A Courtrai, on a vite compris : Terem Moffi n'est pas le genre de joueur qui arrive au club avec des pieds de plomb et se plaint pour tout et pour rien. Il est reconnaissant et enthousiaste, il préfère penser aux perspectives d'avenir qu'aux problèmes. Après un jour au Stade des Eperons d'Or, il était déjà intégré. Et sur le terrain, sa spontanéité lui a vite permis de se mettre en évidence. Un garçon sans problème et pas du tout stressé.
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A Courtrai, on a vite compris : Terem Moffi n'est pas le genre de joueur qui arrive au club avec des pieds de plomb et se plaint pour tout et pour rien. Il est reconnaissant et enthousiaste, il préfère penser aux perspectives d'avenir qu'aux problèmes. Après un jour au Stade des Eperons d'Or, il était déjà intégré. Et sur le terrain, sa spontanéité lui a vite permis de se mettre en évidence. Un garçon sans problème et pas du tout stressé. Il a grandi à Calabar, une ville du sud-est du Nigeria, au sein d'une famille croyante de quatre enfants bien éduqués. " Nous sommes pentecôtistes (une religion dérivée du christianisme qui consiste en une interprétation assez littérale de la Bible, ndlr) ", explique-t-il. " Notre foi nous aide à avoir confiance en l'avenir et à faire ce qu'il faut pour réaliser nos rêves. Nous lisons la Bible et prions non seulement parce que nous sommes croyants mais aussi pour comprendre davantage de choses dans la paix et la sérénité, en présence de Dieu. Mon père est avocat et ma mère travaille pour la caisse d'assurance maladie nationale. Mon frère cadet a 18 ans et a entamé des études de droit. Un autre de mes frères a obtenu une bourse pour étudier la médecine en Russie et mon frère aîné a étudié l'administration publique à Manchester. J'aurais pu aller à l'université également mais le football m'en a empêché. " (il rit)Le football, dans la famille Moffi, c'est aussi une question de gênes. " Mon père a été gardien en D1 nigériane et tous mes frères ont joué. La seule qui n'a pas joué, c'est ma mère mais elle lit bien le jeu. Elle connaît de nombreux joueurs ou entraîneurs et elle est supportrice de Chelsea. Moi aussi, d'ailleurs. Et c'est à cause d'elle. Tout a commencé avec José Mourinho, parce que beaucoup d'Africains jouaient alors à Chelsea : Didier Drogba, Claude Makelele, Salomon Kalou, John Obi Mikel, Michael Essien. " Ces gens-là ont inspiré de nombreux jeunes Africains qui rêvaient de faire carrière en Europe. " Quand on sait que Drogba est passé par la D2 française, on se dit : pourquoi pas moi ? C'est possible. On se met ça en tête, on n'arrête pas d'y penser et on travaille dur. Aujourd'hui, les modèles des Africains sont Sadio Mané et Mo Salah. On se dit que si un Africain a une chance de remporter le Ballon d'Or, on veut être le suivant à tenter d'y arriver." Aujourd'hui, il est lui aussi devenu un exemple à suivre. (il rit). " Je reçois des messages d'amis et de jeunes du centre de formation de Calabar. Ils me disent qu'ils prennent exemple sur moi, que je les inspire et que je les incite à donner le meilleur d'eux-mêmes. C'est amusant parce que je n'ai que 20 ans et que j'ai mes modèles, moi aussi. Mais il est vrai que le succès de Africains en Europe fait plaisir à toute la communauté. " Il a appris à jouer en rue, dans des centres de formation à Calabar et à Lagos ainsi qu'à la Buckswood Football Academy dans l'East Sussex. " Jusqu'à l'âge de 12 ans, j'étais un médian offensif paresseux ", rigole-t-il. " Tous les ballons devaient passer par moi, je dribblais, je créais des occasions et je marquais mais je laissais aux autres le soin de faire le sale boulot. Mon père m'a obligé à changer. Il m'a dit : Tu ne peux pas jouer comme ça, tu dois presser et être agressif. Au centre de formation de ma ville, le coach disait aussi : Si tu ne travailles pas, tu ne joueras pas dans l'entrejeu. Et après un certain temps, il a estimé que je n'étais pas un médian mais un attaquant de pointe." Ce qui est sûr, c'est que le petit Moffi adorait le football. " A l'école, je n'étais pas le plus intelligent de la classe mais si j'avais consacré la moitié du temps que je passais au football à mes études, je serais peut-être devenu un génie (il rit). Je ne vivais que pour le football. Cette passion orientait tous mes choix. Après trois ans au centre de formation de Calabar et neuf mois à Lagos, je suis passé à la Buckswood Football Academy et au football anglais. A l'école, mon coach m'a convaincu que j'étais un sprinteur et il a fait de moi le joueur le plus rapide du club. Après dix-huit mois, l'entraîneur-adjoint a reçu une offre du FK Kauno Zalgiris, en Lituanie, et il m'a emmené avec lui." Mais l'aventure s'est arrêtée après trois mois (un but en huit matchs) et Moffi a eu des problèmes de visa. Son dernier match de championnat avec le FK Kauno Zalgiris remontait au 22 octobre 2017 et ce n'est que le 3 mars 2019 qu'il a pu rejouer avec le FK Riteriai Vilnius. " J'ai attendu mon visa pendant huit mois. J'ai même dû aller en Afrique du Sud car au Nigeria, il n'y a pas d'ambassade de Lituanie. Vous ne pouvez pas imaginer ce qui se passe dans votre tête quand, soudain, on vous barre la route. Aujourd'hui, quand je me sens moins bien, je sais ce que je dois faire pour transformer les ondes négatives en énergie positive. Ma mère dit toujours qu'il faut être heureux quoi qu'il arrive et tourner le dos à tout ce qui provoque du stress. " Sa patience a payé : la saison dernière, il a éclaté au FK Riteriai Vilnius, inscrivant 20 buts en 29 matches officiels. A la fin de l'année, il a effectué un test d'une semaine à Mouscron, où on ne lui a pas proposé de contrat. " Je ne sais pas pourquoi. Quand ils m'ont dit non, j'ai dit OK. Je ne juge pas, j'accepte et je regarde devant moi. " Courtrai l'a engagé et il a déjà inscrit trois buts pour le compte de son nouveau club, dont un pour son premier match, face au Club Bruges, après avoir traversé une moitié de terrain. " J'étais vraiment au septième ciel mais des buts pareils, on n'en marque pas tous les jours. Surtout pas contre une telle équipe. Ça m'a donné beaucoup d'énergie. "