Paris, 18 septembre. Le Real Madrid boit la tasse pour son entrée en lice en Ligue des Champions. Le score est sans appel (3-0). Le milieu de terrain parisien étouffe son opposant du soir. À la 91e minute, alors que la désorganisation madrilène est totale, Thomas Meunier, à coups de longues enjambées et au bout d'un une-deux avec Juan Bernat, s'en va planter le dernier but de la soirée. Le Parc exulte. Le Real, lui, semble en totale perdition.
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Paris, 18 septembre. Le Real Madrid boit la tasse pour son entrée en lice en Ligue des Champions. Le score est sans appel (3-0). Le milieu de terrain parisien étouffe son opposant du soir. À la 91e minute, alors que la désorganisation madrilène est totale, Thomas Meunier, à coups de longues enjambées et au bout d'un une-deux avec Juan Bernat, s'en va planter le dernier but de la soirée. Le Parc exulte. Le Real, lui, semble en totale perdition. Au milieu de ce chaos : Eden Hazard, dont la première titularisation sous la vareuse merengue à un goût plutôt amer. Le quotidien espagnol, Marca écrit : " C'était une nuit pour prouver qu'il est un Galactique et il est passé pratiquement inaperçu ". Le journal L'Équipe lui colle un 2 sur 10. Incapable de faire la différence sur son flanc, Hazard semble totalement hors-forme. Les réseaux sociaux ne le loupent pas et des caricatures d'un Hazard obèse font le tour de la toile. " Je n'étais pas bon ", reconnaît aujourd'hui Hazard dans L'Équipe. Le Parc était pourtant son jardin du temps du LOSC, là où il aimait briller, sous les feux des projecteurs. Cette fois, le capitaine des Diables ressort quelque peu inquiet de cette prestation indigne. Une lésion au quadriceps l'avait privé des trois premières journées. À domicile face à Levante, Hazard foule pour la première fois en compétition officielle la pelouse du Bernabeu en rentrant à une demi-heure du terme, quatre jours avant le déplacement à Paris. Si l'homme n'a pas pour habitude de cogiter, il prend conscience face au PSG qu'il est loin du compte. Les critiques s'abattent sur le dernier Galactique, ou supposé être. Les médias, supporters, consultants, rappellent les kilos en trop à son arrivée lors de la préparation aux États-Unis. Un comportement jugé non-professionnel par beaucoup. La balance monte à un peu plus de 80 kilos alors que son poids de forme flirte avec les 75 kilos. " Oui, j'étais trop gros ", concède-t-il aujourd'hui. " Mais moi, quand je suis en vacances, je suis en vacances ". Real ou pas Real. Ce qui en décontenance plus d'un parmi ceux qui ne connaissent pas encore l'animal. Du côté de Chelsea, on s'était habitué aux kilos en trop d'Eden au retour de vacances. Michy Batshuayi - qui avait fait découvrir à son compatriote la salle de muscu de Chelsea deux ans après son arrivée - avait pour habitude de s'amuser de la petite bouée qui recouvrait les abdominaux du prodige de Braine-le-Comte. Ce dernier retrouvait la forme à son rythme. Sans en faire trop non plus. Il reste pour Obi Mikel " le joueur le plus paresseux qu'il ait vu ", mais le plus talentueux et décisif également. Lors de la mini-trêve entre la fin de saison avec les Blues de Chelsea et la préparation pour la Coupe du monde en Russie, Eden s'était accordé quelques jours à Dubaï, délaissant là aussi son poids de forme. On a vu pourtant ce que cela a donné par la suite. Après sept saisons harassantes en Premier League, il s'imaginait une Liga moins intense et physique. Il doit déchanter rapidement, d'autant qu'il est incapable en début de saison d'éviter les coups, vu son manque d'explosivité. L'ex-préparateur physique de l'équipe de France lors de la dernière Coupe du Monde, Grégory Dupont, qu'Eden a connu à ses débuts au LOSC, lui concocte un programme particulier à coups d'entraînements intensifs accompagnés d'une alimentation plus équilibrée. Mais le retard à l'allumage est tel que les critiques s'intensifient. Lors du derby madrilène au Wanda Metropolitano de l'Atlético, Hazard est à nouveau invisible. La presse espagnole compare ses premiers pas avec ceux de Luka Modric, arrivé de Tottenham au Real en 2012, et élu pire transfert de la Liga quelques mois plus tard. Mieux encore, Eden serait le deuxième plus mauvais Galactique de l'histoire après Michael Owen. Car oui, Eden est un Galactique, un Galactique qui s'ignore. Et pourtant, le 13 juin dernier, la Casa Blanca met les petits plats dans les grands pour accueillir le plus gros transfert de l'histoire du club (100 millions + 40 de bonus). Ils sont 50.000 à se ruer au Bernabeau pour admirer leur nouvelle étoile. Une réception qui rappelle celle des gloires plus ou moins récentes (Cristiano Ronaldo, Kaká, David Beckham, Zinédine Zidane, etc). " J'ai découvert un autre monde... C'était comme dans un rêve ". En cette fin d'après-midi, l'aîné de la fratrie Hazard prend la dimension de ce que représente le Real Madrid. Rien n'est pourtant préparé lors de son discours d'intronisation. Quelques mots de remerciement en français, un clin d'oeil, des sourires, et un " Hala Madrid " pour terminer, Eden s'en sort comme il s'en est toujours sorti. Cette présentation en grande pompe est toutefois quelque peu gâchée par les " On veut Mbappé " adressé par la foule au président, Florentino Pérez. Hazard n'est pas visé, mais l'exigeant public madrilène n'est pas rassasié et veut effacer des mémoires la troisième place en Liga et l'élimination en huitième de finale de la Ligue des Champions. Et pour cela, il faut des noms. Zinédine Zidane, aussi, attend davantage de renforts. Mbappé est un temps approché, alors que Paul Pogba fait désormais figure de priorité aux yeux du coach français. Mais Pérez ne cède pas, pas question de surenchère d'autant que plus de 300 millions sont déboursés durant le dernier mercato. Zidane doit se contenter de celui à qui il a fait les yeux doux depuis près de dix ans et son explosion chez les Dogues. En 2015, alors que Zizou coache l'équipe B du Real, il déclare : " Après Cristiano et Messi, Hazard est le joueur que je préfère. Il est tellement spectaculaire de le voir jouer. " Quelques mois plus tard, José Ángel Sánchez, directeur général du club merengue, se rend à Bruxelles pour y rencontrer l'international belge. Lors de l'EURO en France, le numéro 10 des Diables reçoit un appel du coach madrilène et ce message : " Ce serait bien que tu viennes. " Seulement Chelsea n'est pas prêt à céder son phénomène. En 2017, les négociations reprennent de plus belle mais sont stoppées net, en juin, suite à une fracture de la cheville droite encoure à l'entraînement avec les Diables. Douze mois après avoir clairement indiqué ses envies de rejoindre le plus grand club du monde lors d'une Coupe du monde où il étale toute sa classe, Hazard débarque finalement là où il a toujours rêvé être. " Ce coup de téléphone en 2016 est toujours resté dans un coin de ma tête. " Le mariage entre le démiurge de Braine-le-Comte et l'idole de sa jeunesse ne pouvait être que fructueux. " Tout le monde était ému en le voyant jouer. Quand j'étais petit, j'en étais fou, je voyais ses matchs, je voulais voir ce que Zidane faisait sur le terrain, j'aimais tout. " Surtout que le duo partage cette même vision du football. " Zidane donnait l'impression de prendre toujours du plaisir en faisant jouer les autres. Le foot, ce n'est rien d'autre ". Un mantra qui habite Hazard depuis ses débuts. Après avoir été dirigé par les Italiens, Antonio Conte et Maurizio Sarri, deux coaches avec un système implacable et répétitif, Hazard ressent le besoin de davantage de liberté, ce que lui offre Roberto Martinez. Zidane, c'est une autre dimension encore. Celle de ceux qui ont conquis les plus grands trophées à la fois comme joueur et entraîneur. " On voit qu'il a été un grand joueur, il ressent ce que ses joueurs ressentent ", confie Hazard à L'Équipe. Notamment à sa façon de s'adresser aux joueurs, à dédramatiser les situations. Malgré les rumeurs (habituelles) qui le prédisaient sur un siège éjectable en début de saison, Zidane continue à imposer le respect. Sans en faire trop, ou trop en dire. " Fais-toi plaisir ", glisse-t-il à Eden alors que les premiers mois sont compliqués. Les deux hommes se comprennent. Au-delà du foot, c'est aussi une vision de la vie qu'ils partagent, la famille au-dessus de tout et depuis toujours, pour ces deux pères de quatre fils chacun. Hazard n'a pas reçu de passe droit pour autant. Au sein du vestiaire madrilène, le Belge reste en retrait et observe les Sergio Ramos, Marcelo ou Karim Benzema. Une façon non calculée de se faire apprécier par les cadres, et ce malgré les millions de son transfert et le statut de star qui l'accompagne. Avec Benzema, en pleine bourre en ce début de saison, la filiation sur le terrain est quasi naturelle. Après être resté longtemps un faire-valoir de luxe de Cristiano Ronaldo, l'attaquant français prend aujourd'hui la lumière. " C'est le meilleur attaquant du monde. En dehors de ses statistiques personnelles, il rend les autres meilleurs ", assure Hazard. Lors du match retour face à Paris, le duo enchante le stade Santiago Bernabeu à coups de jeu court et déviations dans les 16 mètres. Pour la première fois de la saison, le Real marque les esprits en Ligue des Champions. Une compétition où Hazard n'a jamais vraiment brillé. Le club le plus titré de la planète, vainqueur à 13 reprises de la Coupe aux grandes oreilles, doit l'y aider. " À Londres, je ne suis arrivé qu'une fois en demi-finale, Chelsea venait de gagner sa seule Ligue des Champions une année avant mon arrivée. Je suis ici pour la gagner car c'est important pour tout le monde, moi y compris ". Au-delà des infrastructures imposantes et de la popularité du club, c'est cette culture de la gagne qui règne à tous les étages, qui l'impressionne le plus. " Les mecs ne sont là que pour gagner. " Une culture qui doit, à 28 ans, le transformer, lui l'anti-Cristiano Ronaldo, pourtant nouveau numéro 7 des Merengues. Hazard va-t-il devenir un homme de chiffres ? La presse espagnole est en tout cas là pour les lui rappeler. Ses 8 buts en Ligue des Champions ne pèsent pas lourd face aux 127 de l'icône portugaise. Quant aux supporters, ils l'implorent de dribbler et de tenter sa chance davantage. Et pourtant quand il évoque un match de référence, Hazard pense au quart de finale face au Brésil, alors qu'il n'est dans aucun but. " Mais c'est pour faire des matches comme ça que je joue. " Peut-on devenir un Galactique, sans penser à ses stats ? Sans tirer les penaltys alors qu'il est pourtant un expert en la matière. Peut-il réaliser son rêve de gosse, à savoir gagner le Ballon d'Or sans être obsédé par ses données personnelles ? " Je ne suis pas le meilleur mais je fais partie des meilleurs ", nous glisse-t-il. Sans fausse modestie. Lionel Messi, en personne, le place aux côtés de Mbappé, Luis Suarez, Neymar et Cristiano Ronaldo, malgré une 13e place au dernier Ballon d'Or. Sur les ondes de la radio Cadena Ser, Roberto Martinez s'est quelque peu emballé : " Eden va remporter le Ballon d'Or... C'est un joueur qui fait la dernière passe. C'est le Michael Jordan du football. " L'idole du Brésilien Rodrygo (qui avait une photo d'Eden en fond d'écran) a très vite imposé le respect au sein du vestiaire, le mois de novembre a rassuré les fans. À Eibar (victoire 0-4), le numéro 7 madrilène a réalisé une prestation hazardinesque. Deux semaines plus tard face à la Real Sociedad, le meilleur joueur belge de tous les temps a remis le couvert, réussissant 10 dribbles sur la rencontre, le plus grand total en championnat d'un joueur madrilène depuis Arjen Robben en 2008. Trois jours plus tard, lors de la venue du PSG, Hazard dynamitait les 60 premières minutes, jusqu'à cette faute de Thomas Meunier, qui l'a obligé à sortir du terrain en boitant sous l'ovation d'un public conquis mais inquiet. Victime d'un coup sur la cheville droite, là-même où il s'était blessé en juin 2017, une microfracture lui est diagnostiquée, ce qui devrait l'écarter des terrains jusque mi-janvier. Pas de Clasico au Camp Nou. Et des stats qui restent bloquées à un but et 3 assists, et donc une passe décisive de plus que Marc-André ter Stegen cette saison en Liga. Et pourtant, si vous lui demandez ce qui le dérange le plus depuis ses débuts à Madrid, ce sont les embouteillages entre son domicile et le centre d'entraînement.