Le coup de tête de Frandzy Pierrot, venu atténuer l'écart au marquoir, n'a même pas d'effet sur l'euphorie qui plane sur le Mambour. Après avoir acclamé les débuts d'Adama Niane, venu de France pour remplacer Kaveh Rezaei, le Pays Noir s'enflamme pour le retour au bercail de Massimo Bruno, venu relayer Ali Gholizadeh à une demi-heure du terme et déjà omniprésent dans les offensives zébrées.
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Le coup de tête de Frandzy Pierrot, venu atténuer l'écart au marquoir, n'a même pas d'effet sur l'euphorie qui plane sur le Mambour. Après avoir acclamé les débuts d'Adama Niane, venu de France pour remplacer Kaveh Rezaei, le Pays Noir s'enflamme pour le retour au bercail de Massimo Bruno, venu relayer Ali Gholizadeh à une demi-heure du terme et déjà omniprésent dans les offensives zébrées. La sortie de Jérémy Perbet, favori de la T4 depuis son titre de meilleur buteur lors de son précédent passage carolo, est plus acclamée que l'entrée du jeune Victor Osimhen, débarqué en Belgique avec un paquet de doutes sur son état de santé et appelé à devenir le successeur de Chris Bédia, éternel espoir plus souvent sur le banc de touche que sur la pelouse avant son départ pour le stade arc-en-ciel. Six mois après son arrivée à Charleroi, le Nigérian porte les espoirs de tout un club sur ses jeunes et puissantes épaules. Du haut de ses dix buts en championnat, le joueur prêté par Wolfsburg a envoyé les plantureux CV de Perbet et Niane sur le banc, s'emparant contre toute attente de la pointe du dispositif zébré. Felice Mazzù avait pourtant prévenu : " Je pense que notre championnat risque de découvrir un grand attaquant dans les mois à venir. " Dès ses premiers contacts avec le ballon sur le terrain d'entraînement de Marcinelle, Victor Osimhen met tout le staff d'accord. Charmé par les exploits du Nigérian en vidéo et ses apparitions fragmentées sur la pelouse, le club prend le risque de finaliser le prêt avec Wolfsburg, assumant une partie non négligeable du salaire conséquent que le jeune talent africain percevait chez les Loups. Avant les Zèbres, Zulte Waregem puis Bruges avaient freiné devant les risques affichés par un corps affaibli. Blessé à l'épaule au printemps dernier, Osimhen avait dû être opéré mais avait fait son retour suffisamment tôt pour accompagner la sélection nigériane en fin de saison. Un séjour lors duquel il a contracté la malaria, ce qui a provoqué sa mise en quarantaine - et donc à l'écart des entraînements - lors de son retour en Allemagne. Le déficit physique était important. À Bruges comme au Essevee, les médecins estiment qu'il faudra entre trois et cinq mois au Nigérian pour être à nouveau opérationnel. " S'il n'est pas chez nous, c'est moi qui suis responsable ", explique Francky Dury. " C'était un risque qu'on ne pouvait pas prendre à ce moment-là. " Les doutes qui entourent Hamdi Harbaoui doivent être compensés par un joueur immédiatement disponible. Au bout d'une semaine de test, Victor Osimhen quitte le stade arc-en-ciel, la tête basse et pleine de doutes. " Ça a été une expérience douloureuse ", rembobine le Nigérian, qui finira par balayer ses craintes. Élevé à Olusosun, dans la banlieue de Lagos qui abrite la plus grande décharge à ciel ouvert d'Afrique et un taux de criminalité vertigineux, Victor en a vu d'autres. Le diagnostic des examens carolos est plus optimiste. À l'image de celui de Wolfsburg, qui prédisait une période de trois semaines pour que le joueur puisse retrouver les terrains. Les Zèbres décèlent bien un déséquilibre au niveau des ischios, mais un travail individuel spécifique est mené par le joueur en compagnie de Philippe Simonin, le préparateur physique du staff zébré. Une fois intégré aux entraînements collectifs, Osimhen impressionne. " On se regardait, et on se demandait comment on avait fait pour avoir quelqu'un comme ça à Charleroi ", explique-t-on dans le vestiaire du Mambour. " On a tout de suite compris qu'on avait affaire à un phénomène. " Certains poussent, d'ailleurs, pour que le colosse nigérian soit déjà titulaire à Sclessin. Mazzù résiste avec sa cohérence de toujours et aligne Perbet, avant de lancer Victor dans la guerre de la dernière demi-heure. Plus impressionnant qu'impressionné, le gamin confirme une semaine plus tard au Freethiel, avec une talonnade qui surprend Davy Roef et lui offre son premier but de la saison. Le véritable déclic intervient près d'un mois plus tard, quand Victor Osimhen plante un doublé décisif face à Zulte Waregem dans le fameux Felice Time. Le héros du soir attend patiemment son tour, pendant que ses coéquipiers racontent la victoire aux journalistes massés en zone mixte. L'anglais est aussi assuré que le sourire. La timidité des premiers jours, celle du joueur en manque de confiance arrivé sur la pointe des pieds, semble progressivement s'envoler. Une fois les blessures et les doutes dissipés, le regard du vestiaire sur lui a changé, passant des rumeurs venues de l'extérieur à l'assurance d'avoir de son côté l'un des attaquants les plus redoutables du championnat. Osimhen empile les buts et la confiance, épaulé par un Cristian Benavente qui se régale de ses appels en profondeur. Le duo est à la base du retour en forme des Carolos à l'automne, et le Péruvien distribue les compliments à celui qui est finalement devenu le véritable remplaçant de Kaveh Rezaei : " Victor a un vrai sens du but. Il sait faire la différence, il va vite. Et, de la tête, c'est un animal. Je pense qu'il va marquer beaucoup de buts. " De sa première titularisation à Beveren à son but déterminant contre Gand, à la mi-décembre, Osimhen joue douze matches et marque huit fois. Si Adama Niane, transfert entrant le plus cher de l'histoire du club, souffre de l'ombre faite par le Nigérian, Jérémy Perbet se veut plus philosophe. S'il reste évidemment déçu de ses rares titularisations, le Français ne peut que constater le côté incontournable du nouveau talent du Mambour, et tenter de se rendre le plus complémentaire possible à son jeu : " Victor, il a tout. Du physique, de la vitesse, de la technique, de la puissance... Il marque des buts, il est bon de la tête et il garde bien la balle. Ça va être difficile pour Charleroi de le garder en fin de saison. " " Il marque presque à chaque fois et il court pour toute l'équipe ", ajoute Gabriele Angella, sous le charme de son jeune coéquipier. À l'image d'un Rezaei qui voulait prouver qu'il était prêt pour le football européen, Victor Osimhen avale les kilomètres avec gloutonnerie. " Il a la dalle ", explique une voix du vestiaire zébré. " D'après ce qu'on a compris, il a vécu une situation familiale assez difficile dans son enfance, et ça a fait de lui le joueur qu'il est. Il donne tout sur le terrain. Victor, c'est un combattant. " Dans le vestiaire, le Nigérian est resté discret sur le décès de sa mère ou la perte d'emploi de son père, qui avait obligé son grand frère à raccrocher les crampons pour vendre des journaux. S'il n'hésite plus à donner de la voix sur le chemin du terrain, assumant son nouveau statut sans manquer de respect aux tauliers du vestiaire, Osimhen reste discret quand l'odeur de la pelouse s'éloigne. Confiné derrière ses écouteurs, il reste solitaire malgré son nouveau statut. Sans pour autant perdre sa détermination : Charleroi n'est qu'une étape dans un parcours qu'il espère voir décoller le plus haut possible. À la hauteur des ambitions nées autour de lui lorsqu'il avait terminé meilleur buteur du Mondial U17 au Chili, et qu'il était alors convoité par Arsenal. Présent dans les tribunes lors du tournoi, Didier Frenay l'avait alors convaincu de rejoindre sa Star Factory et l'avait emmené vers Wolfsburg. Un an après avoir déposé Dodi Lukebakio au Mambour, permettant au club de réussir une belle plus-value quelques mois plus tard lors de la revente du talent de Neerpede à Watford, Frenay s'est donc à nouveau tourné vers les Zèbres pour veiller sur l'éclosion de son dernier joyau. Et le succès était encore au rendez-vous. " C'est un bulldozer ", décrit Felice Mazzù à l'heure de mettre des mots sur le talent de Victor Osimhen. En plus de ses buts et de son goût de l'effort, forcément adapté au football prôné par les Carolos, le Nigérian a déposé un gabarit impressionnant sur la pelouse du Mambour, offrant une nouvelle destination au jeu long et précis de Nicolas Penneteau, qui avait l'habitude de s'appuyer sur Amara Baby pour envoyer le ballon de l'autre côté de la ligne médiane. En plus d'être un pivot précieux, Osimhen brille surtout par " sa faculté de pouvoir partir dans les espaces avec une puissance incroyable ", comme le détaille Jérémy Perbet. Un profil complet qui semble déjà devenu trop grand pour Charleroi, et dont le départ cet été après la levée de l'option d'achat semble déjà programmé ( voir encadré). Sans ses blessures du printemps dernier, le Nigérian n'aurait probablement jamais posé les pieds au Mambour. Quelques mois plus tard, il affirme pourtant s'y sentir comme chez lui et s'imagine même y revenir un jour, sans doute quand l'essentiel de sa carrière sera derrière lui. " Je n'oublierai jamais que Mehdi Bayat et Felice Mazzù ont cru en moi quand ça n'allait pas ", justifie Osimhen à l'heure de clamer son amour noir et blanc. À Charleroi non plus, on ne risque pas de l'oublier de sitôt.