavalier seul si la formule des play-offs n'était pas maintenue. Et il se murmure également que le Standard songe à l'imiter avec Voo ?
François : Le 10 décembre, lors de la réunion concernant la future mouture du championnat, Ivan De Witte, président de la Ligue pro, a rappelé que chaque club visité est propriétaire de ses droits télé et que, s'il le désire, il peut donc les vendre individuellement au lieu de s'en remettre à un pot commun, comme cela s'est toujours produit ces dernières années. Certains en ont déduit que le G4 - Anderlecht, Genk, La Gantoise et le Club Bruges- pourrait s'en servir et se désolidariser du reste.

Van Holsbeeck : Si l'accord n'a pas été entériné à ce moment-là, c'est parce qu'il y a eu un vent de panique au sein du G11. Le premier qui est venu sonner à notre porte, c'était Abbas Bayat. Il suppliait Roger Vanden Stock de se prononcer en faveur d'une D1 à 18 pour que Charleroi se sauve. D'autres se sont rétractés aussi par peur de retombées financières moindres. A présent, lors de la prochaine réunion de la Ligue pro, je peux quasiment garantir que 15 clubs opteront pour le format du pot commun. La seule incertitude, c'est la position du Standard.

François : Alors je serai clair à ce sujet : la visibilité et l'attrait du Standard sont tels que je ne puis garantir aujourd'hui la jonction aux autres. Pour la bonne et simple raison que nous ne savons pas à quoi nous en tenir en matière de chiffres. Or, Anderlecht et le Standard sont les plus suivis et réalisent les meilleures audiences. Nos deux clubs interpellent les amateurs de foot de tous les coins du pays. Tout le monde ne jouit pas de cette cote-là. C'est pourquoi nous observons une réserve actuellement. Ce qui ne signifie pas que nous ne rejoindrons pas les autres. A la limite, il est peut-être plus intéressant qu'on rallie in extremis le reste du groupe, histoire de faire grimper les enchères au tout dernier moment. Aujourd'hui, quelques-uns craignent manifestement qu'on n'atteindra plus les 44 millions du contrat actuel. Ils frémissent parce que Jean-Charles De Keyser, big boss de Belgacom, a qualifié le foot belge de farce. Je suis intimement convaincu que, quoi qu'en dise son patron, Belgacom reste intéressé par le produit football. Et si ce n'est pas le cas, d'autres opérateurs auront peut-être à coeur d'être partie prenante. Tant mieux si Voo, Telenet ou AB3 s'en mêlent. Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que cette dernière chaîne a réalisé son meilleur score avec le Standard en Europe. Je pars du principe qu'il faut accueillir tous ceux qui sont disposés à mettre de l'argent dans le foot.

Joueurs prêtés : Anderlecht et le Standard bientôt sur la même longueur d'ondes

Est-il vrai que lors des tractations concernant le contrat télé actuel, Anderlecht et La Gantoise ont payé le Standard pour qu'il adhère au collectif ?
Van Holsbeeck : Il y a trois ans, tout le monde était pour, sauf le Standard, qui estimait avoir droit à plus. A l'époque, il y avait encore un montant d'un million d'euros de droits commerciaux à répartir entre les cinq premiers. Anderlecht et La Gantoise ont alors renoncé à leur quote-part, qui est allée au Standard, c'est vrai. Preuve s'il en est, une fois de plus, que Roger Vanden Stock est parfois de trop bonne composition.

François : Un montant de 3,5 à 3,7 millions d'euros en droits télé sur un budget de 25 millions, comme c'est le cas chez nous, ce n'est pas la même chose que des chiffres similaires qui tombent dans l'escarcelle de Westerlo ou Zulte Waregem. Or, ces clubs interpellent nettement moins le grand public que le Standard. Doivent-ils être logés à la même enseigne ? Poser la question, c'est y répondre. En ce qui concerne cette fameuse somme d'un million à répartir entre trois clubs au lieu de cinq, j'aimerais apporter une petite précision quand même : indépendamment de l'argent injecté par le contrat Belgacom dans le foot belge, Anderlecht et La Gantoise comptent cet opérateur comme partenaire commercial supplémentaire, ce qui n'est pas le cas du Standard, du Club Bruges ou de Genk. L'un compense l'autre.

Van Holsbeeck : Pas d'accord. La Gantoise perçoit 135.000 euros grâce à cet accord. C'est moins que ce qu'il vous a ristourné.

François : Permettez-moi d'en douter. Je connais Michel Louwagie comme un fin négociateur et il m'étonnerait très fort qu'il n'ait pas obtenu un montant supérieur. Lors de notre dernier match là-bas, j'ai demandé à notre photographe de prendre quelques clichés : il n'y en avait que pour Belgacom. Les casquettes des stewards : Belgacom. Les t-shirts des pompons girls : Belgacom. La montgolfière : Belgacom. Même les couleurs de Gand sont devenues blue light Belgacom.

Van Holsbeeck : Chez nous, Belgacom est un sponsor historique puisque notre collaboration remonte à plus de 20 ans. On n'y peut rien si, dans la foulée, ce partenaire financier s'est investi tant et plus au point de diffuser des matches.

François : Ce n'est nullement un reproche envers Anderlecht.

Van Holsbeeck : Non, mais je sens bien que, comme d'autres, vous faites nos comptes.

François : On ne va pas polémiquer. Tout ce que je veux dire, c'est que les droits télévisés d'Anderlecht et du Standard valent plus que 3,5 ou 4 millions.

(...)

Retrouvez l'intégralité de la rencontre dans votre Sport/Foot Magazine de cette semaine.

Bruno Govers

Opposés sur le terrain, Anderlecht et le Standard l'ont également été ces derniers mois dans un certain nombre de dossiers et affaires. A tel point que l'extra-sportif a souvent pris le pas sur le sportif. A l'approche du choc entre les deux clubs, Herman Van Holsbeeck et Pierre François n'ont qu'un seul souhait : que le football reprenne enfin ses droits. Herman Van Holsbeeck : Ce n'est pas parce que nos points de vue diffèrent quelquefois sur certains points que nous sommes opposés. Jusqu'ici, nous sommes toujours parvenus à passer ensemble par la même porte. Et je pense que notre volonté commune, c'est que le football l'emporte sur tout le reste. Pierre François : Nous ne sommes pas toujours sur la même longueur d'ondes, mais cela n'empêche pas le respect mutuel. Herman et moi sommes entrés en fonction à quelques mois d'intervalle, en 2002. Au gré des dossiers, tantôt nos avis se rapprochaient, tantôt ils divergeaient comme dans le cas des play-offs, par exemple. Mais il n'y a jamais eu d'animosité entre nous. Si nous sommes adversaires sur le terrain, notre souci est d'oeuvrer pour le bien du football belge. Anderlecht-Standard doit redevenir synonyme de football et rien d'autre, alors ! Van Holsbeeck : Lors des dernières confrontations, on était loin du compte. Il y a d'abord eu les fameux test-matches avec accession directe, pour le vainqueur, en phase des poules de la Ligue des Champions en 2009, ce qui représentait un sacré pactole... Là-dessus se sont greffées tour à tour la triste blessure de Marcin Wasilewski, puis la fameuse affaire Van Damme-Bölöni. La presse, et Sport/Foot Magazine, entre autres, en a fait ses choux gras en parlant notamment de Guerre ouverte ou, lors du retour de Jelle au Parc Astrid d'Ennemi public. J'espère qu'on n'en arrivera plus jamais là et que le sport sortira désormais grand vainqueur de nos matches. François : Place au sport, c'est notre voeu le plus cher aussi. On en serait d'ailleurs resté là, je pense, s'il n'y avait pas eu le contexte un peu spécial des trois cas qui viennent d'être mentionnés. Le Standard champion en 2008, tout le monde a trouvé ça sympathique. Après 25 ans de disette, c'était bien notre tour d'être à la fête. Remettre le couvert l'année suivante, c'était déjà perçu différemment. Parce que les retombées financières étaient conséquentes. Puis, indépendamment de notre volonté, il y a eu engrenage. Dans l'affaire Van Damme, ce n'est ni le Standard ni Anderlecht qui doit être incriminé. La responsabilité est ailleurs. Pour ce qui est du cas Wasyl, il en va là d'un malheureux incident de jeu, survenu à un moment où l'émotion était à son paroxysme de part et d'autre. Après coup, le Polonais avait rang de martyr. Quant à Axel Witsel, présenté souvent comme le beau-fils idéal, il était soudain perçu comme un clone de Kim De Gelder. Le mal était fait et les petites phrases assassines se sont succédé dès ce moment. Je sais que tant à Anderlecht que chez nous, on s'est posé la question de savoir si tout avait été suffisamment mis en oeuvre pour éviter cette escalade. Et la réponse, manifestement, était non. Ce n'est pas un hasard si, dans la foulée de tous ces épisodes, un responsable de la communication a été nommé tant à Sclessin qu'au Parc Astrid. Pourquoi les clubs n'ont-ils pas contribué à une réconciliation entre les deux joueurs ? Van Holsbeeck : La décision, chez nous, était du ressort du joueur. Wasyl a accepté les excuses du Standardman mais il n'a pas voulu en faire un cirque médiatique. Et le club a tout simplement respecté ses vues. François : Contrairement à d'autres, le Polonais a toujours fait preuve de beaucoup de retenue dans ses propos envers Witsel, ce qui est tout à son honneur. Notre joueur, lui, a fait ce qu'il devait faire en présentant d'abord ses excuses, puis en proposant d'aller saluer son infortuné adversaire. Je peux toutefois comprendre que ce dernier n'y tenait pas. Affaire classée, dès lors. J'ose espérer qu'à l'occasion de leurs retrouvailles ce week-end, sans doute, les deux hommes ne seront ni plus ni moins ennemis qu'ils ne l'étaient avant la triste scène que l'on sait. Les images des deux clubs ont pâti de toutes ces affaires L'image du Standard n'a-t-elle pas pâti de cette accumulation d'affaires ? On a parfois l'impression que le club a dilapidé son capital-sympathie depuis le départ de Michel Preud'homme ? François : Je me souviens pourtant de quelques sorties de presse qui étaient tout sauf tendres à l'égard de Michel Preud'homme quand il gesticulait le long de la ligne de touche ou qu'il vitupérait l'arbitre ou ses assistants. S'il a beaucoup donné au Standard, il n'en est pas l'âme pour autant. Au même titre que d'autres, il a participé à la reconstruction du club. Mais il n'a pas été le seul. Le Standard a existé sans Preud'homme, il existe aujourd'hui sans lui et continuera encore à exister sans sa présence. Si le club n'a plus eu la même cote, au point même d'être qualifié de hautain par moments, c'est plutôt en raison de ses succès. Un titre, passe encore mais un deuxième, avec le pactole qui y est lié, cela commence à déranger, pour ne pas dire agacer. L'élan de sympathie suscité par notre 9e titre n'a pas été vérifié lors du dernier. Anderlecht a aussi été taxé de mauvais perdant après que le titre lui eut échappé en 2009. Ariel Jacobs s'était lamenté sur le penalty raté de Bryan Ruiz lors du match La Gantoise-Standard ou avait râlé que partout ailleurs en Europe un champion est désigné sur base de la différence des buts en cas d'ex aequo, sauf en Belgique. Van Holsbeeck : S'il y a eu des commentaires en ce sens, ils émanaient du coach ou des joueurs. Sur le coup de la déception, certaines paroles ont parfois dépassé l'entendement. Mais on n'en est jamais arrivé là chez les dirigeants. Compte tenu des circonstances, j'estime que le club a été grand dans la défaite. (...)Pourquoi Anderlecht est pro play-offs et le Standard contre Anderlecht-Standard marque l'entrée de vos deux clubs dans les play-offs. Une formule qui recueille la pleine adhésion du Sporting, contrairement au Standard. Pourquoi ? Van Holsbeeck : Quand je suis entré en fonction au Sporting, le président Roger Vanden Stock m'a dit : - Herman, si le football belge ne bouge pas, on va être rayé de la carte européenne. Pour lui, la qualité de la D1 diminuait d'année en année et il voulait à tout prix éviter une plus grande dégringolade. Il s'en est ouvert à la Ligue professionnelle, proposant qu'une étude soit réalisée quant à une formule idéale pour la D1. Lui-même était disposé à se ranger à ses conclusions, qu'il s'agisse d'un championnat à 16, 20 ou même 24 équipes. L'ennui, c'est que certains, qui ne savaient trop à quoi s'attendre, n'ont pas voulu le suivre, de peur que leur club ne fasse pas partie de cette élite. Finalement, on en est arrivé à la formule des play-offs en vigueur en ce moment mais qui n'est pas celle préconisée par notre club. Anderlecht, par la voix de son président, était favorable à une D1 à 16, à l'ancienne, avec deux descendants et autant de montants, comme autrefois. Avec une différence quand même : les six premiers de ce classement disputent des play-offs, point final. Tollé, bien sûr, de la part des clubs classés de 7 à 14 pour qui la compétition s'arrêtait six semaines avant le top 6. Pour ne pas les froisser, il a été question d'une forte compensation financière afin que ces clubs puissent déjà préparer la campagne suivante. Nouveau refus. Ceux-là sont-ils mieux lotis avec les play-offs 2 à présent ? Et que dire alors des play-offs 3 ? François : Le Standard était pour une compétition à 16 mais sans play-offs. En lieu et place, nous plaidions en faveur d'un repêchage de la Coupe de la Ligue avec, au bout du chemin, l'octroi d'un passe-droit européen pour son vainqueur. Ce point de vue n'a pas été retenu et le débat s'est circonscrit autour d'un championnat à 16 avec play-offs ou une élite à 18. Cette dernière option nous a finalement paru la plus favorable. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes d'avis que la répétition de tous ces chocs finira par les dévaluer, voire engendrer carrément l'ennui. D'autre part, un effet de surprise est davantage possible dans une formule classique que dans un système avec play-offs, où tout est remis à plat à peu de choses près. Dans ce cas de figure-là, une agréable surprise, comme le titre du Lierse ou de Genk autrefois, ne sont plus possibles. D'autre part, les pays qui ont adopté à un moment donné les play-offs sont tous revenus à un modèle classique. C'est bien la preuve qu'ils laissaient à désirer. Même s'il nous manque peut-être du recul pour porter un jugement définitif. (...)Droits télé : Anderlecht est favorable au pot commun et le Standard indécis Sur les droits télé, il semble qu'il y ait divergence aussi. On dit qu'Anderlecht a voulu jouer cavalier seul si la formule des play-offs n'était pas maintenue. Et il se murmure également que le Standard songe à l'imiter avec Voo ? François : Le 10 décembre, lors de la réunion concernant la future mouture du championnat, Ivan De Witte, président de la Ligue pro, a rappelé que chaque club visité est propriétaire de ses droits télé et que, s'il le désire, il peut donc les vendre individuellement au lieu de s'en remettre à un pot commun, comme cela s'est toujours produit ces dernières années. Certains en ont déduit que le G4 - Anderlecht, Genk, La Gantoise et le Club Bruges- pourrait s'en servir et se désolidariser du reste. Van Holsbeeck : Si l'accord n'a pas été entériné à ce moment-là, c'est parce qu'il y a eu un vent de panique au sein du G11. Le premier qui est venu sonner à notre porte, c'était Abbas Bayat. Il suppliait Roger Vanden Stock de se prononcer en faveur d'une D1 à 18 pour que Charleroi se sauve. D'autres se sont rétractés aussi par peur de retombées financières moindres. A présent, lors de la prochaine réunion de la Ligue pro, je peux quasiment garantir que 15 clubs opteront pour le format du pot commun. La seule incertitude, c'est la position du Standard. François : Alors je serai clair à ce sujet : la visibilité et l'attrait du Standard sont tels que je ne puis garantir aujourd'hui la jonction aux autres. Pour la bonne et simple raison que nous ne savons pas à quoi nous en tenir en matière de chiffres. Or, Anderlecht et le Standard sont les plus suivis et réalisent les meilleures audiences. Nos deux clubs interpellent les amateurs de foot de tous les coins du pays. Tout le monde ne jouit pas de cette cote-là. C'est pourquoi nous observons une réserve actuellement. Ce qui ne signifie pas que nous ne rejoindrons pas les autres. A la limite, il est peut-être plus intéressant qu'on rallie in extremis le reste du groupe, histoire de faire grimper les enchères au tout dernier moment. Aujourd'hui, quelques-uns craignent manifestement qu'on n'atteindra plus les 44 millions du contrat actuel. Ils frémissent parce que Jean-Charles De Keyser, big boss de Belgacom, a qualifié le foot belge de farce. Je suis intimement convaincu que, quoi qu'en dise son patron, Belgacom reste intéressé par le produit football. Et si ce n'est pas le cas, d'autres opérateurs auront peut-être à coeur d'être partie prenante. Tant mieux si Voo, Telenet ou AB3 s'en mêlent. Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que cette dernière chaîne a réalisé son meilleur score avec le Standard en Europe. Je pars du principe qu'il faut accueillir tous ceux qui sont disposés à mettre de l'argent dans le foot. Joueurs prêtés : Anderlecht et le Standard bientôt sur la même longueur d'ondes Est-il vrai que lors des tractations concernant le contrat télé actuel, Anderlecht et La Gantoise ont payé le Standard pour qu'il adhère au collectif ? Van Holsbeeck : Il y a trois ans, tout le monde était pour, sauf le Standard, qui estimait avoir droit à plus. A l'époque, il y avait encore un montant d'un million d'euros de droits commerciaux à répartir entre les cinq premiers. Anderlecht et La Gantoise ont alors renoncé à leur quote-part, qui est allée au Standard, c'est vrai. Preuve s'il en est, une fois de plus, que Roger Vanden Stock est parfois de trop bonne composition. François : Un montant de 3,5 à 3,7 millions d'euros en droits télé sur un budget de 25 millions, comme c'est le cas chez nous, ce n'est pas la même chose que des chiffres similaires qui tombent dans l'escarcelle de Westerlo ou Zulte Waregem. Or, ces clubs interpellent nettement moins le grand public que le Standard. Doivent-ils être logés à la même enseigne ? Poser la question, c'est y répondre. En ce qui concerne cette fameuse somme d'un million à répartir entre trois clubs au lieu de cinq, j'aimerais apporter une petite précision quand même : indépendamment de l'argent injecté par le contrat Belgacom dans le foot belge, Anderlecht et La Gantoise comptent cet opérateur comme partenaire commercial supplémentaire, ce qui n'est pas le cas du Standard, du Club Bruges ou de Genk. L'un compense l'autre. Van Holsbeeck : Pas d'accord. La Gantoise perçoit 135.000 euros grâce à cet accord. C'est moins que ce qu'il vous a ristourné. François : Permettez-moi d'en douter. Je connais Michel Louwagie comme un fin négociateur et il m'étonnerait très fort qu'il n'ait pas obtenu un montant supérieur. Lors de notre dernier match là-bas, j'ai demandé à notre photographe de prendre quelques clichés : il n'y en avait que pour Belgacom. Les casquettes des stewards : Belgacom. Les t-shirts des pompons girls : Belgacom. La montgolfière : Belgacom. Même les couleurs de Gand sont devenues blue light Belgacom. Van Holsbeeck : Chez nous, Belgacom est un sponsor historique puisque notre collaboration remonte à plus de 20 ans. On n'y peut rien si, dans la foulée, ce partenaire financier s'est investi tant et plus au point de diffuser des matches. François : Ce n'est nullement un reproche envers Anderlecht. Van Holsbeeck : Non, mais je sens bien que, comme d'autres, vous faites nos comptes. François : On ne va pas polémiquer. Tout ce que je veux dire, c'est que les droits télévisés d'Anderlecht et du Standard valent plus que 3,5 ou 4 millions. (...)Retrouvez l'intégralité de la rencontre dans votre Sport/Foot Magazine de cette semaine.Bruno Govers