Cette saison, la jeunesse a (re)pris le pouvoir à Sclessin. Parmi ces Rouches encore verts, on retrouve Hugo Siquet, Zinho Vanheusden et Nicolas Raskin. L'occasion de réunir ceux qui les connaissent le mieux, sur et en dehors du pré.
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Cette saison, la jeunesse a (re)pris le pouvoir à Sclessin. Parmi ces Rouches encore verts, on retrouve Hugo Siquet, Zinho Vanheusden et Nicolas Raskin. L'occasion de réunir ceux qui les connaissent le mieux, sur et en dehors du pré. THIERRY SIQUET: Je ne suis pas le père d'Hugo, mais j'ai un autre point commun assez rare. Comme lui, j'ai commencé ma carrière avec le Standard et en Coupe d'Europe ( contre Rijeka en Coupe de l'UEFA, le 1er octobre 1986 pour Thierry, contre le Lech Poznan en Europa League le 5 novembre dernier pour Hugo, ndlr). J'avais 17 ans, c'est-à-dire que j'étais encore un rien plus jeune que lui à l'époque. Bon, moi, je ne tirais pas les corners, mais par contre, j'étais titulaire hein, je ne suis pas rentré à la mi-temps ( Rires). JOHAN VANHEUSDEN: Cela ne nous rajeunit pas de repenser à ça. Moi, je pense que cela devait être en 1988. Je venais de Hasselt, en D2, donc je peux vous dire que mon premier match en D1, je m'en souviens bien parce que tout allait trop vite pour moi ( Rires). Mon tout premier match, logiquement, je le perds. C'était une défaite contre Lokeren en 1988 avec le Beerschot. On avait une belle équipe pourtant, avec Jos Daerden, Simon Tahamata, Patrick Goots, Kenneth Brylle. Des grands noms! Ça suffit à faire croire à Zinho que j'étais aussi un grand défenseur ( Rires). C'est en partie vrai, j'ai été international espoir avec des mecs comme Gert Verheyen, Marc Wilmots et Philippe Albert quand même... THIERRY RASKIN: Moi, mes débuts, c'était lors de la saison 1989-1990 avec le Cercle. Avant ça, j'avais été une fois sur le banc du Standard, mais je n'en ai jamais porté le maillot. Mon premier match, je m'en souviens, ce n'était pas un cadeau. C'était justement contre la grande équipe du RFC Liège. Celle des Nebojsa Malbasa, Jean-François de Sart, Zvonko Varga, etc... Nico aussi a eu fort à faire pour sa première. Lui, c'était contre le Club Bruges (0-0, le 12 février 2020, ndlr). Ce jour-là, il a dû se taper Vormer et Vanaken devant 30.000 personnes. Pas idéal pour débuter... SIQUET: En termes de souffrance, je ne sais pas si ce n'est pas plus dur pour nous devant notre télé dans ces cas-là ( Rires). Pourtant, je connais le foot. D'habitude, je ne m'énerve pas, mais quand c'est Hugo, c'est différent. Son premier match de championnat, c'était contre l'Antwerp de Leko ( 1-1, le 8 novembre 2020, ndlr). Face à ce qui se faisait quasiment de mieux à ce moment précis de la saison. Je le sentais mal pris entre Juklerød et Refaelov et je ne comprenais pas qu'on ne vienne pas l'aider. Alors je me suis énervé. À un moment, ma femme m'a dit de me calmer: "Qu'est-ce qui t'arrive, tu ne fais jamais ça d'habitude..." Oui, mais là, c'était Hugo, quoi! Ce n'est pas mon gosse, mais je le voyais souffrir, j'avais mal pour lui. Mais bon, la tactique a payé, ils ont pris un point. Mais moi j'ai souffert... RASKIN: Je pense quand même que le fait d'être passé par là à notre époque nous apporte peut-être un peu plus de sérénité. On va dire qu'on a plus de recul que certains parents. VANHEUSDEN: C'est vrai, mais cela ne m'empêche pas de regretter qu'en Belgique, après six mois en équipe A, tu n'es plus considéré comme un jeune. Au début, il y a une sorte d'état de grâce qui dure un temps. On dit que le joueur est fantastique, qu'il a une belle marge de progression. Puis très vite, on met en évidence les défauts, on critique beaucoup. J'imagine que ça a été la même chose pour Nicolas et Hugo. Et c'est là que le rôle d'un père est important. SIQUET: Moi, je ne suis que le cousin de son papa, donc Hugo, je le vois trois ou quatre fois par an dans l'absolu. À Noël et aux anniversaires. Chez les jeunes, je ne l'ai d'ailleurs pas tellement croisé, mais à partir du moment où il s'est retrouvé proche de signer un contrat professionnel au Standard, forcément, ses parents m'ont quand même demandé ce que j'en pensais. Avec qui travailler, quel agent, ce genre de choses. Je connais le métier, donc je tente de les aiguiller. Mais son père connaît le foot aussi. Il a joué en Promotion, il aurait aussi pu passer en élite à un moment, mais il a fait d'autres choix. RASKIN: De toute façon, honnêtement, notre carrière et ce qu'on a pu faire dans le passé les intéressent assez peu. Moi, j'ai marqué trois buts en D1 et alors? Vous savez, Nico, il a eu Thierry comme entraîneur ( chez les U16 et U17 nationaux, ndlr) donc il le respecte, mais à la limite, s'il ne m'avait pas un jour fait la bise à un entraînement, il ne saurait pas que je suis un ancien pro ( Rires). Je rigole, il sait que j'ai joué au Cercle, mais il n'a jamais vu un de mes matches. J'ai de vieilles VHS, il faudrait que je les fasse numériser. VANHEUSDEN: Je crois que c'est un mérite. On n'a jamais été ce genre de pères encombrants qui s'énervent sur la touche. Moi, je n'ai jamais râlé sur un coach par exemple. Après, il faut être conscient que nous sommes de cas particuliers. Moi, en fin de saison, quand il y avait les évaluations, cela durait une minute: "Comme toujours Johan, parfait ton fils. On se revoit l'an prochain." RASKIN: Moi, quand j'y allais, on ne parlait même pas vraiment de football. Plus de son comportement ( Rires). Nico, c'est un hyperactif, il a besoin de se défouler, de s'amuser. Souvent, il se faisait recadrer par rapport à ça. Bon, bien sûr, je n'étais pas à plaindre. Ce n'est même pas qu'il était au-dessus du lot, mais juste qu'il a toujours été dans les six ou sept bons joueurs de son équipe. Cela ne veut pas dire que ceux-là vont réussir, mais on ne devait en tout cas pas craindre pour sa place. VANHEUSDEN: On avait le bon rôle. C'est plus facile d'être le parent d'un bon élève. Moi, j'ai vu des parents fondre en larmes parce qu'on leur disait que l'aventure de leur gamin allait s'achever ici. RASKIN: J'ai toujours trouvé ces évaluations publiques assez mal pensées. Je crois que ça aurait pu se passer autrement. Ces rendez-vous organisés dans la cafeteria au vu et au su de tous, ce n'était pas très délicat. C'est triste de voir des petits garçons qui pleurent parce qu'ils doivent quitter leurs copains. J'en parle d'autant mieux que moi, j'ai connu les deux situations. La première avec Nico, la seconde avec mon autre fils, Maxime, qui joue aujourd'hui en D2 Amateurs à Waremme. VANHEUSDEN: Et qui a joué une saison avec mon fils en défense centrale. C'est un 1999, Maxime. Comme Zinho. RASKIN: Oui, il est de la génération 1999, comme Zinho, et ils ont fait la paire une saison ensemble en défense, c'est vrai. Dans une sacrée équipe avec les Thibaud Verlinden, Adrien Bongiovanni, etc. Du coup, à un moment donné, il a commencé à moins jouer. Puis il a contracté la maladie d'Osgood suite à sa croissance. Bref, en fin de saison, le Standard lui a quand même dit qu'il pouvait rester, mais moi je lui ai dit de se poser les bonnes questions. En gros: "Est-ce que tu as encore envie de t'entraîner quatre à cinq fois semaine pour ne pas jouer le week-end? Est-ce que tu ne préfères pas aller t'épanouir avec tes potes un cran plus bas?" Pour moi, le plaisir doit toujours rester le moteur. Et de toute façon, personne n'a jamais pleuré pour du foot chez nous. VANHEUSDEN: C'est là aussi que le rôle d'un parent est crucial. Il faut être là pour soutenir, mais aussi accompagner. Chez nous, à la maison, c'est parfois dur pour la soeur de Zinho à qui l'on parle tout le temps de son frère. Zinho ceci, Zinho cela, Zinho chez les Diables. Mais elle l'adore. Elle est beaucoup plus stressée que nous tous pendant les matches, d'ailleurs ( Rires). RASKIN: Mon fils et ma fille, ce sont les seules personnes que je tolère à côté de moi pendant un match de foot de Nico. C'est chouette parce que Maxime n'a pas du tout de frustration pas rapport à Nico et sa carrière. Ils sont même assez proches tous les deux. Cet été, ils ont fait la prépa d'avant-saison ensemble, par exemple. VANHEUSDEN: J'ai beaucoup de respect pour tous les parents qui sont amenés à gérer ce genre de situation. Clairement, avec Zinho, je le redis, j'ai l'impression d'être un privilégié. Il a commencé le football quand il avait quatre ans, à Hasselt. Normalement, c'est difficile de dire à cet âge-là si votre fils a du talent. Mais sans prétention aucune, on savait que Zinho avait un truc en plus. Tous les enfants voulaient marquer des buts, jouer en attaque, courir partout. Mais Zinho, il restait derrière. Il était si calme. Je me suis tout de suite dit que c'était très intéressant comme approche. RASKIN: Moi, je dirais qu'il y a eu deux déclics. Le premier au Standard, assez tôt, en U11, je pense. C'était en finale d'un tournoi, contre Malines. Le Standard gagne 3-0 avec trois buts de Nico. Admettons, beaucoup de joueurs mettent des buts. Mais là, c'était la manière qui m'avait frappé. Dans le tas, il y avait une tête, une reprise de volée et un lob des trente mètres. Le deuxième déclic, c'était dans un autre club assez réputé par lequel il est passé. Quand il est arrivé, il ne connaissait personne, mais il a tout de suite été repris pour un tournoi international avec les U15. Ce tournoi, ils l'ont gagné en battant l'Inter en demi et le Torino en finale aux tirs au but. Il fallait cinq tireurs et Nico s'est proposé. Là, je me suis dit qu'avec une détermination, mais aussi une insouciance pareilles, il pouvait aller loin. D'ailleurs, ce jour-là, certains parents néerlandophones sont venus me trouver pour me dire qu'il les avait impressionnés. Les compliments entre parents, je peux vous dire que c'est assez rare. C'était un autre signe qu'il avait quelque chose en plus... VANHEUSDEN: Par rapport à ça, moi, j'ai toujours fonctionné en solitaire. Je n'ai jamais fait de co-voiturage avec d'autres et plus globalement, j'avais une règle: ne jamais parler du fils des autres. Je ne donnais jamais mon avis, comme ça je ne critiquais jamais personne: simple non? Je ne comprends pas pourquoi tout le monde ne s'y tient pas ( Rires). Par exemple, après les matches, certains vont boire un verre ou manger un bout, moi, jamais. J'étais là pour mon fils, pas pour me faire des amis, mais surtout pas pour me faire des ennemis. RASKIN: On s'entendait bien avec Johan et, d'ailleurs, j'étais un peu comme lui. Pendant les matches, je restais tout seul dans mon coin. Généralement, j'étais à un bout de la tribune et lui de l'autre côté. VANHEUSDEN: Le vieux Limbourgeois, je peux vous dire qu'on ne venait pas l'embêter ( Rires). En vrai, j'avais besoin de cette intimité. Chez les jeunes au Standard, les parents sont interdits de parler sur le bord du terrain. Du coup, Zinho et moi, on a développé un langage particulier entre nous. Quand je lui montre un doigt, ça veut dire ceci, deux doigts, cela. RASKIN: Pour éviter que ce soit le bordel, je trouve ça normal qu'on nous demande de nous taire pendant les matches. D'ailleurs, nous aussi, on avait notre langue des signes à nous. Par contre, c'est vrai que moi, après les matches, j'aimais bien décompresser un peu. On a eu de la chance, on était au bon moment à l'Académie. À l'époque, il y avait une grande terrasse où on prenait un verre avec les parents et où il y avait régulièrement des barbecues. VANHEUSDEN: Je ne suis jamais allé sur cette terrasse. Je comprends l'idée et je m'entendais bien avec Thierry, mais c'était au-delà de mes principes ( Rires). RASKIN: Tous les parents ne sont pas dans le même trip, c'est normal. Nous, on formait une petite bande avec Fred, le papa d'Oregan Ravet ( aujourd'hui à OHL, ndlr), Pascal, le papa de Louis Patris ( aussi à OHL, ndlr), Manu, le papa de Valentin Guillaume ( aujourd'hui à Virton, ndlr) et Theo, le papa de Trey Ryan Itangishaka ( aujourd'hui à Gand, ndlr). Parfois, il y avait aussi le papa de Damjan Pavlovic qui se joignait à nous. Ce n'était pas Very Bad Trip, mais on s'amusait bien. On accompagnait l'équipe en tournois, on partait des semaines entières ensemble. Je crois que grâce à ça, on connaît tous les coins et recoins de la Bretagne maintenant. L'air de rien, ce sont des sacrifices importants ( Long silence). En fait, cela rajoute des vacances aux vacances, on serait fou de se plaindre.