Par rapport à Zinho Vanheusden, Ricardo Sa Pinto était un peu frigide. Au début de cette saison, Michel Preud'homme n'était pas beaucoup plus chaud. Puis, le gamin est entré dans l'équipe. Il a épaté, encore et encore.
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Par rapport à Zinho Vanheusden, Ricardo Sa Pinto était un peu frigide. Au début de cette saison, Michel Preud'homme n'était pas beaucoup plus chaud. Puis, le gamin est entré dans l'équipe. Il a épaté, encore et encore. Les comparaisons avec Vincent Kompany, déjà entendues avant qu'il ne quitte l'Académie pour poursuivre son écolage à l'Inter, reviennent aujourd'hui. On vous le rappelle parce que ça ne saute pas aux yeux : il n'a pas encore 20 ans. ZV, toujours prêté par les Italiens, parle peu. Mais on a quand même épinglé quelques déclarations qui valent le coup d'oeil. Et on en a fait part à des personnalités très bien placées pour le juger. " J'apprends surtout le professionnalisme mais aussi les aspects tactiques. En fait, je me familiarise avec le vrai football. Il ne faut pas oublier que c'est ma première vraie saison en tant que professionnel. " (Zinho Vanheusden)Tu trouves étonnant, ce qu'il fait pour sa première saison pleine chez les pros ? Eric Van Meir (avis autorisé parce que... lui aussi a été défenseur central, aussi au Standard, et il voit régulièrement ses matches en tant que consultant télé) : " Le plus beau chez lui, la plus belle illustration de sa réussite sans doute, c'est le départ de Christian Luyindama en janvier ! Quand les dirigeants et les entraîneurs du Standard laissent filer un joueur pareil en pleine saison, ça veut dire qu'ils ont totalement confiance en son remplaçant. Et son remplaçant, on peut considérer que c'est Vanheusden. De toute façon, quand tu es recruté par l'Inter à un aussi jeune âge, ça veut automatiquement dire que des gens voient en toi un talent vraiment exceptionnel. Qu'est-ce qu'on demandait à un défenseur central il y a vingt ans ? Prendre le ballon et le donner à un milieu offensif. Aujourd'hui, c'est différent, ça s'appelle un défenseur central moderne. Il faut être capable de construire proprement. Et ça, Vanheusden le fait remarquablement. Quand Luyindama s'aventurait dans le camp adverse, ça pouvait tourner dans tous les sens, être très efficace, ou être super dangereux s'il perdait le ballon dans une zone critique. Il faisait ça plutôt à l'aveuglette. Zinho Vanheusden s'y prend autrement. S'il monte, c'est organisé, structuré, réfléchi. Je n'ai pas encore vu, chez lui, une seule perte de balle avec des conséquences graves. Quand on voit son niveau, on peut maintenant s'étonner qu'il ait dû attendre le mois de novembre pour vraiment s'installer dans l'équipe. Le mieux, pour lui, serait de rester au Standard la saison prochaine. Là, il pourrait faire la première saison pleine de sa carrière, ce serait une nouvelle étape dans son cheminement. Il était dans l'équipe qui avait pris une grosse gifle à Séville pendant les vacances d'été et il a pris cher après ça. S'il confirme au cours des douze ou quinze prochains mois, il pourra vraiment penser à s'installer dans la défense des Diables. Entre-temps, ce serait bien qu'il prenne du body, ce qui lui permettrait d'être plus fort dans les duels. La rapidité et la mobilité, il a tout ça. S'il prend de l'expérience et quelques kilos, il sera encore à un autre palier. " " Après une déchirure des ligaments du genou, tu ne sais jamais si tu vas revenir et encore moins si tu reviendras à ton meilleur niveau. " (Zinho Vanheusden)Tu étais certain qu'il reviendrait après cette grosse blessure ? C'était quel genre de patient, point de vue caractère et force de travail ? Lieven Maesschalk (avis autorisé parce que... Zinho Vanheusden est passé dans ses mains de kiné après s'être fait les croisés, fin 2017, quand il était à l'Inter) : " Sa blessure est tombée à un très mauvais moment parce qu'il n'avait encore rien prouvé avec les professionnels. Il y a des jeunes footballeurs qui ne retrouvent jamais leur niveau après un accident pareil parce qu'ils n'ont pas la force de caractère suffisante. Ils se laissent un peu aller, ils ne font pas le maximum pour revenir et leur carrière se termine avant d'avoir vraiment commencé. J'ai vu débarquer dans mon cabinet un Zinho Vanheusden parfaitement relax. Son discours, c'était un peu : Je sais que ça va prendre du temps, je sais que ça va être très dur, mais je ferai tout ce qu'il faut faire et je retrouverai toutes mes facultés. C'est exactement ce qu'il a fait. Il ne faisait pas de bruit mais il bossait dur. Sa détermination était énorme. Il a les pieds bien sur terre, je peux te dire que j'ai côtoyé des jeunes joueurs de foot qui n'avaient pas cette qualité-là ! Dans le cas de Vanheusden, ça s'explique aussi par son entourage, des gens qui ont la tête sur les épaules. Et, ce qui me frappe aussi chez lui, c'est ce que j'appelle son énergie interne. J'avais devant moi un gamin de 18 ans qui affichait une mentalité et une maturité d'adulte. Je ne ressentais aucun stress chez lui, rien que de la volonté. Il savait qu'il n'avait encore rien prouvé mais il était certain qu'il allait le faire après sa rééducation. Il n'a jamais cherché d'excuses pour travailler moins certains jours. Il montrait un sens des responsabilités digne d'un footballeur ayant plusieurs années de présence à un haut niveau. C'est rare, chez les jeunes. " " Les autres joueurs n'aiment pas faire des tours de terrain, mais moi, j'adore ça parce que ça me permet d'évoluer. " (Zinho Vanheusden)C'était déjà un gros bosseur quand tu t'es occupé de lui au Standard, quand il avait une quinzaine d'années ? Carlos Rodriguez (avis autorisé parce que... Zinho Vanheusden a suivi des entraînements spécifiques avec lui au Standard à l'âge de 15 ans) : " J'ai travaillé avec lui pendant la fameuse saison 2014-2015, la campagne où le Standard a eu trois entraîneurs. Guy Luzon, Ivan Vukomanovic, José Riga. Tout le monde au club était conscient qu'il y avait trois talents exceptionnels dans la génération 99 : Thibaud Verlinden, Adrien Bongiovanni et Zinho Vanheusden, qui était le plus proche du noyau de Première. C'est logiquement lui qui a été invité à faire quelques entraînements avec les pros alors qu'il n'avait pas encore 16 ans. Mais on savait qu'il était fort courtisé, personne ne pouvait jurer qu'il allait rester. J'ai hérité d'un gamin qui, logiquement, avait encore des lacunes physiques. A 15 ans, on n'est pas formé, pas fini. Avec lui, j'ai surtout mis le doigt sur la motricité, la façon de se retourner, les techniques de course. Ce ne sont pas toujours les séances les plus marrantes pour un joueur de foot mais il est toujours venu bien à temps à mes entraînements individuels, et toujours avec le sourire. Il avait compris qu'il était en plein âge critique, un moment de l'adolescence où il y a des aspects précis à travailler absolument pour continuer à progresser. C'était un travailleur, il était demandeur. Je ne suis pas étonné que, de ces trois joueurs, il soit aujourd'hui le plus avancé. A l'époque, le staff était déjà impressionné par sa maturité, son éducation, son sens du devoir, ses connaissances tactiques, son sens du bon positionnement, son intelligence de jeu. C'était déjà un vrai footballeur. Je me souviens de ma toute dernière séance de travail avec lui, on s'est quittés vers 16 heures. Le soir même, j'apprenais qu'il avait signé à l'Inter. Ça ne m'a pas trop étonné. " " Ça me fait plaisir qu'on parle de moi comme d'un nouveau Vincent Kompany mais je viens à peine de lancer ma carrière. Quand j'entends ça, je suis partagé entre fierté et calme. " (Zinho Vanheusden)Des nouveaux Kompany, on en a vu passer quelques-uns dans le foot belge. Pourquoi celui-ci serait enfin le bon ? Axel Lawarée (avis autorisé parce que... il travaillait comme conseiller sportif au Standard quand ZV y était, avant son départ pour l'Italie) : " Quand je suis arrivé au Standard, Roland Duchâtelet m'a demandé si on avait des bons jeunes. Je lui ai directement cité Zinho Vanheusden. Je le connaissais très bien parce que j'avais vu beaucoup de matches de son équipe, en tant qu'agent. La génération 99 du Standard, tout le monde en parlait dans la profession. On allait voir ces gamins par plaisir, tellement ils étaient doués. Il y avait une dizaine de joueurs fantastiques dans cette équipe. J'ai pas mal suivi Vanheusden en U14, puis il a été surclassé. Là, ça allait plus vite mais il ne lui fallait qu'une ou deux semaines pour se mettre au même rythme que les autres. La maturité naturelle, la présence, tu as ou tu n'as pas, c'est difficile à travailler. Lui, il avait tout ça. On l'a donc fait monter occasionnellement dans le noyau de Première pour des entraînements. Et on l'a fait jouer dans un match amical contre une D1 luxembourgeoise. Il n'avait pas 16 ans, il s'est retrouvé contre un attaquant confirmé. Dans son deuxième duel, il s'est ouvert l'arcade. Il est remonté sur le terrain comme si de rien n'était, et après ça, l'attaquant en question a senti les crampons de Vanheusden ! On a évidemment essayé de le retenir, j'ai passé du temps à lui expliquer le projet qu'on avait avec lui. Je lui ai dit qu'il avait une bonne chance d'être titulaire avec le Standard dans un délai de deux ans. Aucun autre joueur de cette super génération n'avait une probabilité pareille. Notre projet était cohérent, prometteur. Mais je pense qu'au moment de nos discussions, il avait déjà un accord avec l'Inter. Aujourd'hui, on voit qu'il a beaucoup appris là-bas. Il n'est pas simplement titulaire en D1 belge. Il est titulaire dans une équipe du top et il est un des patrons de l'équipe. Le Standard est passé à travers dans plusieurs matches à l'extérieur contre des grands, cette saison. Mais lui, on a rarement eu des raisons de le montrer du doigt dans ces matches-là. " " Je ne suis pas renfermé ou malpoli, c'est juste que je ne brise pas facilement les barrières. " (Zinho Vanheusden)C'est quel style de caractère, de personnalité ? Il est comment, dans un groupe ? Il est aussi timide qu'on le dit parfois ? Jean-François Remy (avis autorisé parce que... son training de T2 de l'équipe nationale Espoir l'amène à côtoyer ZV) : " Je ne parlerais pas de timidité dans son cas, en tout cas pas une timidité maladive. Je le décrirais plutôt comme discret, pudique. Quand il se retrouve avec des personnes qu'il ne connaît pas, il reste sur la réserve. Il observe d'abord, puis il se fond progressivement dans le groupe. Son comportement vis-à-vis du staff, c'est un peu la même chose. Il ne cherche pas le dialogue à outrance mais il est toujours attentif, très à l'écoute. Il aime avoir des discussions, écouter des points de vue différents du sien. Et ces discussions sont toujours très calmes. Son discours et sa personnalité sont pondérés, presque analytiques. A côté de ça, dès qu'il vient en Espoirs, ça saute aux yeux qu'il est content de revoir des copains. Il est considéré de la même façon sur le terrain et en dehors : pas de tape à l'oeil mais un respect énorme vis-à-vis de lui, tout ça s'explique par son talent de joueur et son charisme. Tu as ceux qui arrivent et qui retournent directement des montagnes. Zinho Vanheusden, c'est zéro exubérance. Mais grâce à son aura, il est terriblement écouté. Dans un groupe, tu sens directement si un joueur prend de la place par sa personnalité. Avec lui, c'est frappant. Idem sur le terrain : tu ne l'entendras jamais hurler. Mais tout le monde l'écoute, l'observe, parce qu'il y a cette présence et évidemment ses qualités purement footballistiques. C'est une loi du sport : on s'incline toujours devant un grand talent individuel ! On parle parfois à tort et à travers de leaders naturels, lui il est en plein dans le moule. " " Les Diables ont leur histoire, leur talent et leurs désirs. Nous, les Espoirs, on commence à peine nos carrières, donc ça ne sert à rien de précipiter les choses. Chaque chose en son temps. " (Zinho Vanheusden)Il est à la fois patient et impatient. Il dit qu'il est trop tôt pour viser les Diables, mais il y a quelques mois, il râlait énormément parce qu'il estimait qu'on ne lui donnait pas assez de temps de jeu au Standard. Johan Walem (avis autorisé parce que... ZV est un des piliers de son équipe d'Espoirs qui prépare doucement l'EURO) : " Je confirme qu'il était déçu de ne pas avoir beaucoup de temps de jeu avec le Standard, et entre-temps, il dit qu'il ne nous remerciera jamais assez de l'avoir fait beaucoup jouer avec les Espoirs en automne. Il a enchaîné des bons matches et je pense que ça a attiré l'attention de certaines personnes. Ça montre aussi qu'on nous suit. Après ça, il a reçu sa chance et il l'a saisie. Il a beaucoup d'ambition mais c'est une ambition saine. J'estimais qu'en ayant un joueur pareil à ma disposition, je devais le faire jouer. C'est aussi le raisonnement du staff du Standard depuis quelques mois. Il aurait pu sombrer après sa grave blessure au genou mais il est revenu encore plus fort. Aussi parce qu'il a bossé comme un fou. A côté de ça, il a tout, évidemment. Le placement, l'intelligence de jeu, la lecture. Il est dur, bon de la tête. Il n'a pas peur d'amorcer des phases offensives, de prendre des risques. Avec le Standard, il s'infiltre de plus en plus, c'est une demande de ses entraîneurs. Et puis il y a ses qualités de leader naturel. Si on le gère bien, il peut devenir quelque chose de très intéressant pour le football belge. "