A la buvette de l'USH Limontoise, le club de foot près de Huy (3e provinciale liégeoise) où Gilbert Bodart travaille désormais comme entraîneur principal, l'ancien gardien du Standard tente de revenir sur ses déboires qui ont secoué sa vie après une impressionnante carrière de gardien de but.

Où et quand le train a-t-il déraillé? Gilbert se lance dans un long aveu de culpabilité, à l'origine duquel se trouve un homme à deux personnalités... "Le footballeur qui veut toujours gagner et l'homme Bodart un peu stupide et naïf. C'est aussi simple que cela. J'ai joué au Standard, en France et en Italie sans connaître de problèmes. Ce n'est qu'ensuite que j'ai commis une série de bêtises. Aussi idiotes que niaises, au point de provoquer les moqueries et l'incompréhension de la justice. Je ne peux en dire davantage maintenant, mais dans l'affaire du trafic de fausse monnaie, je n'étais qu'un dindon parmi d'autres. J'ai simplement donné un coup de téléphone malencontreux. Rien de plus. Au tribunal, ils se sont demandé ce que je venais y faire. Stupide. J'étais un individu en panique qui ne se rendait plus compte de la portée de ses actes. Embrigadé dans l'affaire du Chinois, j'ai fait ce que tout le monde aurait fait à ma place. J'ai pourtant essayé de m'en extraire. Mais je ne souhaite plus y revenir. On a raconté trop de choses erronées. Certains journalistes semblaient même y prendre du plaisir.

J'avais d'importantes dettes de jeu, j'avais fait de mauvais investissements, je pensais à ma famille, j'ai paniqué, j'ai rencontré de mauvais conseillers... A Han, j'ai bien sûr commis des actes répréhensibles, mais ce n'était quand même pas la fin du monde. J'ai passé plus de quatre mois en prison. Une horreur que je ne souhaite à personne. Oui, j'ai pensé au suicide. Ces quatre mois m'ont paru dix ans. J'y ai à peine dormi. J'ai perdu 18 kilos... Toujours à penser à ma famille, à mes deux enfants obligés de changer d'école. Et la presse qui ne me lâchait pas.

Voilà deux ans que j'en suis sorti, mais les questions me hantent toujours: pourquoi donc ai-je agi ainsi? Pourquoi ai-je à ce point gâché ma vie? Je n'ai toujours pas de réponse. Et le mal-être subsiste. J'ai travaillé un moment dans le bâtiment, mais c'est terminé. Il n'est pas facile de trouver un job stable, certainement pas après ce que j'ai fait. Je m'entraîne encore une heure par jour. Je veux rester en condition. J'ai toujours été un battant et je sais que je me sortirai de cette situation. Il y a des jours où cela va mieux mais d'autres restent très difficiles. Surtout quand je lis ce qu'on écrit parfois à mon sujet et qu'au matin il n'y a personne pour en parler. Ces émotions-là, je tente de les cacher à mes parents et à mes enfants. C'est ma fierté.

En fait, on ne parvient plus trop à m'accabler personnellement, mais mes proches subissent hélas les mêmes attaques et sont punis conjointement. A cause de ce stress, mes parents ont connu tous deux des sérieux problèmes de santé. Ils ne le méritent pas. C'est la raison pour laquelle j'ai renoncé à parler à la presse. Et aussi pour que les gens ne pensent pas que mes propos ne sont que du blablabla. Je sais pourtant bien que j'ai résolument changé de voie: des fautes pareilles je ne les commettrai plus jamais. Sûr à 100%. Je dois seulement faire gaffe et ne plus être aussi crédule. Je suis devenu plus froid, plus raisonnable, moins émotif. Je ne me fie à plus personne et à plus rien. Car tout le mal est venu de là. Il m'attend encore des jours difficiles: les procès, se trouver tous les jours dans la lorgnette des journaux et de la télévision. Mais je ne le crains pas. Il faudra simplement y passer.

(...) Vous savez, depuis tout jeune je n'ai jamais été préoccupé que par le football, brûlant d'ambition : s'entraîner, jouer, dormir. Je ne sortais pas, je n'ai pas connu une jeunesse normale, je n'ai pas été confronté au vrai monde. J'ai raté un certain développement, je n'ai pas appris à vivre. Je ne peux en vouloir à personne mais de la sorte j'ai été privé de fonds et de sagesse de vie. Et j'ai commencé à faire des bêtises, sans réfléchir. J'ai déçu tout le monde, à commencer par mes parents, qui ne m'ont pourtant pas élevé selon un tel mode. A présent, je dois montrer que je mérite leur pardon et leur confiance.

Entre-temps j'ai 48 ans. Je veux encore profiter de la vie. Je dois d'abord retrouver la sérénité dans ma tête... car là cela s'agite parfois davantage qu'au cours d'une finale de Coupe du Monde."

Retrouvez l'intégralité de l'entretien avec Gilbert Bodart dans votre Sport/Foot Magazine, en kiosques jusqu'au 9 novembre.

Frank Buysse

A la buvette de l'USH Limontoise, le club de foot près de Huy (3e provinciale liégeoise) où Gilbert Bodart travaille désormais comme entraîneur principal, l'ancien gardien du Standard tente de revenir sur ses déboires qui ont secoué sa vie après une impressionnante carrière de gardien de but.Où et quand le train a-t-il déraillé? Gilbert se lance dans un long aveu de culpabilité, à l'origine duquel se trouve un homme à deux personnalités... "Le footballeur qui veut toujours gagner et l'homme Bodart un peu stupide et naïf. C'est aussi simple que cela. J'ai joué au Standard, en France et en Italie sans connaître de problèmes. Ce n'est qu'ensuite que j'ai commis une série de bêtises. Aussi idiotes que niaises, au point de provoquer les moqueries et l'incompréhension de la justice. Je ne peux en dire davantage maintenant, mais dans l'affaire du trafic de fausse monnaie, je n'étais qu'un dindon parmi d'autres. J'ai simplement donné un coup de téléphone malencontreux. Rien de plus. Au tribunal, ils se sont demandé ce que je venais y faire. Stupide. J'étais un individu en panique qui ne se rendait plus compte de la portée de ses actes. Embrigadé dans l'affaire du Chinois, j'ai fait ce que tout le monde aurait fait à ma place. J'ai pourtant essayé de m'en extraire. Mais je ne souhaite plus y revenir. On a raconté trop de choses erronées. Certains journalistes semblaient même y prendre du plaisir. J'avais d'importantes dettes de jeu, j'avais fait de mauvais investissements, je pensais à ma famille, j'ai paniqué, j'ai rencontré de mauvais conseillers... A Han, j'ai bien sûr commis des actes répréhensibles, mais ce n'était quand même pas la fin du monde. J'ai passé plus de quatre mois en prison. Une horreur que je ne souhaite à personne. Oui, j'ai pensé au suicide. Ces quatre mois m'ont paru dix ans. J'y ai à peine dormi. J'ai perdu 18 kilos... Toujours à penser à ma famille, à mes deux enfants obligés de changer d'école. Et la presse qui ne me lâchait pas. Voilà deux ans que j'en suis sorti, mais les questions me hantent toujours: pourquoi donc ai-je agi ainsi? Pourquoi ai-je à ce point gâché ma vie? Je n'ai toujours pas de réponse. Et le mal-être subsiste. J'ai travaillé un moment dans le bâtiment, mais c'est terminé. Il n'est pas facile de trouver un job stable, certainement pas après ce que j'ai fait. Je m'entraîne encore une heure par jour. Je veux rester en condition. J'ai toujours été un battant et je sais que je me sortirai de cette situation. Il y a des jours où cela va mieux mais d'autres restent très difficiles. Surtout quand je lis ce qu'on écrit parfois à mon sujet et qu'au matin il n'y a personne pour en parler. Ces émotions-là, je tente de les cacher à mes parents et à mes enfants. C'est ma fierté. En fait, on ne parvient plus trop à m'accabler personnellement, mais mes proches subissent hélas les mêmes attaques et sont punis conjointement. A cause de ce stress, mes parents ont connu tous deux des sérieux problèmes de santé. Ils ne le méritent pas. C'est la raison pour laquelle j'ai renoncé à parler à la presse. Et aussi pour que les gens ne pensent pas que mes propos ne sont que du blablabla. Je sais pourtant bien que j'ai résolument changé de voie: des fautes pareilles je ne les commettrai plus jamais. Sûr à 100%. Je dois seulement faire gaffe et ne plus être aussi crédule. Je suis devenu plus froid, plus raisonnable, moins émotif. Je ne me fie à plus personne et à plus rien. Car tout le mal est venu de là. Il m'attend encore des jours difficiles: les procès, se trouver tous les jours dans la lorgnette des journaux et de la télévision. Mais je ne le crains pas. Il faudra simplement y passer.(...) Vous savez, depuis tout jeune je n'ai jamais été préoccupé que par le football, brûlant d'ambition : s'entraîner, jouer, dormir. Je ne sortais pas, je n'ai pas connu une jeunesse normale, je n'ai pas été confronté au vrai monde. J'ai raté un certain développement, je n'ai pas appris à vivre. Je ne peux en vouloir à personne mais de la sorte j'ai été privé de fonds et de sagesse de vie. Et j'ai commencé à faire des bêtises, sans réfléchir. J'ai déçu tout le monde, à commencer par mes parents, qui ne m'ont pourtant pas élevé selon un tel mode. A présent, je dois montrer que je mérite leur pardon et leur confiance. Entre-temps j'ai 48 ans. Je veux encore profiter de la vie. Je dois d'abord retrouver la sérénité dans ma tête... car là cela s'agite parfois davantage qu'au cours d'une finale de Coupe du Monde."Retrouvez l'intégralité de l'entretien avec Gilbert Bodart dans votre Sport/Foot Magazine, en kiosques jusqu'au 9 novembre.Frank Buysse