Le 17 décembre, la terre a tremblé. Le relevé sismographique de la Pro League est formel, les murs des vestiaires ont souffert. A Waregem, Francky Dury prend la porte après avoir incarné pendant plus de 20 ans la percée du club de la provinciale jusqu'à la Coupe d'Europe. Plus à l'est, à Seraing, Jordi Condom voit son équipe se saborder contre Courtrai (0-2). Dans une interview accordée à L'Avenir, il confie que cela a constitué un tournant : "Avant le match contre Courtrai, ma décision était prise à 90 %. Après la défaite, c'était sûr à 200 % que j'allais quitter Seraing. Je suis resté une semaine de plus à la demande du président et du directeur sportif mais je n'en pouvais plus". Hasard du calendrier, le départ des deux coachs chevronnés s'est précisé lors de ce vendredi pluvieux de décembre. Pourtant, les signaux d'alerte étaient déjà bien présents dès la fin de la saison passée.

Maux différents, même incapacité à y faire face

Pour la bande à Dury, l'avertissement s'est manifesté sous la forme d'une fin de phase classique méchamment cochonnée. Les derniers matchs qui devaient conclure une saison tranquille passée dans le ventre mou ont exposé les problèmes défensifs au grand jour. Sur les quatre dernières rencontres, le Essevee s'est pris seize buts avec en point d'orgue le 2-7 contre Gand lors de leur dernière apparition. De quoi pointer les devoirs de vacances auxquels le club allait devoir s'atteler. Sept mois plus tard, les leçons n'ont toujours pas été tirées, loin de là.

Si Zulte Waregem pointe aujourd'hui à la seizième place, ce n'est pas à cause de son ratio offensif. L'équipe peut compter sur les buts inscrits par Gano et Vossen (27 à eux deux) et sur la créativité de Jean-Luc Dompé (treize assists). La pire différence de but de l'élite s'explique plutôt par les...61 pions encaissés. Malgré l'arrivée de Timothy Derijck et Dion Cools, l'équipe continue de se manger des casquettes. Le repli défensif en perte de balle pose particulièrement question et laisse à découvert une arrière-garde trop statique. Match après match, l'équipe semble coupée en deux.

A Seraing, le bruit de la sonnette d'alarme a sans doute été amoindri par les tambours et les chants de victoire de la montée en D1A. Le départ de son entraîneur était pourtant un signal clair. Surtout lorsqu'il s'agit de quelqu'un aussi méticuleux qu'Emilio Ferrera. Si le tacticien ne s'est pas épanché dans la presse sur le manque de moyens de Seraing pour satisfaire à ses ambitions, son successeur ne s'en est pas privé : "J'ai proposé quelques améliorations, mais la direction me disait toujours qu'elle n'avait pas les moyens de les mettre en place. C'était démotivant. Notamment pour notre terrain d'entraînement, constamment inondé. A la place, on s'entraînait sur un synthétique, avec les conséquences négatives que cela peut avoir sur l'adaptation et l'organisme".

Dans ce contexte plutôt morose, trouver un coach pour redresser la situation n'est pas chose aisée. Désormais directeur sportif de Waasland Beveren, Condom va même plus loin sur ce qui attend son successeur : "Dès le jour de ma signature, j'ai senti que ça allait être difficile. J'avais eu l'opportunité de venir à Seraing parce que tous les coachs ne veulent pas faire ce travail". C'est finalement Jean-Louis Garcia et ses 378 matches de Ligue 2 qui lui succèdent sur le banc des métallos. Sans pouvoir jusqu'ici inverser la tendance malgré un bloc plus compact.

Jean-Luc Dompé et ses 13 assists ont alimenté un duo d'attaque plutôt performant avec Jelle Vossen et Zinho Gano., iStock
Jean-Luc Dompé et ses 13 assists ont alimenté un duo d'attaque plutôt performant avec Jelle Vossen et Zinho Gano. © iStock

Qui va toucher le fond ?

En sept matchs à la tête des métallos, Garcia a vu la sécheresse offensive de la fin de l'ère Condom se poursuivre de manière inquiétante. Seraing n'a marqué que trois buts sur les onze derniers matchs et cherche le chemin des filets depuis quatre rencontres. Avec un bilan pareil, difficile de revendiquer beaucoup de points : les Sérésiens n'ont accroché qu'une maigre victoire depuis fin novembre. Malgré des débuts prometteurs parmi l'élite, les principaux animateurs de l'équipe sont en panne sèche.

Après sept buts inscrits lors de ses dix premiers matchs, Georges Mikautadze accuse le coup depuis fin novembre et reste sur un but marqué sur les douze dernières rencontres. Même topo pour Youssef Maziz, qui avait pourtant enthousiasmé bon nombre de suiveurs par son inventivité dans le dernier tiers du terrain : après un premier tour bouclé avec six buts et huit assists sur ses 17 premiers matches, le Français s'éteint avec le reste de l'équipe et tourne à un but en onze matchs depuis. Le départ de Jallow à la CAN et son indisponibilité depuis lors n'aident pas : si Zulte présente la pire défense, la pire attaque crèche à Seraing. La seule rencontre qui s'est soldée par un récital du secteur offensif, c'était face à...Zulte (victoire 5-1).

Les nouveaux entraîneurs n'ont donc pas réussi à faire repartir leur noyau sur une meilleure dynamique. De part et d'autre, on n'a même jamais semblé aussi proche de la rupture. À Waregem, la claque 5-0 reçue dans le derby face à Courtrai est encore dans toutes les têtes. Après la manita, le duo Timmy Simons - Davy de Fauw n'a pas cherché à dédramatiser : "C'est une catastrophe. Ce match va nous poursuivre pendant un bon moment encore, c'est certain." Même rhétorique de crise pour Jean-Louis Garcia dans la salle de conférence de presse de la Ghelamco Arena après la déroute de Seraing à Gand (4-0) : "Pour la première fois depuis que je suis avec le groupe, on est défaillant mentalement. Avec leur courage et les moyens du jour qui étaient limités, les joueurs ont essayé de limiter la casse".

Maziz et Mikautadze doivent retrouver de leur superbe pour Seraing., iStock
Maziz et Mikautadze doivent retrouver de leur superbe pour Seraing. © iStock

Avec des dynamiques aussi vertigineusement dirigées vers le bas, difficile de s'imaginer que les deux équipes seront potentiellement encore réunies en D1A la saison prochaine. Pourtant, avec seize points, le Beerschot conforte semaine après semaine sa dernière place, la seule synonyme de descente directe en D1B. L'avant-dernière place, actuellement occupée par Seraing avec trois points de retard sur Zulte Waregem, pourrait déboucher sur un barrage contre le Waasland Beveren de Jordi Condom, qui chasse la deuxième place du RWDM en D1B. Si Zulte semble mieux armé sportivement et structurellement pour se pérenniser parmi l'élite, l'issue de la rencontre de dimanche se jouera peut-être dans la capacité psychologique des coaches à remobiliser leurs joueurs en quelque jours après les déroutes subies. Plus que jamais, ceux qui se maintiendront en D1A à coup de rustines mentales devront cette fois tirer les leçons de ce qui leur est arrivé au risque de creuser toujours plus profond la saison prochaine.

Le 17 décembre, la terre a tremblé. Le relevé sismographique de la Pro League est formel, les murs des vestiaires ont souffert. A Waregem, Francky Dury prend la porte après avoir incarné pendant plus de 20 ans la percée du club de la provinciale jusqu'à la Coupe d'Europe. Plus à l'est, à Seraing, Jordi Condom voit son équipe se saborder contre Courtrai (0-2). Dans une interview accordée à L'Avenir, il confie que cela a constitué un tournant : "Avant le match contre Courtrai, ma décision était prise à 90 %. Après la défaite, c'était sûr à 200 % que j'allais quitter Seraing. Je suis resté une semaine de plus à la demande du président et du directeur sportif mais je n'en pouvais plus". Hasard du calendrier, le départ des deux coachs chevronnés s'est précisé lors de ce vendredi pluvieux de décembre. Pourtant, les signaux d'alerte étaient déjà bien présents dès la fin de la saison passée. Pour la bande à Dury, l'avertissement s'est manifesté sous la forme d'une fin de phase classique méchamment cochonnée. Les derniers matchs qui devaient conclure une saison tranquille passée dans le ventre mou ont exposé les problèmes défensifs au grand jour. Sur les quatre dernières rencontres, le Essevee s'est pris seize buts avec en point d'orgue le 2-7 contre Gand lors de leur dernière apparition. De quoi pointer les devoirs de vacances auxquels le club allait devoir s'atteler. Sept mois plus tard, les leçons n'ont toujours pas été tirées, loin de là. Si Zulte Waregem pointe aujourd'hui à la seizième place, ce n'est pas à cause de son ratio offensif. L'équipe peut compter sur les buts inscrits par Gano et Vossen (27 à eux deux) et sur la créativité de Jean-Luc Dompé (treize assists). La pire différence de but de l'élite s'explique plutôt par les...61 pions encaissés. Malgré l'arrivée de Timothy Derijck et Dion Cools, l'équipe continue de se manger des casquettes. Le repli défensif en perte de balle pose particulièrement question et laisse à découvert une arrière-garde trop statique. Match après match, l'équipe semble coupée en deux. A Seraing, le bruit de la sonnette d'alarme a sans doute été amoindri par les tambours et les chants de victoire de la montée en D1A. Le départ de son entraîneur était pourtant un signal clair. Surtout lorsqu'il s'agit de quelqu'un aussi méticuleux qu'Emilio Ferrera. Si le tacticien ne s'est pas épanché dans la presse sur le manque de moyens de Seraing pour satisfaire à ses ambitions, son successeur ne s'en est pas privé : "J'ai proposé quelques améliorations, mais la direction me disait toujours qu'elle n'avait pas les moyens de les mettre en place. C'était démotivant. Notamment pour notre terrain d'entraînement, constamment inondé. A la place, on s'entraînait sur un synthétique, avec les conséquences négatives que cela peut avoir sur l'adaptation et l'organisme". Dans ce contexte plutôt morose, trouver un coach pour redresser la situation n'est pas chose aisée. Désormais directeur sportif de Waasland Beveren, Condom va même plus loin sur ce qui attend son successeur : "Dès le jour de ma signature, j'ai senti que ça allait être difficile. J'avais eu l'opportunité de venir à Seraing parce que tous les coachs ne veulent pas faire ce travail". C'est finalement Jean-Louis Garcia et ses 378 matches de Ligue 2 qui lui succèdent sur le banc des métallos. Sans pouvoir jusqu'ici inverser la tendance malgré un bloc plus compact.En sept matchs à la tête des métallos, Garcia a vu la sécheresse offensive de la fin de l'ère Condom se poursuivre de manière inquiétante. Seraing n'a marqué que trois buts sur les onze derniers matchs et cherche le chemin des filets depuis quatre rencontres. Avec un bilan pareil, difficile de revendiquer beaucoup de points : les Sérésiens n'ont accroché qu'une maigre victoire depuis fin novembre. Malgré des débuts prometteurs parmi l'élite, les principaux animateurs de l'équipe sont en panne sèche. Après sept buts inscrits lors de ses dix premiers matchs, Georges Mikautadze accuse le coup depuis fin novembre et reste sur un but marqué sur les douze dernières rencontres. Même topo pour Youssef Maziz, qui avait pourtant enthousiasmé bon nombre de suiveurs par son inventivité dans le dernier tiers du terrain : après un premier tour bouclé avec six buts et huit assists sur ses 17 premiers matches, le Français s'éteint avec le reste de l'équipe et tourne à un but en onze matchs depuis. Le départ de Jallow à la CAN et son indisponibilité depuis lors n'aident pas : si Zulte présente la pire défense, la pire attaque crèche à Seraing. La seule rencontre qui s'est soldée par un récital du secteur offensif, c'était face à...Zulte (victoire 5-1). Les nouveaux entraîneurs n'ont donc pas réussi à faire repartir leur noyau sur une meilleure dynamique. De part et d'autre, on n'a même jamais semblé aussi proche de la rupture. À Waregem, la claque 5-0 reçue dans le derby face à Courtrai est encore dans toutes les têtes. Après la manita, le duo Timmy Simons - Davy de Fauw n'a pas cherché à dédramatiser : "C'est une catastrophe. Ce match va nous poursuivre pendant un bon moment encore, c'est certain." Même rhétorique de crise pour Jean-Louis Garcia dans la salle de conférence de presse de la Ghelamco Arena après la déroute de Seraing à Gand (4-0) : "Pour la première fois depuis que je suis avec le groupe, on est défaillant mentalement. Avec leur courage et les moyens du jour qui étaient limités, les joueurs ont essayé de limiter la casse".Avec des dynamiques aussi vertigineusement dirigées vers le bas, difficile de s'imaginer que les deux équipes seront potentiellement encore réunies en D1A la saison prochaine. Pourtant, avec seize points, le Beerschot conforte semaine après semaine sa dernière place, la seule synonyme de descente directe en D1B. L'avant-dernière place, actuellement occupée par Seraing avec trois points de retard sur Zulte Waregem, pourrait déboucher sur un barrage contre le Waasland Beveren de Jordi Condom, qui chasse la deuxième place du RWDM en D1B. Si Zulte semble mieux armé sportivement et structurellement pour se pérenniser parmi l'élite, l'issue de la rencontre de dimanche se jouera peut-être dans la capacité psychologique des coaches à remobiliser leurs joueurs en quelque jours après les déroutes subies. Plus que jamais, ceux qui se maintiendront en D1A à coup de rustines mentales devront cette fois tirer les leçons de ce qui leur est arrivé au risque de creuser toujours plus profond la saison prochaine.