Antonio Conte arrache Paul Pogba des griffes des journalistes. Deux heures plus tôt, le Français illumine le Juventus Stadium. Deux coups de fusil flashés à 100 km/h dans la nuit turinoise pour anéantir Udine. "Pogbang Bang" titrera la Gazzetta le lendemain.

Un journaliste risque une dernière question. Une comparaison avec Rijkaard. La réponse fuse comme une reprise du coup de pied droit : "Je n'aime pas les comparaisons. Moi, je suis Paul."

Fanfaron, Pogba ? Ambitieux plutôt. Et impatient. Né dans une famille de footeux - ses frères Florentin et Mathias sont également pros - de la banlieue parisienne, Paul rejoint très vite le centre de formation du Havre. Et brûle les étapes : "À 15 ans, il jouait déjà avec les U17, et il était capitaine", raconte Nordine Raho, son coach de l'époque, à So Foot. Alors, quand l'opportunité de franchir la Manche se présente, Pogba n'hésite pas. 16 ans, et déjà Red Devil.

Entre conseils de Rio Ferdinand et plats concoctés par sa mère, Paul fait ses gammes à l'ombre d'Old Trafford. En 2012, il croit recevoir sa chance dans un entrejeu mancunien en crise, mais Sir Alex préfère sortir Paul Scholes de sa retraite. Un affront. Et Pogba, l'ambitieux, claque alors la porte du théâtre des rêves, pour aller vivre les siens dans la Botte.

Ferguson en avale son chewing-gum de travers. Pat Crerand, ancienne gloire des Red Devils version sixties, regrette ce changement de casaque aussi : "Car il a le même profil que Vieira. Cela semble fou, mais je crois qu'il est même un peu plus fort que lui. Je pense que Pogba est un peu plus habile", déclare-t-il à MUTV.

Direction la Juve donc, et son entrejeu magique. Un triangle Marchisio-Pirlo-Vidal qui ne laisse que des miettes aux remplaçants. Le jeune Marrone, grand talent italien abonné au banc de touche, en sait quelque chose. Mais la concurrence n'effraie pas Pogba : "J'apprends beaucoup de Pirlo, mais quand il ne pourra pas jouer, je veux aller sur le terrain et montrer qu'il n'y a pas de différence entre lui et moi", confie-t-il à L'Équipe.

Ambition ou démesure ? "Pogba a l'air d'avoir un sacré melon" pour Eric Maggiori, journaliste à So Foot. "Le fait d'être entouré de gens comme Pirlo, Bonucci ou Conte, ça va le faire relativiser." Conte sait comment s'y prendre : "Parfois, il se repose sur ses acquis", raconte le Mister après le doublé de Paul contre Udine. "Je cherche à le stimuler avec le bâton et la carotte." Le bâton, c'est cette exclusion du groupe contre Pescara après deux retards à l'entrainement. Et la carotte, c'est le terrain.

Un terrain auquel le longiligne numéro 6 a déjà goûté plus souvent qu'à son tour depuis le début de saison, avec quelques jolis buts à la clé. Suffisant pour enflammer la Botte, qui le présente déjà comme le successeur de Pirlo. À tort, selon Eric Maggiori : "Pirlo est d'une autre catégorie. Il peut débloquer un match sur une invention. Pogba ne peut pas encore faire ça. Son talent est seulement exploité à 30 %."

Surtout, les qualités de Pogba sont différentes de celles du maestro italien : "C'est une pieuvre", résume Maggiori. Médian défensif ou relayeur, Pogba ratisse, récupère, relance, mais pas seulement. Il va aussi vers l'avant et frappe, beaucoup. Un Patrick Vieira 2.0 qui charme la Vieille Dame. Tradition française qu'il résume à sa façon : "Platini et Zidane sont le passé de la Juve. Moi, je veux en être le futur."

Il aura peut-être l'occasion de le démontrer ce soir, en match-retour de la CE1 face au Bayern, qui a pris une belle option sur les demis grâce à son 2-0 à l'aller. En équipe de France, l'avenir lui appartient, c'est sûr. La preuve par son entrée en matière avec les Bleus face à la Géorgie, le 22 mars dernier, au Stade de France, face à la Géorgie. Une première qui en appellera pas mal d'autres...


PAR GUILLAUME GAUTIER

Antonio Conte arrache Paul Pogba des griffes des journalistes. Deux heures plus tôt, le Français illumine le Juventus Stadium. Deux coups de fusil flashés à 100 km/h dans la nuit turinoise pour anéantir Udine. "Pogbang Bang" titrera la Gazzetta le lendemain. Un journaliste risque une dernière question. Une comparaison avec Rijkaard. La réponse fuse comme une reprise du coup de pied droit : "Je n'aime pas les comparaisons. Moi, je suis Paul." Fanfaron, Pogba ? Ambitieux plutôt. Et impatient. Né dans une famille de footeux - ses frères Florentin et Mathias sont également pros - de la banlieue parisienne, Paul rejoint très vite le centre de formation du Havre. Et brûle les étapes : "À 15 ans, il jouait déjà avec les U17, et il était capitaine", raconte Nordine Raho, son coach de l'époque, à So Foot. Alors, quand l'opportunité de franchir la Manche se présente, Pogba n'hésite pas. 16 ans, et déjà Red Devil. Entre conseils de Rio Ferdinand et plats concoctés par sa mère, Paul fait ses gammes à l'ombre d'Old Trafford. En 2012, il croit recevoir sa chance dans un entrejeu mancunien en crise, mais Sir Alex préfère sortir Paul Scholes de sa retraite. Un affront. Et Pogba, l'ambitieux, claque alors la porte du théâtre des rêves, pour aller vivre les siens dans la Botte. Ferguson en avale son chewing-gum de travers. Pat Crerand, ancienne gloire des Red Devils version sixties, regrette ce changement de casaque aussi : "Car il a le même profil que Vieira. Cela semble fou, mais je crois qu'il est même un peu plus fort que lui. Je pense que Pogba est un peu plus habile", déclare-t-il à MUTV. Direction la Juve donc, et son entrejeu magique. Un triangle Marchisio-Pirlo-Vidal qui ne laisse que des miettes aux remplaçants. Le jeune Marrone, grand talent italien abonné au banc de touche, en sait quelque chose. Mais la concurrence n'effraie pas Pogba : "J'apprends beaucoup de Pirlo, mais quand il ne pourra pas jouer, je veux aller sur le terrain et montrer qu'il n'y a pas de différence entre lui et moi", confie-t-il à L'Équipe. Ambition ou démesure ? "Pogba a l'air d'avoir un sacré melon" pour Eric Maggiori, journaliste à So Foot. "Le fait d'être entouré de gens comme Pirlo, Bonucci ou Conte, ça va le faire relativiser." Conte sait comment s'y prendre : "Parfois, il se repose sur ses acquis", raconte le Mister après le doublé de Paul contre Udine. "Je cherche à le stimuler avec le bâton et la carotte." Le bâton, c'est cette exclusion du groupe contre Pescara après deux retards à l'entrainement. Et la carotte, c'est le terrain. Un terrain auquel le longiligne numéro 6 a déjà goûté plus souvent qu'à son tour depuis le début de saison, avec quelques jolis buts à la clé. Suffisant pour enflammer la Botte, qui le présente déjà comme le successeur de Pirlo. À tort, selon Eric Maggiori : "Pirlo est d'une autre catégorie. Il peut débloquer un match sur une invention. Pogba ne peut pas encore faire ça. Son talent est seulement exploité à 30 %."Surtout, les qualités de Pogba sont différentes de celles du maestro italien : "C'est une pieuvre", résume Maggiori. Médian défensif ou relayeur, Pogba ratisse, récupère, relance, mais pas seulement. Il va aussi vers l'avant et frappe, beaucoup. Un Patrick Vieira 2.0 qui charme la Vieille Dame. Tradition française qu'il résume à sa façon : "Platini et Zidane sont le passé de la Juve. Moi, je veux en être le futur." Il aura peut-être l'occasion de le démontrer ce soir, en match-retour de la CE1 face au Bayern, qui a pris une belle option sur les demis grâce à son 2-0 à l'aller. En équipe de France, l'avenir lui appartient, c'est sûr. La preuve par son entrée en matière avec les Bleus face à la Géorgie, le 22 mars dernier, au Stade de France, face à la Géorgie. Une première qui en appellera pas mal d'autres...PAR GUILLAUME GAUTIER