Le 5-1 qui a soldé le récent Clasico n'est peut-être pas la dernière gifle infligée par le Standard à Anderlecht. A peine les lampions de la fête éteints, l'homme fort des Rouches, Lucien D'Onofrio s'envolait à destination de l'Egypte afin de s'enquérir des conditions de transfert de la star des Pharaons, Mahmoud Shikabala... celui-là même qui avait fait l'objet, l'été dernier, d'une cour assidue du RSCA.

Il signa même un contrat de quatre ans avec le club bruxellois. Mais les dirigeants mauves n'aboutirent pas à un accord sur le montant requis pour le passage du joueur de Zamalek au Parc Astrid. Anderlecht avait bloqué la barre à deux millions alors qu'au Caire on en réclamait au moins le double. Pour régler le cas, le champion de Belgique s'était tourné vers la commission des litiges de la FIFA, avant de se rétracter vu la versatilité du médian, séduit entre-temps par une nouvelle offre plus lucrative de son employeur. Depuis, la donne a encore changé. Un sponsor, qui s'était fait fort de rétribuer personnellement la vedette locale, a décroché et les Zamalkaouis ont à nouveau besoin d'argent.

La logique aurait voulu qu'Anderlecht saisisse la balle au bond, suite à l'accord signé par le joueur. Mais c'est son rival liégeois, manifestement peu échaudé par l'affaire Emad Meteb, qui a décidé de faire le forcing dans la course au joueur. Souffler celui-ci au nez et à la barbe des Anderlechtois, c'est une manière d'afficher sa supériorité. Ce qui s'était déjà produit avec le come-back de Mémé Tchité. Présenté prioritairement au stade Constant Vanden Stock, l'attaquant africain y fut éconduit par l'ensemble des décideurs. De quoi faire le bonheur des Liégeois qui purent compter sur lui pour faire la différence lors du dernier Clasico.

La percée de Cyriac aura constitué une autre meurtrissure pour des Mauves qui ont un pied en Côte d'Ivoire, au point d'y disposer d'une filiale avec le FC Bibo. Ce qui n'a pas empêché le plus prometteur des jeunes Ivoiriens, formé à l'Académie Mimosifcom de l'ASEC, de prendre le chemin de Sclessin grâce à un screening pointu de Dominique D'Onofrio.

Van Damme voulait doubler son salaire mais les caisses sont vides

Anderlecht ne serait évidemment pas Anderlecht s'il ne songeait pas à une riposte pour se réhabiliter auprès de nombreux supporters. La piste la plus chaude concerne Jelle Van Damme, cédé pour 3 millions à Wolverhampton à l'intersaison, mais qui ne s'y plaît guère. Le gaucher, qui palpe deux millions d'euros nets par an chez les Wolves, n'était pas obsédé par ce transfert anglais. Mais vu les conditions proposées, il avait exigé pour rester que son salaire de 600.000 euros annuels dépasse le million. En haut lieu, cette majoration fut refusée car ce plafond n'est réservé qu'à l'une ou l'autre rare exception, comme Mbark Boussoufa, qui tourne à 1,3 million.

Avec 35 millions d'euros pour la saison (170e budget européen), Anderlecht ne peut pas se permettre d'entretenir un groupe de 25 joueurs à un million d'euros. A l'époque de l'ancien manager, Michel Verschueren, la masse salariale représentait moins de la moitié des ressources financières. A présent, ces 49% sont passés à 55%. Sans arriver toutefois aux 60 ou davantage dans certains clubs étrangers. Si grosso modo une vingtaine de millions sont consacrés aux salaires des joueurs, d'autres postes nécessitent un débours conséquent aussi.

Comme la reconstruction du centre de formation du club, à Neerpede, dont le coût avoisine les 12 millions. Le tiers de cette somme est pris en charge par la Région de Bruxelles-Capitale, à raison d'1 million par an pendant cinq ans. Mais les 7 millions restants sont à charge du club.

Sans compter que ce dernier a besoin aussi de 40 millions d'euros pour l'agrandissement de son stade. Il y a un quart de siècle, on reprochait déjà à Constant Vanden Stock d'investir dans la brique. Pourtant, lors des différentes phases de modernisation, entre 1982 et 1990, le Sporting disposait d'un noyau autrement plus compétitif que l'actuel. La Ligue des Champions, et ses rentrées conséquentes (15 millions par participation), n'existaient toutefois pas encore à ce moment-là. Aujourd'hui, le Sporting, à l'image d'autres, est tributaire de cette manne pour accroître sa marge de manoeuvre. Le hic, c'est que ces quatre dernières années, il a été privé de cette poule aux oeufs d'or et que ses deux derniers bilans ont d'ailleurs été déficitaires: 2,2 millions en 2008 et 5,5 en 2009.

Depuis Ruiz et l'espoir déçu, la qualité des transferts plonge
Il y a un an, l'arrivée du Gantois Bryan Ruiz était liée au fric de la Ligue des Champions. Le Sporting était même prêt à dépasser le record de 3,5 millions dépensé autrefois pour Boussoufa. La perte des test-matches face au Standard en décida autrement et le Costaricain fait le bonheur du FC Twente.

Cette saison, l'accession à la phase des poules aurait dû permettre aux Mauves de consentir des petites folies. Simon Mignolet, Kevin De Bruyne et Milan Jovanovic furent bel et bien mentionnés en plus de Shikabala. A l'arrivée, seul l'Egyptien fit l'objet d'un forcing. Pour deux millions d'euros, ce qui ne représente rien ou pas grand-chose, à la bourse des valeurs actuelles. Mais le club s'est contenté d'enrôler quatre nouveaux venus qui se sont révélé tout sauf des renforts. Normal, compte tenu de leur prix: l'Argentin Pablo Chavarria a finalement été acheté 1,2 million d'euros à Belgrano Cordoba; malgré que le secrétaire général Philippe Collin ait parlé de 2,5 millions... sans doute pour prouver que le club avait "quand même fait un effort dans les transferts".

Si Sacha Kljestan s'est montré en effectuant une talonnade géniale sur la phase qui amena le premier but de Tom De Sutter au Parc Astrid contre les modestes Gallois de The New Saints, le Sud-Américain ne s'est encore guère montré. Après un tiers de compétition, dans sa phase initiale du moins, il n'a encore été titularisé qu'une seule fois: à Lokeren, pour les besoins d'un match où Ariel Jacobs avait fait tourner son effectif en vue de l'importantissime retour contre le Partizan Belgrade. Après une heure de jeu, Romelu Lukaku avait pris le relais et Anderlecht pesa alors enfin d'un certain poids à Daknam. Selon les suiveurs, il est acquis que le compatriote de Matias Suarez aura besoin d'un an au moins, comme ce dernier, avant de s'acclimater au Sporting. Le garçon a indéniablement du talent, mais son rendement est nihil pour le moment.

Lors des premiers matches, Klestan marcha le tonnerre. La preuve par son but d'ouverture contre The New Saints à Wrexham, son assist pour De Sutter au retour ainsi qu'une reprise de la tête gagnante à Lokeren. Depuis, l'ex-médian des Chivas de Los Angeles est plus souvent prié de s'asseoir en tribune que sur le banc. Quelques insiders y voient même un message du coach à l'intention de la direction, genre: "Je ne peux rien faire avec ça".

Comment se contenter d'Espoirs tchèques?

Restent les cas de Lukas Marecek et Jan Lecjaks. Au même titre que le troisième Tchèque du noyau, Ondrej Mazuch, acquis pour 1,2 million d'euros, les deux autres n'ont pas grevé la trésorerie: le premier était mis à prix pour 800.000 euros par le FC Brno; prêté avec option d'achat par Viktoria Plzen, l'autre devrait coûter tout au plus 500.000 euros. Pour 2,5 millions d'euros, Anderlecht peut se flatter de disposer d'un trio de l'équipe de Tchéquie Espoirs. C'est peut-être prometteur mais Mazuch (déjà montré du doigt contre Lyon la saison passée pour une passe en retrait intempestive) a permis à Cleo, du Partizan Belgrade, de donner libre cours à ses talents de buteur. Et Lecjaks n'avait pas été plus inspiré, à l'aller, en inscrivant un auto-but lourd de conséquences. Marecek, lui, avait seulement obtenu un peu de temps de jeu lors des play-offs quand le championnat était plié. Durant l'exercice actuel, il a effectué pas mal de bribes de matches mais à l'occasion du récent sommet face aux Rouches, il faisait vraiment pitié.

Il est clair que si Anderlecht veut franchir un palier et accroître sensiblement ses chances dans l'optique d'une qualification dans la lucrative Ligue des Champions, une injection qualitative s'impose absolument. Mais avec des chiffres dans le rouge ces deux dernières années, son enveloppe financière n'est pas très épaisse. Dès lors, tout porte à croire que, plus tôt que prévu, le Sporting devra vendre son jeunot le plus prometteur, lisez Romelu Lukaku. Courtisé par les plus grands d'Europe, il se dit qu'Arsenal serait prêt à verser entre 15 et 17 millions pour acquérir ses services. Soit l'équivalent d'une campagne en Ligue des Champions. Une fameuse poire pour la soif, certes mais, à choisir, n'eût-il pas mieux valu éliminer le Partizan Belgrade et continuer à bénéficier du concours du joueur?

A suivre:
Le mal anderlechtois 2/3 - Les supporters: pourquoi ça gueule?
Le mal anderlechtois 3/3 - L'équipe: l'avenir vu par Gilbert Van Binst

Bruno Govers

Le 5-1 qui a soldé le récent Clasico n'est peut-être pas la dernière gifle infligée par le Standard à Anderlecht. A peine les lampions de la fête éteints, l'homme fort des Rouches, Lucien D'Onofrio s'envolait à destination de l'Egypte afin de s'enquérir des conditions de transfert de la star des Pharaons, Mahmoud Shikabala... celui-là même qui avait fait l'objet, l'été dernier, d'une cour assidue du RSCA. Il signa même un contrat de quatre ans avec le club bruxellois. Mais les dirigeants mauves n'aboutirent pas à un accord sur le montant requis pour le passage du joueur de Zamalek au Parc Astrid. Anderlecht avait bloqué la barre à deux millions alors qu'au Caire on en réclamait au moins le double. Pour régler le cas, le champion de Belgique s'était tourné vers la commission des litiges de la FIFA, avant de se rétracter vu la versatilité du médian, séduit entre-temps par une nouvelle offre plus lucrative de son employeur. Depuis, la donne a encore changé. Un sponsor, qui s'était fait fort de rétribuer personnellement la vedette locale, a décroché et les Zamalkaouis ont à nouveau besoin d'argent. La logique aurait voulu qu'Anderlecht saisisse la balle au bond, suite à l'accord signé par le joueur. Mais c'est son rival liégeois, manifestement peu échaudé par l'affaire Emad Meteb, qui a décidé de faire le forcing dans la course au joueur. Souffler celui-ci au nez et à la barbe des Anderlechtois, c'est une manière d'afficher sa supériorité. Ce qui s'était déjà produit avec le come-back de Mémé Tchité. Présenté prioritairement au stade Constant Vanden Stock, l'attaquant africain y fut éconduit par l'ensemble des décideurs. De quoi faire le bonheur des Liégeois qui purent compter sur lui pour faire la différence lors du dernier Clasico. La percée de Cyriac aura constitué une autre meurtrissure pour des Mauves qui ont un pied en Côte d'Ivoire, au point d'y disposer d'une filiale avec le FC Bibo. Ce qui n'a pas empêché le plus prometteur des jeunes Ivoiriens, formé à l'Académie Mimosifcom de l'ASEC, de prendre le chemin de Sclessin grâce à un screening pointu de Dominique D'Onofrio. Van Damme voulait doubler son salaire mais les caisses sont vides Anderlecht ne serait évidemment pas Anderlecht s'il ne songeait pas à une riposte pour se réhabiliter auprès de nombreux supporters. La piste la plus chaude concerne Jelle Van Damme, cédé pour 3 millions à Wolverhampton à l'intersaison, mais qui ne s'y plaît guère. Le gaucher, qui palpe deux millions d'euros nets par an chez les Wolves, n'était pas obsédé par ce transfert anglais. Mais vu les conditions proposées, il avait exigé pour rester que son salaire de 600.000 euros annuels dépasse le million. En haut lieu, cette majoration fut refusée car ce plafond n'est réservé qu'à l'une ou l'autre rare exception, comme Mbark Boussoufa, qui tourne à 1,3 million. Avec 35 millions d'euros pour la saison (170e budget européen), Anderlecht ne peut pas se permettre d'entretenir un groupe de 25 joueurs à un million d'euros. A l'époque de l'ancien manager, Michel Verschueren, la masse salariale représentait moins de la moitié des ressources financières. A présent, ces 49% sont passés à 55%. Sans arriver toutefois aux 60 ou davantage dans certains clubs étrangers. Si grosso modo une vingtaine de millions sont consacrés aux salaires des joueurs, d'autres postes nécessitent un débours conséquent aussi. Comme la reconstruction du centre de formation du club, à Neerpede, dont le coût avoisine les 12 millions. Le tiers de cette somme est pris en charge par la Région de Bruxelles-Capitale, à raison d'1 million par an pendant cinq ans. Mais les 7 millions restants sont à charge du club. Sans compter que ce dernier a besoin aussi de 40 millions d'euros pour l'agrandissement de son stade. Il y a un quart de siècle, on reprochait déjà à Constant Vanden Stock d'investir dans la brique. Pourtant, lors des différentes phases de modernisation, entre 1982 et 1990, le Sporting disposait d'un noyau autrement plus compétitif que l'actuel. La Ligue des Champions, et ses rentrées conséquentes (15 millions par participation), n'existaient toutefois pas encore à ce moment-là. Aujourd'hui, le Sporting, à l'image d'autres, est tributaire de cette manne pour accroître sa marge de manoeuvre. Le hic, c'est que ces quatre dernières années, il a été privé de cette poule aux oeufs d'or et que ses deux derniers bilans ont d'ailleurs été déficitaires: 2,2 millions en 2008 et 5,5 en 2009. Depuis Ruiz et l'espoir déçu, la qualité des transferts plonge Il y a un an, l'arrivée du Gantois Bryan Ruiz était liée au fric de la Ligue des Champions. Le Sporting était même prêt à dépasser le record de 3,5 millions dépensé autrefois pour Boussoufa. La perte des test-matches face au Standard en décida autrement et le Costaricain fait le bonheur du FC Twente. Cette saison, l'accession à la phase des poules aurait dû permettre aux Mauves de consentir des petites folies. Simon Mignolet, Kevin De Bruyne et Milan Jovanovic furent bel et bien mentionnés en plus de Shikabala. A l'arrivée, seul l'Egyptien fit l'objet d'un forcing. Pour deux millions d'euros, ce qui ne représente rien ou pas grand-chose, à la bourse des valeurs actuelles. Mais le club s'est contenté d'enrôler quatre nouveaux venus qui se sont révélé tout sauf des renforts. Normal, compte tenu de leur prix: l'Argentin Pablo Chavarria a finalement été acheté 1,2 million d'euros à Belgrano Cordoba; malgré que le secrétaire général Philippe Collin ait parlé de 2,5 millions... sans doute pour prouver que le club avait "quand même fait un effort dans les transferts". Si Sacha Kljestan s'est montré en effectuant une talonnade géniale sur la phase qui amena le premier but de Tom De Sutter au Parc Astrid contre les modestes Gallois de The New Saints, le Sud-Américain ne s'est encore guère montré. Après un tiers de compétition, dans sa phase initiale du moins, il n'a encore été titularisé qu'une seule fois: à Lokeren, pour les besoins d'un match où Ariel Jacobs avait fait tourner son effectif en vue de l'importantissime retour contre le Partizan Belgrade. Après une heure de jeu, Romelu Lukaku avait pris le relais et Anderlecht pesa alors enfin d'un certain poids à Daknam. Selon les suiveurs, il est acquis que le compatriote de Matias Suarez aura besoin d'un an au moins, comme ce dernier, avant de s'acclimater au Sporting. Le garçon a indéniablement du talent, mais son rendement est nihil pour le moment. Lors des premiers matches, Klestan marcha le tonnerre. La preuve par son but d'ouverture contre The New Saints à Wrexham, son assist pour De Sutter au retour ainsi qu'une reprise de la tête gagnante à Lokeren. Depuis, l'ex-médian des Chivas de Los Angeles est plus souvent prié de s'asseoir en tribune que sur le banc. Quelques insiders y voient même un message du coach à l'intention de la direction, genre: "Je ne peux rien faire avec ça". Comment se contenter d'Espoirs tchèques?Restent les cas de Lukas Marecek et Jan Lecjaks. Au même titre que le troisième Tchèque du noyau, Ondrej Mazuch, acquis pour 1,2 million d'euros, les deux autres n'ont pas grevé la trésorerie: le premier était mis à prix pour 800.000 euros par le FC Brno; prêté avec option d'achat par Viktoria Plzen, l'autre devrait coûter tout au plus 500.000 euros. Pour 2,5 millions d'euros, Anderlecht peut se flatter de disposer d'un trio de l'équipe de Tchéquie Espoirs. C'est peut-être prometteur mais Mazuch (déjà montré du doigt contre Lyon la saison passée pour une passe en retrait intempestive) a permis à Cleo, du Partizan Belgrade, de donner libre cours à ses talents de buteur. Et Lecjaks n'avait pas été plus inspiré, à l'aller, en inscrivant un auto-but lourd de conséquences. Marecek, lui, avait seulement obtenu un peu de temps de jeu lors des play-offs quand le championnat était plié. Durant l'exercice actuel, il a effectué pas mal de bribes de matches mais à l'occasion du récent sommet face aux Rouches, il faisait vraiment pitié. Il est clair que si Anderlecht veut franchir un palier et accroître sensiblement ses chances dans l'optique d'une qualification dans la lucrative Ligue des Champions, une injection qualitative s'impose absolument. Mais avec des chiffres dans le rouge ces deux dernières années, son enveloppe financière n'est pas très épaisse. Dès lors, tout porte à croire que, plus tôt que prévu, le Sporting devra vendre son jeunot le plus prometteur, lisez Romelu Lukaku. Courtisé par les plus grands d'Europe, il se dit qu'Arsenal serait prêt à verser entre 15 et 17 millions pour acquérir ses services. Soit l'équivalent d'une campagne en Ligue des Champions. Une fameuse poire pour la soif, certes mais, à choisir, n'eût-il pas mieux valu éliminer le Partizan Belgrade et continuer à bénéficier du concours du joueur? A suivre: Le mal anderlechtois 2/3 - Les supporters: pourquoi ça gueule? Le mal anderlechtois 3/3 - L'équipe: l'avenir vu par Gilbert Van BinstBruno Govers