Il y a un peu plus d'un an, Bruges déroulait le tapis rouge pour accueillir Mémé Tchité, 29 ans, venu en droite ligne du Standard. Les Flandriens avaient déposé 1.250.000 millions d'euros sur la table des Liégeois pour s'offrir ce buteur. Une affaire en or qui, avec le temps, risque de coûter plus cher que prévu. Tchité avait été choisi par Georges Leekens qui, avant cela, en rêvait dans le cadre de l'équipe nationale.

Blessé, le finisseur black eut une préparation de championnat plus compliquée que prévue. Le Club Bruges de Leekens se cherchait sur la pelouse. Tchité aussi mais il signa cependant une bicyclette de rêve contre Lokeren. Un but à la Tchité, homme de rectangle, qui se précipita dans les bras de Papa Georges. Discuté, Leekens avait bien besoin de cet exploit qui resta sans lendemain. Le compteur du renard des surfaces ne dépassa finalement pas les cinq buts. Une misère quand on s'appelle Tchité, qui fut aussi une des victimes co-latérales de l'éviction de Leekens au profit de Juan-Carlos Garrido. L'homme a éprouvé du mal avec quelques bobos et d'autres ont pris leurs marques : Carlos Bacca, Maxime Lestienne.

Amoureux du 4-4-2. Tchité éprouva des soucis seul en pointe ou, plus encore, sur la droite. Il a besoin d'espace et de compagnie devant. Tout cela ressemble à l'erreur de casting, à un trop bref coup de foudre. En janvier 2013, la séparation se précisa déjà. Six mois plus tard, l'attaquant est toujours à Bruges mais son nom a été rayé des listes : absent au fan day, sur le poster, dans le groupe, les matches de préparation. Du rêve au cauchemar. Pour lui, la messe est dite. Trouvera-t-il un nouveau club avant la fin août ?

"Je ne crois pas : Mémé est dévasté...", explique Alfred Raoul, son agent depuis de nombreuses années. Björn Vleminckx et Bojan Jorgacevic ont rebondi en Turquie : pourquoi n'en serait-il pas de même pour Tchité ? Pour Raoul, les cas sont totalement différents. Tchité a été cité en Chine, en Russie, à Besiktas et surtout à Eskisehirspor. "Les contacts étaient avancés avec ce dernier club.", dit-il "Mais Bruges a été gourmand en exigeant un montant de transfert d'un million d'euros. Je crois que Vincent Mannaert et Bart Verhaeghe estiment qu'il s'agit encore du buteur venu du Standard. Ce n'est évidemment pas le cas. Le Tchité de Sclessin n'existe plus pour les autres clubs. Garrido a déclaré un jour que Mémé restait important mais il n'a presque plus joué à partir de janvier. Il faut connaître les réalités du marché : personne ne donnera un million d'euros pour un joueur à l'arrêt depuis des mois."

Une affaire de 5 millions d'euros "Mémé s'est fixé une date-butoir : fin juillet. Nous y sommes : il n'y a pas de solution, Tchité reste donc à Bruges. Les autres clubs ont leur effectif. Il a encore un contrat de deux ans. Son salaire a été fixé à 1.200.000 euros bruts par an. Si c'est nécessaire, il s'en contentera. Et, dans quelques mois, il sera invendable. Le président roule sur l'or mais, dans ce cas de figure, Tchité lui aura coûté près de 5.000.000 d'euros, transfert et salaire y compris : c'est beaucoup, même pour un milliardaire. Je ne peux que le répéter : Tchité ne s'attendait pas à vivre tout cela à Bruges. La saison passée, s'il avait fait passer l'argent avant tout, il aurait signé dans le Golfe Persique, chez Michel Preud'homme ou je ne sais où. Mémé a été séduit par le discours de Georges Leekens, de Bruges avec l'équipe nationale en toile de fond. Tout cela s'est envolé. J'ai éprouvé des problèmes pour le faire revenir d'Espagne : Mémé ne va pas bien, ce qui s'est passé à Bruges l'a détruit. Le Club porte sa part de responsabilités dans cette affaire."

Raoul n'est pas né de la dernière pluie. Bruges, de son côté, a l'habitude des situations délicates, des parties de bras de fer. Les clubs réalisent une partie de leur chiffre d'affaires sur le marché des transferts. Tchité n'a pas beaucoup joué la saison passée. Bacca en a profité pour casser la baraque et être transféré pour 9 millions d'euros au FC Séville : c'est le plus gros transfert sortant de l'histoire de Bruges. Et Lestienne ne tardera pas à valoir un pont d'or. Pour Bruges, ces réussites compensent largement les problèmes de Tchité. C'est la loi de ce milieu. Bruges devine que Tchité a envie de jouer. Raoul mesure que Bruges baissera le prix demandé pour son attaquant de pointe.

Les points de vue finiront par se rapprocher avant la fin de la période des transferts, le 31 août. Des insiders estiment que Raoul garde un ou plusieurs clubs sous le coude, probablement en Belgique. S'ils le savent, il en va de même pour la direction de Bruges. Tchité a le moral en berne, c'est certain, mais c'est aussi un grand professionnel qui doit entretenir sa forme et être prêt à répondre à l'appel de l'un ou l'autre club. Raoul a intérêt à noircir le tableau pour faire peur à Bruges. Le Club joue la montre et sait que Tchité est trop fier pour se contenter de vivre dans l'anonymat durant deux ans.

Mais pourquoi n'a-t-il pas utilisé la loi de 1978 afin de casser son contrat comme d'autres l'ont fait ? Pour Raoul, c'est exclu. Cette menace est généralement agitée par les "petits contrats". Or, Tchité reste un des joueurs les mieux payés à Bruges. "Ce n'est pas du tout intéressant dans notre cas", intervient Raoul. Il y aurait un dédommagement important à payer, bien plus qu'un million d'euros. Qui cédera le premier ? Même si Tchité n'est pas à plaindre sur le plan matériel, cette question résume l'étendue du désastre sportif. Au Standard, qui, dit-on, doit encore recevoir la deuxième tranche du montant du transfert, plus personne ne parle de lui : la roue a tourné. A Bruges, il a disparu de la circulation. Un désastre. Il y a un an, son transfert avait fait sensation : avant lui, personne n'avait jamais porté le maillot des trois grands, le Standard, Anderlecht et le Club Bruges. Douze mois plus tard, Bruges et ses rêves d'équipe nationale n'existent plus mais Tchité a, heureusement pour lui, plus d'une vie...

Pierre Bilic

Il y a un peu plus d'un an, Bruges déroulait le tapis rouge pour accueillir Mémé Tchité, 29 ans, venu en droite ligne du Standard. Les Flandriens avaient déposé 1.250.000 millions d'euros sur la table des Liégeois pour s'offrir ce buteur. Une affaire en or qui, avec le temps, risque de coûter plus cher que prévu. Tchité avait été choisi par Georges Leekens qui, avant cela, en rêvait dans le cadre de l'équipe nationale. Blessé, le finisseur black eut une préparation de championnat plus compliquée que prévue. Le Club Bruges de Leekens se cherchait sur la pelouse. Tchité aussi mais il signa cependant une bicyclette de rêve contre Lokeren. Un but à la Tchité, homme de rectangle, qui se précipita dans les bras de Papa Georges. Discuté, Leekens avait bien besoin de cet exploit qui resta sans lendemain. Le compteur du renard des surfaces ne dépassa finalement pas les cinq buts. Une misère quand on s'appelle Tchité, qui fut aussi une des victimes co-latérales de l'éviction de Leekens au profit de Juan-Carlos Garrido. L'homme a éprouvé du mal avec quelques bobos et d'autres ont pris leurs marques : Carlos Bacca, Maxime Lestienne. Amoureux du 4-4-2. Tchité éprouva des soucis seul en pointe ou, plus encore, sur la droite. Il a besoin d'espace et de compagnie devant. Tout cela ressemble à l'erreur de casting, à un trop bref coup de foudre. En janvier 2013, la séparation se précisa déjà. Six mois plus tard, l'attaquant est toujours à Bruges mais son nom a été rayé des listes : absent au fan day, sur le poster, dans le groupe, les matches de préparation. Du rêve au cauchemar. Pour lui, la messe est dite. Trouvera-t-il un nouveau club avant la fin août ? "Je ne crois pas : Mémé est dévasté...", explique Alfred Raoul, son agent depuis de nombreuses années. Björn Vleminckx et Bojan Jorgacevic ont rebondi en Turquie : pourquoi n'en serait-il pas de même pour Tchité ? Pour Raoul, les cas sont totalement différents. Tchité a été cité en Chine, en Russie, à Besiktas et surtout à Eskisehirspor. "Les contacts étaient avancés avec ce dernier club.", dit-il "Mais Bruges a été gourmand en exigeant un montant de transfert d'un million d'euros. Je crois que Vincent Mannaert et Bart Verhaeghe estiment qu'il s'agit encore du buteur venu du Standard. Ce n'est évidemment pas le cas. Le Tchité de Sclessin n'existe plus pour les autres clubs. Garrido a déclaré un jour que Mémé restait important mais il n'a presque plus joué à partir de janvier. Il faut connaître les réalités du marché : personne ne donnera un million d'euros pour un joueur à l'arrêt depuis des mois." Une affaire de 5 millions d'euros "Mémé s'est fixé une date-butoir : fin juillet. Nous y sommes : il n'y a pas de solution, Tchité reste donc à Bruges. Les autres clubs ont leur effectif. Il a encore un contrat de deux ans. Son salaire a été fixé à 1.200.000 euros bruts par an. Si c'est nécessaire, il s'en contentera. Et, dans quelques mois, il sera invendable. Le président roule sur l'or mais, dans ce cas de figure, Tchité lui aura coûté près de 5.000.000 d'euros, transfert et salaire y compris : c'est beaucoup, même pour un milliardaire. Je ne peux que le répéter : Tchité ne s'attendait pas à vivre tout cela à Bruges. La saison passée, s'il avait fait passer l'argent avant tout, il aurait signé dans le Golfe Persique, chez Michel Preud'homme ou je ne sais où. Mémé a été séduit par le discours de Georges Leekens, de Bruges avec l'équipe nationale en toile de fond. Tout cela s'est envolé. J'ai éprouvé des problèmes pour le faire revenir d'Espagne : Mémé ne va pas bien, ce qui s'est passé à Bruges l'a détruit. Le Club porte sa part de responsabilités dans cette affaire." Raoul n'est pas né de la dernière pluie. Bruges, de son côté, a l'habitude des situations délicates, des parties de bras de fer. Les clubs réalisent une partie de leur chiffre d'affaires sur le marché des transferts. Tchité n'a pas beaucoup joué la saison passée. Bacca en a profité pour casser la baraque et être transféré pour 9 millions d'euros au FC Séville : c'est le plus gros transfert sortant de l'histoire de Bruges. Et Lestienne ne tardera pas à valoir un pont d'or. Pour Bruges, ces réussites compensent largement les problèmes de Tchité. C'est la loi de ce milieu. Bruges devine que Tchité a envie de jouer. Raoul mesure que Bruges baissera le prix demandé pour son attaquant de pointe. Les points de vue finiront par se rapprocher avant la fin de la période des transferts, le 31 août. Des insiders estiment que Raoul garde un ou plusieurs clubs sous le coude, probablement en Belgique. S'ils le savent, il en va de même pour la direction de Bruges. Tchité a le moral en berne, c'est certain, mais c'est aussi un grand professionnel qui doit entretenir sa forme et être prêt à répondre à l'appel de l'un ou l'autre club. Raoul a intérêt à noircir le tableau pour faire peur à Bruges. Le Club joue la montre et sait que Tchité est trop fier pour se contenter de vivre dans l'anonymat durant deux ans. Mais pourquoi n'a-t-il pas utilisé la loi de 1978 afin de casser son contrat comme d'autres l'ont fait ? Pour Raoul, c'est exclu. Cette menace est généralement agitée par les "petits contrats". Or, Tchité reste un des joueurs les mieux payés à Bruges. "Ce n'est pas du tout intéressant dans notre cas", intervient Raoul. Il y aurait un dédommagement important à payer, bien plus qu'un million d'euros. Qui cédera le premier ? Même si Tchité n'est pas à plaindre sur le plan matériel, cette question résume l'étendue du désastre sportif. Au Standard, qui, dit-on, doit encore recevoir la deuxième tranche du montant du transfert, plus personne ne parle de lui : la roue a tourné. A Bruges, il a disparu de la circulation. Un désastre. Il y a un an, son transfert avait fait sensation : avant lui, personne n'avait jamais porté le maillot des trois grands, le Standard, Anderlecht et le Club Bruges. Douze mois plus tard, Bruges et ses rêves d'équipe nationale n'existent plus mais Tchité a, heureusement pour lui, plus d'une vie... Pierre Bilic