Tu imaginais qu'il ferait une telle carrière et qu'il s'imposerait face à autant de concurrents potentiels, quand tu as commencé à travailler avec lui ?

" Quand il est arrivé dans le noyau pro, on pouvait clairement dire que ce n'était pas un joueur doué. Pas doué dans le sens où il n'avait pas un vrai talent technique. Ce n'était pas le footballeur qui mettait la tribune debout ! Mais il a prouvé, au fil des années, que le talent, parfois, c'est autre chose que savoir bien jouer au ballon. Physiquement, mentalement, il a toujours été présent et efficace depuis qu'il est entré dans l'équipe. Il est aussi servi par son sens tactique et son expérience. Sa force, c'est un mix de qualités. Dans le foot, il ne faut pas que des Hazard, on a aussi besoin de Fellaini et de joueurs qui combinent une partie des atouts de ces deux-là. Olivier Deschacht est présent partout. Sur certains points, comme la coordination technique, il n'a pas été mature à l'avance mais il a énormément progressé entre-temps."

Etre fort mentalement, qu'est-ce que ça veut dire dans son cas ?

" Il n'abandonne jamais. C'est un gagneur, et un râleur dans le bon sens du terme. Par moments, il a perdu sa place mais il s'est battu, sans rien dire. Je pourrais citer beaucoup de joueurs qui parlent beaucoup mais ne font rien. Lui, c'est l'inverse. Il n'a jamais cherché d'excuses et il savait où il voulait aller. Ces qualités mentales, il ne les avait pas au départ, il les a apprises. Je me souviens que quand il est arrivé dans le noyau, sur le plan mental, il était un peu spécial. Fort renfermé. Pas un meneur. Et il n'était vraiment pas le rigolo de service dans le vestiaire. Il restait dans son coin et n'acceptait pas facilement les remarques. "

Tu imaginais qu'il deviendrait le capitaine d'Anderlecht malgré ce caractère fermé ?

" La question ne se posait pas quand j'étais coach parce qu'il était encore relativement jeune et parce qu'il y avait dans le noyau des leaders comme Glen De Boeck. Mais je n'ai pas été étonné quand j'ai vu, plus tard, qu'on lui donnait le brassard. C'est un vrai clubman dans le sens où il n'a jamais vraiment ambitionné d'aller voir ailleurs. Pour lui, Anderlecht n'était pas un passage mais un but. Depuis qu'il est là, il y est bien. "

Tu as parfois essayé de trouver un back gauche plus performant quand tu étais T1 ?

" Jamais. J'étais tout à fait satisfait de son rendement. Il m'est arrivé de réclamer un attaquant, un back droit, un médian au profil précis ou un autre joueur, des gars susceptibles de devenir titulaires. Si je demandais un back gauche, c'était seulement pour avoir une bonne solution de rechange en cas d'indisponibilité de Deschacht. Je n'ai jamais imaginé le sortir de l'équipe. Parfois, j'ai mis quelqu'un d'autre à ce poste-là et je l'ai déplacé dans l'axe. Parce que sa polyvalence et sa faculté à s'adapter à différents systèmes, s'il le faut dans une défense à trois, ce sont aussi de gros atouts chez lui. Cela fait plus de dix ans qu'il est titulaire dans un club comme Anderlecht, ça suffit à résumer sa situation, son niveau. Beaucoup de joueurs ont espéré le sortir de l'équipe, aucun n'y est parvenu. Normal, puisqu'aucun n'a eu son rendement."

Il a toujours dû se battre contre une certaine image, plutôt négative.

" En Belgique, on a l'art de remarquer uniquement les qualités chez certains joueurs, comme s'ils n'avaient aucun défaut. Avec d'autres, c'est le contraire, on ne voit que ce qui est soi-disant moins bon. On a longtemps parlé de l'ombre de son père, on a sous-entendu qu'il jouait à Anderlecht parce qu'il venait d'une famille aisée. Rien à voir ! J'ai même constaté que son père était fort critique avec lui à certains moments. "

Par Pierre Danvoye

Retrouvez l'intégralité de l'article consacré à Olivier Deschacht dans votre Sport/Foot Magazine

Tu imaginais qu'il ferait une telle carrière et qu'il s'imposerait face à autant de concurrents potentiels, quand tu as commencé à travailler avec lui ?" Quand il est arrivé dans le noyau pro, on pouvait clairement dire que ce n'était pas un joueur doué. Pas doué dans le sens où il n'avait pas un vrai talent technique. Ce n'était pas le footballeur qui mettait la tribune debout ! Mais il a prouvé, au fil des années, que le talent, parfois, c'est autre chose que savoir bien jouer au ballon. Physiquement, mentalement, il a toujours été présent et efficace depuis qu'il est entré dans l'équipe. Il est aussi servi par son sens tactique et son expérience. Sa force, c'est un mix de qualités. Dans le foot, il ne faut pas que des Hazard, on a aussi besoin de Fellaini et de joueurs qui combinent une partie des atouts de ces deux-là. Olivier Deschacht est présent partout. Sur certains points, comme la coordination technique, il n'a pas été mature à l'avance mais il a énormément progressé entre-temps."Etre fort mentalement, qu'est-ce que ça veut dire dans son cas ?" Il n'abandonne jamais. C'est un gagneur, et un râleur dans le bon sens du terme. Par moments, il a perdu sa place mais il s'est battu, sans rien dire. Je pourrais citer beaucoup de joueurs qui parlent beaucoup mais ne font rien. Lui, c'est l'inverse. Il n'a jamais cherché d'excuses et il savait où il voulait aller. Ces qualités mentales, il ne les avait pas au départ, il les a apprises. Je me souviens que quand il est arrivé dans le noyau, sur le plan mental, il était un peu spécial. Fort renfermé. Pas un meneur. Et il n'était vraiment pas le rigolo de service dans le vestiaire. Il restait dans son coin et n'acceptait pas facilement les remarques. "Tu imaginais qu'il deviendrait le capitaine d'Anderlecht malgré ce caractère fermé ?" La question ne se posait pas quand j'étais coach parce qu'il était encore relativement jeune et parce qu'il y avait dans le noyau des leaders comme Glen De Boeck. Mais je n'ai pas été étonné quand j'ai vu, plus tard, qu'on lui donnait le brassard. C'est un vrai clubman dans le sens où il n'a jamais vraiment ambitionné d'aller voir ailleurs. Pour lui, Anderlecht n'était pas un passage mais un but. Depuis qu'il est là, il y est bien. "Tu as parfois essayé de trouver un back gauche plus performant quand tu étais T1 ?" Jamais. J'étais tout à fait satisfait de son rendement. Il m'est arrivé de réclamer un attaquant, un back droit, un médian au profil précis ou un autre joueur, des gars susceptibles de devenir titulaires. Si je demandais un back gauche, c'était seulement pour avoir une bonne solution de rechange en cas d'indisponibilité de Deschacht. Je n'ai jamais imaginé le sortir de l'équipe. Parfois, j'ai mis quelqu'un d'autre à ce poste-là et je l'ai déplacé dans l'axe. Parce que sa polyvalence et sa faculté à s'adapter à différents systèmes, s'il le faut dans une défense à trois, ce sont aussi de gros atouts chez lui. Cela fait plus de dix ans qu'il est titulaire dans un club comme Anderlecht, ça suffit à résumer sa situation, son niveau. Beaucoup de joueurs ont espéré le sortir de l'équipe, aucun n'y est parvenu. Normal, puisqu'aucun n'a eu son rendement."Il a toujours dû se battre contre une certaine image, plutôt négative." En Belgique, on a l'art de remarquer uniquement les qualités chez certains joueurs, comme s'ils n'avaient aucun défaut. Avec d'autres, c'est le contraire, on ne voit que ce qui est soi-disant moins bon. On a longtemps parlé de l'ombre de son père, on a sous-entendu qu'il jouait à Anderlecht parce qu'il venait d'une famille aisée. Rien à voir ! J'ai même constaté que son père était fort critique avec lui à certains moments. "Par Pierre DanvoyeRetrouvez l'intégralité de l'article consacré à Olivier Deschacht dans votre Sport/Foot Magazine