"Nous avons le sentiment de perdre des points à cause de l'arbitrage là où d'autres en gagnent." Le Standard de Liège n'y est pas allé de main morte récemment dans un communiqué officiel publié sur son site internet. Les Rouches se sentent lésés, ils le font savoir et ne sont pas les seuls. Chaque semaine les décisions du corps arbitral sont contestées par différents acteurs de notre championnat, tous clubs confondus. Carte rouge injustifiée, exclusion oubliée, penalty sifflé ou non voire hors-jeu contesté, tout y passe.

Dans un peu plus d'un mois, la Coupe du Monde débutera sans le moindre arbitre belge sélectionné. Ce n'était plus arrivé depuis le Mondial 2002 disputé en Corée du Sud et au Japon. Alors, y a-t-il vraiment un problème d'arbitrage dans notre pays ? "C'est un thème récurrent", estime Nordin Jbari, ex-professionnel et actuel consultant pour Belgacom TV et la RTBF. "Malheureusement, il y aura toujours des problèmes d'arbitrage. On leur demande d'être parfait dans un boulot qui n'est pas humain."

"Les contestations envers les arbitres servent avant tout aux coaches et aux joueurs à justifier des lacunes de leur part", juge son collègue Alexandre Teklak. "Peu importe le niveau, il est plus facile de mettre une défaite sur le dos de l'arbitrage que de reconnaître ses propres erreurs. Bien sûr, les referees se trompent parfois mais le foot va plus vite qu'avant et la multiplication des caméras ne joue pas en leur faveur. Les téléspectateurs ont droit à plusieurs ralentis et il faut parfois visionner une phase sous trois ou quatre angles différents pour pouvoir la juger. L'arbitre, lui, doit décider en une fraction de seconde."

Jbari pointe tout de même certains problèmes : "Ce qui m'embête, c'est le système actuel avec six arbitres. Ceux qui sont placés près de la ligne de but n'interviennent que pour signaler si un ballon a entièrement franchi la ligne de but ou pas. Ils ne prennent pas d'initiatives, n'incitent jamais l'arbitre numéro un à désigner le point de penalty alors qu'ils sont tout de même idéalement placés pour voir ce genre de choses."

Un constat que partage Alexis Ponnet, ex-arbitre international qui a notamment pris part aux Coupes du Monde 82 et 86 : "La Commission Centrale des Arbitres (CCA) a décidé de miser sur les jeunes. Ils doivent encore faire leurs preuves et on ne peut pas exiger d'eux qu'ils ne commettent aucune erreur, ils manquent encore d'expérience comme ça peut être le cas pour un jeune joueur. L'ancienne génération, elle, a du mal à s'adapter au fonctionnement à six. C'est la première saison et il faut du temps pour que cela fonctionne correctement."

"Je trouve tout de même que le niveau général de l'arbitrage est élevé", renchérit Teklak. "La jeune génération se débrouille pas mal. Sébastien Delferière par exemple me semble prometteur. Les jeunes arbitres sont moins "gendarmes" que la génération précédente, c'est une bonne chose."

"C'est clair qu'un Jérôme Nzolo sent un match", poursuit Jbari. "Il détend l'atmosphère au contraire d'un Serge Gumienny qui a un côté prétentieux qui énerve les joueurs."

L'avenir immédiat n'est pourtant pas rose bonbon d'après Ponnet : "Je ne pense pas qu'on aura un arbitre belge à une Coupe du Monde avant une dizaine d'années. Les arbitres d'un tel tournoi ont généralement 35-40 ans, les nôtres sont encore très jeunes, il faut les laisser mûrir."

"Pour moi, les problèmes ne viennent pas des arbitres mais de l'encadrement", estime Olivier Renard, directeur sportif adjoint à Malines et consultant pour RTL Sport. "Si les Diables ne s'étaient pas qualifiés pour le Brésil, on aurait tout remis en question à l'Union Belge. On n'aura aucun arbitre au Mondial, il y a forcément du travail à réaliser à ce niveau."

Teklak corrobore cette thèse : "C'est incompréhensible que les arbitres ne soient pas professionnels. C'est le cas dans beaucoup de pays mais pas chez nous. On ne se donne pas les moyens de nos ambitions. C'est ça le débat le plus important."

"Si tu es arbitre à plein temps, tu peux te concentrer uniquement sur ton métier, te former encore plus, tu ne peux que t'améliorer", conclut Jbari.

Alexis Ponnet nuance : "L'argent ne va pas améliorer tout. Le foot est un sport indécis : il faut des erreurs des joueurs pour qu'il y ait des buts, c'est pareil pour les arbitres. La professionnalisation n'arrangerait pas tout et je ne pense de toute façon pas que ce soit possible. La FIFA ou l'UEFA devrait désigner un ou deux arbitres par pays qu'elle rémunérerait et qui officieraient partout dans le monde. Je n'en vois pas énormément en Belgique qui en seraient capables : deux ou trois tout au plus."

Evoquée depuis de nombreuses années, l'aide vidéo pourrait-elle être une solution ? Pour Teklak et Jbari, une caméra sur la ligne de but serait une belle avancée. Ponnet souligne néanmoins que "si ajouter deux caméras ne serait pas problématique pour les clubs de D1, ce ne serait pas le cas pour les plus petits clubs et le problème se représenterait lors des matches de Coupe de Belgique par exemple."

Olivier Renard voit les choses autrement : "Pourquoi utiliser la technologie sur la ligne et pas pour les hors-jeu par exemple ? Si on utilise la vidéo, il faut l'utiliser pour tout. Chaque équipe pourrait y avoir recours à plusieurs reprises comme ça se voit en tennis mais le football c'est de l'improvisation. Je pense que la vidéo tuerait ce sport en l'arrêtant tout le temps. Je serais plutôt partisan de moins de caméras, moins de possibilités de mettre en avant les erreurs arbitrales. Il faut garder ce côté imparfait."

Par Jules Monnier

4,5

Cartes jaunes par match. C'est la moyenne à laquelle carbure Sébastien Delferière cette saison. Considéré par beaucoup comme le meilleur arbitre du championnat, Alexandre Boucaut brandit, en moyenne, 3,8 bristols par rencontre. Dans ce domaine, les moins punitifs sont les anciens Joeri Van de Velde (2,9) et Johan Verbist (2,6).

"Nous avons le sentiment de perdre des points à cause de l'arbitrage là où d'autres en gagnent." Le Standard de Liège n'y est pas allé de main morte récemment dans un communiqué officiel publié sur son site internet. Les Rouches se sentent lésés, ils le font savoir et ne sont pas les seuls. Chaque semaine les décisions du corps arbitral sont contestées par différents acteurs de notre championnat, tous clubs confondus. Carte rouge injustifiée, exclusion oubliée, penalty sifflé ou non voire hors-jeu contesté, tout y passe. Dans un peu plus d'un mois, la Coupe du Monde débutera sans le moindre arbitre belge sélectionné. Ce n'était plus arrivé depuis le Mondial 2002 disputé en Corée du Sud et au Japon. Alors, y a-t-il vraiment un problème d'arbitrage dans notre pays ? "C'est un thème récurrent", estime Nordin Jbari, ex-professionnel et actuel consultant pour Belgacom TV et la RTBF. "Malheureusement, il y aura toujours des problèmes d'arbitrage. On leur demande d'être parfait dans un boulot qui n'est pas humain." "Les contestations envers les arbitres servent avant tout aux coaches et aux joueurs à justifier des lacunes de leur part", juge son collègue Alexandre Teklak. "Peu importe le niveau, il est plus facile de mettre une défaite sur le dos de l'arbitrage que de reconnaître ses propres erreurs. Bien sûr, les referees se trompent parfois mais le foot va plus vite qu'avant et la multiplication des caméras ne joue pas en leur faveur. Les téléspectateurs ont droit à plusieurs ralentis et il faut parfois visionner une phase sous trois ou quatre angles différents pour pouvoir la juger. L'arbitre, lui, doit décider en une fraction de seconde." Jbari pointe tout de même certains problèmes : "Ce qui m'embête, c'est le système actuel avec six arbitres. Ceux qui sont placés près de la ligne de but n'interviennent que pour signaler si un ballon a entièrement franchi la ligne de but ou pas. Ils ne prennent pas d'initiatives, n'incitent jamais l'arbitre numéro un à désigner le point de penalty alors qu'ils sont tout de même idéalement placés pour voir ce genre de choses." Un constat que partage Alexis Ponnet, ex-arbitre international qui a notamment pris part aux Coupes du Monde 82 et 86 : "La Commission Centrale des Arbitres (CCA) a décidé de miser sur les jeunes. Ils doivent encore faire leurs preuves et on ne peut pas exiger d'eux qu'ils ne commettent aucune erreur, ils manquent encore d'expérience comme ça peut être le cas pour un jeune joueur. L'ancienne génération, elle, a du mal à s'adapter au fonctionnement à six. C'est la première saison et il faut du temps pour que cela fonctionne correctement." "Je trouve tout de même que le niveau général de l'arbitrage est élevé", renchérit Teklak. "La jeune génération se débrouille pas mal. Sébastien Delferière par exemple me semble prometteur. Les jeunes arbitres sont moins "gendarmes" que la génération précédente, c'est une bonne chose." "C'est clair qu'un Jérôme Nzolo sent un match", poursuit Jbari. "Il détend l'atmosphère au contraire d'un Serge Gumienny qui a un côté prétentieux qui énerve les joueurs." L'avenir immédiat n'est pourtant pas rose bonbon d'après Ponnet : "Je ne pense pas qu'on aura un arbitre belge à une Coupe du Monde avant une dizaine d'années. Les arbitres d'un tel tournoi ont généralement 35-40 ans, les nôtres sont encore très jeunes, il faut les laisser mûrir." "Pour moi, les problèmes ne viennent pas des arbitres mais de l'encadrement", estime Olivier Renard, directeur sportif adjoint à Malines et consultant pour RTL Sport. "Si les Diables ne s'étaient pas qualifiés pour le Brésil, on aurait tout remis en question à l'Union Belge. On n'aura aucun arbitre au Mondial, il y a forcément du travail à réaliser à ce niveau." Teklak corrobore cette thèse : "C'est incompréhensible que les arbitres ne soient pas professionnels. C'est le cas dans beaucoup de pays mais pas chez nous. On ne se donne pas les moyens de nos ambitions. C'est ça le débat le plus important." "Si tu es arbitre à plein temps, tu peux te concentrer uniquement sur ton métier, te former encore plus, tu ne peux que t'améliorer", conclut Jbari. Alexis Ponnet nuance : "L'argent ne va pas améliorer tout. Le foot est un sport indécis : il faut des erreurs des joueurs pour qu'il y ait des buts, c'est pareil pour les arbitres. La professionnalisation n'arrangerait pas tout et je ne pense de toute façon pas que ce soit possible. La FIFA ou l'UEFA devrait désigner un ou deux arbitres par pays qu'elle rémunérerait et qui officieraient partout dans le monde. Je n'en vois pas énormément en Belgique qui en seraient capables : deux ou trois tout au plus." Evoquée depuis de nombreuses années, l'aide vidéo pourrait-elle être une solution ? Pour Teklak et Jbari, une caméra sur la ligne de but serait une belle avancée. Ponnet souligne néanmoins que "si ajouter deux caméras ne serait pas problématique pour les clubs de D1, ce ne serait pas le cas pour les plus petits clubs et le problème se représenterait lors des matches de Coupe de Belgique par exemple." Olivier Renard voit les choses autrement : "Pourquoi utiliser la technologie sur la ligne et pas pour les hors-jeu par exemple ? Si on utilise la vidéo, il faut l'utiliser pour tout. Chaque équipe pourrait y avoir recours à plusieurs reprises comme ça se voit en tennis mais le football c'est de l'improvisation. Je pense que la vidéo tuerait ce sport en l'arrêtant tout le temps. Je serais plutôt partisan de moins de caméras, moins de possibilités de mettre en avant les erreurs arbitrales. Il faut garder ce côté imparfait." Par Jules Monnier