La coupe d'Europe est-elle venue trop tôt pour votre nouveau coach ?
...

La coupe d'Europe est-elle venue trop tôt pour votre nouveau coach ?VINCENT MANNAERT : Trois éléments ont joué : un tout nouveau staff, les transferts new look et l'AEK Athènes qui est et reste un grand club. Sans compter qu'un gars comme Wesley est crucial dans le style de jeu d'Ivan Leko. Pendant son indisponibilité, nous avons eu des problèmes. Les hésitations tactiques étaient normales au début : Leko devait juger ses joueurs et ceux-ci devaient intégrer de nouveaux principes. Pourquoi fallait-il changer ? MANNAERT : Nous voulons gagner avec un football dominant et enthousiaste mais l'entraîneur s'y prend comme il le souhaite pour instaurer cette dynamique. Ivan procède avec trois défenseurs, en 3-5-2, et l'équipe progresse. Les joueurs sont de plus en plus synchros. Huit à neuf d'entre eux se déplacent en même temps. Les supporters se sont retournés contre Leko lors du seul faux-pas de la saison, contre Mouscron. Étonnant ? MANNAERT : Il a succédé à un monument comme Michel Preud'homme après avoir entraîné Saint-Trond un an. Ça a suscité le scepticisme. Surtout, l'élimination européenne a été dure à digérer. Elle ne l'était pas encore à Mouscron et la deuxième mi-temps a été très mauvaise. Ivan était très abattu, par l'élimination et ce revers. Je distingue du Michel dans sa réaction : ce sont des battants, qui s'impliquent à fond, y compris sur le plan émotionnel. Comment travaille-t-il ? MANNAERT : Il a beaucoup voyagé : en Italie, en Grèce. C'est une vraie éponge. Il analyse, réfléchit. Il accumule des connaissances dans tous les domaines et il a une vision personnelle, tout en acceptant le dialogue. Sur le terrain, il attache beaucoup d'importance à l'intensité. Les séances ne sont donc pas longues. Il place la barre plus haut jour après jour, sans que les joueurs s'en rendent compte. Sans rotation, comment garder le noyau motivé ? MANNAERT : Ivan est conscient du problème mais sa priorité va aux automatismes car les joueurs ne se connaissent pas encore très bien. L'intensité des séances permet aux réservistes de conserver leur rythme. À part Vanaken, Vormer et Denswil, l'équipe est nouvelle. On ne le remarque pas car certains étaient déjà là mais sans être titulaires. Le déroulement du championnat est étrange. Pourquoi ? MANNAERT : Il se joue en deux mois, au moment où les joueurs sont fatigués. Viennent en plus les coupes d'Europe et les matches internationaux alors que nous avons de bons joueurs mais pas des athlètes comme dans certains pays. Ils sont moins frais à la reprise et ça se traduit par le mauvais début de saison de clubs qui étaient bons il y a quelques mois. On a aussi l'impression que le championnat ne commence qu'en janvier. Les play-offs ont atteint leurs limites. Les matches sont intenses mais sont-ils bons ? Je suis partisan d'un championnat classique, qui permette de jouer les matches de coupe le week-end, devant des stades pleins, et d'avoir une trêve hivernale digne de ce nom. En même temps, on peut ramener le mercato au 31 juillet et le limiter à deux semaines en hiver. N'oubliez pas non plus nos échecs en Europe : sur les douze matches disputés jusqu'à présent, les Belges n'en ont pas gagné un seul. Le contrat TV, qui court jusqu'en 2020, ne vous oblige-t-il pas à conserver ce format ? MANNAERT : Non. J'ai participé aux négociations et ce que les détenteurs des droits veulent, c'est de la qualité. La réforme du calendrier des transferts sera-t-elle uniforme en Europe ?MANNAERT : L'Allemagne et la France sont d'accord, les Pays-Bas suivront. Les pays du sud reprennent plus tard et ne sont pas enclins à accepter. L'Angleterre est dans la ligne du Brexit : elle ne s'occupe pas du continent. Elle mettra fin à ses transferts 48 heures avant le début de la saison, soit le 9 août. Elle peut alors transférer Dennis ou Wesley et vous n'avez plus d'avant si le marché est fermé ici ! MANNAERT : C'est déjà le cas. Il faut s'organiser, anticiper. On sent venir l'intérêt d'un club pour un joueur en juin, juillet, voire avant. La location de joueurs est un autre thème. Avec le cas Coopman notamment.MANNAERT : Faute de législation, les clubs s'arrangent entre eux. Si une partie n'est pas d'accord, elle ne doit pas signer. Coopman allait recevoir sa chance chez nous mais il voulait être loué. Nous avons interdit qu'il joue contre nous. L'Antwerp a accepté. L'Angleterre fait de même pour éviter toute spéculation. Soit nous faisons comme elle, soit comme Herman Van Holsbeeck le veut mais il faut une unité. Si le club qui loue le joueur assume toute sa charge financière, il peut l'aligner contre tout le monde. Ne faut-il pas limiter les locations de joueurs ? MANNAERT : On peut même les supprimer en Belgique, ce qui obligera les clubs à se tourner vers les jeunes, qu'ils soient loueurs ou locataires. Combien de jeunes ont émergé de l'académie de Zulte Waregem en six ans ? Bruges, Anderlecht, Genk, Gand et le Standard sont ceux qui accordent le plus de temps de jeu à leurs jeunes. Pourquoi achetez-vous des jeunes talents style Sabala, Masovic, McGree, Strandberg, Ibini-Isei, Bakenga ? MANNAERT : On espère toujours qu'ils soient prêts, comme Dennis. Masovic est un des plus grands talents serbes, McGree un des meilleurs d'Australie. J'ai déjà dit en interne qu'il fallait nous demander si la différence avec nos jeunes valait l'investissement. Si on limite les locations, cette question sera cruciale. Nous n'avons jamais acheté de joueur en nous disant que s'il était insuffisant, nous le louerions. Le scouting était toujours convaincu de la plus-value de nos transferts. Masovic et McGree ont besoin de temps. Comment peut-on booster l'éclosion des jeunes ? MANNAERT : La fusion des U17 et U19 en U18 la saison prochaine va dans le bon sens. Nous devons instaurer un championnat pour espoirs au premier niveau amateur. Les équipes auraient-elles le choix ? MANNAERT : Absolument. Leverkusen a retiré son équipe de Regionalliga. Mais il faut donner une chance à ceux qui le veulent. C'est le bon moment : la ligue amateur nous a demandé de revoir l'agenda du dimanche. Nous jouerions à 16 h, 18 h et 20 h, les amateurs à 14 h, pour ne pas subir la concurrence de la télévision. Si nous faisons une concession, nous pouvons demander quelque chose en retour. Ces adaptations peuvent-elles prendre cours la saison prochaine ? MANNAERT : C'est techniquement possible mais pour que la décision soit validée, il nous faut une majorité de 80 % sur 24 clubs, puisque les formations de 1B votent aussi. Maintenant, encore faut-il que les partisans des play-offs changent d'avis. Pour l'instant, ma proposition ne serait pas acceptée mais j'espère que chacun va y réfléchir sérieusement.Par Peter t'Kint