On a l'impression d'être en vacances quand on arrive à Hoenderloo. Le soleil brille et une légère brise donne vie aux nombreux arbres qui bordent la route. En ouvrant la fenêtre, on entend le bruit des feuilles. C'est vraiment chouette. Hoenderloo, dans la commune d'Apeldoorn, c'est le calme assuré. On peut également y déguster " les meilleurs schnitzels de la Veluwe ", dit-on au restaurant spécialisé.

Le centre du village n'est pas très beau mais l'église recouverte de plâtre blanc qui brille au soleil attire l'attention. Nous ne sommes cependant pas aux Pays-Bas pour faire du tourisme. En pénétrant plus profondément dans les bois de la Veluwe, on découvre le Fletcher Hotel et son charmant parc à bungalows. C'est ici, à trois heures de la côte, qu'Ostende prépare la saison.

Frank Dierckens, qui a repris la présidence après le départ de Peter Callant, est assis à la terrasse de l'hôtel avec son épouse quand Ronald Vargas nous rejoint après le repas de midi. " Qui est-ce ? ", demande Madame Dierckens à son mari.

" C'est Ronald. "

" Qui ? Ronaldo ? "

" Non ", rigole le président. " Mais il joue comme Ronaldo. "

" I wish ", sourit Vargas (32).

" Le plus important, c'est que je joue toujours "

Après être passé par le Club Bruges et par Anderlecht, le Vénézuélien est de retour en Belgique. Ce n'est pas vraiment étonnant car il y a trois ans, il a épousé une Belge, Justine Lowagie. Sa carrière, assombrie par les blessures, l'a mené en Turquie (Balikesirspor), en Grèce (AEK Athènes) et en Australie (Newcastle Jets) mais notre première question n'a rien à voir avec cela.

Vous vous souvenez de Dayana Mendoza ?

RONALD VARGAS : ( surpris) Oui, elle a été Miss Venezuela mais c'était il y a longtemps.

En 2008, exactement. Cette année-là, vous débarquiez du FC Caracas au Club Bruges et vous racontiez que vous aviez deux rêves : Dayana Mendoza et le Real Madrid. Aujourd'hui, vous êtes marié à une Belge et vous jouez à Ostende...

VARGAS : ( il rigole) Je n'avais que 21 ans à l'époque. Je rêvais du Real Madrid mais je savais que ce serait très difficile. Aujourd'hui, je suis très content de ce que j'ai accompli, surtout quand on connaît les obstacles que j'ai dû surmonter (de graves blessures, ndlr). Mais le plus important, c'est que je joue toujours.

Juste avant votre arrivée à Bruges, vous aviez été le héros d'un match historique de l'équipe nationale : le Venezuela avait battu le Brésil pour la première fois de son histoire et vous aviez joué un rôle important en inscrivant un but et en délivrant un assist. Soudain, on parlait de vous.

VARGAS : Oui, j'étais sous le choc. Pendant mon premier entraînement à Bruges, j'ai vu de nombreux supporters porter un maillot à mon nom. Il faut savoir qu'à l'époque, au Venezuela, on vendait beaucoup de maillots de l'équipe nationale mais pas de maillots de clubs de D1. Au point de vue marketing, nous n'étions pas si avancés. C'était donc nouveau pour moi. Après l'entraînement, beaucoup de gens sont venus me parler. J'ai dû signer sur n'importe quelle surface. J'étais très content mais je trouvais cela invraisemblable car je n'avais encore livré qu'un entraînement.

" La Belgique, c'était une belle progression dans ma carrière "

Vous aviez déjà signé à Bruges avant ce match avec le Venezuela mais soudain, vous avez reçu pas mal d'autres propositions.

VARGAS : Oui, la plus concrète émanait du Hertha Berlin qui était prêt à mettre deux fois plus d'argent que Bruges sur la table mais le club a refusé. Personnellement, j'étais déjà très content de venir en Belgique, c'était déjà une belle progression dans ma carrière.

Pas d'offre du Real Madrid ?

VARGAS : ( il rit) Non, ça n'est jamais arrivé... Avant que je signe à Bruges, des clubs mexicains et brésiliens se sont intéressés à moi. Ils me proposaient un salaire dix fois supérieur à celui du Club mais je ne rêvais pas d'argent, je rêvais d'Europa League ou de Ligue des Champions, je voulais jouer avec mes idoles.

Qu'avez-vous pensé du niveau après votre premier entraînement à Bruges ?

VARGAS : Il était très élevé. Bruges avait une très bonne équipe à l'époque. Tout était nouveau pour mois : la langue, la nourriture, le climat... J'avais beaucoup de choses à apprendre et c'était difficile mais je n'ai jamais abandonné. D'autant que c'était mon rêve. Je me suis toujours battu. Jusqu'à l'entêtement, parfois, mais je suis toujours ici.

Tant à Bruges qu'à Anderlecht, vous avez été gravement blessé au genou. En Australie, avec les Newcastle Jets, vous vous êtes tordu la cheville. Vous éprouvez des craintes en montant sur le terrain ?

VARGAS : Je ne vais pas dire que je n'ai pas certaines appréhensions mais il faut être fort mentalement. Avoir peur, ce n'est pas bon.

" J'ai parfois été sur le point d'arrêter "

Vous faites quelque chose de spécial avant un match ? Vous vous préparez mentalement ?

VARGAS : Non, je fais juste les choses qui me mettent en confiance. Je regarde des vidéos de joueurs que j'apprécie, comme Andrés Iniesta ou Eden Hazard, des joueurs qui évoluent à la même place que moi. J'essaye d'apprendre des choses en matière de placement, etc.

N'y a-t-il pas eu des moments où vous avez songé à mettre un terme à votre carrière ?

VARGAS : Oui, j'ai parfois été sur le point d'arrêter mais ma famille et ma femme m'ont soutenu.

Comment ?

VARGAS : Dans ces moments-là, on se dit que tout va mal et on ne voit pas d'issue. Ils m'ont permis de voir qu'il y avait des solutions. Et ils n'ont pas été les seuls. Toute une équipe s'est mise en place autour de moi : mon kiné, mon chiropracteur, des médecins, des spécialistes... Ce sont eux, les vrais héros. Ils ont fait en sorte que je joue encore au football. Car pour certains médecins, c'était fini, je pouvais faire une croix sur mon métier.

Des médecins de club ?

VARGAS : Non, je ne veux d'ailleurs pas citer de nom, ce ne serait pas correct. Mais l'équipe qui m'a encadré m'a permis de mordre sur ma chique et j'ai recommencé à marquer des buts, à délivrer des assists, à remporter des trophées. Le parcours que l'on suit et les statistiques qu'on laisse derrière soit ont finalement bien plus d'importance que l'argent qu'on gagne.

" J'aime le vélo "

Vous avez épousé une Belge et vous avez un passeport belge. Dans quelle mesure vous sentez-vous belge ?

VARGAS : ( il rit) Mon mode de vie a changé depuis que j'habite en Belgique. La nourriture, la façon d'aborder les gens... Je pense que je suis désormais à moitié belge et à moitié vénézuélien. Je n'ai pas oublié ma culture et mes racines. Il en va de même pour ma femme.

En tout cas, vous avez un vélo !

VARGAS : ( il rit) Oui, j'en ai même deux : un pour la ville et un pour l'entraînement.

Mieux : vous avez grimpé le Stelvio, en Italie.

VARGAS : Oui, mon beau-père et mon beau-frère sont fans de cyclisme. Ils roulent plusieurs fois par semaine. J'en ai pris l'habitude, moi aussi, car au Venezuela, je n'avais jamais fait de vélo. Et je dois dire que j'aime ça. Nous sommes déjà allés rouler dans le sud de la France mais le Stelvio, c'est une autre paire de manches. L'ascension est très difficile mais j'y suis arrivé.

On a la culture du vélo au Venezuela ?

VARGAS : Dans la région dont je suis originaire, non, mais à San Cristóbal, oui. Eddy Merckx m'a d'ailleurs dit qu'il y avait roulé ( au championnat du monde 1977, où il a terminé 33e, ndlr).

Vous avez connu Merckx à Anderlecht ?

VARGAS : Oui, il est supporter du Sporting et nous avons parlé quelques fois à l'époque où j'y jouais. Il connaît même quelques mots d'espagnol. Regardez, j'ai une photo avec lui (il montre fièrement une photo sur son smartphone).

" Je n'ai pas de regrets "

Donc, quand vous ne jouerez plus au football, vous ferez du vélo ?

VARGAS : Sans doute plus que maintenant, oui. C'est bon pour le corps, les genoux et les chevilles souffrent moins.

Vous avez des regrets ?

VARGAS : Non, pourquoi ? Au cours d'une carrière, on prend des bonnes et des mauvaises décisions mais le plus important, c'est de les assumer et de trouver le moyen d'avancer.

Partir à Balikesirspor, en Turquie, c'était une bonne décision ?

VARGAS : Beaucoup de gens se disent peut-être que non car il s'agissait d'un petit club mais je lui dois beaucoup. Il faut toujours savoir ce que l'on veut exactement. À ce moment-là, j'avais besoin de temps de jeu. Ce n'était pas le cas à Anderlecht. Or, je me sentais bien, j'étais en état de jouer. J'ai donc demandé à partir. J'avais plusieurs possibilités mais à Balikesirspor, on me garantissait une place. Malheureusement, on n'a pas gagné beaucoup de matches mais j'ai tout joué. Ça m'a permis de retrouver l'équipe nationale et de jouer trois matches de Copa América avec le Venezuela.

Pour certains médecins, c'était fini, je pouvais faire une croix sur mon métier. " Ronald Vargas

Par la suite, vous êtes parti à l'AEK Athènes, où vous avez connu deux belles saisons et êtes devenu un des joueurs les plus importants de l'équipe. Vous avez également remporté la Coupe de Grèce en 2016.

VARGAS : Ce fut ma meilleure période, avec mon passage à Bruges. Les Grecs sont formidables. Aujourd'hui encore, ils m'envoient des messages et des photos, me téléphonent... Ils m'ont donné beaucoup d'affection. (il réfléchit) Il y aura toujours des gens pour dire : à Bruges c'était bon, à Anderlecht pas, en Turquie non plus, en Grèce bien... Je ne vois pas les choses de cette façon. Chaque expérience apporte quelque chose, j'essaye toujours d'en retirer le côté positif et de retenir les leçons. Si je me sentais bien à l'AEK, c'est aussi parce que j'avais contribué de façon effective à cette victoire en coupe. À Anderlecht, j'ai été trois fois champion mais mon apport a été très limité.

Ronald Vargas : " Je suis venu à Ostende pour me frotter à la concurrence et gagner. ", belgaimage
Ronald Vargas : " Je suis venu à Ostende pour me frotter à la concurrence et gagner. " © belgaimage

" L'Antwerp n'a pas été correct avec moi "

Pourquoi avez-vous quitté l'AEK ?

VARGAS : Le club m'a proposé de rester mais mon épouse et moi - nous étions déjà mariés - voulions vivre autre chose. On avait la possibilité de rentrer en Belgique. J'avais une offre d'Ostende mais aussi une de l'Antwerp, avec qui je me suis entraîné à quelques reprises. On avait un accord verbal et j'en avais envie : je m'étais donné à fond à l'entraînement pour montrer que j'étais prêt. Mais quand on s'est mis à table pour concrétiser les choses, ils ont voulu modifier certains détails au contrat. Ce n'était pas très professionnel. Et je ne voulais plus prendre le risque de m'entraîner sans avoir signé quoi que ce soit. Finalement, je me suis entraîné deux jours mais le troisième jour, j'ai dit que je rentrais chez moi jusqu'à ce que tout ce q'on avait convenu soit sur papier.

Ma meilleure période, je l'ai vécue à l'AEK Athènes. " Ronald Vargas

Entre-temps, d'autres propositions sont arrivées, dont une d'Australie. Je voulais découvrir ce pays depuis longtemps mais en même temps, la distance me faisait peur. Ce fut une expérience formidable. L'Australie est un pays fantastique : la nature, la plage, le climat, la mentalité des gens, la gastronomie... On y a beaucoup appris, c'est un pays exemplaire à bien des égards. Je conseillerais à n'importe quel joueur d'y aller. Avant de m'y rendre, honnêtement, je me demandais ce que j'allais aller faire là-bas mais une fois sur place, woaw !

Et le niveau de la A-League ?

VARGAS : Il est comparable à celui du championnat de Belgique que j'ai connu il y a cinq ou six ans. Il n'y a que dix clubs en Australie mais ils se valent. Tout le monde peut être champion. Leur championnat ressemble aux play-offs en Belgique. Les Newcastle Jets ont un budget inférieur à celui des autres équipes mais lors de ma première saison, on a perdu seulement 1-0 en finale et le but était entaché d'un hors-jeu. La deuxième saison fut moins bonne, on a terminé sixièmes. Mais on avait un bon groupe, très compact et au sein duquel personne ne cherchait à faire de l'ombre aux autres. Y compris les entraîneurs et la direction. C'était un peu comme une famille.

" Je me suis tout de suite senti soutenu à Ostende "

Comme à Ostende ?

VARGAS : ( enthousiaste) Oui. Ici aussi, je me suis senti directement comme chez moi. Quand on débarque quelque part, il faut s'habituer mais à Ostende, je me suis tout de suite senti soutenu.

Comment s'est passé le premier entretien avec l'entraîneur, Kare Ingebrigtsen ?

VARGAS : Bien. Il a surtout expliqué comment il voulait jouer et ce qu'il attendait de moi. Actuellement, on travaille dur afin de livrer une bonne saison.

Vous savez tout de même que la saison dernière a été très difficile.

VARGAS : J'ai entendu dire ça, oui. Mais j'ai vu des joueurs très doués ici. Des battants, aussi. On veut faire beaucoup mieux cette saison et tenter de nous qualifier pour les play-offs 1.

Pardon ? Les play-offs 1 ?

VARGAS : Oui, bien sûr. Je ne suis pas ici pour perdre mon temps. Je suis venu pour me frotter à la concurrence et pour gagner.

On en prend bonne note !

© belgaimage

" Mati montre que tout est possible "

Quels sont les meilleurs joueurs que vous ayez côtoyés ?

RONALD VARGAS : Ouf, il y en a beaucoup. À Bruges, Ivan Perisic. À Anderlecht, Lucas Biglia était plus doué que tout le monde. Matías Suárez aussi.

Suárez a même disputé la Copa América avec l'Argentine. Ça vous a surpris ?

VARGAS : Oui car son cas est un peu comparable au mien. Beaucoup de gens pensaient que sa blessure au genou l'empêcherait de rejouer au plus haut niveau mais voilà un bel exemple qui démontre que tout est possible. À l'AEK Athènes, celui qui m'a le plus impressionné, c'est Dmytro Chygrynskiy, un défenseur qui a joué au Shakhtar Donestk et au FC Barcelone. Un chouette gars, tant sur le terrain qu'en dehors.

Et votre meilleur entraîneur ? À part celui d'Ostende, bien entendu...

VARGAS : ( il rit) Chaque entraîneur m'a apporté quelque chose mais le meilleur ? (il réfléchit) Noel Chita Sanvincente, du FC Caracas. Parce qu'il a joué un rôle très important dans ma carrière. Il m'a fait comprendre ce que c'était qu'être professionnel. Quand je suis arrivé au FC Caracas (à l'âge de 15 ans, ndlr), je n'en avais pas la moindre idée. Le staff d'entraîneurs était spécial : ils étaient réservés et proches de nous mais c'étaient des gagneurs.

J'ai aussi apprécié Ernie Merrick, le coach des Newcastle Jets, qui savait me mettre en confiance. Certains disaient même qu'il était mon père. On s'entendait bien, y compris sur le plan humain. C'est très important. Quand un entraîneur est humain, ça fonctionne presque toujours.

" Au Venezuela, une vie humaine ne vaut rien "

Au Venezuela, la situation est très tendue, surtout d'un point de vue économique. Depuis que Nicolás Maduro est à la présidence, beaucoup de gens n'ont même plus l'eau ni l'électricité. Huit des trente millions d'habitants que comptait le pays sont déjà partis.

RONALD VARGAS : C'est triste. Le Venezuela n'aurait jamais dû en arriver là. Il est clair que le pays est mal géré. Ça doit être la période la plus terrible de notre histoire mais ces gens restent au pouvoir. Pas besoin d'être un expert pour voir que le pays est miné par la corruption. Heureusement, les Vénézuéliens sont des battants et, pour survivre, ils tentent de voir encore un peu de lumière là où il n'y a que de l'ombre. Car survivre est le mot juste. Les gens vivent au jour le jour.

Le taux de criminalité est très élevé également. Vous connaissez des gens qui ont eu des problèmes à ce niveau ?

VARGAS : Oui, beaucoup. Il se passe quelque chose chaque jour. Un ami a été assassiné à l'aéroport de Caracas. Il allait rechercher sa copine, qui rentrait de Miami. Lorsqu'ils sont sortis, deux types en moto les ont coincés et leur ont dit de donner tout ce qu'ils possédaient. Mon copain a dit : " OK mais attends un moment. " Et ils lui ont tiré une balle dans la tête.

Au Venezuela, une vie humaine ne vaut plus rien. On vous tue pour n'importe quelle raison. C'est triste. Je pense que notre problème n'est pas seulement économique ou politique mais aussi mental. Quand on en arrive à de telles extrémités, c'est qu'on est déjà très loin. Mais les gens qui tentent de survivre sont capables de tout. Ils roulent leurs amis pour pouvoir donner à manger à leurs enfants. C'est dommage car, avant, les Vénézuéliens n'étaient pas comme ça. Je me souviens par exemple qu'un jour, j'étais en voiture avec mon père et il s'est arrêté pour aider un vieillard à traverser la route. Aujourd'hui, on a perdu ces valeurs. C'est dû à la politique menée par ceux qui dirigent le pays.

Vos proches habitent-ils encore au Venezuela ?

VARGAS : Non. Mes parents, ma soeur, mon beau-frère et leurs deux enfants sont partis. Je préfère ne pas dire où ils vivent désormais mais c'est quelque part aux États-Unis.

Et vous vous voyez retourner vivre là-bas un jour ?

VARGAS :Pas en ce moment. On n'a pas encore d'enfants mais je ne voudrais pas leur faire ça. De plus, mon épouse est Belge. Ici, tout est calme, on est en sécurité. Ça ne veut pas dire que je n'irai plus jamais au Venezuela. Après ma carrière, j'aimerais y retourner tous les deux ou trois mois car une partie de ma famille y vit encore. On se parle par Skype ou Facetime mais le contact physique me manque.

On a l'impression d'être en vacances quand on arrive à Hoenderloo. Le soleil brille et une légère brise donne vie aux nombreux arbres qui bordent la route. En ouvrant la fenêtre, on entend le bruit des feuilles. C'est vraiment chouette. Hoenderloo, dans la commune d'Apeldoorn, c'est le calme assuré. On peut également y déguster " les meilleurs schnitzels de la Veluwe ", dit-on au restaurant spécialisé. Le centre du village n'est pas très beau mais l'église recouverte de plâtre blanc qui brille au soleil attire l'attention. Nous ne sommes cependant pas aux Pays-Bas pour faire du tourisme. En pénétrant plus profondément dans les bois de la Veluwe, on découvre le Fletcher Hotel et son charmant parc à bungalows. C'est ici, à trois heures de la côte, qu'Ostende prépare la saison. Frank Dierckens, qui a repris la présidence après le départ de Peter Callant, est assis à la terrasse de l'hôtel avec son épouse quand Ronald Vargas nous rejoint après le repas de midi. " Qui est-ce ? ", demande Madame Dierckens à son mari. " C'est Ronald. " " Qui ? Ronaldo ? " " Non ", rigole le président. " Mais il joue comme Ronaldo. " " I wish ", sourit Vargas (32). Après être passé par le Club Bruges et par Anderlecht, le Vénézuélien est de retour en Belgique. Ce n'est pas vraiment étonnant car il y a trois ans, il a épousé une Belge, Justine Lowagie. Sa carrière, assombrie par les blessures, l'a mené en Turquie (Balikesirspor), en Grèce (AEK Athènes) et en Australie (Newcastle Jets) mais notre première question n'a rien à voir avec cela. Vous vous souvenez de Dayana Mendoza ? RONALD VARGAS : ( surpris) Oui, elle a été Miss Venezuela mais c'était il y a longtemps. En 2008, exactement. Cette année-là, vous débarquiez du FC Caracas au Club Bruges et vous racontiez que vous aviez deux rêves : Dayana Mendoza et le Real Madrid. Aujourd'hui, vous êtes marié à une Belge et vous jouez à Ostende... VARGAS : ( il rigole) Je n'avais que 21 ans à l'époque. Je rêvais du Real Madrid mais je savais que ce serait très difficile. Aujourd'hui, je suis très content de ce que j'ai accompli, surtout quand on connaît les obstacles que j'ai dû surmonter (de graves blessures, ndlr). Mais le plus important, c'est que je joue toujours. Juste avant votre arrivée à Bruges, vous aviez été le héros d'un match historique de l'équipe nationale : le Venezuela avait battu le Brésil pour la première fois de son histoire et vous aviez joué un rôle important en inscrivant un but et en délivrant un assist. Soudain, on parlait de vous. VARGAS : Oui, j'étais sous le choc. Pendant mon premier entraînement à Bruges, j'ai vu de nombreux supporters porter un maillot à mon nom. Il faut savoir qu'à l'époque, au Venezuela, on vendait beaucoup de maillots de l'équipe nationale mais pas de maillots de clubs de D1. Au point de vue marketing, nous n'étions pas si avancés. C'était donc nouveau pour moi. Après l'entraînement, beaucoup de gens sont venus me parler. J'ai dû signer sur n'importe quelle surface. J'étais très content mais je trouvais cela invraisemblable car je n'avais encore livré qu'un entraînement. Vous aviez déjà signé à Bruges avant ce match avec le Venezuela mais soudain, vous avez reçu pas mal d'autres propositions. VARGAS : Oui, la plus concrète émanait du Hertha Berlin qui était prêt à mettre deux fois plus d'argent que Bruges sur la table mais le club a refusé. Personnellement, j'étais déjà très content de venir en Belgique, c'était déjà une belle progression dans ma carrière. Pas d'offre du Real Madrid ? VARGAS : ( il rit) Non, ça n'est jamais arrivé... Avant que je signe à Bruges, des clubs mexicains et brésiliens se sont intéressés à moi. Ils me proposaient un salaire dix fois supérieur à celui du Club mais je ne rêvais pas d'argent, je rêvais d'Europa League ou de Ligue des Champions, je voulais jouer avec mes idoles. Qu'avez-vous pensé du niveau après votre premier entraînement à Bruges ? VARGAS : Il était très élevé. Bruges avait une très bonne équipe à l'époque. Tout était nouveau pour mois : la langue, la nourriture, le climat... J'avais beaucoup de choses à apprendre et c'était difficile mais je n'ai jamais abandonné. D'autant que c'était mon rêve. Je me suis toujours battu. Jusqu'à l'entêtement, parfois, mais je suis toujours ici. Tant à Bruges qu'à Anderlecht, vous avez été gravement blessé au genou. En Australie, avec les Newcastle Jets, vous vous êtes tordu la cheville. Vous éprouvez des craintes en montant sur le terrain ? VARGAS : Je ne vais pas dire que je n'ai pas certaines appréhensions mais il faut être fort mentalement. Avoir peur, ce n'est pas bon. Vous faites quelque chose de spécial avant un match ? Vous vous préparez mentalement ? VARGAS : Non, je fais juste les choses qui me mettent en confiance. Je regarde des vidéos de joueurs que j'apprécie, comme Andrés Iniesta ou Eden Hazard, des joueurs qui évoluent à la même place que moi. J'essaye d'apprendre des choses en matière de placement, etc. N'y a-t-il pas eu des moments où vous avez songé à mettre un terme à votre carrière ? VARGAS : Oui, j'ai parfois été sur le point d'arrêter mais ma famille et ma femme m'ont soutenu. Comment ? VARGAS : Dans ces moments-là, on se dit que tout va mal et on ne voit pas d'issue. Ils m'ont permis de voir qu'il y avait des solutions. Et ils n'ont pas été les seuls. Toute une équipe s'est mise en place autour de moi : mon kiné, mon chiropracteur, des médecins, des spécialistes... Ce sont eux, les vrais héros. Ils ont fait en sorte que je joue encore au football. Car pour certains médecins, c'était fini, je pouvais faire une croix sur mon métier. Des médecins de club ? VARGAS : Non, je ne veux d'ailleurs pas citer de nom, ce ne serait pas correct. Mais l'équipe qui m'a encadré m'a permis de mordre sur ma chique et j'ai recommencé à marquer des buts, à délivrer des assists, à remporter des trophées. Le parcours que l'on suit et les statistiques qu'on laisse derrière soit ont finalement bien plus d'importance que l'argent qu'on gagne. Vous avez épousé une Belge et vous avez un passeport belge. Dans quelle mesure vous sentez-vous belge ? VARGAS : ( il rit) Mon mode de vie a changé depuis que j'habite en Belgique. La nourriture, la façon d'aborder les gens... Je pense que je suis désormais à moitié belge et à moitié vénézuélien. Je n'ai pas oublié ma culture et mes racines. Il en va de même pour ma femme. En tout cas, vous avez un vélo ! VARGAS : ( il rit) Oui, j'en ai même deux : un pour la ville et un pour l'entraînement. Mieux : vous avez grimpé le Stelvio, en Italie. VARGAS : Oui, mon beau-père et mon beau-frère sont fans de cyclisme. Ils roulent plusieurs fois par semaine. J'en ai pris l'habitude, moi aussi, car au Venezuela, je n'avais jamais fait de vélo. Et je dois dire que j'aime ça. Nous sommes déjà allés rouler dans le sud de la France mais le Stelvio, c'est une autre paire de manches. L'ascension est très difficile mais j'y suis arrivé. On a la culture du vélo au Venezuela ? VARGAS : Dans la région dont je suis originaire, non, mais à San Cristóbal, oui. Eddy Merckx m'a d'ailleurs dit qu'il y avait roulé ( au championnat du monde 1977, où il a terminé 33e, ndlr). Vous avez connu Merckx à Anderlecht ? VARGAS : Oui, il est supporter du Sporting et nous avons parlé quelques fois à l'époque où j'y jouais. Il connaît même quelques mots d'espagnol. Regardez, j'ai une photo avec lui (il montre fièrement une photo sur son smartphone). Donc, quand vous ne jouerez plus au football, vous ferez du vélo ? VARGAS : Sans doute plus que maintenant, oui. C'est bon pour le corps, les genoux et les chevilles souffrent moins. Vous avez des regrets ? VARGAS : Non, pourquoi ? Au cours d'une carrière, on prend des bonnes et des mauvaises décisions mais le plus important, c'est de les assumer et de trouver le moyen d'avancer. Partir à Balikesirspor, en Turquie, c'était une bonne décision ? VARGAS : Beaucoup de gens se disent peut-être que non car il s'agissait d'un petit club mais je lui dois beaucoup. Il faut toujours savoir ce que l'on veut exactement. À ce moment-là, j'avais besoin de temps de jeu. Ce n'était pas le cas à Anderlecht. Or, je me sentais bien, j'étais en état de jouer. J'ai donc demandé à partir. J'avais plusieurs possibilités mais à Balikesirspor, on me garantissait une place. Malheureusement, on n'a pas gagné beaucoup de matches mais j'ai tout joué. Ça m'a permis de retrouver l'équipe nationale et de jouer trois matches de Copa América avec le Venezuela. Par la suite, vous êtes parti à l'AEK Athènes, où vous avez connu deux belles saisons et êtes devenu un des joueurs les plus importants de l'équipe. Vous avez également remporté la Coupe de Grèce en 2016. VARGAS : Ce fut ma meilleure période, avec mon passage à Bruges. Les Grecs sont formidables. Aujourd'hui encore, ils m'envoient des messages et des photos, me téléphonent... Ils m'ont donné beaucoup d'affection. (il réfléchit) Il y aura toujours des gens pour dire : à Bruges c'était bon, à Anderlecht pas, en Turquie non plus, en Grèce bien... Je ne vois pas les choses de cette façon. Chaque expérience apporte quelque chose, j'essaye toujours d'en retirer le côté positif et de retenir les leçons. Si je me sentais bien à l'AEK, c'est aussi parce que j'avais contribué de façon effective à cette victoire en coupe. À Anderlecht, j'ai été trois fois champion mais mon apport a été très limité. Pourquoi avez-vous quitté l'AEK ? VARGAS : Le club m'a proposé de rester mais mon épouse et moi - nous étions déjà mariés - voulions vivre autre chose. On avait la possibilité de rentrer en Belgique. J'avais une offre d'Ostende mais aussi une de l'Antwerp, avec qui je me suis entraîné à quelques reprises. On avait un accord verbal et j'en avais envie : je m'étais donné à fond à l'entraînement pour montrer que j'étais prêt. Mais quand on s'est mis à table pour concrétiser les choses, ils ont voulu modifier certains détails au contrat. Ce n'était pas très professionnel. Et je ne voulais plus prendre le risque de m'entraîner sans avoir signé quoi que ce soit. Finalement, je me suis entraîné deux jours mais le troisième jour, j'ai dit que je rentrais chez moi jusqu'à ce que tout ce q'on avait convenu soit sur papier. Entre-temps, d'autres propositions sont arrivées, dont une d'Australie. Je voulais découvrir ce pays depuis longtemps mais en même temps, la distance me faisait peur. Ce fut une expérience formidable. L'Australie est un pays fantastique : la nature, la plage, le climat, la mentalité des gens, la gastronomie... On y a beaucoup appris, c'est un pays exemplaire à bien des égards. Je conseillerais à n'importe quel joueur d'y aller. Avant de m'y rendre, honnêtement, je me demandais ce que j'allais aller faire là-bas mais une fois sur place, woaw ! Et le niveau de la A-League ? VARGAS : Il est comparable à celui du championnat de Belgique que j'ai connu il y a cinq ou six ans. Il n'y a que dix clubs en Australie mais ils se valent. Tout le monde peut être champion. Leur championnat ressemble aux play-offs en Belgique. Les Newcastle Jets ont un budget inférieur à celui des autres équipes mais lors de ma première saison, on a perdu seulement 1-0 en finale et le but était entaché d'un hors-jeu. La deuxième saison fut moins bonne, on a terminé sixièmes. Mais on avait un bon groupe, très compact et au sein duquel personne ne cherchait à faire de l'ombre aux autres. Y compris les entraîneurs et la direction. C'était un peu comme une famille. Comme à Ostende ? VARGAS : ( enthousiaste) Oui. Ici aussi, je me suis senti directement comme chez moi. Quand on débarque quelque part, il faut s'habituer mais à Ostende, je me suis tout de suite senti soutenu. Comment s'est passé le premier entretien avec l'entraîneur, Kare Ingebrigtsen ? VARGAS : Bien. Il a surtout expliqué comment il voulait jouer et ce qu'il attendait de moi. Actuellement, on travaille dur afin de livrer une bonne saison. Vous savez tout de même que la saison dernière a été très difficile. VARGAS : J'ai entendu dire ça, oui. Mais j'ai vu des joueurs très doués ici. Des battants, aussi. On veut faire beaucoup mieux cette saison et tenter de nous qualifier pour les play-offs 1. Pardon ? Les play-offs 1 ? VARGAS : Oui, bien sûr. Je ne suis pas ici pour perdre mon temps. Je suis venu pour me frotter à la concurrence et pour gagner. On en prend bonne note !