Se rendre à Marcinelle, suivre la file de voitures de parents impatients, déboucher sur la rue du Bois Planté. Puis, assister aux balais de géniteurs curieux tentant d'apercevoir un bout d'entraînement à travers ces bâches tendues censées préserver le fruit carolo des yeux extérieurs. Donc de ces hommes, souvent à casquette et le téléphone vissé à l'oreille, habitués à sillonner les quatre coins du Royaume à la recherche de la nouvelle star. Eux sont agents, plus souvent même rabatteurs. Ils travaillent à la commission et sont payés au talent de ceux qu'ils découvrent. Leur simple présence, de plus en plus régulière en territoire zébré, dit finalement beaucoup de ce qu'est devenue la formation carolo ces six dernières années: un laboratoire à ciel ouvert en attente de production de pépites.
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Se rendre à Marcinelle, suivre la file de voitures de parents impatients, déboucher sur la rue du Bois Planté. Puis, assister aux balais de géniteurs curieux tentant d'apercevoir un bout d'entraînement à travers ces bâches tendues censées préserver le fruit carolo des yeux extérieurs. Donc de ces hommes, souvent à casquette et le téléphone vissé à l'oreille, habitués à sillonner les quatre coins du Royaume à la recherche de la nouvelle star. Eux sont agents, plus souvent même rabatteurs. Ils travaillent à la commission et sont payés au talent de ceux qu'ils découvrent. Leur simple présence, de plus en plus régulière en territoire zébré, dit finalement beaucoup de ce qu'est devenue la formation carolo ces six dernières années: un laboratoire à ciel ouvert en attente de production de pépites. C'est aussi devenu au fil du temps le nouveau cheval de bataille de Mehdi Bayat. Le genre de projet qu'on érige trop vite en grand dessein en oubliant qu'il n'est encore qu'une ébauche. Alors, un peu comme après l'élimination annuelle en Coupe de Belgique, quand un jeune pointe le bout de son nez, il y a toujours un espoir, mêlé souvent dans la foulée d'une rapide désillusion. Parce que six ans après avoir posé les premières bases sérieuses d'une réorientation en profondeur de l'école des jeunes, le Sporting de Charleroi attend toujours d'en récolter le premier fruit. Pourtant, à bien y regarder, l'image des Zèbrions a changé à travers le Royaume. Longtemps caricaturé pour sa propension à prioriser la gagne sur le beau jeu, les blocs bas au football de possession, les adolescents trop grands aux talents en gestation et les ballons aériens aux combinaisons léchées, Charleroi véhicule aujourd'hui l'image d'une formation soignée, à défaut d'être rentable. "Ce qui est vrai, c'est qu'historiquement, on était dans une espèce de soumission", valide sans faux fuyant Alain Decuyper, le directeur du centre de formation sambrien. "Mais depuis 2015, on a décidé de s'afficher sur bases de nos principes, de nos valeurs. De les revendiquer et d'essayer de les imposer dans le jeu. Après, nos équipes ne se sont pas bonifiées en un clin d'oeil, cela s'est fait progressivement." Une ascension qui raconte l'évolution d'un club qui n'a plus peur de travailler à la formation des élites de demain et qui reconnaît avoir franchi un cap dans sa stratégie de recrutement. "On a compris que l'élitisme, ce n'était pas un gros mot", admet encore Alain Decuyper. "Avant, on prenait des gars parce qu'on les avait vu faire deux petits ponts en test et on pensait qu'on avait trouvé un Messi. Sauf que le mec, mentalement, il n'était nulle part: physiquement, il n'avançait pas, et en plus, il n'avait pas l'embryon d'une culture tactique." À en croire les responsables de la formation, c'était ça le monde d'avant. Un club plus centré sur le social que le compétitif et un centre de formation sans pression. C'était au temps où les recruteurs ne se pressaient pas aux portes de la rue du Bois Planté, c'était avant les files de voitures et c'était surtout avant les coups de fils impatients de Mehdi Bayat à Alain Decuyper pour connaître le nom du futur grand talent maison censé valider la méthode carolo. Dans l'attente de l'élu, certains calment désormais leur impatience en se rappelant qu'au début du mois de février, et à 24 heures d'intervalle, deux contrats professionnels ont été offerts à deux jeunes défenseurs centraux prometteurs ( Mehdi Boukamir, 17 ans, et Martin Wasinski, seize ans). D'autres sourient encore nerveusement quand ils soutiennent que la génération la plus attendue arrivera seulement en U10 dans quelques mois. Ceux-là sont sans doute plus attirés par les noms ronflants qui composent une équipe qui mise sur les fils de Guillaume Gillet et Daniel Van Buyten pour déjà faire parler d'elle. La vérité se situe, comme souvent dans ces cas-là, sans doute un peu entre les deux. "Oui, c'est vrai qu'on parle beaucoup de cette équipe-là", valide dans un sourire Alain Decuyper. "Mais quand je dis ça à Monsieur Bayat, il me dit surtout: Vous n'en avez pas qui arriverait un peu plus tôt? Ce n'est pas qu'il nous met la pression, c'est qu'il attend un retour sur investissement." Logique pour un homme qui consacre près de deux millions d'euros annuels à son centre de formation depuis quatre ans, mais qui ne s'est jamais revendiqué philanthrope. Et qui a vu dans la crise de résultats actuelle de son équipe première le bon moment pour forcer un peu les choses. L'arrivée de Christophe Dessy dans un rôle de directeur sportif de l'école des jeunes s'inscrit dans ce contexte-là et doit participer à faire franchir une étape à la formation carolo ( voir encadré). Surtout, elle s'intègre dans un nouveau plan de stratégie sportive globale directement lié au recrutement. Comprendre que désormais, et quel que soit le nom du futur entraîneur carolo l'an prochain, il n'aura plus d'autre choix que de se calquer sur la politique formatrice d'un club qui se promet désormais d'être mû par l'envie ou le besoin d'accroître le lien entre ses jeunes et son équipe A. Derrière les bonnes intentions, il y aurait donc désormais des actes. Ceux jamais imposés à Felice Mazzù dans le passé, ou à Karim Belhocine plus récemment. Deux entraîneurs seulement recrutés pour faire grandir l'équipe, sans toujours penser aux lendemains. "À cet égard, je pense que ces coaches-là et la formation carolo dans son ensemble ont été prisonniers de la politique d'un club qui veut grandir à tout prix" , tente un formateur réputé d'un membre du top 5. "Sans forcément se laisser le temps d'avoir des résultats." Ni même de favoriser la passerelle entre les U21 et le noyau A. Recruté à cet effet en janvier 2018, Samba Diawara devait être cet homme-tunnel, capable d'encadrer l'arrivée en équipe première de joyaux proches de la fin de leur cycle à Marcinelle. Une sorte de cheval de Troie de l'école des jeunes dans le noyau pro, selon la formule consacrée, mais un rôle appelé prochainement à être redéfini pour plus de rentabilité. "Samba ne se retrouvait plus dans la mission qui lui avait été affectée initialement, c'est-à-dire de participer à l'émergence de jeunes joueurs dans le noyau pro", détaille Decuyper. "Je crois que c'est aussi l'inconvénient d'un club qui doit jongler entre sa volonté d'être régulièrement parmi les six meilleurs, maintenant c'est même les quatre, et la charge pour le staff d'une équipe A de répondre à cette exigence. Je pense que la combinaison des deux est possible, mais que c'est le chemin pour y arriver qui doit peut-être prendre une autre tournure, demain." Un cas d'école entre un club coupé en deux entre sa volonté de tutoyer les puissants du Royaume et son besoin réel de rentabiliser un engagement financier conséquent dans un projet d'envergure. Tous s'y sont frottés, beaucoup s'y sont cassé les dents et certains ont fait un choix. "Genk aussi est victime de sa politique", veut défendre Alex Teklak, coordinateur sportif général de l'école des jeunes carolo. "On leur reproche leur inconstance de saison en saison, mais c'est le prix à payer si tu veux sortir des jeunes et c'est difficilement compatible avec une stabilité de résultat. De l'autre côté, tu as Malines. Tous les deux ans, ils sortent un jeune, mais eux ne visent que le subtop. La conclusion est simple, tu dois accepter de perdre des matches si tu intègres des jeunes." Le problème, c'est que depuis le début de l'année, Charleroi a pris l'habitude de perdre ses matches avec l'une des moyennes d'âge les plus élevées du championnat. Apparu par intermittence sur les feuilles de matches ces derniers mois avant l'arrivée des renforts hivernaux, Jackson Tchatchoua (2001), Reda Akbib (2001), Anthony Descotte (2003) ou Levi Malungu (2002) n'auront, à l'exception du dernier, jamais encore pu goûter à l'équipe première. Souvent cité comme le prochain Zébrion susceptible d'exploser, Descotte était même régulièrement évoqué en début de saison comme une surprise potentielle de l'exercice en cours. Au final, l'attaquant, formé puis devenu excédentaire à Anderlecht et très brièvement passé par le Standard, semble aujourd'hui incarner plus qu'un autre les maux actuels de la post-formation sambrienne. "Ce problème-là, il est malheureusement bien plus large que le seul spectre carolo", relativise encore quelque peu Alain Decuyper. "Le problème, c'est le foot belge. Quand on arrive dans la dernière phase des humanités, il n'y a rien qui est prévu pour permettre à un joueur ou un sportif de haut niveau de mener à la fois un parcours scolaire qu'il doit achever et un parcours sportif qu'il est sur le point de débuter. Moi, mon ambition, c'est de trouver un système avec l'une ou l'autre école, qui nous permettrait de combiner des espaces dans lesquels les joueurs pourraient être plus présents à l'entraînement tout en terminant leurs études convenablement. On serait en France, ça s'appellerait un centre de formation. Ici, en Belgique, c'est un centre de bricolage." Parce que le pays du compromis est aussi celui de la débrouille, du système D et des lois d'exception. Sans une rupture des ligaments croisés survenue à la mi-décembre à l'occasion de sa première titularisation dans le onze de Karim Belhocine, Ken Nkuba aurait dû ces derniers mois être l'exception qui confirme la règle. Un produit local en avance dans son parcours estudiantin, et donc déchargé de ses obligations scolaires avec un an d'avance sur la concurrence. Au final, sa longue absence pour blessure est juste venue renforcer l'impression d'inachevé dans le Charleroi 2.0 rêvé par Mehdi Bayat.