Quand il ouvre son pied, c'est souvent pour casser des lignes. Quand il ouvre la bouche, c'est rarement pour dire des âneries. Youri Tielemans a donné des centaines d'interviews dans sa carrière, mais s'est rarement trompé. Les mauvaises langues diront que c'est parce qu'il donne dans le consensuel et l'attendu. Les autres le trouvent souvent lucide, analytique. C'est mieux quand on doit assumer à 24 ans la bonne marche des Diables. Si Kevin De Bruyne est appelé à faire des miracles un cran plus haut sur l'échiquier de Roberto Martínez dans les prochains jours, c'est parce qu'en 2021, on ne touche plus à Youri Tielemans. La parole est à un homme qui a eu la bonne idée de se rendre indispensable.
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Quand il ouvre son pied, c'est souvent pour casser des lignes. Quand il ouvre la bouche, c'est rarement pour dire des âneries. Youri Tielemans a donné des centaines d'interviews dans sa carrière, mais s'est rarement trompé. Les mauvaises langues diront que c'est parce qu'il donne dans le consensuel et l'attendu. Les autres le trouvent souvent lucide, analytique. C'est mieux quand on doit assumer à 24 ans la bonne marche des Diables. Si Kevin De Bruyne est appelé à faire des miracles un cran plus haut sur l'échiquier de Roberto Martínez dans les prochains jours, c'est parce qu'en 2021, on ne touche plus à Youri Tielemans. La parole est à un homme qui a eu la bonne idée de se rendre indispensable. Youri, est-ce que tu considères que tu es à l'aube du plus grand moment de ta carrière? YOURI TIELEMANS: Pas vraiment. J'essaie de ne pas y penser en tout cas. Au plus tu penses à ce genre de choses, au plus tu as de chances de te retrouver dépassé par les événements. Donc j'essaie vraiment de rester tranquille, de faire mon travail. Je sais que physiquement, je suis bien, que mentalement, je suis apaisé. Le reste, on l'écrira ensemble. Mais maintenant, j'ai vraiment envie de grandir dans mon tournoi. C'est quand la dernière fois que tu as stressé pour du foot? TIELEMANS: La pression, je la ressens à chaque match, mais je transforme ça en pression positive. Des occasions de faire de belles choses, j'en ai déjà eu quelques-unes dans ma carrière, mais si tu penses systématiquement aux conséquences, le risque, c'est de passer à côté de ton moment. Inévitablement, au plus on va avancer dans la compétition, au plus il y aura de la pression. Il faudra la gérer, mais ça, je crois en être capable. Tu as attaqué ta première grande compétition dans la peau d'un titulaire indiscutable. Ce qui illustre tout le chemin parcouru depuis 2018. Tu t'attendais à une telle évolution? TIELEMANS: Au fur et à mesure des matches en sélection, j'ai petit à petit senti que mon rôle dans le groupe évoluait. C'est lié à mes performances. Je crois avoir fait de bons matches, avoir participé à quasiment toutes les rencontres depuis le Mondial, donc pour moi, c'est une évolution naturelle. Roberto Martínez se trompe rarement quand il mise sur ses "poulains". Il y a eu Romelu dès son arrivée, qu'il a déchargé de toute concurrence, toi, à compter de 2017, Jérémy Doku aujourd'hui. C'est gratifiant de bénéficier de toute cette confiance? Est-ce que tu penses que celle-ci participe à faire de vous les joueurs que vous êtes devenus? TIELEMANS: Bien sûr que ça aide. Ça aiderait d'ailleurs n'importe quel joueur, je crois. On sait très bien que dans le foot, à niveau égal, le confiance qu'un coach va offrir à un joueur peut changer beaucoup de choses. Dans mon cas, le coach a toujours été clair avec moi, il m'a régulièrement parlé de mon rôle dans l'équipe et je sens que sa confiance m'a permis de faire de belles choses en équipe nationale. Ce qui a joué, c'est notamment le fait d'avoir été appelé si jeune, d'avoir eu droit à cette expérience, de côtoyer ces joueurs qui ont été géniaux avec moi et m'ont directement donné l'impression de faire pleinement partie du groupe. Dans le Sport/Foot Magazine du 2 juin dernier, Jérémy Doku surprenait par son ambition et étonnait par la sincérité de ses propos. Criant notamment son désir de s'imposer dès cet EURO comme une vraie alternative. Ça t'étonne, ce genre de discours de la part d'un jeune de 19 ans? TIELEMANS: Jérémy, c'est un garçon intelligent, il connaît sa place. Ça fait depuis septembre qu'il est avec nous, mais il a compris comment ce groupe fonctionnait. Ces propos-là, d'autres auraient pu les tenir. C'est la marque de fabrique d'un groupe où tout le monde se respecte, mais où tout le monde veut prendre la place de tout le monde. Et forcément, lui aussi a de plus en plus envie d'apporter sa pierre à l'édifice. Il a prouvé à l'entraînement qu'il avait des qualités, il a confirmé en match, c'est normal qu'il ait maintenant envie de monter en puissance avec cet EURO. Jérémy Doku, c'est un peu le Tielemans de 2018. D'aucuns pensent qu'il pourrait être plus qu'un joker. Tu crois qu'il est prêt à assumer un rôle de potentiel titulaire? TIELEMANS: Il pourrait bien, oui. C'est ce que je lui souhaite. Et c'est même ce que je souhaite à l'équipe. Parce que si Jérémy est en forme, avec les qualités qu'il a, on sait tout le bien que ça peut nous apporter. C'est un joueur qui peut faire mal à n'importe quelle équipe. Le genre de joueur qui peut déstabiliser n'importe quel défenseur. Les médias ont été dithyrambiques après la victoire contre la Croatie en amical (1-0 le 6 juin). Ils l'étaient pourtant beaucoup moins après le nul contre la Grèce trois jours plus tôt (1-1, le 3 juin). Vous aussi, ça vous a fait douter? TIELEMANS: ( Ilrigole) Il y a un mélange de tout. On peut comprendre certaines choses. On n'a pas fait un super match contre la Grèce. Maintenant, nous, on savait que c'était un match de reprise, le premier depuis mars et une rencontre censée offrir du temps de jeu à certains qui en avaient parfois moins eu en club. Est-ce que c'était inquiétant? De notre point de vue à nous, les joueurs, non. Mais ce qui est vrai, c'est que ça nous a permis de nous dire certaines vérités. Lesquelles? TIELEMANS: Ce dont on a le plus parlé, c'est de notre envie. Nous, on a disputé un match amical, mais en face, les Grecs ils sont venus pour nous battre, tout simplement. C'est la mentalité dont je parlais plus tôt. Celle qui fait qu'on aborde pas seulement un match pour le gagner, mais avec l'envie de marcher sur l'adversaire. Et je dis ça avec beaucoup de respect. Mais c'est un sentiment qui doit toujours nous animer. Même lors d'un match amical. On l'a vu contre la Croatie. Typiquement, ça, c'est un match qu'on a abordé comme s'il s'agissait déjà d'un match de tournoi. L'adaptation tactique de Roberto Martínez en perte de balle contre la Croatie rappelait ce qu'on avait déjà pu voir lors du dernier Mondial contre le Brésil puis la France. Avec un quatre arrière et Jan Vertonghen à l'arrière gauche et Nacer Chadli dans un rôle plus hybride pour venir renforcer le milieu de terrain. C'est avec ce système que les Diables se présenteront déjà contre une équipe comme le Danemark? TIELEMANS: Peut-être, oui... C'est l'entraîneur qui a voulu essayer ça. Ça a pas mal fonctionné contre la Croatie, on était tous très concentrés. Bien sûr que c'est un système qui pourra nous aider au moment d'avancer dans la compétition face à certains types d'équipes qui pratiquent un autre football que le nôtre. Mais ce n'est pas le seul système sur lequel on travaille. Il y a encore d'autres adaptations possibles qui peuvent nous permettre d'être plus performants. Des adaptations du système sur lesquelles vous avez déjà travaillé lors de la préparation à Tubize? TIELEMANS: Évidemment. Les choses ne se préparent pas en cinq minutes, vite fait comme ça. Donc oui, on a travaillé sur certains points précis qui pourraient nous aider plus tard en fonction des adversaires que nous serons amenés à rencontrer. Mais qui nous permettront aussi peut-être de surprendre dès la phase de groupes. Mais ce sont des choses qu'on garde précieusement pour nous... C'est intéressant ce que tu dis. Mais ça contrecarre un peu la légende selon laquelle l'animation offensive mise en place contre le Brésil en quart de finale du dernier Mondial n'avait été travaillée que dix minutes lors du dernier entraînement de la veille... TIELEMANS: ( Il éclate de rire) Mais ça, c'est la vérité! C'est vrai que c'est assez bizarre à dire, mais ça s'est vraiment passé comme ça. Et honnêtement, à l'entraînement, ça ne fonctionnait pas trop. C'est peu de le dire. Mais le coach y a cru et bravo à lui parce qu'il fallait oser. Surtout, j'imagine, après avoir vu les vidéos de l'entraînement ( Il rit). Là, c'est inévitable, il a quand même dû se poser une ou deux questions ( Il rit encore). Mais il a pour lui d'avoir eu le mérite de croire en son système. Tactiquement, pour toi, qu'est-ce que ça change d'évoluer au côté de Leander Dendoncker ou d'Axel Witsel? TIELEMANS: Ce sont deux joueurs très différents, avec forcément des qualités qui le sont aussi. J'ai déjà joué maintes et maintes fois avec les deux, donc c'est surtout une question d'adaptation. Mais concrètement, une fois que le système est clair et que les rôles sont bien déterminés, peu importe le joueur qui t'accompagne. Ce qui compte, c'est le système plus que l'homme qui l'incarne. Contre la Croatie, le rôle de Leander n'était par exemple pas le même que quand on joue en 3-4-3. C'est ça surtout qui nécessite de pouvoir s'adapter. En parlant de système, Nacer Chadli, c'est le seul joueur capable dans ce groupe d'incarner ce rôle de troisième milieu de terrain hybride voulu par Martínez quand le système change? TIELEMANS: Je ne dirais pas que c'est le seul, mais ce qui est vrai, c'est que Nacer est quelqu'un de très intelligent. Capable de s'adapter très vite à n'importe quel système. Que ce soit tactiquement ou techniquement. Ce n'est pas pour rien qu'il a, je pense, joué à peu près à toutes les positions possibles ici en équipe nationale. Les blessures répétées d'Eden, le coup d'arrêt de Kevin et la revalidation d'Axel placent la Belgique dans un rôle plus proche de celui d'outsider que de grande favorite. Est-ce que ce n'est pas finalement l'idéal pour grandir dans un tournoi? TIELEMANS: Honnêtement, qu'on parle de nous ou pas, personnellement, ça ne me fait rien du tout. Moi, je suis là, je connais nos qualités, celles de notre staff, le reste m'importe peu. C'est bateau, mais la seule vérité, c'est celle du terrain. Il y a un petit flou qui entoure désormais l'avenir de Roberto Martínez chez les Diables. Ça doit être un sujet de préoccupation pour vous, joueurs, de se dire que c'est peut-être votre dernier tournoi sous ses ordres? TIELEMANS: Pas du tout. À voir la manière dont il aborde son travail, sa concentration au quotidien, son implication avec chacun d'entre nous, on a plutôt l'impression que ça fait une éternité qu'il est là et qu'il est là pour toujours. Après, on sait que le football, ce sont surtout des trajectoires individuelles qui se croisent, donc je ne me berce pas d'espoir. On se doute qu'on connaîtra un jour un après-Roberto Martínez, on espère juste que ce sera le plus tard possible. Tu en es aujourd'hui à quarante sélections à tout juste 24 ans. Ça te permet de rêver battre un jour le record de sélections de Jan Vertonghen (128 après le match contre la Russie)? TIELEMANS: C'est cliché, mais là, je prends vraiment match par match, je refuse de me projeter. Mais évidemment que j'y pense. Que je me dis que, petit à petit, l'air de rien, ça commence à compter. Mais heureusement, il y en a d'autres avant moi, et j'espère après moi, qui vont s'occuper de battre tous ces records dont on rêve. À titre personnel, certains disent de toi que tu serais aujourd'hui titulaire dans quasiment n'importe quel top club européen. Après deux ans et demi à Leicester, tu as aussi envie de voir où se situent tes limites? TIELEMANS: C'est flatteur d'abord, merci à ceux-là, mais j'essaie de rester très calme là-dessus. Je fais mes matches, je preste et le reste suivra si ça doit venir. Là, en tout cas, je suis focalisé à fond sur l'EURO. Le reste, on le gérera dans la foulée. Je ne suis pas à ça aujourd'hui.