Le Standard va rester, au bout de la saison, le seul de nos clubs historiques qui n'a toujours pas été champion dans le système des play-offs. On y a cru, mais aujourd'hui, c'est une place européenne qu'il doit essayer d'aller chercher. Au mieux. Cette équipe maintient une continuité depuis quelques semaines : une continuité vers le bas. De semaine en semaine, on a l'impression que ça va un peu moins bien. Et une conclusion s'impose de plus en plus : une partie du groupe est arrivée au bout de son histoire à Sclessin, il faudra passer un bon coup de balai pendant l'été.

Le contraste est total avec ce qu'on voit à l'Antwerp. Dans le match entre les deux équipes, le week-end passé, le Standard a confirmé son passage à vide alors que l'Antwerp a confirmé sa forme exceptionnelle. Si on enlève leur défaite dans le premier match des play-offs, ils en sont à une série de 13 points sur 15, c'est complètement fou et c'était totalement imprévisible.

Le match contre le Standard a une nouvelle fois symbolisé l'Antwerp à la sauce Laszlo Bölöni. C'est un style parfois à la limite avec quelques joueurs qui semblent régulièrement chercher les limites des arbitres, comme si c'était un petit jeu qui leur plaisait. À partir de quel moment vont-ils siffler, donner du jaune, donner du rouge ? C'est une question de feeling chez les joueurs, l'art d'aller loin sans aller trop loin. On avait eu un exemple frappant avec Jelle Van Damme dans le match précédent quand il avait balancé un joueur de Bruges dans le rectangle. Si l'arbitre ne sanctionne pas une faute pareille, ça veut dire qu'il est dans un jour où il laisse jouer, et ça, des joueurs le sentent. Et ils s'adaptent à cette façon de siffler.

" Les joueurs de l'Antwerp cherchent les limites des arbitres puis ils s'adaptent. "

À l'Antwerp, comme il y a beaucoup d'expérience, il y a pas mal de joueurs qui sentent bien des situations pareilles et les gèrent bien. Match après match, on a l'impression que le vécu dégouline de cette équipe. Avec Sinan Bolat, Jelle Van Damme, Dieumerci Mbokani, Faris Haroun, Lior Refaelov. Ils connaissent la musique. Bolat est carrément le meilleur gardien de D1, il continue à donner raison à ceux qui ne comprennent pas pourquoi il n'a pas reçu le prix lors de la soirée du Soulier d'Or. Il a le charisme, la présence, il est là dans les moments importants, comme sur le penalty de Renaud Edmond vendredi dernier.

Dans cette équipe, il y a aussi deux gars que j'appelle " les petits spéciaux ". Dieumerci Mbokani est toujours le meilleur attaquant du championnat à 33 ans. Il continue à progresser depuis qu'il s'est posé à Anvers, il est incroyablement efficace quand il s'agit de conserver un ballon, c'est la classe. Et puis il y a Didier Lamkel Zé. Lui, il me semble vraiment très spécial. Je l'appellerais un patient à risques. Il a un foot fantastique dans les pieds, mais voilà, point de vue mental, comment dire ? On se souvient qu'il a eu un bon accrochage avec Van Damme à l'entraînement, et contre le Standard, il était à nouveau bouillant. Il est facilement inflammable, le mec. Il a clairement besoin d'être suivi, accompagné. S'il n'a pas un entourage capable de lui faire comprendre certaines choses, capable de l'aider à ne plus déraper, il n'y arrivera pas.

En fait, l'Antwerp est une accumulation de quelques joueurs qui sortent de l'ordinaire. Je pourrais aussi citer Lior Refaelov, qui a un profil complètement différent de quelques autres fortes têtes. Bölöni s'y prend super bien pour gérer toutes ces personnalités aussi variées. Il les met sur la même ligne, il arrive à faire passer et accepter son message. Au final, il tire le maximum de son groupe. Et, à quatre matches de la fin, l'Antwerp est en route pour se qualifier pour l'Europe. Lucien D'Onofrio et Paul Gheysens peuvent être fiers du boulot qu'ils ont fait en seulement deux ans. S'il y a l'Europe au bout du chemin, ils peuvent directement en remettre une couche, pour que les ambitions soient encore plus élevées dans quelques mois. Il y en a qui continuent à pleurer sur le style de jeu de l'Antwerp, moi je dis " chapeau ".