Ryan Sanusi et Tarik Tissoudali ont tous les deux joué en D2 aux Pays-Bas et en France avant de déployer leurs ailes en Jupiler Pro League. Sanusi rayonne dans l'entrejeu, tandis que Tissoudali a déjà inscrit six buts et délivré quatre assists en douze matches. Tous deux sont aussi très calmes, presque timides.
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Ryan Sanusi et Tarik Tissoudali ont tous les deux joué en D2 aux Pays-Bas et en France avant de déployer leurs ailes en Jupiler Pro League. Sanusi rayonne dans l'entrejeu, tandis que Tissoudali a déjà inscrit six buts et délivré quatre assists en douze matches. Tous deux sont aussi très calmes, presque timides. RYAN SANUSI: Tarik timide?! Chez lui, peut-être... C'est ce que son frère aîné, Mohamed, déclarait dans une interview voici quelques mois. TARIK TISSOUDALI: En famille, en effet, je suis plus réservé. Nous sommes dix à la maison et je suis le plus jeune. J'écoute les autres. SANUSI: Je suis plus timide que Tarik, mais ça ne m'a pas aidé au niveau professionnel. Un joueur doit se mettre en évidence tout en respectant les intérêts du groupe. Vous avez tous deux dû patienter avant de percer. Parce que vous étiez trop gentils? SANUSI: Certainement. À mes débuts à Willem II, j'étais un jeune Belge de 18 ans aux Pays-Bas, je n'allais pas m'imposer. J'aurais dû être plus dur. TISSOUDALI: Je ne suis devenu pro qu'à l'âge de 21 ans, à Telstar. Pour être honnête, je n'y pensais déjà plus. Groningue m'avait fait passer un test à l'âge de 18 ans et je m'étais bien débrouillé, mais je n'avais plus eu de nouvelles. Mon frère avait téléphoné, mais en voyant les larmes dans ses yeux, j'avais compris qu'on ne voulait pas de moi. Mon club amateur leur avait dit que j'allais aller à l'Ajax ou à Utrecht parce que c'était plus près, mais c'était faux. Un an plus tard, j'ai été deuxième meilleur buteur du championnat avec les U19 des Young Boys, mais personne ne s'est manifesté. Alors, je me suis inscrit à Nijkerk, un club amateur. C'est là que Telstar est venu me chercher. Il arrive souvent que des jeunes d'origine marocaine ou turque brillent dans la rue, mais ne s'imposent pas chez les pros. Y a-t-il une raison à cela? TISSOUDALI: Ça arrive moins souvent aux Pays-Bas qu'en Belgique où, à part Selim Amallah et moi, il y a peu de Marocains en D1A. Peut-être que les entraîneurs néerlandais savent mieux s'y prendre. En Belgique, on est peut-être trop gentil. Les footballeurs de rue manquent souvent d'efficacité. Comment avez-vous remédié à cela? TISSOUDALI: J'ai appris à ne pas trop redescendre dans le jeu. Ça me permet de garder des forces et d'être plus efficace devant le but. SANUSI: J'ai aussi beaucoup joué en rue, mais j'ai été formé au Germinal Beerschot et j'ai joué à presque toutes les places. Aujourd'hui, cela me sert beaucoup, surtout dans mon rôle de box-to-box. TISSOUDALI: On voit que Sanusi a joué dans la rue: à l'entraînement, c'est le seul qui comprenne ce que je veux faire. Il est très difficile à passer. SANUSI: C'est vrai que je décrypte pas mal de mouvements. La rue, c'est une bonne base et ça vous sert plus tard. Voyez Mousa Dembélé, Jérémy Doku, Hakim Ziyech. En plus, mon père me donnait des entraînements individuels. Il n'avait jamais joué, mais comme il voyait que j'étais passionné, il s'est intéressé au jeu. Ses entraînements n'étaient pas toujours gais, mais je lui en suis reconnaissant. J'ai besoin qu'on soit derrière moi. Tout seul, je n'y serais pas arrivé. Tarik, tu as grandi au sein d'une grande famille. On s'intéressait à toi? TISSOUDALI: Mon père travaillait jour et nuit, je ne le voyais que le week-end. Mon frère aîné était le chef de famille. Dès l'âge de douze ans, j'ai cherché à gagner de l'argent. J'ai travaillé chez Albert Heijn ( une chaîne de grandes surfaces aux Pays-Bas, ndlr), chez McDonald's, j'ai livré des journaux et des pizzas. Tous mes amis avaient de l'argent de poche et j'en voulais aussi. Dans une famille de dix enfants, on ne doit pas compter sur ses parents. SANUSI: Chez moi, c'était différent, car je n'ai qu'une soeur. Je n'ai jamais travaillé pendant les vacances. C'est en jouant au foot que j'ai commencé à gagner de l'argent. Cela fait vingt ans que mon père exploite un café dans le centre d'Anvers, j'y ai appris qu'un indépendant devait travailler dur, que la vie ne faisait pas de cadeau. Il a toujours insisté pour que j'aie un diplôme, c'est pourquoi j'ai étudié l'économie d'entreprise. Mon père connaît beaucoup de monde et est très apprécié. J'espère qu'un jour, on dira la même chose de moi. Votre père vient du Nigeria. Quelle est la part d'Africain en vous? SANUSI: Je n'y suis allé qu'une fois, mais ça fait partie de mon identité. Mon père m'a appris les valeurs et les normes en vigueur au Nigeria. Je suis fier de mes deux origines, mais j'espère jouer un jour pour le Nigeria. Vous pouvez l'écrire: s'ils m'appellent, j'arrive! TISSOUDALI: J'ai joué quelques matches avec les U23 du Maroc. Quand l'hymne national retentissait, j'avais la chair de poule. Un scout de la sélection A m'a approché, mais par la suite, je n'ai plus rien entendu. Il y a beaucoup de concurrence en pointe. Vous êtes des citadins. Qu'est-ce que ça veut dire? TISSOUDALI: J'ai grandi à Amsterdam, une ville multiculturelle, parfois dure. La prostitution, la drogue... On s'engueulait souvent, mais ça faisait partie du jeu. Je ne pourrais pas vivre dans un village tranquille. À Anvers, j'habite à Het Eilandje. Mais Amsterdam a beaucoup changé, la ville est plus verte qu'avant. Plus chère, aussi. C'est devenu une ville de riches. Il y a moins de coffee shops, il n'y a plus de bateaux le soir, les parkings sont chers, on doit mettre son casque quand on se promène en scooter. Il y a trop de règles. SANUSI: J'ai vécu trois ans à Rotterdam, une très chouette ville où il y a toujours quelque chose à faire. C'est plus dur qu'Anvers, mais ça m'a formé et j'y repense souvent avec plaisir. Le Vlaams Belang est le deuxième parti à Anvers. Vous le ressentez? SANUSI: Je trouve qu'on exagère avec ça. Il y a de la discrimination et du racisme, mais pas autant que les médias et les réseaux sociaux veulent bien le faire croire. Je ne crois pas que le racisme soit un problème structurel en Belgique ni aux Pays-Bas. C'est vrai que les mots sont plus durs qu'avant, surtout sur les réseaux sociaux, mais je ne peux pas dire que j'en souffre. C'est aussi une question de réaction. Mon père a souvent entendu des réflexions du genre: Où est le propriétaire du café? Mais ça le faisait rire. Il ne se sentait pas diminué. J'ai été éduqué dans cet état d'esprit. Si on prête attention à toutes les remarques, on ne fait plus rien d'autre. Des petits esprits, il y en aura toujours. À l'ouest d'Anvers, la vie est agréable, mais les médias font parfois croire le contraire. C'est ça qui me dérange. TISSOUDALI: À Amsterdam, je suis plus souvent contrôlé qu'avant, jusqu'à trois fois par jour. Peut-être parce que j'ai une plaque belge: ils me prennent pour un trafiquant de drogue. Mais mes amis sont souvent contrôlés aussi. Le Beerschot joue les premiers rôles en Jupiler Pro League. Ça vous surprend? SANUSI: Honnêtement, oui. Mais au fil du temps, on se rend compte qu'on est capables de rivaliser et ça nous met en confiance. Maintenant, on sait qu'on a une bonne équipe. Le barrage contre OHL était symbolique, mais il nous a aidés à poursuivre sur notre élan. Offensivement, le Beerschot est un régal pour les yeux. Le triangle que vous formez avec Raphael Holzhauser fonctionne à merveille. TISSOUDALI:Rapha et moi, on se disait souvent qu'on aurait plus d'espaces en D1A qu'en D1B. On s'entend bien. À l'entraînement, on se cherche sans cesse et le staff nous montre des images avec les points faibles des adversaires. À nous de les exploiter. On vous voit souvent démarrer avant même que Holzhauser ait reçu le ballon. TISSOUDALI: Je sais parfaitement où il va me le donner, ça me permet d'être plus rapide que le défenseur. Dès que Ryan a le ballon, je démarre. SANUSI: Quand tout semble aller de soi, c'est beau. Les pièces du puzzle s'emboîtent, on fait souvent des choses qui semblent étudiées, mais qui ne le sont pas. C'était différent la saison dernière, on devait batailler davantage pour obtenir un résultat. Lorsqu'il a succédé à Stijn Vreven, Hernán Losada est passé du 4-3-3 au 5-3-2. Au départ, Tarik, ce n'était pas une bonne nouvelle pour toi. TISSOUDALI: On jouait sans ailier et j'ai perdu ma place. Lors du stage, en janvier, Losada m'a dit qu'il ne pouvait rien me garantir. Lorsque le championnat a repris, j'ai reçu ma chance. Je me suis bien débrouillé et Losada m'a appelé dans son bureau pour me dire qu'il comptait m'utiliser comme deuxième attaquant dans son 5-3-2, avec un rôle libre. Il m'a convaincu et le train s'est mis en marche. La saison dernière, le Beerschot était très stable défensivement, mais pas cette saison. Pourquoi? SANUSI: Un 5-3-2 implique une bonne vision, beaucoup de changements de positions et des lignes de course. On a mis du temps à assimiler le système, on n'est même pas encore tout à fait prêts. Et en D1A, les adversaires sont plus forts, ils ratent moins d'occasions. Il est donc plus difficile de faire bloc. C'est aussi un système très exigeant sur le plan physique. Vous n'avez pas peur de craquer? SANUSI: Non car, en semaine, on alterne les périodes de repos et de travail intensif. On a notre mot à dire. Vous avez tous les deux joué en D2 aux Pays-Bas, en France et en Belgique. Quelles sont les différences entre ces pays? SANUSI: Aux Pays-Bas, même en D2, le jeu est soigné, technique et offensif. Il y a peu de contacts physiques. En Belgique, c'est très solide, on met moins l'accent sur la qualité du jeu - sauf au Beerschot, hein (il rit). En France, c'est encore plus physique et plus rapide, avec beaucoup de joueurs expérimentés. On marque très peu, tout est calculé. Je suis heureux d'avoir pu jouer dans ces trois pays. Mon meilleur souvenir, c'est le titre de champion avec le Sparta Rotterdam. La saison suivante, je suis devenu capitaine, mais ce n'était pas une bonne expérience, car on est redescendus et c'était toujours moi qu'on interviewait. TISSOUDALI: J'ai commis une erreur en passant de Telstar au Havre. La différence au niveau du jeu était trop importante. J'aurais mieux fait d'opter pour un plus petit club de D1 néerlandaise. Je pouvais d'ailleurs aller à Heracles. Dès qu'on joue en D1, on est davantage pris au sérieux. Je suis content de n'avoir joué qu'un an en D1B avec le Beerschot. SANUSI: Moi, j'étais venu pour jouer en D1A, tout comme Holzhauser. Finalement, le club est resté en D1B et ça n'a pas été facile à encaisser. Même si le Beerschot était votre club? SANUSI: Oui, car j'étais bien en France. J'aurais pu venir au Beerschot plus tard. Une carrière, c'est court. On doit donc veiller à faire les bons choix. Heureusement, je suis finalement en D1A avec le Beerschot.