La scène a fait grand bruit : ameutés sur le parking visiteurs de Sclessin, une bonne centaine de supporters mauves empêchent le départ du car des joueurs et clament leur mécontentement après la gifle reçue au Standard (5-1). Celle-ci intervient trois jours après la défaite subie à l'Hajduk Split mettant à mal les élans européens dès le début de l'automne, et une semaine avant une nouvelle défaite face au Cercle de Bruges.

Ces trois échecs coup sur coup saupoudrés de frilosité sur la scène européenne et de score "historiquement négatif" face à l'ennemi sortent les fans mauves de leurs gonds. Cibles prioritaires du courroux: Ariel Jacobs et la direction avec comme bouc émissaire numéro un, Herman Van Holsbeeck. Afin d'apaiser les esprits, ce dernier s'essaie alors à une tentative de dialogue. Mais l'excitation est grande et la rencontre tourne court: les "Herman Buiten!" repartent de plus belle; le manager général fait de même, et rejoint les siens, le costard taché de bière.

Dès le lendemain du match, un communiqué officiel est balancé sur le site du club: "La direction du Royal Sporting Club Anderlecht comprend la réaction d'une partie de ses supporters. Suite à la défaite enregistrée dimanche soir, les émotions ont atteint un triste paroxysme... La direction n'esquivera pas ses responsabilités, mais elle continuera toujours d'agir dans la plus grande sérénité. Le club communiquera de façon ponctuelle."

"Triste paroxysme"

Parler de "triste paroxysme" est fondé, car les actions "de masse" visant Anderlecht et sa politique sportive sont rares. Mais pas pour autant uniques. On se rappellera, notamment, que fin janvier 2005, lors d'un Anderlecht-Beveren, une banderole imposante (retirée très vite par les stewards) "Herman, ton champagne manque de bulles" avait été déployée dans le stade. Plus tôt, lors de la saison 97-98, les supporters montrèrent leur mécontentement en envahissant le terrain à plusieurs reprises; avec Pär Zetterberg dans le rôle de médiateur.

Si on est encore loin de pareille rébellion, on note toutefois un agacement grandissant chez les supporters mauves suite aux derniers résultats déficients. Avec des degrés différents d'irritation. La majorité juge d'ailleurs excessive la virulence des propos tenus et actes affichés à Sclessin.

"C'est malheureux ce qui s'est passé au Standard. Le fait de se retrouver en groupe, en troupeau, amène des réactions quasi animales chez certains", témoigne Jean-Jacques André, secrétaire-assistant de l'ASA (Association des Supporters d'Anderlecht). "Nous condamnons de façon ferme le geste du supporter qui a balancé sa bière vers Van Holsbeeck. D'autant que M. Van Holsbeeck est toujours en première ligne et qu'à ma connaissance ce n'est pas lui le responsable des transferts mais plutôt Philippe Collin. Je crois simplement qu'on vit une mauvaise passe, dont l'élément déclencheur fut l'élimination de la Ligue des Champions face au Partizan Belgrade. Cet échec a touché moralement le groupe des joueurs, les membres de la direction et les supporters. Faut pas non plus dramatiser, on subit ce que les autres ont subi ou subiront à un moment de la saison. Il y a un mois c'est le Standard qui avait des problèmes avec ses supporters, aujourd'hui c'est l'euphorie. Et rappelons que l'an dernier, on a pris une claque à Bruges à la même période de l'année, ce qui ne nous a pas empêché d'être champion. Cette année, on l'a reçue au Standard. Ainsi, je ne vois pas pourquoi, par exemple, la démission de Jacobs serait à l'ordre du jour."

Qui est responsable ?

Vu l'étroitesse des liens qui unissent l'ASA avec le club (une réunion doit d'ailleurs se tenir entre David Steegen et les membres de l'association), difficile de ruer dans les brancards. Le son de cloche est différent et bien moins relativiste sur la toile. Sur le forum officiel du club, un sondage repris sous le titre peu fraternel "faillietman Van Holsbeeck buiten?" montre clairement que la politique menée par le manager général est mise en cause. 85% des votants sur un total d'environ 400 répondent à la question par l'affirmative.

"Je ne pense pas qu'il y ait un seul coupable à ces mauvais résultats", exprime Eric Durenne, président des Mauve Angels de Namur. "Jacobs est visé pour sa tactique en Coupe d'Europe. Je parle du manque de panache à Split ou des mauvais choix face à Belgrade. Quant au niveau transferts, le club ne vise pas assez haut. A l'époque de Michel Verschueren, c'était quand même différent. On peut même se demander si le club veut participer à la Ligue des Champions vu son manque d'ambition. Même si on a bien vu face au Zenit Saint-Pétersbourg que l'on n'aurait rien à y faire..."

Sur la scène nationale, le camouflet vécu au Standard fait évidemment très mal: "On aurait pris 5-1 à Saint-Trond, passe encore. Mais passer complètement à côté comme au Standard, c'est inadmissible. Certains joueurs cadres, comme Mbark Boussoufa, doivent assumer leurs responsabilités au risque d'être pris en grippe. Je crains que si l'on continue à mal jouer, que les victoires ne suivent pas, l'atmos-phère pourrait être tendue dans les prochaines semaines."

Distant de sa base

La Mauve Army, groupe ultra des supporters d'Anderlecht, n'envisage pas pour le moment d'action de protestation. Il est cependant évident qu'une réaction des joueurs est attendue et que dans le cas contraire, cela risque de siffler dans les contours du Parc Astrid. "D'autant que le club ne fait rien ou très peu pour créer une relation chaleureuse avec ses supporters", poursuit Carlot Renaud, président des Purple Front de Hannut. "Les clubs officiels des supporters comme le nôtre ne reçoivent jamais d'avantages par rapport au prix des places, par exemple. On ne dispose jamais de joueurs lors de nos soupers. Guillaume Gillet est parrain de notre club, on ne le voit jamais. Au Standard, chaque club de supporters reconnu a le droit d'avoir cinq joueurs par saison pour différents événements, c'est une mesure stipulée dans le contrat du joueur. Depuis cinq ans, j'ai le sentiment que c'est de pire en pire, de plus en plus froid, au niveau de la relation entre supporters et direction. On n'assiste jamais à un geste de leur part, ou alors un maillot XXL que personne ne sait mettre comme l'an dernier, alors que l'on nous impose sans cesse davantage de contraintes pour gérer notre groupe. Vous comprenez que si les résultats sont médiocres comme aujourd'hui, ça peut difficilement bien se passer."

Déjà en ligne:
Le mal anderlechtois 1/3 - Les sous: "Il faudra vendre Lukaku!"

A suivre:
Le mal anderlechtois 3/3 - L'équipe: l'avenir vu par Gilbert Van Binst

Thomas Bricmont

La scène a fait grand bruit : ameutés sur le parking visiteurs de Sclessin, une bonne centaine de supporters mauves empêchent le départ du car des joueurs et clament leur mécontentement après la gifle reçue au Standard (5-1). Celle-ci intervient trois jours après la défaite subie à l'Hajduk Split mettant à mal les élans européens dès le début de l'automne, et une semaine avant une nouvelle défaite face au Cercle de Bruges.Ces trois échecs coup sur coup saupoudrés de frilosité sur la scène européenne et de score "historiquement négatif" face à l'ennemi sortent les fans mauves de leurs gonds. Cibles prioritaires du courroux: Ariel Jacobs et la direction avec comme bouc émissaire numéro un, Herman Van Holsbeeck. Afin d'apaiser les esprits, ce dernier s'essaie alors à une tentative de dialogue. Mais l'excitation est grande et la rencontre tourne court: les "Herman Buiten!" repartent de plus belle; le manager général fait de même, et rejoint les siens, le costard taché de bière. Dès le lendemain du match, un communiqué officiel est balancé sur le site du club: "La direction du Royal Sporting Club Anderlecht comprend la réaction d'une partie de ses supporters. Suite à la défaite enregistrée dimanche soir, les émotions ont atteint un triste paroxysme... La direction n'esquivera pas ses responsabilités, mais elle continuera toujours d'agir dans la plus grande sérénité. Le club communiquera de façon ponctuelle.""Triste paroxysme"Parler de "triste paroxysme" est fondé, car les actions "de masse" visant Anderlecht et sa politique sportive sont rares. Mais pas pour autant uniques. On se rappellera, notamment, que fin janvier 2005, lors d'un Anderlecht-Beveren, une banderole imposante (retirée très vite par les stewards) "Herman, ton champagne manque de bulles" avait été déployée dans le stade. Plus tôt, lors de la saison 97-98, les supporters montrèrent leur mécontentement en envahissant le terrain à plusieurs reprises; avec Pär Zetterberg dans le rôle de médiateur. Si on est encore loin de pareille rébellion, on note toutefois un agacement grandissant chez les supporters mauves suite aux derniers résultats déficients. Avec des degrés différents d'irritation. La majorité juge d'ailleurs excessive la virulence des propos tenus et actes affichés à Sclessin. "C'est malheureux ce qui s'est passé au Standard. Le fait de se retrouver en groupe, en troupeau, amène des réactions quasi animales chez certains", témoigne Jean-Jacques André, secrétaire-assistant de l'ASA (Association des Supporters d'Anderlecht). "Nous condamnons de façon ferme le geste du supporter qui a balancé sa bière vers Van Holsbeeck. D'autant que M. Van Holsbeeck est toujours en première ligne et qu'à ma connaissance ce n'est pas lui le responsable des transferts mais plutôt Philippe Collin. Je crois simplement qu'on vit une mauvaise passe, dont l'élément déclencheur fut l'élimination de la Ligue des Champions face au Partizan Belgrade. Cet échec a touché moralement le groupe des joueurs, les membres de la direction et les supporters. Faut pas non plus dramatiser, on subit ce que les autres ont subi ou subiront à un moment de la saison. Il y a un mois c'est le Standard qui avait des problèmes avec ses supporters, aujourd'hui c'est l'euphorie. Et rappelons que l'an dernier, on a pris une claque à Bruges à la même période de l'année, ce qui ne nous a pas empêché d'être champion. Cette année, on l'a reçue au Standard. Ainsi, je ne vois pas pourquoi, par exemple, la démission de Jacobs serait à l'ordre du jour."Qui est responsable ? Vu l'étroitesse des liens qui unissent l'ASA avec le club (une réunion doit d'ailleurs se tenir entre David Steegen et les membres de l'association), difficile de ruer dans les brancards. Le son de cloche est différent et bien moins relativiste sur la toile. Sur le forum officiel du club, un sondage repris sous le titre peu fraternel "faillietman Van Holsbeeck buiten?" montre clairement que la politique menée par le manager général est mise en cause. 85% des votants sur un total d'environ 400 répondent à la question par l'affirmative. "Je ne pense pas qu'il y ait un seul coupable à ces mauvais résultats", exprime Eric Durenne, président des Mauve Angels de Namur. "Jacobs est visé pour sa tactique en Coupe d'Europe. Je parle du manque de panache à Split ou des mauvais choix face à Belgrade. Quant au niveau transferts, le club ne vise pas assez haut. A l'époque de Michel Verschueren, c'était quand même différent. On peut même se demander si le club veut participer à la Ligue des Champions vu son manque d'ambition. Même si on a bien vu face au Zenit Saint-Pétersbourg que l'on n'aurait rien à y faire..."Sur la scène nationale, le camouflet vécu au Standard fait évidemment très mal: "On aurait pris 5-1 à Saint-Trond, passe encore. Mais passer complètement à côté comme au Standard, c'est inadmissible. Certains joueurs cadres, comme Mbark Boussoufa, doivent assumer leurs responsabilités au risque d'être pris en grippe. Je crains que si l'on continue à mal jouer, que les victoires ne suivent pas, l'atmos-phère pourrait être tendue dans les prochaines semaines."Distant de sa base La Mauve Army, groupe ultra des supporters d'Anderlecht, n'envisage pas pour le moment d'action de protestation. Il est cependant évident qu'une réaction des joueurs est attendue et que dans le cas contraire, cela risque de siffler dans les contours du Parc Astrid. "D'autant que le club ne fait rien ou très peu pour créer une relation chaleureuse avec ses supporters", poursuit Carlot Renaud, président des Purple Front de Hannut. "Les clubs officiels des supporters comme le nôtre ne reçoivent jamais d'avantages par rapport au prix des places, par exemple. On ne dispose jamais de joueurs lors de nos soupers. Guillaume Gillet est parrain de notre club, on ne le voit jamais. Au Standard, chaque club de supporters reconnu a le droit d'avoir cinq joueurs par saison pour différents événements, c'est une mesure stipulée dans le contrat du joueur. Depuis cinq ans, j'ai le sentiment que c'est de pire en pire, de plus en plus froid, au niveau de la relation entre supporters et direction. On n'assiste jamais à un geste de leur part, ou alors un maillot XXL que personne ne sait mettre comme l'an dernier, alors que l'on nous impose sans cesse davantage de contraintes pour gérer notre groupe. Vous comprenez que si les résultats sont médiocres comme aujourd'hui, ça peut difficilement bien se passer."Déjà en ligne:Le mal anderlechtois 1/3 - Les sous: "Il faudra vendre Lukaku!"A suivre: Le mal anderlechtois 3/3 - L'équipe: l'avenir vu par Gilbert Van BinstThomas Bricmont