Le coup de tête de Kostas Laifis s'envole au-dessus du but d' Hervé Koffi, et emmène dans son sillage les espoirs de dénouement heureux pour ce déplacement rouche au Canonnier. Pour la septième fois consécutive en championnat, les hommes de Mbaye Leye quittent la pelouse sans les trois points, et contraignent leur coach à chercher des explications face aux micros. Le coach des Liégeois décide de tirer à vue. Sur le terrain, qui complique forcément la tâche de ceux qui doivent prendre les événements en mains ; puis sur l'adversaire, coupable à ses yeux de ne pas avoir joué le jeu. "Peut-on vraiment parler de match, quand il y a autant de temps morts? On a peut-être joué au football pendant trente minutes."
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Le coup de tête de Kostas Laifis s'envole au-dessus du but d' Hervé Koffi, et emmène dans son sillage les espoirs de dénouement heureux pour ce déplacement rouche au Canonnier. Pour la septième fois consécutive en championnat, les hommes de Mbaye Leye quittent la pelouse sans les trois points, et contraignent leur coach à chercher des explications face aux micros. Le coach des Liégeois décide de tirer à vue. Sur le terrain, qui complique forcément la tâche de ceux qui doivent prendre les événements en mains ; puis sur l'adversaire, coupable à ses yeux de ne pas avoir joué le jeu. "Peut-on vraiment parler de match, quand il y a autant de temps morts? On a peut-être joué au football pendant trente minutes." Alibi du dimanche, le temps de jeu effectif, qui s'élève en fait à un peu plus de 51 minutes selon les chiffres de Wyscout, n'avait pas fait l'objet de conversations trois jours plus tôt, quand Bruges a quitté Sclessin éliminé de la Coupe au bout d'une rencontre où le football n'a effectivement été mis à l'honneur que 47 minutes durant. L'incarnation d'un club capable de faire tout et son contraire en l'espace de quelques jours, semblant se chercher désespérément un fil conducteur. Sur la pelouse Moussa Sissako est apparu alors qu'on ne retrouve plus de trace de Noë Dussenne, Mehdi Carcela passe du brassard au banc de touche, et Michel-Ange Balikwisha a troqué les louanges contre les tribunes en quelques semaines à peine. Tout le Standard est dans ces contradictions. Dans ce déplacement à Mouscron où Jackson Muleka semble enfin être utile à son équipe en-dehors de la surface, où Maxime Lestienne offre deux balles de but à un João Klauss qui les vendange, et où Arnaud Bodart abandonne le costume de sauveur pour offrir le seul but de la rencontre aux Mouscronnois. Deux semaines plus tôt et trente kilomètres plus loin, au stade Arc-en-Ciel voisin, le dernier rempart liégeois incarnait toute l'impuissance et l'incohérence de ses couleurs quand, dans les arrêts de jeu, il balançait une frappe des quarante mètres, imaginant l'option comme le meilleur moyen d'arracher un partage. Dans le jeu, le Standard semble en quête inassouvie d'un fil conducteur. Il avait cru le trouver, quand Mbaye Leye a installé un schéma de relance semblable à celui que Michel Preud'homme avait mis en place lors de sa période brugeoise. Le problème, c'est que personne en bords de Meuse ne peut enfiler le costume de José Izquierdo, ce qui augmente l'importance du couloir droit dans l'animation offensive. Là, impossible d'exiger d' Hugo Siquet, tout juste lancé dans le grand bain professionnel, la même constance au haut niveau que celle qu'affichait à l'époque Thomas Meunier dans la Venise du Nord. Comme Philippe Montanier en début de saison avec Nicolas Raskin, le football de Leye devient alors excessivement dépendant des performances d'un adolescent. Quand Siquet tousse, le Standard s'enrhume. Et le jeune arrière droit n'a logiquement pas encore eu le temps de développer tous ses anticorps. Mbaye Leye aime répéter qu'à ses yeux, il n'y a pas de jeune joueur. "Par rapport à ma manière de travailler, je ne les considère plus comme des jeunes. Dans leur bulletin de salaire, il est mis joueur de foot professionnel. Quand ils sont habillés et sur le terrain, il n'y a plus de jeunes", déclare déjà le Sénégalais lors de sa présentation à la presse. Mis à l'écart après sa réaction trop vive suite à son remplacement précoce contre l'Antwerp, Michel-Ange Balikwisha n'a d'ailleurs pas reçu de traitement de faveur, et fait depuis des allers-retours entre la pelouse et les tribunes. S'il cherche clairement son second souffle et n'affiche pas toujours l'état d'esprit souhaité par son coach, l'ailier affiche néanmoins des stats précieuses pour son équipe, avec six buts et quatre passes décisives depuis le coup d'envoi de la saison. Quand on sait que seuls Maxime Lestienne et Selim Amallah ont été décisifs à plus de dix reprises, se passer des services de Mickey implique un sacrifice important des possibilités offensives liégeoises. D'autant plus sur la pelouse du Canonnier, où les Rouches devaient se passer des services d'un Amallah devenu incontournable. Joueur le plus décisif du Standard cette saison (dix buts et quatre passes décisives), l'international marocain n'a plus vu ses coéquipiers s'imposer sans lui en championnat depuis le 30 août dernier. Dans la grisaille de résultats décevants, l'éclaircie vient d'Allemagne. Maladroit face aux Hurlus, João Klauss est la principale raison d'espérer d'un club qui peut encore sauver sa saison via la Coupe de Belgique. Arrivé d'Hoffenheim cet hiver, repéré par les scouts rouches qui cherchaient une version plus mobile d' Obbi Oulare ou Felipe Avenatti, le Brésilien tape immédiatement dans l'oeil des décideurs liégeois grâce à la qualité de ses déplacements et à sa faculté à emmener ses coéquipiers dans le sillage de ses efforts à répétition. "C'est le leader sur le terrain, celui qui montre la voie", admet Arnaud Bodart avant la rencontre de Coupe face à Bruges. Un aveu presque gêné, parce que l'attaquant "devrait encore être en période d'adaptation", selon les dires de son gardien. Avec quatre buts et cinq passes décisives en un peu plus de mille minutes jouées, le joueur prêté pour dix-huit mois par Hoffenheim a déjà mis tout le monde d'accord dans le débat des attaquants, qui anime Sclessin depuis de nombreuses années. Là où même Renaud Emond, pourtant auteur de deux saisons consécutives en atteignant la barre des quinze buts, n'a jamais été considéré comme le véritable 9 titulaire du Standard par ses dirigeants, le Brésilien fait déjà l'unanimité. Sur une saison complète, et avec le rythme suffisant dans les jambes - lui qui semble actuellement souffrir de l'accumulation des rencontres après un long moment sans jouer - il n'est pas exclu côté rouche de le voir devenir le premier à franchir les vingt buts toutes compétitions confondues en bords de Meuse depuis Michy Batshuayi en 2014 ( voir encadré). La prise d'importance immédiate de Klauss, au-delà des statistiques, c'est aussi le symptôme d'un groupe qui manque de leadership. Mbaye Leye en a d'ailleurs déjà fait part à sa direction, mais le tir ne pourra être rectifié que l'été prochain, au mieux. D'ici là, le Standard devra composer avec "le matériel" à sa disposition, pour paraphraser les propos maladroits d'un coach qui a tenté le rétropédalage entre ses déclarations contre Anderlecht et la réception de Bruges, sans pour autant convaincre grand monde. Plus convaincante, la partition musclée des Liégeois face à un Bruges encore groggy de son élimination européenne et de ses cas de Covid a provisoirement ramené le calme aux alentours de Sclessin, où il règne de plus en plus un parfum de révolution au sein d'une frange de supporters mécontents qui prend de l'importance. L'euphorie a cependant été de courte durée. Elle a duré jusqu'à dimanche pour les supporters, et encore moins longtemps pour des joueurs à la joie un peu douchée par le discours de leur coach dans le vestiaire suite à leur succès à l'arraché. "Félicitations, je ne vais pas vous le dire. Faire quelque chose juste une fois, ça n'est pas la peine. J'attends la même réaction dimanche, qu'on joue tout le temps comme ça." Comme ça, c'est comment? Du match contre Bruges, le Standard sort certes avec une victoire, mais aussi avec 40% de possession de balle, seulement deux tirs cadrés dont un au bout des arrêts de jeu quand Simon Mignolet jouait dans le rond central, 220 passes réussies et vingt-trois fautes commises. Un plan qui tient la route pour réussir un coup, mais pas vraiment pour durer. Impossible de l'appliquer contre les équipes de bas de tableau, trop contentes d'abandonner aux Rouches un ballon dont ils ne savent pas toujours quoi faire. "La tactique, c'est plus utile dans les mauvais jours que dans les bons", expliquait Hernán Losada en début de saison. Quand toutes les individualités sont sublimées par l'enjeu, elles peuvent reléguer un projet de jeu au second plan. C'était le cas contre Bruges, où chaque élément du Standard s'est rapproché du plafond potentiel de ses prestations. À Mouscron, par contre, les fans des Rouches ont pu constater et déplorer l'écart abyssal entre le plafond et le plancher. Fort logiquement, le 3-5-2 installé en cours de semaine dernière par Mbaye Leye n'est pas encore maîtrisé dans les moindres automatismes offensifs. En perte de balle, la position hybride de Maxime Lestienne a clairement été ciblée par les Mouscronnois lors de leurs rares incursions dans le camp liégeois. Avant même l'heure de jeu, quand le coach des Rouches a lancé Abdoul Tapsoba dans le trio offensif, comme il a pris l'habitude de le faire quand le temps presse, le plan de jeu ne ressemblait plus qu'à un envoi le plus rapide possible du ballon vers la masse d'attaquants. Et comme contre Anderlecht, c'est sans doute dans ce plan-là que le Standard est parvenu à se montrer le plus dangereux. Le problème, c'est que cette solution est celle des moments d'urgence. Comme un nouveau témoin qui affirmerait que les Liégeois ne sont à l'aise que quand il ne faut pas calculer. Le flou ne s'arrête pas au terrain. Dans les tribunes aussi, le club se cherche, avec une direction où tous ne semblent pas regarder dans le même sens. De retour dans l'oeil des caméras, après s'en être soigneusement abrité quand il était pourtant censé servir de paratonnerre aux moments difficiles traversés par Philippe Montanier, Michel Preud'homme fait entendre sa voix en tribune d'honneur, en n'obtenant que très rarement l'approbation de ceux qui s'y installent à ses côtés. Même Mbaye Leye, dont il se présente ainsi indirectement comme l'inspirateur, n'apprécierait que très peu cette présence aux allures de belle-mère de la part de l'ancien T1, qui s'invite jusque dans les vestiaires pour des visites qui crispent même des membres de son ancien staff. Comme souvent depuis la prise de pouvoir de Bruno Venanzi en bords de Meuse, le système de décideurs multiples semble amener certaines dissonances dans la politique sportive du Standard. Et comme souvent, cela provoque une instabilité rédhibitoire en championnat sans pour autant être un obstacle à des exploits ponctuels, de ceux qui permettent de soulever une Coupe de Belgique. Pour se consoler de tant de remous, le Standard pourrait noyer son chagrin dans les chips. Une fois de plus. Le problème, à force de manger salé, c'est qu'on finit par avoir soif. Et que si Bruges devait finir par concéder une gorgée de bière à l'un de ses camarades, les Rouches seraient loin d'être au premier rang des prétendants. Dans un coin de la salle, loin de la prestigieuse table de quatre, le Liégeois mange plutôt son pain noir.