Le Limbourg n'a pas toujours l'allure d'une terre fertile pour y planter le début d'une bonne histoire. Pourtant, c'est au Stayen que le rêve de William Still commence à prendre forme. Une première fois au début des années 2000, quand il enfile le maillot canari des U10 aux U11. Puis quelques années plus tard, entrecoupées d'études à Preston (au nord de Manchester), de tests à Mons et à Malines avec l'infime espoir de percer crampons aux pieds, et de journées passées au bord des terrains d'entraînement, quand il obtient enfin un rendez-vous avec Yannick Ferrera, alors coach des Trudonnaires en D2.
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Le Limbourg n'a pas toujours l'allure d'une terre fertile pour y planter le début d'une bonne histoire. Pourtant, c'est au Stayen que le rêve de William Still commence à prendre forme. Une première fois au début des années 2000, quand il enfile le maillot canari des U10 aux U11. Puis quelques années plus tard, entrecoupées d'études à Preston (au nord de Manchester), de tests à Mons et à Malines avec l'infime espoir de percer crampons aux pieds, et de journées passées au bord des terrains d'entraînement, quand il obtient enfin un rendez-vous avec Yannick Ferrera, alors coach des Trudonnaires en D2. "J'ai apprécié le fait qu'il ose venir me parler. Faire la démarche d'aller parler à un coach pour pouvoir réaliser son rêve, tout le monde n'a pas l'audace de le faire", rembobine Ferrera, tout juste élu coach du mois du championnat saoudien pour ses prestations à la tête d'Al-Fateh. "Je me suis un petit peu vu en lui. Il avait l'air de savoir ce dont il était capable, et je me suis dit qu'il me demandait une chance que j'avais mis des années à recevoir." D'abord en stage, au cours duquel il prend des statistiques pendant les matches amicaux de la préparation, Will Still devient l'analyste vidéo officieux de Yannick Ferrera, qui paie lui-même ses déplacements et ses repas. Les deux hommes poursuivent leur collaboration à l'étage supérieur, du Stayen à Sclessin, avant que leurs routes ne se séparent quand Malines refuse d'offrir un adjoint supplémentaire à un coach tout juste viré de la Principauté. Initialement désabusé par la fin d'aventure difficile au Standard, où il était pourtant très apprécié des joueurs, Still raccroche même les crampons qu'il chaussait toujours sur les pelouses provinciales, et passe un mois et demi sans voir le moindre match. Le virus revient vite. Il faut dire que la contagion est familiale. On l'aperçoit souvent dans les tribunes de "son" Stayen, où son frère aîné Edward est devenu l'adjoint d' Ivan Leko. Le printemps lui offre la perspective d'un départ à Columbus, au sein d'une MLS qui le fascine de longue date, mais c'est finalement au Lierse qu'il regoûte au terrain. Retour dans l'antichambre de l'élite, donc, pour celui qui ne semble jamais effrayé par la perspective de refaire un pas en arrière. L'histoire semble pourtant toujours vouloir le faire aller plus vite. Quand Fred Vanderbiest démissionne, alors que le club est à vendre et que Maged Samy ne compte plus ouvrir les vannes pour relancer la machine jaune et noire, le président égyptien appelle: "Écoute, Will, je voudrais que ce soit toi qui reprennes l'équipe. Je te fais une totale confiance. Tu as carte blanche, tu gères." Still décline d'abord, rétorquant que certains membres du staff ont beaucoup plus d'expérience que lui, mais finit par accepter face à l'insistance de son patron. "Je veux bien faire ça pour aider le club et les joueurs, mais je ne suis pas prêt, en tant qu'être humain et en tant que coach, pour être entraîneur principal en D1B. Ce n'est pas possible, je préfère être honnête", nous raconte alors celui dont la précocité bat tous les records. "Je n'ai pas de plan de carrière. L'avenir, on verra." Le futur proche, c'est un diplôme insuffisant, qui le force rapidement à retourner dans l'ombre, puis une nouvelle recherche d'emploi qui l'emmène au Kiel. Sous les ordres de Stijn Vreven, avant de devenir l'adjoint principal d' Hernán Losada. L'Argentin tombe rapidement sous le charme. Il lui confie souvent la gestion d'une partie de ses séances, et le consulte à l'heure de faire l'équipe. "J'ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec lui, et je lui souhaite vraiment le meilleur", raconte Losada sur la route de Washington, où il aurait bien voulu embarquer Still dans ses valises. "Je sais que ce rôle lui ira très bien, qu'il a un très grand avenir comme entraîneur. Ses débuts comme analyste vidéo lui ont donné une très grande capacité pour lire les adversaires, trouver leurs points faibles et découvrir la meilleure façon de les affronter." "Il a peut-être cette même maladie que moi, de vouloir toujours tout savoir sur l'adversaire", renchérit Yannick Ferrera, véritable mentor de Will Still, à tel point que les joueurs qui ont connu les deux hommes dans le costume de coach principal ne peuvent s'empêcher de tracer des parallèles. Le Lierse version Still avait effectivement quelque chose de Ferrera, entre un bloc organisé, des transitions rapides et une équipe qui semble totalement en phase avec le discours d'un coach capable de les toucher en plein coeur. Parfois avec des mots qui choquent, surtout quand ils sont immortalisés par les caméras de Sporza avant un match contre le Cercle, mais toujours avec un réel impact psychologique et émotionnel sur ses troupes. "Un homme qui parle avec le coeur et les tripes, et de manière contagieuse", disent ceux qui ont partagé un vestiaire de joueur avec lui. "Il a une vraie assurance, et il ne doute jamais vraiment. Et ça, ça peut aider dans le costume d'entraîneur principal", ponctue Yannick Ferrera. Un atout dans la manche de celui qui peut également compter sur l'adhésion d'un groupe de joueurs qu'il connaît par coeur, et avec lesquels il a connu les larmes de joie d'un titre et celles de tristesse d'une finale pour l'accession en D1A perdue. Très apprécié par le vestiaire, une constante dans tous les clubs où il est passé, William Still a soigneusement consulté son entourage avant de répondre par l'affirmative à la proposition qui fait de lui le patron du banc des Rats jusqu'au bout de la saison. Une démarche réfléchie, qui ne l'enferme sans doute pas définitivement dans un costume d'entraîneur principal, car l'homme reste conscient que son âge est encore celui des apprentissages. Et si son expérience est pauvre en années, elle est déjà riche d'un enseignement récurrent: un pas en arrière précède souvent un bond en avant.