Après deux ans là-bas, tu te dis que c'est bien assez et tu claques la porte ? C'est bien ce qui s'est passé ? J'aurais pu faire toute ma carrière de coach là-bas...

Mais tu es parti quand même... (Il soupire). Ben oui... Parce que je suis très sensible à l'aspect relationnel. Pour moi, l'humain est très important. Et je n'étais pas heureux à ce niveau-là au Sporting. Mais je n'ai pas trop envie de revenir là-dessus, pas envie de polémiquer.

Tu avais un problème relationnel avec le staff de l'équipe Première ? Oui. Et c'est vraiment dommage. Je me suis toujours mis au service de la Première, je proposais certains de mes joueurs au staff pour qu'ils continuent leur post-formation avec les pros. Mais tout cela a été mal interprété. On m'a considéré comme une menace, les gens du staff ont cru que Johan Walem voulait y prendre une place, ils pensaient que j'allais jouer des coudes, forcer la porte. Alors que ce n'était pas du tout mon but. Je l'ai dit tout de suite, et entre quatre-z-yeux aux personnes concernées. Mais le message n'est pas passé. Ils se sont défendus ensemble contre moi. Je peux comprendre : c'était leur staff. Il leur avait fallu du temps pour le faire fonctionner correctement. Parce qu'au début, leur collaboration était loin d'être géniale.

Ta promotion dans le staff de l'équipe Première avait quand même été prévue dès le départ !

OK, mais ce n'était pas ce que je recherchais. La direction me l'a proposé, je n'ai pas dit que ça m'intéressait. C'est très différent.

Tu peux comprendre qu'Ariel Jacobs et ses adjoints t'aient pris comme une menace ? Non. S'ils m'avaient vraiment connu, s'ils avaient simplement essayé de me comprendre, ils auraient vite vu que j'étais passionné par mon boulot avec les Espoirs, que je voulais rester dans ce rôle. Je voulais travailler pour eux, pas avec eux. J'organisais jusqu'à neuf entraînements par semaine : parfois le double de l'équipe Première ! J'ai longtemps eu l'impression qu'on progressait bien. Je me suis battu pendant des mois pour que les Espoirs prennent de l'importance aux yeux de la direction et du staff de l'équipe Première, on y arrivait doucement. Anderlecht n'avait jamais été aussi près de mettre tout le monde sur le même chemin. C'est vraiment dommage que tout cela ait explosé.

Tu aurais réagi comme eux ? Certainement pas. Ceux qui me connaissent bien disent que j'ai un caractère atypique et ne comprennent pas comment j'ai pu être footballeur professionnel. On me connaît très mal, finalement. Je sais que je passe pour un gars hautain, prétentieux. Il n'y a rien de plus faux. C'est sans doute une forme de timidité. Mais grâce à certaines personnes et certains événements, je l'ai progressivement vaincue. Quand j'estimais qu'il se passait des trucs illogiques avec mes jeunes à Anderlecht, je n'avais pas peur de me confronter à ceux qui n'étaient pas d'accord avec moi. Maintenant, j'ose aller droit au but. Que ce soit avec Jacobs, Vanden Stock ou le grand patron de l'Udinese.

Tu aurais voulu quel genre de collaboration avec Jacobs ?

Une collaboration franche. J'aurais voulu qu'on échange nos idées sur les jeunes. J'avais demandé une réunion tous les 15 jours. On l'a fait au début, puis ça ne s'est plus fait que toutes les trois semaines, puis tous les mois. Ensuite plus du tout parce que Jacobs n'avait "plus le temps".

Et tu avais l'impression de ne pas être pris au sérieux ? Surtout l'impression que mes Espoirs n'étaient pas pris au sérieux. Ils ont accepté que Romelu Lukaku passe de mon groupe au noyau pro. Evidemment. Il y a aussi eu Ziguy Badibanga, Cheikhou Kouyaté, Christophe Diandy. Mais où sont les autres ? René Sterckx est un joueur fantastique mais le staff n'en voulait pas. Et Reynaldo... Et Hervé Kagé... C'est un talent exceptionnel, un des meilleurs joueurs que j'ai vus comme entraîneur. Il sait tout faire. Mais il faut savoir le prendre. Et le mettre à sa meilleure place : c'est un médian, il n'est pas du tout fait pour jouer au back droit comme il l'a fait à Charleroi. Son problème à Anderlecht, c'est qu'il avait commis des erreurs en dehors du terrain, dans le passé. Il a suffi de ça pour qu'on lui ferme au nez la porte de l'équipe Première. Aujourd'hui, Kagé joue en Israël : quel gâchis !

On a l'impression que Lukaku cale un peu cette saison ! Il est dans la saison de confirmation : pas la plus simple. Mais ce qu'il a déjà fait à 17 ans est exceptionnel. Surhumain. Il traverse un passage à vide : c'est normal, non ? On voudrait qu'un gars de 17 ans fasse tourner Anderlecht ? Si c'est ce qu'on attend de lui, je me pose des questions. Ce n'est pas normal qu'il ait été aussi déterminant la saison dernière, qu'il ait pris une part pareille dans le titre. Avec la quantité et la qualité qu'il y a là-bas, le Sporting devrait être champion chaque année avec 15 points d'avance ! Désolé, je dis ce que je pense...

Lukaku à Manchester ou à Chelsea, c'est plausible ? Bien sûr ! Bien sûr ! Qu'est-ce qu'il n'a pas ? Il est grand, il est costaud, il a deux pieds, il sait jouer dos au but, il peut jouer en profondeur, il a énormément de qualités mentales. Avoir tout ça à son âge, c'est très très rare.

Pierre Danvoye

Après deux ans là-bas, tu te dis que c'est bien assez et tu claques la porte ? C'est bien ce qui s'est passé ? J'aurais pu faire toute ma carrière de coach là-bas... Mais tu es parti quand même... (Il soupire). Ben oui... Parce que je suis très sensible à l'aspect relationnel. Pour moi, l'humain est très important. Et je n'étais pas heureux à ce niveau-là au Sporting. Mais je n'ai pas trop envie de revenir là-dessus, pas envie de polémiquer. Tu avais un problème relationnel avec le staff de l'équipe Première ? Oui. Et c'est vraiment dommage. Je me suis toujours mis au service de la Première, je proposais certains de mes joueurs au staff pour qu'ils continuent leur post-formation avec les pros. Mais tout cela a été mal interprété. On m'a considéré comme une menace, les gens du staff ont cru que Johan Walem voulait y prendre une place, ils pensaient que j'allais jouer des coudes, forcer la porte. Alors que ce n'était pas du tout mon but. Je l'ai dit tout de suite, et entre quatre-z-yeux aux personnes concernées. Mais le message n'est pas passé. Ils se sont défendus ensemble contre moi. Je peux comprendre : c'était leur staff. Il leur avait fallu du temps pour le faire fonctionner correctement. Parce qu'au début, leur collaboration était loin d'être géniale. Ta promotion dans le staff de l'équipe Première avait quand même été prévue dès le départ ! OK, mais ce n'était pas ce que je recherchais. La direction me l'a proposé, je n'ai pas dit que ça m'intéressait. C'est très différent. Tu peux comprendre qu'Ariel Jacobs et ses adjoints t'aient pris comme une menace ? Non. S'ils m'avaient vraiment connu, s'ils avaient simplement essayé de me comprendre, ils auraient vite vu que j'étais passionné par mon boulot avec les Espoirs, que je voulais rester dans ce rôle. Je voulais travailler pour eux, pas avec eux. J'organisais jusqu'à neuf entraînements par semaine : parfois le double de l'équipe Première ! J'ai longtemps eu l'impression qu'on progressait bien. Je me suis battu pendant des mois pour que les Espoirs prennent de l'importance aux yeux de la direction et du staff de l'équipe Première, on y arrivait doucement. Anderlecht n'avait jamais été aussi près de mettre tout le monde sur le même chemin. C'est vraiment dommage que tout cela ait explosé. Tu aurais réagi comme eux ? Certainement pas. Ceux qui me connaissent bien disent que j'ai un caractère atypique et ne comprennent pas comment j'ai pu être footballeur professionnel. On me connaît très mal, finalement. Je sais que je passe pour un gars hautain, prétentieux. Il n'y a rien de plus faux. C'est sans doute une forme de timidité. Mais grâce à certaines personnes et certains événements, je l'ai progressivement vaincue. Quand j'estimais qu'il se passait des trucs illogiques avec mes jeunes à Anderlecht, je n'avais pas peur de me confronter à ceux qui n'étaient pas d'accord avec moi. Maintenant, j'ose aller droit au but. Que ce soit avec Jacobs, Vanden Stock ou le grand patron de l'Udinese. Tu aurais voulu quel genre de collaboration avec Jacobs ? Une collaboration franche. J'aurais voulu qu'on échange nos idées sur les jeunes. J'avais demandé une réunion tous les 15 jours. On l'a fait au début, puis ça ne s'est plus fait que toutes les trois semaines, puis tous les mois. Ensuite plus du tout parce que Jacobs n'avait "plus le temps". Et tu avais l'impression de ne pas être pris au sérieux ? Surtout l'impression que mes Espoirs n'étaient pas pris au sérieux. Ils ont accepté que Romelu Lukaku passe de mon groupe au noyau pro. Evidemment. Il y a aussi eu Ziguy Badibanga, Cheikhou Kouyaté, Christophe Diandy. Mais où sont les autres ? René Sterckx est un joueur fantastique mais le staff n'en voulait pas. Et Reynaldo... Et Hervé Kagé... C'est un talent exceptionnel, un des meilleurs joueurs que j'ai vus comme entraîneur. Il sait tout faire. Mais il faut savoir le prendre. Et le mettre à sa meilleure place : c'est un médian, il n'est pas du tout fait pour jouer au back droit comme il l'a fait à Charleroi. Son problème à Anderlecht, c'est qu'il avait commis des erreurs en dehors du terrain, dans le passé. Il a suffi de ça pour qu'on lui ferme au nez la porte de l'équipe Première. Aujourd'hui, Kagé joue en Israël : quel gâchis ! On a l'impression que Lukaku cale un peu cette saison ! Il est dans la saison de confirmation : pas la plus simple. Mais ce qu'il a déjà fait à 17 ans est exceptionnel. Surhumain. Il traverse un passage à vide : c'est normal, non ? On voudrait qu'un gars de 17 ans fasse tourner Anderlecht ? Si c'est ce qu'on attend de lui, je me pose des questions. Ce n'est pas normal qu'il ait été aussi déterminant la saison dernière, qu'il ait pris une part pareille dans le titre. Avec la quantité et la qualité qu'il y a là-bas, le Sporting devrait être champion chaque année avec 15 points d'avance ! Désolé, je dis ce que je pense... Lukaku à Manchester ou à Chelsea, c'est plausible ? Bien sûr ! Bien sûr ! Qu'est-ce qu'il n'a pas ? Il est grand, il est costaud, il a deux pieds, il sait jouer dos au but, il peut jouer en profondeur, il a énormément de qualités mentales. Avoir tout ça à son âge, c'est très très rare. Pierre Danvoye