Développer l'acuité visuelle semble être au centre de votre programme d'entraînement ?

Christophe Lollichon : Oui. Parfois, il y a des moments de matches où je vois des choses depuis le banc qui ne me paraissent pas prévisibles mais qui ne surprennent pas Petr (Cech) ou Thibaut (Courtois) parce que la qualité de leur vision, de leur conscience périphérique de la situation font qu'ils ont, eux, annulé les incertitudes. Quand je me demande ce qui se passe, ils ont anticipé. Aujourd'hui, on utilise des lunettes stroboscopiques, qui obstruent la vision par saccades, afin de travailler les centres aériens, les prises de balle. On veut créer un handicap visuel pour obliger le goal à se concentrer au maximum sur le geste technique qu'il va devoir faire. Quatre centres avec les lunettes, puis un autre sans. On l'entraîne dans la difficulté afin que le gardien se sente plus à l'aise dans un match, où le trouble peut être amené par une bousculade, un bras, du brouillard, etc. On s'aide également d'un appareil appelé eye coordination training, qui nous vient d'une société australienne (Sport Vision Property). C'est un tableau de 2m2 avec 80 petites lumières qui s'éteignent et s'allument. On lance un programme standard pour tester la vision centrale avec différentes couleurs, puis la vision périphérique. Dès que l'iode s'allume, le gardien doit taper pour qu'elle s'éteigne. Et on calcule ainsi sa vitesse de réaction. On utilise la couleur de l'équipe que l'on va affronter le week-end suivant. En concertation avec un optométriste, on procède à des exercices tels que le "Go-no go", deux couleurs apparaissent, l'une que vous devez taper, l'autre non. Au fur et à mesure, on ajoute des difficultés comme envoyer un vrai ballon qu'il doit stopper en même temps qu'il gère le tableau.

On est loin des techniques d'entraînements classiques. La technologie fait, ici, partie intégrante de vos entraînements.

Comprendre comment on fonctionne vous fait avancer. Plus vous êtes amené à bouger, plus le cerveau reçoit les infos en saccades. Comme une caméra qu'on agiterait dans tous les sens et qui restituerait une image floue. Nos exercices reproduisent ces situations et la tête doit donc bouger le moins possible de manière à ce que les infos envoyées au cerveau soient les plus précises possibles. Eviter de bouger la tête dans tous les sens, c'est ça qui est important. Il y a un travail de mémorisation, de visualisation, de coordination... Lors de l'échauffement, chacun a une couleur de balle de ping-pong envoyée par un robot à rattraper après un rebond. Le handicap, c'est le ballon de foot à gérer, qu'ils doivent faire rebondir en permanence. L'étape suivante, c'est le "gainage". Mes gardiens se retrouvent épaule contre épaule allongés sur des demi-ballons gonflables, ils sont obligés de garder le corps en équilibre tout en captant des balles. Les deux gardiens ont chacun une couleur de ballon différente plus une commune aux deux. Les ballons doivent se retrouver dans leur boîte respective et on fait les comptes à la fin. On travaille alors l'acuité visuelle, le contrôle de votre corps, ou le fait de contracter les muscles pour rester en équilibre.

Quelles seront les nouvelles donnes à améliorer ?

Je veux encore aller plus loin dans le domaine de la préparation physique spécifique du gardien avec des aides extérieures. On pourrait utiliser des techniques d'athlétisme par exemple. L'une des qualités essentielles du gardien concerne l'explosivité, la vitesse de démarrage. Je me sers de certains sprinters. La coordination motrice peut être améliorée, tout comme l'individualisation athlétique du gardien. Il faut individualiser le travail, aller encore plus loin... Ça passe par l'analyse également. Quand on a joué Barcelone (1/2 finale C1 avril 2012), j'ai analysé Messi qui avait déjà marqué 63 buts. Je me suis tapé ces 63 buts, j'ai délimité ses circuits préférentiels, j' ai fait des stats sur ses zones préférées, sur la manière dont il se présentait quand il était face au gardien, s'il avait un endroit préféré où il glissait la balle quand il se trouvait devant lui...

Par Thomas Bricmont à Londres

Retrouvez l'intégralité de l'interview du mentor de Thibaut Courtois dans votre Sport/Foot Magazine

Développer l'acuité visuelle semble être au centre de votre programme d'entraînement ?Christophe Lollichon : Oui. Parfois, il y a des moments de matches où je vois des choses depuis le banc qui ne me paraissent pas prévisibles mais qui ne surprennent pas Petr (Cech) ou Thibaut (Courtois) parce que la qualité de leur vision, de leur conscience périphérique de la situation font qu'ils ont, eux, annulé les incertitudes. Quand je me demande ce qui se passe, ils ont anticipé. Aujourd'hui, on utilise des lunettes stroboscopiques, qui obstruent la vision par saccades, afin de travailler les centres aériens, les prises de balle. On veut créer un handicap visuel pour obliger le goal à se concentrer au maximum sur le geste technique qu'il va devoir faire. Quatre centres avec les lunettes, puis un autre sans. On l'entraîne dans la difficulté afin que le gardien se sente plus à l'aise dans un match, où le trouble peut être amené par une bousculade, un bras, du brouillard, etc. On s'aide également d'un appareil appelé eye coordination training, qui nous vient d'une société australienne (Sport Vision Property). C'est un tableau de 2m2 avec 80 petites lumières qui s'éteignent et s'allument. On lance un programme standard pour tester la vision centrale avec différentes couleurs, puis la vision périphérique. Dès que l'iode s'allume, le gardien doit taper pour qu'elle s'éteigne. Et on calcule ainsi sa vitesse de réaction. On utilise la couleur de l'équipe que l'on va affronter le week-end suivant. En concertation avec un optométriste, on procède à des exercices tels que le "Go-no go", deux couleurs apparaissent, l'une que vous devez taper, l'autre non. Au fur et à mesure, on ajoute des difficultés comme envoyer un vrai ballon qu'il doit stopper en même temps qu'il gère le tableau.On est loin des techniques d'entraînements classiques. La technologie fait, ici, partie intégrante de vos entraînements.Comprendre comment on fonctionne vous fait avancer. Plus vous êtes amené à bouger, plus le cerveau reçoit les infos en saccades. Comme une caméra qu'on agiterait dans tous les sens et qui restituerait une image floue. Nos exercices reproduisent ces situations et la tête doit donc bouger le moins possible de manière à ce que les infos envoyées au cerveau soient les plus précises possibles. Eviter de bouger la tête dans tous les sens, c'est ça qui est important. Il y a un travail de mémorisation, de visualisation, de coordination... Lors de l'échauffement, chacun a une couleur de balle de ping-pong envoyée par un robot à rattraper après un rebond. Le handicap, c'est le ballon de foot à gérer, qu'ils doivent faire rebondir en permanence. L'étape suivante, c'est le "gainage". Mes gardiens se retrouvent épaule contre épaule allongés sur des demi-ballons gonflables, ils sont obligés de garder le corps en équilibre tout en captant des balles. Les deux gardiens ont chacun une couleur de ballon différente plus une commune aux deux. Les ballons doivent se retrouver dans leur boîte respective et on fait les comptes à la fin. On travaille alors l'acuité visuelle, le contrôle de votre corps, ou le fait de contracter les muscles pour rester en équilibre.Quelles seront les nouvelles donnes à améliorer ?Je veux encore aller plus loin dans le domaine de la préparation physique spécifique du gardien avec des aides extérieures. On pourrait utiliser des techniques d'athlétisme par exemple. L'une des qualités essentielles du gardien concerne l'explosivité, la vitesse de démarrage. Je me sers de certains sprinters. La coordination motrice peut être améliorée, tout comme l'individualisation athlétique du gardien. Il faut individualiser le travail, aller encore plus loin... Ça passe par l'analyse également. Quand on a joué Barcelone (1/2 finale C1 avril 2012), j'ai analysé Messi qui avait déjà marqué 63 buts. Je me suis tapé ces 63 buts, j'ai délimité ses circuits préférentiels, j' ai fait des stats sur ses zones préférées, sur la manière dont il se présentait quand il était face au gardien, s'il avait un endroit préféré où il glissait la balle quand il se trouvait devant lui...Par Thomas Bricmont à LondresRetrouvez l'intégralité de l'interview du mentor de Thibaut Courtois dans votre Sport/Foot Magazine