On a l'impression d'être en vacances quand on arrive à Hoenderloo. Le soleil brille et une légère brise donne vie aux nombreux arbres qui bordent la route. En ouvrant la fenêtre, on entend le bruit des feuilles. C'est vraiment chouette. Hoenderloo, dans la commune d'Apeldoorn, c'est le calme assuré. On peut également y déguster " les meilleurs schnitzels de la Veluwe ", dit-on au restaurant spécialisé.
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On a l'impression d'être en vacances quand on arrive à Hoenderloo. Le soleil brille et une légère brise donne vie aux nombreux arbres qui bordent la route. En ouvrant la fenêtre, on entend le bruit des feuilles. C'est vraiment chouette. Hoenderloo, dans la commune d'Apeldoorn, c'est le calme assuré. On peut également y déguster " les meilleurs schnitzels de la Veluwe ", dit-on au restaurant spécialisé. Le centre du village n'est pas très beau mais l'église recouverte de plâtre blanc qui brille au soleil attire l'attention. Nous ne sommes cependant pas aux Pays-Bas pour faire du tourisme. En pénétrant plus profondément dans les bois de la Veluwe, on découvre le Fletcher Hotel et son charmant parc à bungalows. C'est ici, à trois heures de la côte, qu'Ostende prépare la saison. Frank Dierckens, qui a repris la présidence après le départ de Peter Callant, est assis à la terrasse de l'hôtel avec son épouse quand Ronald Vargas nous rejoint après le repas de midi. " Qui est-ce ? ", demande Madame Dierckens à son mari. " C'est Ronald. " " Qui ? Ronaldo ? " " Non ", rigole le président. " Mais il joue comme Ronaldo. " " I wish ", sourit Vargas (32). Après être passé par le Club Bruges et par Anderlecht, le Vénézuélien est de retour en Belgique. Ce n'est pas vraiment étonnant car il y a trois ans, il a épousé une Belge, Justine Lowagie. Sa carrière, assombrie par les blessures, l'a mené en Turquie (Balikesirspor), en Grèce (AEK Athènes) et en Australie (Newcastle Jets) mais notre première question n'a rien à voir avec cela. Vous vous souvenez de Dayana Mendoza ? RONALD VARGAS : ( surpris) Oui, elle a été Miss Venezuela mais c'était il y a longtemps. En 2008, exactement. Cette année-là, vous débarquiez du FC Caracas au Club Bruges et vous racontiez que vous aviez deux rêves : Dayana Mendoza et le Real Madrid. Aujourd'hui, vous êtes marié à une Belge et vous jouez à Ostende... VARGAS : ( il rigole) Je n'avais que 21 ans à l'époque. Je rêvais du Real Madrid mais je savais que ce serait très difficile. Aujourd'hui, je suis très content de ce que j'ai accompli, surtout quand on connaît les obstacles que j'ai dû surmonter (de graves blessures, ndlr). Mais le plus important, c'est que je joue toujours. Juste avant votre arrivée à Bruges, vous aviez été le héros d'un match historique de l'équipe nationale : le Venezuela avait battu le Brésil pour la première fois de son histoire et vous aviez joué un rôle important en inscrivant un but et en délivrant un assist. Soudain, on parlait de vous. VARGAS : Oui, j'étais sous le choc. Pendant mon premier entraînement à Bruges, j'ai vu de nombreux supporters porter un maillot à mon nom. Il faut savoir qu'à l'époque, au Venezuela, on vendait beaucoup de maillots de l'équipe nationale mais pas de maillots de clubs de D1. Au point de vue marketing, nous n'étions pas si avancés. C'était donc nouveau pour moi. Après l'entraînement, beaucoup de gens sont venus me parler. J'ai dû signer sur n'importe quelle surface. J'étais très content mais je trouvais cela invraisemblable car je n'avais encore livré qu'un entraînement. Vous aviez déjà signé à Bruges avant ce match avec le Venezuela mais soudain, vous avez reçu pas mal d'autres propositions. VARGAS : Oui, la plus concrète émanait du Hertha Berlin qui était prêt à mettre deux fois plus d'argent que Bruges sur la table mais le club a refusé. Personnellement, j'étais déjà très content de venir en Belgique, c'était déjà une belle progression dans ma carrière. Pas d'offre du Real Madrid ? VARGAS : ( il rit) Non, ça n'est jamais arrivé... Avant que je signe à Bruges, des clubs mexicains et brésiliens se sont intéressés à moi. Ils me proposaient un salaire dix fois supérieur à celui du Club mais je ne rêvais pas d'argent, je rêvais d'Europa League ou de Ligue des Champions, je voulais jouer avec mes idoles. Qu'avez-vous pensé du niveau après votre premier entraînement à Bruges ? VARGAS : Il était très élevé. Bruges avait une très bonne équipe à l'époque. Tout était nouveau pour mois : la langue, la nourriture, le climat... J'avais beaucoup de choses à apprendre et c'était difficile mais je n'ai jamais abandonné. D'autant que c'était mon rêve. Je me suis toujours battu. Jusqu'à l'entêtement, parfois, mais je suis toujours ici. Tant à Bruges qu'à Anderlecht, vous avez été gravement blessé au genou. En Australie, avec les Newcastle Jets, vous vous êtes tordu la cheville. Vous éprouvez des craintes en montant sur le terrain ? VARGAS : Je ne vais pas dire que je n'ai pas certaines appréhensions mais il faut être fort mentalement. Avoir peur, ce n'est pas bon. Vous faites quelque chose de spécial avant un match ? Vous vous préparez mentalement ? VARGAS : Non, je fais juste les choses qui me mettent en confiance. Je regarde des vidéos de joueurs que j'apprécie, comme Andrés Iniesta ou Eden Hazard, des joueurs qui évoluent à la même place que moi. J'essaye d'apprendre des choses en matière de placement, etc. N'y a-t-il pas eu des moments où vous avez songé à mettre un terme à votre carrière ? VARGAS : Oui, j'ai parfois été sur le point d'arrêter mais ma famille et ma femme m'ont soutenu. Comment ? VARGAS : Dans ces moments-là, on se dit que tout va mal et on ne voit pas d'issue. Ils m'ont permis de voir qu'il y avait des solutions. Et ils n'ont pas été les seuls. Toute une équipe s'est mise en place autour de moi : mon kiné, mon chiropracteur, des médecins, des spécialistes... Ce sont eux, les vrais héros. Ils ont fait en sorte que je joue encore au football. Car pour certains médecins, c'était fini, je pouvais faire une croix sur mon métier. Des médecins de club ? VARGAS : Non, je ne veux d'ailleurs pas citer de nom, ce ne serait pas correct. Mais l'équipe qui m'a encadré m'a permis de mordre sur ma chique et j'ai recommencé à marquer des buts, à délivrer des assists, à remporter des trophées. Le parcours que l'on suit et les statistiques qu'on laisse derrière soit ont finalement bien plus d'importance que l'argent qu'on gagne. Vous avez épousé une Belge et vous avez un passeport belge. Dans quelle mesure vous sentez-vous belge ? VARGAS : ( il rit) Mon mode de vie a changé depuis que j'habite en Belgique. La nourriture, la façon d'aborder les gens... Je pense que je suis désormais à moitié belge et à moitié vénézuélien. Je n'ai pas oublié ma culture et mes racines. Il en va de même pour ma femme. En tout cas, vous avez un vélo ! VARGAS : ( il rit) Oui, j'en ai même deux : un pour la ville et un pour l'entraînement. Mieux : vous avez grimpé le Stelvio, en Italie. VARGAS : Oui, mon beau-père et mon beau-frère sont fans de cyclisme. Ils roulent plusieurs fois par semaine. J'en ai pris l'habitude, moi aussi, car au Venezuela, je n'avais jamais fait de vélo. Et je dois dire que j'aime ça. Nous sommes déjà allés rouler dans le sud de la France mais le Stelvio, c'est une autre paire de manches. L'ascension est très difficile mais j'y suis arrivé. On a la culture du vélo au Venezuela ? VARGAS : Dans la région dont je suis originaire, non, mais à San Cristóbal, oui. Eddy Merckx m'a d'ailleurs dit qu'il y avait roulé ( au championnat du monde 1977, où il a terminé 33e, ndlr). Vous avez connu Merckx à Anderlecht ? VARGAS : Oui, il est supporter du Sporting et nous avons parlé quelques fois à l'époque où j'y jouais. Il connaît même quelques mots d'espagnol. Regardez, j'ai une photo avec lui (il montre fièrement une photo sur son smartphone). Donc, quand vous ne jouerez plus au football, vous ferez du vélo ? VARGAS : Sans doute plus que maintenant, oui. C'est bon pour le corps, les genoux et les chevilles souffrent moins. Vous avez des regrets ? VARGAS : Non, pourquoi ? Au cours d'une carrière, on prend des bonnes et des mauvaises décisions mais le plus important, c'est de les assumer et de trouver le moyen d'avancer. Partir à Balikesirspor, en Turquie, c'était une bonne décision ? VARGAS : Beaucoup de gens se disent peut-être que non car il s'agissait d'un petit club mais je lui dois beaucoup. Il faut toujours savoir ce que l'on veut exactement. À ce moment-là, j'avais besoin de temps de jeu. Ce n'était pas le cas à Anderlecht. Or, je me sentais bien, j'étais en état de jouer. J'ai donc demandé à partir. J'avais plusieurs possibilités mais à Balikesirspor, on me garantissait une place. Malheureusement, on n'a pas gagné beaucoup de matches mais j'ai tout joué. Ça m'a permis de retrouver l'équipe nationale et de jouer trois matches de Copa América avec le Venezuela. Par la suite, vous êtes parti à l'AEK Athènes, où vous avez connu deux belles saisons et êtes devenu un des joueurs les plus importants de l'équipe. Vous avez également remporté la Coupe de Grèce en 2016. VARGAS : Ce fut ma meilleure période, avec mon passage à Bruges. Les Grecs sont formidables. Aujourd'hui encore, ils m'envoient des messages et des photos, me téléphonent... Ils m'ont donné beaucoup d'affection. (il réfléchit) Il y aura toujours des gens pour dire : à Bruges c'était bon, à Anderlecht pas, en Turquie non plus, en Grèce bien... Je ne vois pas les choses de cette façon. Chaque expérience apporte quelque chose, j'essaye toujours d'en retirer le côté positif et de retenir les leçons. Si je me sentais bien à l'AEK, c'est aussi parce que j'avais contribué de façon effective à cette victoire en coupe. À Anderlecht, j'ai été trois fois champion mais mon apport a été très limité. Pourquoi avez-vous quitté l'AEK ? VARGAS : Le club m'a proposé de rester mais mon épouse et moi - nous étions déjà mariés - voulions vivre autre chose. On avait la possibilité de rentrer en Belgique. J'avais une offre d'Ostende mais aussi une de l'Antwerp, avec qui je me suis entraîné à quelques reprises. On avait un accord verbal et j'en avais envie : je m'étais donné à fond à l'entraînement pour montrer que j'étais prêt. Mais quand on s'est mis à table pour concrétiser les choses, ils ont voulu modifier certains détails au contrat. Ce n'était pas très professionnel. Et je ne voulais plus prendre le risque de m'entraîner sans avoir signé quoi que ce soit. Finalement, je me suis entraîné deux jours mais le troisième jour, j'ai dit que je rentrais chez moi jusqu'à ce que tout ce q'on avait convenu soit sur papier. Entre-temps, d'autres propositions sont arrivées, dont une d'Australie. Je voulais découvrir ce pays depuis longtemps mais en même temps, la distance me faisait peur. Ce fut une expérience formidable. L'Australie est un pays fantastique : la nature, la plage, le climat, la mentalité des gens, la gastronomie... On y a beaucoup appris, c'est un pays exemplaire à bien des égards. Je conseillerais à n'importe quel joueur d'y aller. Avant de m'y rendre, honnêtement, je me demandais ce que j'allais aller faire là-bas mais une fois sur place, woaw ! Et le niveau de la A-League ? VARGAS : Il est comparable à celui du championnat de Belgique que j'ai connu il y a cinq ou six ans. Il n'y a que dix clubs en Australie mais ils se valent. Tout le monde peut être champion. Leur championnat ressemble aux play-offs en Belgique. Les Newcastle Jets ont un budget inférieur à celui des autres équipes mais lors de ma première saison, on a perdu seulement 1-0 en finale et le but était entaché d'un hors-jeu. La deuxième saison fut moins bonne, on a terminé sixièmes. Mais on avait un bon groupe, très compact et au sein duquel personne ne cherchait à faire de l'ombre aux autres. Y compris les entraîneurs et la direction. C'était un peu comme une famille. Comme à Ostende ? VARGAS : ( enthousiaste) Oui. Ici aussi, je me suis senti directement comme chez moi. Quand on débarque quelque part, il faut s'habituer mais à Ostende, je me suis tout de suite senti soutenu. Comment s'est passé le premier entretien avec l'entraîneur, Kare Ingebrigtsen ? VARGAS : Bien. Il a surtout expliqué comment il voulait jouer et ce qu'il attendait de moi. Actuellement, on travaille dur afin de livrer une bonne saison. Vous savez tout de même que la saison dernière a été très difficile. VARGAS : J'ai entendu dire ça, oui. Mais j'ai vu des joueurs très doués ici. Des battants, aussi. On veut faire beaucoup mieux cette saison et tenter de nous qualifier pour les play-offs 1. Pardon ? Les play-offs 1 ? VARGAS : Oui, bien sûr. Je ne suis pas ici pour perdre mon temps. Je suis venu pour me frotter à la concurrence et pour gagner. On en prend bonne note !