Les mains jointes sur le haut du crâne, Florin Andone se demande encore ce qu'il vient de se produire. En déployant son mètre 99, Thibaut Courtois vient de priver le Roumain d'un but pour la seconde fois en l'espace d'une minute. Sur le ring du Galatasaray, alors que l'ambiance surchauffée d'Istanbul empêche Madrid de se sortir des cordes, le géant belge pare les uppercuts locaux.
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Les mains jointes sur le haut du crâne, Florin Andone se demande encore ce qu'il vient de se produire. En déployant son mètre 99, Thibaut Courtois vient de priver le Roumain d'un but pour la seconde fois en l'espace d'une minute. Sur le ring du Galatasaray, alors que l'ambiance surchauffée d'Istanbul empêche Madrid de se sortir des cordes, le géant belge pare les uppercuts locaux. Ce n'est que la troisième journée de la phase de poules de la Ligue des Champions, mais le Real Madrid est déjà dos au mur. Battus à Paris, puis accrochés par Bruges à domicile, les hommes de Zinédine Zidane doivent revenir avec les trois points de leur déplacement en Turquie. Leur victoire à l'arraché les lance vers les huitièmes de finale, et installe enfin Thibaut Courtois dans le coeur des socios madrilènes. " Je me souviens qu'après ces deux arrêts, je me suis senti très bien ", avoue le Diable dans les colonnes de Marca, quelques mois plus tard. " Ce match m'a aidé, et j'ai souvent pu garder le zéro depuis. " Dans la foulée de la nuit stambouliote, Courtois enchaîne effectivement quatre clean-sheets et affiche une forme qu'on ne lui avait pas encore connue depuis son retour dans la capitale espagnole. Sur ses treize derniers matches de Liga, la Pieuvre du Limbourg n'a encaissé que quatre buts. De quoi devenir un véritable rival pour Jan Oblak, son successeur entre les perches du voisin colchonero. Le Slovène est le quadruple tenant du titre du Trofeo Zamora, qui récompense le gardien le moins souvent battu de l'élite espagnole en fin de saison. Un trophée que Thibaut avait remporté à deux reprises lors de ses trois saisons à l'Atlético, et qu'il compte bien retrouver en fin de championnat. De quoi oublier définitivement une acclimatation difficile à l'air blanco de Madrid. L'histoire de l'arrivée de Thibaut Courtois au Bernabéu est avant tout celle d'une bonne affaire. En partie provoquée par l'ancien gardien de Chelsea, qui avait laissé filer son contrat chez les Blues jusqu'à douze mois de son terme, sans jamais renouveler son bail de cinq ans signé à l'été 2014, moment de la fin de son prêt à l'Atlético. Une façon de devenir une bonne affaire pour les acquéreurs potentiels, forcément appâtés par la perspective de s'offrir à moindre coût celui qui quittait le Mondial russe auréolé du statut de meilleur gardien du monde, notamment suite à une prestation divine face au favori brésilien en quarts de finale. Comme il l'avait fait quatre ans plus tôt, Florentino Pérez saute sur l'occasion. Toni Kroos avait rejoint Madrid à prix cassé au bout de son sacre mondial en 2014, c'est au tour de Thibaut Courtois de devenir un " galactique d'occasion ". Contre 35 millions d'euros, le géant de Bree finit par s'engager avec la Casa Blanca, au bout d'un long bras de fer avec Chelsea, qui ne voulait pas lâcher son gardien avant d'en avoir trouvé un nouveau. C'est finalement Kepa qui débarque à Londres, permettant à Courtois de crier " Hala Madrid " à une dizaine de jours de la reprise de la Liga. Trop tard, sans doute, pour une acclimatation parfaite, au sein d'une préparation déjà chamboulée par la nomination tardive de Julen Lopetegui à la tête du noyau triple champion d'Europe. Orphelins de l'aura de Zidane et des buts de Cristiano Ronaldo, les Madrilènes ne tardent pas à cafouiller. Le mois d'octobre est douloureux, entre une défaite inattendue sur la pelouse du CSKA Moscou en Ligue des Champions et une série dramatique d'un point sur quinze en championnat. Exposé sur la scène nationale, pendant que Keylor Navas joue la Coupe d'Europe suite à la rotation décidée par Lopetegui, Courtois paie l'addition du Camp Nou. Un 5-1 bien tassé infligé par la bande à Lionel Messi qui enfonce le Real dans une crise qu'il n'avait plus connue depuis de longues saisons, après trois Ligues des Champions conquises de rang. Les tribunes du Bernabéu commencent à gronder. Elles ont la tête de Lopetegui, remplacé par un Santiago Solari qui ramène quelques victoires et prend parti pour Thibaut Courtois entre les perches. Puisque la remontée au classement se fait attendre, et que le Real reste irrégulier, les supporters et la presse cherchent les coupables de cette magie rompue. Comment peut-on passer d'un séjour prolongé sur le toit de l'Europe à une telle souffrance hebdomadaire ? La réponse est forcément cherchée parmi les choses qui ont changé. Et Thibaut Courtois est l'une de celles-là. Comme quand il était arrivé à Chelsea pour détrôner Petr Cech, le Diable se heurte à un monument local. Dernier rempart d'un Real parfois fébrile sur la route de sa treizième Ligue des Champions, Keylor Navas n'a pas manqué d'occasions de se mettre en évidence, augmentant sa cote d'amour dans les tribunes et dans le vestiaire. " J'aimerais qu'il reste parce qu'en plus d'être un grand joueur, c'est un ami ", déclarait d'ailleurs encore cet été le capitaine Sergio Ramos au sujet du Costaricien. Arrivé comme une opportunité du marché, à un poste qui n'était pas en crise, Courtois est un transfert logique dans la planification de l'avenir madrilène (il est six ans plus jeune que Navas) mais le timing reste malheureux. Il suffit d'assister à l'ovation prolongée offerte par le Bernabéu à Navas le 19 mai dernier pour s'en rendre compte. Ce jour-là, le Real conclut sa saison par une énième humiliation, battu 0-2 à domicile par le Betis, mais Keylor est épargné par la bronca du public blanco. Quittant le terrain plus lentement que les autres, au point de se retrouver seul sur la pelouse, il est chaudement applaudi par des supporters, qui scandent son nom pendant de longues minutes, pour une ovation qui a déjà tout d'une tournée d'adieux. Quand la saison reprend ses droits, après la trêve estivale, Zidane prend ses gardiens à part et leur explique que Courtois sera son numéro un. Le Français était pourtant considéré depuis de longs mois comme un supporter de Keylor Navas, qu'il avait d'ailleurs installé dans le but madrilène pour le premier match de son retour à la tête de l'équipe. Le Costaricien peine à accepter ce statut de numéro deux, et quitte finalement Madrid au bout du mercato, pour défendre les perches du PSG, futur adversaire du Real en Ligue des Champions. Là où d'aucuns s'attendent à voir un Thibaut Courtois enfin libéré, la comparaison se fait plus pesante que jamais le mercredi 18 septembre, quand Navas garde ses filets inviolés au Parc des Princes pendant que Courtois se retourne à trois reprises, crucifié par Ángel Di Maria, puis Thomas Meunier. " Il ne fait pas de grossière erreur sur les buts, mais il ne sauve pas son équipe ", se lamente la presse espagnole. Les critiques autour du Belge atteignent leur paroxysme lors de sa sortie suivante sur la scène européenne, face à Bruges. Au Bernabéu, Thibaut quitte la pelouse à la mi-temps, des crampes à l'estomac et deux buts dans les gencives. La pitada - les fameux sifflets des supporters du Real - est plus forte que jamais, et la sortie de Courtois est perçue çà et là comme un remplacement diplomatique. La maladie qui frappe le dernier rempart des Diables rouges est pourtant bien réelle. Le Belge perd trois kilos et manque le match face à Grenade, mais revient en pleine forme après la trêve internationale, traversée avec deux nouvelles clean-sheets qui portent sa période d'invincibilité avec l'équipe nationale au-delà de la barre des 700 minutes. De retour à Madrid, Courtois retrouve la forme en même temps que ses équipiers, stabilisés par la nouvelle organisation défensive mise en place par Zidane. Voisin du gardien belge dans le vestiaire, Casemiro retrouve ses jambes de 2017, alors que Federico Valverde, le prodige uruguayen, qui est l'un des joueurs les plus proches du Limbourgeois dans le groupe madrilène, éclabousse l'Espagne de son talent hors-normes. Madrid revit, Courtois aussi. Imperméable dans le Clásico, éblouissant face à Getafe pour la première rencontre de l'année 2020, le Belge a enfin atterri dans son deuxième séjour madrilène. Les superstitieux évoqueront probablement le retour de son numéro 13, maillot qui l'avait porté vers les sommets à l'Atlético puis à Chelsea, après une saison passée avec le 25 en raison de la présence de Kiko Casilla. D'autres préfèrent parler de son retour en forme après sa maladie de l'automne, qui a incité le club à revoir encore plus en détails son alimentation. Considérer l'une de ces hypothèses comme véridique et incontestable serait probablement faire injure au talent de Courtois, ou à son professionnalisme. Le Belge ne compte pas les heures passées à préparer ses rencontres. C'est sans doute ce qui lui a permis d'être l'un des héros de la finale de la Supercoupe d'Espagne, en détournant le tir au but de Thomas Partey pour offrir le titre à ses couleurs, son deuxième au Real après la Coupe du monde des Clubs décrochée un an plus tôt. Avant la rencontre, le Diable rouge avait pris le temps d'étudier méticuleusement les préférences de chacun des tireurs potentiels des Colchoneros. " Saúl m'a surpris, mais je savais comment Thomas allait frapper : en force et à ma droite. " Une étude approfondie de l'adversaire qui lui a permis de gommer ce qui a longtemps été l'un de ses points faibles, ses penalties arrêtés se comptant sur les doigts d'une seule main lors de ces dernières années. De quoi permettre à Florentino Pérez de fanfaronner devant toute la presse espagnole, rassemblée en Arabie Saoudite pour les besoins de ce nouveau format de Supercoupe délocalisé en hiver et dans le Golfe : " Nous avons engagé Courtois parce qu'il est le meilleur gardien du monde. Et aujourd'hui, il l'a prouvé. "