En suivant les matches de son fauteuil, Laura Picariello (24 ans) voit ses souvenirs rejaillir. Il y a une vingtaine d'années, c'est par le petit écran qu'elle a découvert la Coupe du monde en Italie, le pays que son grand-père a quitté pour venir trimer dans les mines wallonnes. C'est au Pays Noir, sa terre natale, que Laura a aussi commencé à suivre les matches de Charleroi, d'abord à la télévision, à l'instigation de son beau-père.
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En suivant les matches de son fauteuil, Laura Picariello (24 ans) voit ses souvenirs rejaillir. Il y a une vingtaine d'années, c'est par le petit écran qu'elle a découvert la Coupe du monde en Italie, le pays que son grand-père a quitté pour venir trimer dans les mines wallonnes. C'est au Pays Noir, sa terre natale, que Laura a aussi commencé à suivre les matches de Charleroi, d'abord à la télévision, à l'instigation de son beau-père. "Il y a cinq ans, il m'a emmenée au stade. C'est là que le déclic s'est produit. J'ai assisté à de belles victoires par la suite, mais cette première fois reste le plus beau moment. Charleroi n'évolue pas dans la plus belle arène du pays, mais ce soir-là, j'ai été conquise. Par l'ambiance, aussi. Quand on suit un match à la télévision, on se dit que les supporters chantent n'importe quoi. Il faut être au milieu d'eux pour réaliser que ces chants contiennent beaucoup plus d'émotions qu'on ne le pense de chez soi. Je n'éprouve pas la moindre gêne dans les tribunes. Il est difficile de faire chanter les gens en-dehors du stade, mais à l'intérieur, c'est automatique. Une grande partie du public de certains clubs est très docile dans les tribunes. Chez nous, chacun enflamme l'équipe, de tout son coeur. J'ai du tempérament et j'aime ça. Les supporters de Charleroi sont très soudés, très solidaires. On ne peut pas le percevoir en regardant la télévision. Je suis souvent à côté de quelqu'un que je ne connais pas et pourtant, nous avons une chouette conversation. Les supporters de Charleroi sont hyper sympas et très conviviaux. Simples, aussi. Nous aimons la simplicité." Laura est toujours accompagnée par son beau-père aux matches à domicile. "De temps en temps, quand il fait froid, il suggère de rester à la maison, mais désormais, c'est moi qui l'entraîne au stade." Et son compagnon? "Il déteste le football", rigole Laura. Donc, quand elle se rend au stade avec son beau-père ou qu'elle suit un match avec lui, au sein de sa bulle, à la télévision, son ami reste seul. Ce qui ne lui pèse pas, selon Laura. "Je pense qu'il apprécie d'être à son aise." Elle éclate de rire. Mais durant cette seconde vague de la pandémie, Laura est donc collée à son écran, le soir des matches, et seule. "Les émotions sont intactes, quand on perd, qu'on gagne, qu'on marque, tout le bazar. Mais ce n'est pas comme au stade. Ce n'est pas comparable." Laura regrette surtout l'absence de vie sociale. "Pendant la semaine de travail, c'est agréable de savoir qu'on peut aller voir un match le week-end et y rencontrer des gens. Pour le moment, je n'ai pour perspective que mon petit écran. Je regrette aussi de ne pas pouvoir manger un bout et boire un verre avec mon beau-père avant le match. Nous avions déjà de bons rapports et notre passion commune pour le football les a encore renforcés. Nous ne suivons pas que Charleroi, d'ailleurs, nous regardons aussi des matches anglais et allemands auxquels participent les Diables rouges, et ceux de l'Inter de Romelu Lukaku. Aussi ceux de Dries Mertens et de Naples, évidemment. Ma mère est originaire de cette ville. Mais les matches du Napoli m'intéressent moins que ceux de Charleroi. C'est dingue, car Naples est un club beaucoup plus important, mais l'intensité est plus palpable à Charleroi. Ne me demandez pas de l'expliquer. C'est comme l'amour en général, sans doute? C'est un truc qui ne s'explique pas."