Comme tout le Grand Est, qui réunit les régions historiques de l'Alsace, de la Lorraine et de la Champagne-Ardenne, Metz est enseveli sous une épaisse couche de neige après une solide offensive hivernale. Ce manteau blanc ne fait pas les affaires des petits footballeurs en herbe de l'Amicale du Personnel Municipal de Metz (APM Metz), un petit club dont la Première évolue au sixième échelon du football français.
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Comme tout le Grand Est, qui réunit les régions historiques de l'Alsace, de la Lorraine et de la Champagne-Ardenne, Metz est enseveli sous une épaisse couche de neige après une solide offensive hivernale. Ce manteau blanc ne fait pas les affaires des petits footballeurs en herbe de l'Amicale du Personnel Municipal de Metz (APM Metz), un petit club dont la Première évolue au sixième échelon du football français. A la demande de la commune, les entraînements ont été suspendus pour une durée indéterminée. Seules les banquettes en bois de la tribune du stade Emile Weinberg et le marquoir ont été épargnés par la neige. C'est à quelques centaines de mètres de là, au complexe sportif de l'avenue Louis le Débonnaire, aujourd'hui démoli, que l'APM Metz a vécu ses plus belles heures. " Au milieu des années 80, nous avons reçu la visite de Johan Cruijff ", se souvient Jean-Claude Houpin, le secrétaire du club depuis 1980. " Nous organisions chaque année un tournoi international de jeunes réservé aux U12 et U13, et Cruijff y a assisté depuis la ligne de touche. Il suivait son fils Jordi, qui jouait à l'Ajax Amsterdam. " Quinze ans plus tard, Marie-José Removille, la mère de Thomas Didillon, fait son entrée au club. Elle habite avec son mari et ses deux fils, Romain et Thomas, un peu plus loin au Sablon, mieux connu sous le nom de quartier de l'Amphithéâtre, et occupe ses temps libres comme dirigeante de l'APM Metz. Elle est toujours au club. Elle s'occupe des inscriptions, accueille les équipes visiteuses, organise la répartition des vestiaires, règle les tickets-boissons pour l'après-match... Et où l'équipe de l'entraîneur Denis Stremler va-t-elle s'abriter après une averse, lors d'un tournoi dans la commune voisine de Le-Ban-Saint-Martin ? Chez les Didillon, bien sûr. " Nous étions trempés et Marie-José nous a spontanément invités à venir nous réchauffer chez elle ", explique Stremler. " Et elle nous a préparé à manger en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. " Lorsque maman Didillon se trouve au club, Romain et Thomas ne sont jamais loin. Il ne faut pas beaucoup de temps avant que les deux frères ne signent leur première carte d'affiliation à l' APM. Romain, l'aîné, est gardien de but jusqu'aux U13 et s'essaie ensuite comme joueur de champ. Thomas alterne le poste d'attaquant avec celui de gardien de but. Il se débrouille bien entre les perches, mais l'arrêt d'un penalty n'est pas sa spécialité. Il opte définitivement pour le poste de gardien à partir des U11. " Chez les plus jeunes, un système de rotation avait été instauré : chacun devait défendre les buts à tour de rôle. Nous ne travaillions avec un entraîneur des gardiens spécifique qu'à partir des U11. C'est pour cela que Thomas était assez bon des pieds ", explique Stremler, qui s'est occupé de Didillon pendant quelques années. " Nous terminions chaque entraînement par une série de tirs au but, et j'avais imaginé un système de points et de bonus pour récompenser le vainqueur. Celui-ci avait droit à une boisson. Je voyais que Thomas était très motivé, il voulait à tout prix prendre place entre les perches. Il existe deux sortes de gardiens : le fanatique qui adore plonger dans la boue et le fainéant qui devient gardien parce qu'il n'aime pas courir. Je pense que Thomas appartient à la première catégorie. Même si, au début, il n'était pas le joueur le plus actif à l'entraînement. Il se traînait parfois parce que les entraînements ne lui plaisaient pas. Heureusement, cela a changé avec les années. " Avec sa taille, qu'il a héritée de son père, et son corps bien bâti, le jeune Didillon attire l'attention du FC Metz. Sur les conseils de son coach, il accepte les invitations du grand club local, et il ne faut pas longtemps à Jean-Claude Nadon, un ancien gardien de Guingamp, Lille, Lens et Lyon, devenu entraîneur des gardiens chez les jeunes, pour se forger une opinion. Il insiste auprès de ses patrons pour qu'ils fassent signer Didillon. Les parents sont complètement surpris par la nouvelle orientation que prend la vie de leur fils. Ils ne s'attendaient pas du tout à ce qu'il devienne footballeur professionnel. Et Thomas lui-même n'avait pas l'intention de quitter son premier club, l'APM Metz, aussi tôt. Au départ, le jeune garçon hésite à rejoindre le centre de formation du FC Metz, mais il finit par accepter. Stremler pensait, à ce moment, que Didillon jouerait une dernière saison chez les U13. " Le FC Metz a séduit Thomas en le faisant participer à quelques tournois prestigieux. J'étais heureux pour lui qu'il puisse signer au FC Metz, mais en même temps, j'étais déçu qu'il ne soit pas resté un an de plus chez nous. Cette petite année nous a coûté une indemnité de formation. Mais cela, nous ne l'avons appris que plus tard... " Après son transfert, Didillon partage son temps au FC Metz entre les terrains de jeunes situés le long de la Promenade de la Goulotte, entre la Moselle et quelques terres agricoles, et le centre administratif, où bat le coeur des Grenats. Dans l'un des bâtiments adjacents, Didillon et ses coéquipiers sont attendus par quatre professeurs pour effectuer leurs devoirs scolaires, et lors de chaque visite au siège principal du club, les jeunes peuvent admirer la façade imposante du Stade Saint-Symphorien. Lorsqu'ils lèvent la tête, ils contemplent les tribunes escarpées garnies d'interminables rangées de sièges. Didillon n'a, heureusement, pas le vertige. Il apprend vite le métier et élabore une technique de dégagement spécifique. " Le jeudi, une séance réunissait tous les gardiens de but ", se souvient Nadon. " C'était une occasion, pour Thomas, de se mesurer aux autres portiers. Nous avions un gardien plus âgé, Anthony Mfa, qui avait une manière de dégager très spéciale. Cela a donné l'idée à Thomas de développer sa propre technique. " Chez les U13 et les U14, le concurrent de Didillon, Sacha Bastien (aujourd'hui actif à Granville, en quatrième division), parvient encore à suivre. Ensuite, Didillon prend clairement le dessus. Il a véritablement explosé, confirme Nadon. Mais, de temps à autre, il passe complètement à côté de son match. " Thomas jouait avec les U13 et il a dû remplacer au pied levé le gardien des U14, qui s'était blessé. Le match était programmé à 15 heures et, la veille, il s'était couché à 18 heures 30 pour être certain d'être bien reposé. Ce n'était pas un match anodin, c'était le derby contre Nancy. Nous avons perdu 5-0 et il s'est loupé sur deux ou trois buts. Nous en avons discuté pendant la semaine et il a montré qu'il avait tiré la leçon de ses erreurs. Le jeudi, nous avions un entraînement spécifique pour les gardiens. J'ai envoyé le ballon au deuxième poteau, il n'avait qu'à s'en saisir, mais en retombant, il s'est fracturé la clavicule. On s'est alors aperçu que la défaite contre Nancy l'avait traumatisé et qu'il n'avait pas encore évacué ses frustrations. Je lui ai simplement dit qu'il devait apprendre de ses fautes et qu'il ne les reproduirait plus. Malheureusement, il s'est retrouvé deux mois sur la touche à cause de sa blessure. " L'ancien entraîneur Olivier Perrin n'a pas toujours réussi, lui non plus, à se mettre dans la tête de son élève. " Thomas est un cérébral ", explique Perrin. " Et que fait un cérébral ? Il décortique tout, dissèque tout, cherche une explication à tout. En agissant de la sorte, on est automatiquement très exigeant avec soi-même et chaque erreur provoque un court-circuit dans la tête. C'était le cas de Thomas. Il se posait des questions qui ne me venaient même pas à l'esprit. Il a changé avec les années. Autrefois, il était souvent stressé et se remettait trop en question. La dernière fois que je l'ai eu au téléphone, je l'ai trouvé cool. " Alors que le FC Metz forme des jeunes joueurs sur le site de l'îlot Saint-Symphorien, il veille à leur avenir en collaboration avec quelques lycées de la ville. Didillon fréquente d'abord les bancs du Collège Arsenal, et poursuit sa scolarité au lycée Cormontaigne, une école pour sportifs de haut niveau en football, tennis, rugby, basket, handball et gymnastique. Le FC Metz possède un accord de collaboration avec le lycée qui a accueilli autrefois Miralem Pjanic (Juventus) et Maxwel Cornet (Lyon). Le FC Metz estime qu'il propose la meilleure éducation scolaire de tous les centres de formation de l'Hexagone. Pendant dix ans, le taux de réussite en dernière année de l'enseignement secondaire est de 100%. Didillon est un pur produit du système Metz et obtient un bac S, un diplôme en sciences, avec distinction. " Un joueur sur dix formé chez nous réussira comme footballeur professionnel. Cela signifie que les neuf autres devront gagner leur vie en utilisant leur diplôme. Thomas reflète très bien l'objectif que nous poursuivons en matière d'éducation ", affirme Philippe Gaillot, le directeur sportif du FC Metz, qui était directeur du centre de formation il y a quelques années. " Obtenir un bac S avec distinction, alors qu'on a 17 ans, qu'on s'entraîne tous les jours et qu'on est souvent parti avec l'équipe nationale, relève de l'exploit. " Sa thèse, surtout, était impressionnante. Généralement, les footballeurs abordent un thème passe-partout qui traite d'événements banals du milieu du football. Didillon a rédigé un dossier très fourni sur le processus de prise de décision des gardiens de but en situation de un-contre-un. C'était le travail d'un étudiant d'université ou d'école supérieure, pas d'école secondaire " affirme Pascal Deck, qui assure le suivi des sportifs de haut niveau au lycée Corsmontaigne. Durant l'année scolaire 2010-2011, Didillon est l'un des principaux protagonistes du tournoi national interscolaire que le lycée Cormontaigne remporte dans la catégorie U16. En finale à Mérignac, Didillon and Co - une équipe exclusivement constituée de joueurs du FC Metz - battent le favori Auxerre aux tirs au but. " Thomas a arrêté deux envois ", se souvient Deck. " Il était à l'aise lors d'une séance de tirs au but. Il savait qu'il ferait son travail. Après le match, il est venu vers moi : Je suis vidé, car j'ai dû faire preuve d'une concentration extrême pendant le match. Au lieu de faire la fête, il est parti se reposer dans sa chambre et il a encore travaillé pour l'école. " Dans les couloirs du FC Metz, Didillon est décrit comme un gardien qui connaît des hauts et des bas. Une prestation exceptionnelle est parfois suivie d'une autre où il se rend coupable d'une erreur grossière. Mais, lorsqu'il atteint l'âge de jouer avec les U16, il est régulièrement invité à s'entraîner avec les U19. " Certaines personnes se sont peut-être montrées trop sévères avec Thomas parce qu'il était un produit du club ", estime Perrin. " J'aime faire la comparaison avec Mickaël Landreau ( 11 fois international français, ndlr). Il a effectué ses débuts à 16 ans et s'érigeait alors en véritable patron entre les poteaux. Thomas était encore en plein développement à cet âge-là, mais il deviendra au moins aussi bon que Landreau. " Mais il s'en est fallu de peu pour que l'on ne parle jamais d'une carrière au plus haut niveau. Un jour, papa Didillon téléphone en panique au conseiller de son fils. Didillon senior est complètement déboussolé. Thomas a 17 ans et se demande s'il va poursuivre la pratique du football. Il préférerait étudier la médecine, ou s'orienter dans un autre domaine concernant les soins de santé, et continuer à jouer au football pour le plaisir. Après une discussion avec son conseiller et le directeur du centre de formation du FC Metz, Didillon arrive à la conclusion qu'il pourrait difficilement combiner des études de médecine avec le football. A 17 ans, il signe cependant son premier contrat professionnel au Stade Saint-Symphorien. Un contrat qu'il a partiellement rédigé lui-même, en proposant quelques suggestions à son agent en matière de primes et de bonus. " J'ai été directeur du centre de formation du FC Metz pendant 23 ans et Thomas est le seul qui ne s'est pas jeté les yeux fermés sur le contrat que nous lui proposions ", se souvient Dennis Schaeffer. " Il voulait prendre un temps de réflexion pour être sûr de son choix. Signer un contrat, cela représentait un sérieux engagement pour lui. Il savait qu'il devrait consentir des sacrifices et laisser tomber certaines choses qui lui étaient chères, comme les études. " Au FC Metz, on prétend que personne ne lui a mis la pression pour qu'il signe. " Il était un élève brillant qui hésitait à devenir footballeur à temps plein ", explique Perrin. " Lorsqu'on est doué dans deux domaines, il est parfois difficile de choisir. Mais rien n'empêche de jouer au football dans un encadrement professionnel jusqu'à 18 ou 19 ans, puis de prendre une tout autre direction. La réussite d'un individu n'est pas forcément liée à une carrière sportive. Qui étions-nous pour essayer de convaincre Thomas d'abandonner son projet de vie ? " Didillon incarne, à son corps défendant, la faillite de la génération de 1995. Il est le seul joueur de cette génération qui n'ait pas dû se rabattre sur le football amateur. Dans peu de temps, le centre de formation du FC Metz produira un autre gardien. Il s'appelle Guillaume Dietsch. Il aura 18 ans en avril et est déjà considéré comme le nouveau Didillon. En raison de ses qualités comme gardien et de son bagage intellectuel. Le hasard veut que Dietsch, comme son prédécesseur, veut obtenir un bac S...