Les insultes des supporters de Genk à l'égard des supporters wallons continuent à faire couler beaucoup d'encre avec à la clef des réactions du monde politique et une fédération belge de football qui ne cerne pas bien l'importance de ces dérives verbales. En infligeant 600 euros d'amende à Genk, n'a-t-elle pas quelque part minimisé la décision de l'arbitre qui arrêta Genk-Standard durant quelques minutes ?

Mais quand nos stades sont-ils devenus des crachoirs d'insultes en tous genres ?

Le bimestriel Foot 100 (organe des historiens et archivistes du football belge) publie un article de presse du 23 octobre 1941. Robert Braet, gardien de but du CS Bruges, évoque l'attitude du public : "J'aime les stades qui vibrent. Rien de plus triste qu'une foule silencieuse. A Boom, à chacun de mes dégagements, toute une tribune se moquait de ma jeunesse : "Oh... hop !" J'étais paralysé mais, maintenant, j'arrêterais un ballon difficile rien que pour provoquer les moqueurs."

Trente ans plus tard, le ton est différent comme en témoigne Georges Heylens, ancien international d'Anderlecht : "Quand je me suis arrêté, au début des années '70, l'humour avait encore la cote mais l'ambiance devenait plus tendue, les Bruxellois étaient durement reçus en province, certainement à Anvers. Mais, en gros, les publics se moquaient surtout du physique des joueurs (trop gros, trop maigres), de Paul Gazon (Van Himst qui forçait pas mal de penaltys), de ma calvitie, de Jef Jurion qui portait des lunettes, de "Blanchette", l'élégant Julien Kialunda qui détestait ce surnom. C'était piquant mais encore amusant. Cela zwanzait comme on dit à Bruxelles, on se charriait. L'ambiance changea un peu plus tard."

Au cours des années '80, des messages politiques ont commencé à envahir les stades. Le plus connu a été emprunté à l'affaire de l'Université de Louvain : "Waalse ratten, rol uw matten" L'humour avait perdu le match contre le repli identitaire.

On s'en rend compte 30 ans plus tard, 30 ans de perdus pour séparer sport et politique ?

Pierre Bilic, Sport/Foot Magazine

Les insultes des supporters de Genk à l'égard des supporters wallons continuent à faire couler beaucoup d'encre avec à la clef des réactions du monde politique et une fédération belge de football qui ne cerne pas bien l'importance de ces dérives verbales. En infligeant 600 euros d'amende à Genk, n'a-t-elle pas quelque part minimisé la décision de l'arbitre qui arrêta Genk-Standard durant quelques minutes ? Mais quand nos stades sont-ils devenus des crachoirs d'insultes en tous genres ? Le bimestriel Foot 100 (organe des historiens et archivistes du football belge) publie un article de presse du 23 octobre 1941. Robert Braet, gardien de but du CS Bruges, évoque l'attitude du public : "J'aime les stades qui vibrent. Rien de plus triste qu'une foule silencieuse. A Boom, à chacun de mes dégagements, toute une tribune se moquait de ma jeunesse : "Oh... hop !" J'étais paralysé mais, maintenant, j'arrêterais un ballon difficile rien que pour provoquer les moqueurs." Trente ans plus tard, le ton est différent comme en témoigne Georges Heylens, ancien international d'Anderlecht : "Quand je me suis arrêté, au début des années '70, l'humour avait encore la cote mais l'ambiance devenait plus tendue, les Bruxellois étaient durement reçus en province, certainement à Anvers. Mais, en gros, les publics se moquaient surtout du physique des joueurs (trop gros, trop maigres), de Paul Gazon (Van Himst qui forçait pas mal de penaltys), de ma calvitie, de Jef Jurion qui portait des lunettes, de "Blanchette", l'élégant Julien Kialunda qui détestait ce surnom. C'était piquant mais encore amusant. Cela zwanzait comme on dit à Bruxelles, on se charriait. L'ambiance changea un peu plus tard." Au cours des années '80, des messages politiques ont commencé à envahir les stades. Le plus connu a été emprunté à l'affaire de l'Université de Louvain : "Waalse ratten, rol uw matten" L'humour avait perdu le match contre le repli identitaire. On s'en rend compte 30 ans plus tard, 30 ans de perdus pour séparer sport et politique ? Pierre Bilic, Sport/Foot Magazine